Quand j'ai lu qu'on annonçait partout la mort de Pascal Sevran, j'ai pensé : bon sang ! Ils sont tous devenus fous ! C'est une réaction en chaine qui va tout pulvériser ! La bourde d'Elkabbach n'a pas servi de leçon ! Ils vont tous se convoquer les uns les autres pour s'admonester, se vilipender, se réprimander. Ils vont s'entre-licencier, il ne restera plus personne, juste les blogs. Quelle horreur.
Je me souviens, il y a des grands moments dans les médias. On a l'impression de voir l'aiguille de l'horloge morale avancer tout d'un coup. La fois d'avant, pour moi, c'était "Loft Story". Personne n'était indifférent. Il y avait les pour et les contre. Télérama était très contre. Des copains, par pur esprit de contradiction, étaient très pour. Ils commentaient longuement, en sous-vêtements féminins, dans une ambiance enfumée de pure décadence, comme dans les cabarets des années 30 : Aziz est mon héros. Jean-Edouard a vraiment la classe. Loana est un bon parti. Il y avait des politiques, des intellectuels, des journalistes, qui publiaient des tribunes, des livres "de la destruction du néant dans le vide de l'absence". Chacun choisissait son camp, mais en étant quand même plutôt contre, selon les consignes officielles.
Bon maintenant c'est comme ça. Et moi, je prépare un site : tout le monde est mort point com. Il faut être réactif. Sauf au Turkménistan, où ils sont prudents, faute de moyen. Là bas, on y va mollo avec l'information. Du genre : "La Princesse Diana semble malade. Elle aurait la nausée en voiture."
Les professionnels restent alertes, réactifs. En rentrant du travail, le journaliste à ses enfants : "J'ai une triste nouvelle, en exclusivité. Médor est mort. Je suis vraiment confus. Je ne sais que dire. Depuis le début, Médor a révolutionné l'art de donner la patte...". Puis on entend le chien aboyer dans le jardin. Désolé les enfants. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Trop de pression. Putain de boulot.
Il y aurait des sociétés de journalisme-risque, calquées sur le "capital-risque". De l'information peu sûre, périlleuse, mais à fort rendement. Du genre : le petit Jordi est mort. Harry Potter est mort. La prochaine Nouvelle Star est morte. Souvent ça foire, mais quand ça marche, c'est le jackpot.
Comme tout le monde, j'essaye d'imaginer la réaction de ces gens. Ça doit faire drôle. Ça doit être glaçant. L'animateur était peut-être flanqué sur la fin d'un médecin à tendance "gentil-menteur", le professeur Schmurtz, toujours paternaliste, à raconter des choses lénifiantes : "Alors, vous avez pensé à votre nouveau bonnet pour les prochains sports d'hiver ? Vous avez l'air en pleine forme, quel est donc votre secret pour garder ce teint de pêche ?"... tandis que dans son dos, sur le téléviseur morne cloué au mur, on annonce : "le célèbre animateur Untel est décédé... selon le professeur Schmurtz, son état était de toute façon foutu-pourri-moisi".
J'ai quand même appris grâce à ces bavures l'existence du "frigo", dans les journaux. Pendant l'été, quand c'est mou du genou, quand il fait las de secouer les marronniers, d'enchainer les dossier "Sarkozy" / "Les banlieues" / "Les francs maçons, tous les secrets cachés" / "L'immobilier à Paris" / "Le classement des meilleurs hôpitaux / collèges / parkings /villes où il fait bon vivre", on prend un peu de temps pour travailler quelques nécrologies. On flaire le people pâle. On fait le tour des stars à la retraite. Il parait que celle de l'Abbé Pierre était prête depuis longtemps, le rédacteur est même mort avant lui.
Tu es une vedette, alors. Tu apprends en regardant les informations : "Untel était vraiment passionné par les chevals". Tu te dis, te prenant la tête dans les mains : merde, c'est le stagiaire qui s'est occupé de moi. Sic transit gloria mundi.
Dans le fauteuil du père
Il y a 51 minutes
18 commentaires:
tu me permettras de préférer le site grossesses de stars http://grossessedestars.com/
Nous assistons à un grand moment de la blogosphère : Quicoulol et Balmeyer fusionnent.
– Dingue ! Le retour du Loft !
– Dingue de chez dingue, oui !
– Toute une époque !
– C'est vrai qu'c'étaient quand même des pionniers, quoi !
– Oui... I'z'ont pour ainsi dire tout inventé.
– Ah, c'est sûr. On peut même dire qu'i'z'ont jeté un sacré gros caillou dans la mare !
– Dans la piscine, tu veux dire !
– Ah ouais, excellent ! Trop fort, le Jean-Eusèbe !
– Il faut dire que Melinda, elle, elle avait une sacrée faille intérieure...
– Oui... Par contre, Ricky, malgré qu'i' paraissait fragile, comme ça, c'était quand même un mec entier.
– Ouais, il assurait grave !
– Et toujours cool avec les aut' lofteurs.
– Boualem, par contre... C'est pas parce qu'il était un peu mat, mais i' m'a toujours paru un peu fourbe. Mais, attention, j'précise que, perso, j'étais quand même dingue de Khadidja...
– On était TOUS dingues de Khadidja.
– Ouais, c'est vrai.
– Et les répliques-cultes : « J'ai faim, c'matin ! »... « Faut qu'j'me rase ! »...
– « J'aime pas les biscottes »...
– « Qui c'est qu'a pété ? » !
– On leur doit beaucoup !
– C'est vrai qu'c'est plus comme avant, maint'nant.
– Ouais, comme dit Delarue, trop d'télé-réalité a tué la télé-réalité.
– Ouais... Sûr !
– ...
– Tu veux du coca, Wendy ?
– C'est clair.
Tiens ! Chieuvrou a débarqué chez vous ?
Sinon, votre billet est certes amusant (vous savez faire), mais ne reflète pas exactement la réalité. Lorsque Europe 1 a annoncé la mort de Sevran, ce n'était pas une information erronée, mais, je dirais, une "information prématurée" : tout le monde (je veux dire les journaux que ce type d'information concerne, c'est-à-dire de nos jours TOUS les journaux) savaient que Pascal Sevran était déjà entré en agonie (ce qui n'excuse en rien Elkkab*ch, bien entendu).
J'ajouterais bien que cette mort m'attriste plutôt, car Pascal Sevran - les sept ou huit volumes de son journal l'atteste - était un écrivain de talent, valant infiniment mieux que l'image qu'il donnait de lui par ses prestations télévisuelles. Lesquelles n'étaient, somme toute, que son gagne-pain, comme chacun de nous a le sien.
Ah, pardon, M'sieur Goux, j'avais déjà fait quelques incursions sur ces rives hospitalières.
À propos, sinon, d'annonce certes moins affirmative, mais plus prématurée encore que celle de la première mort de Pascal Sevran, je n'ai vu nulle part rappelé l'empressement qu'ont mis beaucoup de médias, il y a quelques années, à sortir des quasi-nécrologies lors du premier accident cardio-vasculaire de Charles Trenet, alors que ce dernier devait finalement sortir de l'hôpital et ne mourir que quelques mois plus tard, après un second accident.
De toute façon, moi, je ne regarde que l'île de la tentation parce qu'on y découvre une "autre" approche de la syntaxe...
Je me souviens d'avoir écrit les bandes annonces de TF1 en 1993-94. Un jour, le directeur du service me téléphona d'urgence un samedi : "Ramènes tes fesses, Omar Sharif est mort, il faut que tu fasses la Bande annonces !"
J'avais jamais fait un truc pareil, et je ne voyais pas trop comment m'y prendre. J'ai donc écrit et monté toute la nuit la vie du zig avec des musiques de circonstances. J'ai annoncé la nouvelles à tous mes pots "Nan je peux pas venir, je fais la nécro d'Omar Sharif !" Quoi il est mort ? "Ben oui, mon pote..."
Je me demande simplement si, quand il va "enfin" mourir, TF1 va passer ma bande annonce ou bien la refaire ?
Eric : pas mal ! J'ai cru que c'était un faux lien, au début. Mais non.
Nicolas : ce n'est pas surprenant !
Chieuvrou : eh bé !
Didier : Vous dites : "ce n'était pas une information erronée, mais, je dirais, une "information prématurée" Entre le 21 avril et le 9 mai, ça fait quand même très prématuré, voire pas très viable comme bébé ! évidemment, j'ai voulu faire mon guignol et pas une fine analyse du PAF ni du moralisme à deux balles. Mais comme n'importe quel pékin, la bévue fait papoter. On imagine vraiment le climat tendu pour en arriver à lancer une nécrologie 18 jours avant la fin d'une agonie ! Après, l'histoire a fait parlé d'elle car visiblement, il y en a trois la même semaine...
Dorham : j'ai regardé cette émission, c'était une fois où il y avait le gros lourdaud avec un string je sais plus, dont tout le monde se foutait grassement. J'avais de l'empathie pour lui. Du coup, je porte des strings.
Merlin : Intéressant tout ça ! Et pourquoi il ne l'ont pas diffusé finalement ?
Ca couterait dans les combien un morceau du cadavre de Michael Jackson ?
(Merci pour le fou-rire)
J'aurais bien aimé, pour ma part, regarder au moins une fois Groh Kakah, vous savez, ce jeu pour Occidentaux sans doute un peu désœuvrés qui se déguisaient en Rambo et jouaient à se mettre dans des situations de quasi-dénuement pour voir comment ça fait d'avoir à se battre chaque jour pour survivre quand on est très pauvre, qui plus est quand on se trouve loin de chez soi et entouré de cannibales. Il paraît que, d'un pur point de vue psycho-sociologique, la montée des tensions dans le groupe, accentuée par la faim et les attaques nocturnes de rats géants, ne manquait pas d'intérêt (encore que, comme me l'a suggéré l'ami qui m'a relaté tout ça, il n'est pas impossible non plus que les rats en question aient été en fait des salariés de TF1 déguisés en gros rongeurs, ce qui fausse malgré tout un peu l'analyse).
Content d'apprendre, en tout cas, qu'Omar Sharif n'est pas mort. Les dernières fois où je l'ai vu, il ne cessait de répéter que les courses, c'était son dada, aussi cette soudaine focalisation quasi-maladive sur l'idée de prendre son caddie pour faire ses petites emplettes ne m'avait-elle semblé augurer rien de bon quant à sa santé mentale.
Ben ?! Il est mort Omar Sharif ?
Taisez-vous, malheureux, il nous lit peut-être... Or, comme nous l'apprend Wikipédia, il n'a pas l'air d'être des plus faciles :
« Il avait été condamné en 2001 à un mois de prison avec sursis pour avoir donné un coup de tête à un policier dans un casino près de Paris. Il a également été condamné le mardi 13 février 2007 à deux ans de mise à l'épreuve par un juge de Beverly Hills en Californie, après avoir plaidé coupable d'agression contre un voiturier en 2005. »
http://fr.wikipedia.org/wiki/Omar_Sharif
Ça donne à réfléchir, non ?
Salut, Omar ! Très bien, l'interprétation de Youri Jivago. Non, non, vraiment.
Faut dire, on trouve plus de voituriers corrects.
Oui, et ne parlons pas des flics qui fréquentent les casinos. De vrais malotrus.
Rhaa, putain c'est bon !
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