Accéder au contenu principal

Articles

Affichage des articles du juillet, 2008

Un père, et passe

Comme absent, je regarde mon fils, il pétille, assis sur sa chaise. Il parle en riant, agite ses bras, chantonne, se perd dans une fantaisie incohérente, l’excitation électrique du soir qui tombe. Il me regarde, content, confiant. Moi je l’observe à mon tour, vide, paisible, sec, j’écoute une pensée flasque en le dévisageant, c’est un spectre, chien emmuré gémissant, plaintif, qui me suggère : et si tu lui envoyais une claque magistrale, un vrai coup qui l’enverrait s’étaler par terre ? En plein dans son bonheur rutilant, tout neuf ? Comme ça. Sans raison. Violence soudaine et gratuite. Juste l’impact d’une main, le poison de la vie. Juste, seuls, dans cette pièce, le bonbon liquoreux et immonde de l’existence. Tu imagines son incompréhension ? Son horreur ? Sa panique ? Cette totale trahison ? Tu imagines ? Les fondations de son être s’écrouler, comme ça, d’un geste de la main ? Tu imagines ce pouvoir que tu as sur cette chose ? Cette supériorité brutale, totale, réjouissante ? Que r…

La promenade des engueulés

Bien que je mène une vie de non-blogueur, ce titre d’article tourne dans mon esprit depuis quelques jours. Je suis à la limite d’appeler un exorciste pour me l’ôter du crâne, je me vois donc contraint d’y aller franco. Paf. Pouet.

Plusieurs choses me contraignent à sortir ce billet : tout d’abord, je vais bientôt être en vacances. Je vais alors devoir écrire le traditionnel billet : « ce blog est en pause ». Si je ne veux pas qu’on me réponde : « ah bon, mort de lol, parce qu’il était actif, ce blog ? » (les commentateurs emploient souvent ces termes, « mort de lol », c’est toute la différence entre eux et moi). Je suis donc contraint, par dignité, de me fendre d’un semblant d’activité. Tags, Kékés, très beaux billets, minimum syndical.

(Compay) Secundo : j’ai dit en commentaire que je vous épargnais ma prose du moment, par un sursaut de dignité, c’était pour rigoler, bien sûr ! Ah ah. Mort de lol. Je le fais par solidarité avec Dorham, qui, revenu au temps des boums où il utilisait son…

le globicéphale

Quand j’ai vu ce nom sur la fiche descriptive, face au squelette figé dans les airs, j’ai pensé : bon sang, quel mot fabuleux ! Le globicéphale !

Depuis hier, je l’emploie à la moindre occasion. Regarde, c’est beau comme un globicéphale. Kéké, tu veux jouer au bonhomme globicéphale ? Allez, au bain, petit globicéphale d’amour, envoie des ondes au loin avec ton sonar.

Le globicéphale, ou « dauphin pilote », a une grosse tête globuleuse. En bref, avec son front proéminent plein de graisse, il envoie des bips au loin, qui lui reviennent modifiés en cas d’obstacle. Ce qui compense sa vue déficiente. Ne dit-on pas miro comme un globicéphale ?

Nous sommes allés voir l’exposition « incroyables cétacés » à la Grande Galerie de l'Evolution. Dans une ambiance obscure, parmi le son étrange des baleines tristes, Kéké nous a supplié dès la première minute de rentrer à la maison. Il avait la trouille. C’est vrai que ces grands squelettes de cachalots, suspendus dans les airs, nous toisant comme de…

Le bonhomme doigt

Ah ! Terrain vague de l’enfance, où il n’y a rien, et où on l’on construit tout frénétiquement, sans lassitude ! Sans lassitude. On répète les jeux. Répète. Répète. Je m’assois à côté de Kéké, il me demande : « Papa, tu fais le bonhomme doigt ? »

Le bonhomme doigt, c’est mon index et mon majeur qui font les jambes. C’est un être grotesque, une patte plus longue que l’autre, Quasimodo de main, claudiquant sur le canapé. Avec deux genoux dans chaque membre. Il est toujours disponible, à portée de main, évidemment. On ne l’oublie jamais. Kéké le convoque : « Bonhomme doigt, on monte sur la montage ? On descend la montagne ? On monte sur la montagne ? On descend la montagne ? ». Le bonhomme doigt est infatigable, contrairement à moi.

« Papa, tu fais le bonhomme doigt ? » Ah ! Candeur de l’enfance ! Non, j’ai pas envie. Pause. « Papa, tu fais le bonhomme doigt ? » Bon, d’accord. Le bonhomme doigt est le témoin émerveillé et attentif. Ah ! Plaisirs simples de l’enfance ! Regarde, bonhomme doi…

Portes automatiques

Au début, je l’aimais bien, cette porte automatique. J’arrivais avec un pass, comme dans Star Trek. Ou le FBI. Je passais le badge sur le détecteur, la porte en verre s’ouvrait, coulissant en silence. Je rentrais, en me la pétant intérieurement.

C’est beau, un sas qui s’ouvre. Automatiquement. Un touriste égaré venant de nulle part avec son gros appareil photo n’aurait pas pu faire ça. Le gardien serait venu le voir, que faites-vous ici, monsieur ? Vous avez votre pass ? Puis il l’aurait entrainé dans un coin pour le tabasser sale touriste de merde qu’a pas son pass de sécurité. Puis tandis qu’il lui aurait infligé une correction bien légitime, il m’aurait dit entre deux coups de pieds : bien le bonjour monsieur Balmeyer ! Le détecteur. Bip. Pssh. La porte de s’ouvrir. Et bonne journée !

C’était l’averse. J’arrivai en courant avec mon café, devant le sas. J’avais rangé mon pass dans une poche. Je me mis à jongler avec le gobelet pour le retrouver. En vain. Le gardien : alors, votre pass…