samedi 29 novembre 2008

Les filles s'en vont

Décidément.

Quatorze et demi
.

Quinze.

Quinze et demi.

Seize.

Tout fout le camp, surtout les jeunes filles.

Ce week-end, ma chère Araignée est absente. C'est un week-end d'hommes, des hommes, des vrais. Comme on en fait plus. Ca va pulser de la testostérone. Je suis seul avec Kéké.

Mais ne vous inquiétez pas. J'assure. Comme il est allergique aux produits laitiers, je ne vais pas prendre de risque. Pizzas. A tous le repas. Tomate et fromage, ça ne risque rien.

Bon, je vous laisse déjà, Kéké met les doigts dans les prises, ça fait quinze fois que je lui répète, mais cet enfant n'écoute pas.

Sur ce, au lieu d'écrire des bêtises, je vous laisse en la charmante compagnie des liens d'au dessus.

jeudi 27 novembre 2008

La vie sauvage

Il tape sur des claviers et c’est le numéro un
Dans son île on est fou comme on est informaticien
Sur radio Javascript il a des copains
Il fabrique ses programmes et ça lui va bien !
Il tape sur des claviers il joue pas les requins
Tahiti touamotou équateur c’est pas trop dans son coin
Y’a des filles de partout qui lui veulent du bien (sur sexe point com)
Lui la gloire il s’en fout et ça va et ça vient !


Lalanne dit d’un ton outrageusement docte : tu sais que dans certaines tribus primitives, les gens boivent leur propre urine pour se soigner ? Kevin, le stagiaire, incrédule : tu dis ça pour me faire marcher, il tord la bouche exagérément, on dirait qu’il découvre un gâteau aux blattes pour son anniversaire. Ah non, c’est pas possible de boire sa propre pisse, non, c’est juste pas possible. Si, si, poursuit doctement Lalanne, il y a une grande marmite pour tout le village, chacun y va pour se soulager, et quand le soir tombe, et que la marmite est bien pleine d’urine, le medecine man danse autour en injectant la force des esprits dans l’urine communale, et tout le monde fait la queue pour y boire un godet, ceux qui ont un rhume en boivent deux, ceux qui ont mal à la tête trois, etc. Les femmes qui ont leurs règles en boivent une douzaine, mais c’est peut-être que leur mari ont les boules alors ils se vengent. Et ça marche, ceux qui sont pas adaptés meurent rapidement, les autres survivent, et deviennent plus fort.

Kevin ne répond même pas, il tourne la tête vers le fond d’écran de son écran, ferme rageusement une alerte de sexe point com et cherche l’oubli dans le travail. Trois quart d’heure après il murmure : boire sa propre pisse, non, c’est vraiment pas possible. Il travaille ainsi toute la matinée, avec acharnement, secouant de temps en temps le crâne, maudissant ces tribus de sauvages.

Une heure étant passée, Hermann lâche : et puis bonjour l’haleine.

Tu imagines, poursuit son voisin aussitôt, des indiens dans la jungle qui boivent du pipi à longueur de journée, au bout de quelques années, l’horrible haleine de pisse qu’ils se tapent. Les dents toutes jaunes, le sourire, sympa. Mon Dieu mais quelle horreur, préservez-moi d’être un sauvage, un jour. Lalanne, toujours outrageusement docte, commence : mais l’urée a paraît-il des vertus... Hermann le coupe immédiatement : non, mais certains le font juste pour le plaisir, juste parce qu’ils trouvent ça bon. Hein, Kevin, le désignant de l’index, toi tu boirais pas ta pisse juste pour le plaisir ? Kevin, bondissant sur sa chaise, Kevin révolté, Kevin écoeuré, Kevin outragé, mais Kevin libéré : non, jamais de la vie ! Jamais de la vie je ne boirai ma propre pisse ! Je ne suis pas un sauvage ! Ce n’est pas possible ! Juste pas possible ! Il y avait tellement de conviction dans la voix, c’était touchant. Plutôt me désabonner de sexe point com que de boire mon pipi ! Mais ça, il ne le prononça pas tout haut.

Remarque, fit Romain, une heure plus tard, le silence finalement revenu, l’haleine, c’est un bon moyen de contraception. Tu imagines, les indiens amoureux dans la jungle sauvage, qui se roulent une pelle après le médicament du soir, et qui mélangent la salive et le pipi, font : bon, et bien si on priait les esprits des ancêtres au lieu de se tripoter, tu crois pas que c’est une riche idée, tiens, tout compte fait, maintenant qu’on en parle ? Remarque, hasarde, songeur, Hermann, c’est comme si tu faisais tout le temps des 69. Kevin cherche rapidement un câble USB autour de lui pour se pendre avec, afin de faire cesser les horribles images qui se dessinent dans sa tête, chargée de terribles scènes de sexe, d’urine, de point com, de mygales et de poulets égorgés sous les palétuviers.

Plus tard, il se lève, puis dit, s’excusant, troublé, je vais aux toilettes. Il pense très fort, encore un godet que ces putains d’indiens ne boiront pas, sans doute. Hey Kevin, interrompt Hermann, tu vas pisser ? Ben oui, répond Kevin. Ok, fit Hermann, d’un ton neutre, toussotant, il ajouta : tire pas la chasse, au fait. Je sais pas ce que j’ai, je crois que je couve un truc.

mercredi 26 novembre 2008

La petite sardine

Kéké vient me voir, il rampe au sol, près du lit : « protège moi papa ! Je suis la petite sardine ! » Je le hisse sur la barque, il continue : « regarde, un requin-minou qui me poursuit ! »

Le requin-minou est allongé sur le sol, féroce prédateur orange des mer, chasseur cruel et sanguinaire, il feint la léthargie, en ronronnant, étalé, inerte, mais c'est pour mieux tromper ses proies, les pauvres petites sardines, qui abusées par cette apparente bonhommie se laissent dévorer atrocement, par surprise, puis meurent en agonisant, ou agonisent en mourant.

« Regarde, continue Kéké, le requin-minou va nous attaquer ! » Nous tremblons de peur, blottis dans la barque, sous la couette, tandis que le terrible animal nous dévisage de son œil vert, maraudant autour de nous, se rapprochant peu à peu, mais sans vraiment se déplacer en fait, ronronnant juste au sol comme un gros chausson au pomme. Puis le requin-minou se lève, s'étire infiniment, fait le dos rond, et s'en va lentement, roupiller dans la pièce à côté.

Nous sommes soulagés. La menace est écartée, maintenant. Mais Kéké se penche au bord du lit, et trouve un nouveau danger : « regarde papa, le requin-chaussure ! Il va nous attaquer ! »

Le requin-chaussure attend, tapi dans l'ombre, sa bouche démesurée grande ouverte, pleine de lacets. Il patiente, inerte, objet inanimé, mais c'est pour mieux tromper ses proies, les pauvres petites sardines. Papa protège moi ! Le requin-chaussure va nous attaquer.

Comme la vie est dure pour les petites sardines.

Il y a trois ans, nous avons péché non pas une petite sardine, mais une petite crevette. Je la décortique tous les soirs avec toujours autant d'appétit. Bon anniversaire Kéké !

[image : source]

mercredi 19 novembre 2008

Canalisations et cloisons

Parfois, c’est le silence, chacun tape sur son clavier, il me semble que l’on s’endort au bord de l’eau en écoutant une douce fontaine qui ruisselle sur les galets, sauf que non. Quand on se lève de la chaise, on passe derrière des écrans, le collègue cache rapidement le site rempli de publicités sur les casinos gratuits et les sexes point com pour contempler un fichier Word vide, avec un curseur qui clignote au début de la page.

Le collègue dit : c’est dur, la documentation, je n’ai pas d’idée, je tape depuis une heure, mais là je viens de tout effacer, j’étais vraiment pas satisfait de mon travail, que je suis intransigeant envers moi-même, du passé faisons table rase. Une fenêtre de chat apparaît alors, kikoo ça va tomate75, puis une autre qui surgit d’en haut en vibrant, le service « copain en ligne » qui déclenche son alerte dans la barre des tâches. L’opérateur, déglutissant, ferme, l’air détaché toutes ses fenêtres impromptues, une à une, puis éteint l’écran, tout d’un coup, il dit : je sais pas ce que j’ai, je suis complètement fou peut-être, des fois j’éteins l’écran comme ça, hop, en plein travail. Et l’ordinateur aussi, hop, il donne un grand coup de pied dedans, la machine bascule, produit un bruit de taule en se renversant, je suis complètement fou, dit-il, je ne sais pas ce qui me prend. Puis il se croise les bras à côté de son poste disloqué.

Le plafond est parcouru de canalisations, on entend un bruit permanent, une sorte d’immense ventre qui gargouille ; je regarde par la fenêtre du soupirail, je me dis que c’est nous que l’on digère, là, comme des chips, dans le grand estomac souterrain. Parfois le gargouillement devient trop intense, nous haussons les yeux, curieux, la climatisation casse, et un filet d’eau coule entre nos écrans. C’est embêtant. Nous nous levons, l’eau qui surgit du plafond, c’est la folle sauvagerie de la nature faisant irruption, atroce, il ne manque plus que des loups entrent par le soupirail ou que les ficus se métamorphosent en plantes carnivores, sautillent dans leur pot pour venir nous manger. On se cache tous derrière le chef : chef, protégez-nous.

On se raisonne. C’est juste de l’eau qui coule du plafond, après tout. Ça arrive. Quelqu’un dit : il faut faire quelque chose. J’ai lu dans un forum qu’il y a quelques années, aux Etats-Unis, de l’eau s’est mise à couler d’un plafond, et que tous les gens sont morts noyés dans la pièce, dans d'horribles souffrances. Ils envoyaient des textos, le nez contre le plafond, dans la salle presque inondée : je t’aime maman. Un autre ajoute : peut-être qu’ils étaient occupés à jouer à WoW, ils n’ont pas vu le temps passer, ils se sont dit : ok, l’eau coule du plafond, ok, on évacue, mais je termine juste la partie, juste, juste une petite minute, attends, je ramasse le sac de pièces d’or, attends, je, et paf, noyés. Mais ça arrive.

Il parait encore qu’en Corée, un type est resté un mois à jouer à Starcraft sans boire ni manger, dans son propre bureau, et que personne ne s’en est aperçu ; on lui disait bonjour, bonsoir, il décomposait à vue d’œil, à son poste, dans l’horrible souffrance de la mort, et les autres, tiens déjà au bureau, matinal en ce moment ; tiens encore là, bon courage à demain, quel courage Hakiko quelle abnégation, et en fait on s’est rendu compte qu’il était mort quand son chef a reçu un coup de fil avec une voix surnaturelle qui disait : je suis l’esprit du réseau mondial, et votre collègue en face de vous est mort, je corresponds avec lui par le chat de l’au-delà, son âme est coincée dans un proxy magnétique, et quelqu’un l’a poussé pour voir, ho hé, ça va Hakiko ? et il est tombé en poussière, immédiatement, par combustion spontané. Chez lui, il n’y avait étrangement plus aucun meuble, l’appartement était vide, avec juste une inscription sur le papier toilette : UFO was here.

Le technicien de la climatisation arrive. Que se passe-t-il messieurs ? La climatisation est en panne dit le chef. De l’eau coule du plafond, ajoute avec zèle Lalanne, un collègue caché derrière lui, désignant le jet tombant s'écoulant paisiblement, entre nos écrans. C’est une vraie petite fontaine qui ruisselle, cette fois, le doux clapotis de l’eau. L’envie me prend de m’allonger sur la moquette grise et de siffloter, de faire la sieste. Peut-être faire des ricochet sur l'eau qui monte, avec de vieilles disquettes. Tu imagines dit Kevin un stagiaire, si c’était les canalisations des toilettes qui avait lâché, puis palissant : on aurait été noyé par... par notre propre merde, conclut-t-il, frissonant. Terrible ! Chacun se regarde la bouche ouverte, subjugué par cette hypothèse baroque.

lundi 17 novembre 2008

La grande touillerie aux spatules considérables

Près de la machine à café, on a rangé un type qui est là, toute la journée, à touiller son café. Ça aurait pu être moi, sauf que c’est lui. Pas de chance pour lui. On l’a posé ici, j’imagine, pour faire le figurant dans ma vie. Il porte des lunettes, elles sont très carrées, et grandes, il a aussi de grandes oreilles. Je n’ai rien contre les grandes oreilles, honnêtement, c’est juste qu’il est là, un peu vouté avec des grandes oreilles, son petit duvet de moustache, à touiller son café.

Quand j’arrive, il me regarde les lèvres pincées, absent, muet, un vrai sphinx, il doit peut-être m’en vouloir terriblement de figurer comme ça, dans ma vie, il aurait préféré la vie de Brad Pitt, peut-être, à touiller des mojitos dans des palaces, avec non pas une petite touillette transparente mais un grand bâtonnet vert surmonté d’un cocotier copacabana. Il faudrait que je lui dise, on verra à Noël, désolé mon gars, c’est pas moi qui décide, pour tout ça, moi de montrer du nez les murs préfabriqués.

La machine à café est souvent en panne. Par exemple, il n’y a plus de gobelet. J’entends le cliquetis familier du gobelet qui tombe, sauf qu’il ne tombe pas. Quand ce triste événement se produit, je sais que j’ai perdu mon argent, alors je m’accroupis et je regarde rageusement, avec intensité, le poing serré, le café tomber directement dans l’évacuation, je profite tout de même, à fond, du petit bruit de torréfaction discount, du bip satisfait qui indique « boisson préparée », et puis rien, moi de partir d'un rire sardonique avec mon nez aquilin. Et je médite un peu sur le temps qui passe.

Je dis, à l’usage de mon ange-gardien, j’espère que cette satané machine n’est pas en panne ! Il lâche - autant que faire se peut avec des lèvres pincées, un petit sourire pincé. Il doit me maudire de me constater juste là, figurant dans sa vie de touilleur ; c’est peut-être un bouddhiste du café, il est juste à trente secondes du nirvana quand soudain je surgis, je casse tout, systématiquement, en hasardant d’un ton faussement détaché d’ours puant dans un salon de lingerie : j’espère que cette satané de machine à café n’est pas en panne.

Parfois, je songe à modifier mon apostrophe : j’espère que cette saloperie de machine à café n’est pas en panne. Je le scrute, pour voir sa réaction. Il touille toujours son gobelet, vide, le regard opaque derrière ses grandes lunettes. Il se dit dans son crâne, celui qui se trouve coincé entre ses deux grandes oreilles, je ne ferai pas ça toute ma vie. Puis plus tard, je continue : j’espère que cette saloperie de merde de machine à café pour les connards n’est pas en panne. Je m’approche de lui, je susurre entre les dents serrées : ...pour les connards. J’ai bien dit pour les connards. Il ne dit rien, il vient de jeter son gobelet, il continue de touiller l’air avec la petite spatule translucide qui me fait penser à une aire d’autoroute.

Un jour j’arrive, il est là à attendre les mains dans les poches, le regard perdu au loin dans le vague, comme s'il se prenait pour Arthur Rimbaud, je suis sur le point de dire : j’espère que cette machine à café pour les sous-hommes aux grandes oreilles qui sucent des sorbets à la merde de chien crevé n’est pas en panne, mais je me tais. Je prends mon café. Je le touille, et je ne quitte pas le réduit où ronronnent les distributeurs de boissons et de petits gâteaux, je reste un instant là, les yeux baissés. Toujours les mains dans les poches, il dit comme ça, pour rien, pour lui : ça, c’est vraiment du café pour les types impuissants. Puis il s’en va. Je reste planté avec mon café. Je ne sais pas, je le touille, je pourrais touiller des gens aussi, des tas de gens dans mon petit gobelet qui crient, implorent : non ne me touille pas maître de l’univers ! Hin hin, c’est comme ça, c’est moi qui décide, gens, tiens je te touille ça t’apprendra.

Puis je lui cours après, furieux : Non ! Non ! Non ! Alors là vraiment je ne suis pas impuissant, pas du tout, et je peux te le prouver quand tu veux, alors là, je trépigne, je pleure presque, mais il a disparu.

mardi 11 novembre 2008

Le retour du bonhomme doigt

Le weekend, c’était le retour du bonhomme doigt. Le bonhomme doigt, et les petites voitures.

Le bonhomme doigt regarde passer la petite voiture de Kéké, il s’extasie car elle va très vite, puis la voiture fait demi tour, et passe encore devant le bonhomme doigt qui s’extasie car elle va très vite, je baille, puis elle fait demi tour encore et passe devant le bonhomme doigt. Les enfants aiment l’humour à répétition, mais en fait, pas vraiment l’humour, surtout la répétition.

Z. m’interpelle : et si on allait au Parc ? Je lui répond, poussant un énorme soupir d’ennui : « Oh non, franchement, s’il te plaît, je viens de faire le bonhomme doigt toute la journée, je suis éclaté ! »

Là, Kéké me regarde attentivement, il dit, avec un grand sérieux : « mais papa, c’est bien de faire le bonhomme doigt. »

Je ne sais pas trop s’il me corrige ou m’informe, ou s’il m’interroge. Il regarde sa main, alors, son propre bonhomme doigt, il le toise avec étonnement. Il se demande peut-être si c’est nul, de faire le bonhomme doigt. Je le découvre d’un coup, il a vite grandi, il a trois ans, dans quelques jours. Hier, ce matin, tout à l’heure, il pesait cinq grammes, je le portais avec embarras, il était blanc et rouge comme un filet mignon juste tranché.

Aussitôt, le voyant silencieux, et ne sachant pas comment interpréter son silence, s’il est déçu, je panique : je l’imagine adulte, tenant un blog, en prison, un blog nommé « ce père qui ne m’a jamais aimé », où il raconterait chaque jour comme il fut rejeté par cet homme, le Père, ennuyé, froid, indifférent, bayant aux corneilles, et son vain cri d’amour dans la nuit, tel Guillaume Depardieu, tourmenté, boitant, emporté par la maladie, et moi me tenant ma propre main dans un désespoir sans fin : j’aurais dû faire le bonhomme doigt ! C’était si facile ! J’avais tout à portée de main ! Les doigts ! Le bonhomme !

Aussitôt, je produis un démenti pour Kéké, très sérieusement, je prends la voix qu’ont les pères dans les feuilletons de France Trois, posée, responsable, comme si j’avais cinq enfants à côté façon famille d’accueil, je dis : Kéké, j’adore faire le bonhomme doigt. Pause psychologique. Le bonhomme doigt, c’est le plus beau jour de ma vie. Je sors de ma veste des photos de mes vacances à Leningrad : regarde, Kéké, ça c’est moi en vacances, à Leningrad, avec le bonhomme doigt. Je montre mon alliance, sur ma main gauche : regarde, ça c’est le pacte de l’alliance de l’homme et du bonhomme doigt. Ils sont ensemble pour l’éternité.

Dans le métro, ce matin, j’y pense. Il n’y a pas grand-chose à faire. Ça tourne en boucle. Alors, je remue, une fesse, puis l’autre, comme assis sur un hérisson. Je retourne l’idée dans tous les sens. Peut-être devrais-je lui offrir une paire de gants, pour son anniversaire, il comprendrait que j’aime et je protège les bonshommes doigts du monde entier ?

Demain, je me dis, c’est le onze novembre, c’est un jour férié. Je serai à la maison toute la journée. Méditant toujours, je poursuis, solennellement : main, demain, souviens-toi, les poilus, les tranchés, le chemin des Dames, les millions de bonshommes doigt tombés pour la France dans la froidure et la mitraille, loin de chez eux ; pour eux, ma main, tu tendras le majeur et l’index, et tu monteras sur la cuisse pour aller au sommet de la montagne, et regarder l’horizon plein de petites voitures, et tu recommenceras cent fois sans te plaindre. Sans bailler. Bonhomme doigt, pour toi, demain, ce n’est pas un jour férié.

vendredi 7 novembre 2008

Insignifiantes fins du monde

Elle habite une petite maison charmante. Elle a trois enfants, et un mari. Le mari n’est jamais là, il rentre tard, il a un travail important. Les enfants ne sont jamais là, ils ont des études importantes, des fêtes mémorables, des vies remplies. Le mari, le soir, entre deux monologues, met le linge sale dans la panière de linge sale. Les enfants rentrent dormir, ils ouvrent les placards de la cuisine et prennent des biscuits, il se servent un verre de jus de fruit, il y en a toujours, puis s’affalent dans le canapé et regardent des centaines de chaînes du satellite, exténués par leur vie captivante. Ils mettent leurs habits à la mode dans la panière avant de s’écrouler dans leur lit. Elle prend la panière de linge sale, lance une machine, elle ramasse le linge sec, le repasse, le plie, le dispose bien proprement dans les placards. Tout cela sent bon, une tendre bonne odeur d’ordre, de confort, de maîtrise. Le matin, le mari important se lève, il ouvre le placard de la cuisine, prend du café, des biscottes, il n’en manque jamais, et commentant l’actualité comme un vrai connaisseur, il enfile ses affaires bien repassées, boit son café, et part travailler.

La maison est vide. Elle fait du ménage. Elle lave les vitres, puis les lavabos, puis s’occupe des fleurs dans le jardin. Elle s’assure qu’il ne manque de rien, le jus d’orange, le café, les biscottes. Chaque placard est ouvert, et en un coup d’œil, elle sait. Elle repasse un jean troué du grand, elle ne le recoud pas, la dernière fois qu’elle a recousu des jeans troués, elle s’est faite enguirlander, et en rêvant, elle fait passer le fer brûlant sur le grand A, comme Anarchie. Le pantalon nihiliste est plié et sent la lavande. Quand tout est fait, elle s’assoit, vidée. Elle n’a pas envie d’ouvrir un magasine, elle hésite à prendre un livre. Elle pourrait aller sortir le chien.

Elle décide d’ouvrir un blog.

Elle commence, hésitante, à rédiger de courts poèmes, qui ne riment pas tout le temps. Elle en dit peu, c’est une pudeur, car elle aurait tellement à dire. Elle parle du temps qui passe, du printemps revenu, des merles, de la tristesse, des journées un peu ternes, de l’enfance perdu, de l’été revenant ; elle met une image de fée, une photo de lutin. C’est amusant, ce petit judas inversé, pour que le monde nous découvre lorsque nous sonnons à sa porte. Soudain, elle a un commentateur. C’est un inconnu, un être d’ailleurs, qui vit dans une vaste ville lointaine et qui lui dit qu’elle a beaucoup de sensibilité. Son cœur s’emballe. Elle répond très humblement qu’elle ne mérite pas un tel compliment, qu’elle est une femme très simple, et qu’elle fait tout ceci sans prétention. Elle est très fière.

Elle y songe en rangeant la paperasse.

Elle s’y remet le soir même, emballée. Le mari rentré parle des implications complexes des affaires étrangères, elle opine, toujours, et regarde, distraite, un bouquet de fleurs, tandis qu’il poursuit son pensum pour les murs, elle s’imagine déjà comme ce bouquet si simple pourra humblement faire, peut-être, un article pour son blog, avec, éventuellement, cette même sensibilité.

Un jour, elle en assez de s’occuper de la panière de linge sale. Les enfants, le mari, embarrassés, trouvent la panière débordante, ils tentent malgré tout d’y glisser le linge, qui tombe, ils le tassent de toutes leurs forces, disposent le couvercle de travers. Un matin, un des grands dit : maman, il n’y a plus rien à se mettre, il est vraiment paniqué. Et alors, elle répond ? Tu vois le tas, là bas, tu le prends, et tu fais une machine. C’est aussi simple. L’autre ne comprend pas, puis il s’habille avec du linge qui sent mauvais ; il apprend à faire une machine.

Elle publie, on l’encourage. Elle a quatre ou cinq personnes qui lui ont laissé des compliments ! Plus que toute sa famille en cent ans. Quelqu’un la place dans sa liste de liens, elle se confond en remerciement, et fait de même. C’est un frémissement, ce bruissement d’amabilités, c’est comme un succès en train d’éclore ; une autre vie, une vie masquée, une fête en sourdine, la nuit. Ils sont plein de promesses, ces autres. Ils viennent à elle, spontanément, deviennent presque, comment dire, fidèles, comme des histoires d’amours qui commenceraient juste par ça, par rien, par la fidélité.

Elle observe attentivement, avec un émoi grandissant, les visiteurs qui la visitent. Leur nombre est suffisamment raisonnable, elle peut les reconnaître, les recenser. Elle pourrait faire l’appel. Elle va commenter aussi les autres blogs, comme au temps des salons sous le second empire, elle parcourt ses amis. Toujours, elle laisse des mots, gentils, pudiques, sensibles, elle remercie les autres d’exister, même loin, même ailleurs, même ténus comme des noms d’oiseaux improbables. Ils la remercient, un compliment de sa part, elle qui a tant de sensibilité, c’est un beau cadeau.

C’est une fête permanence de découvertes. Tout le monde découvre tout le monde, et se félicite de se déballer tels des cadeaux, tous plus sensibles les uns que les autres. Elle dit, elle pense, en plaisantant : la concurrence est rude ! Elle fréquente leur quartier, assidûment, fidèle au poste, avec ardeur, mais sait se faire discrète, en dire peu, elle aurait tant à dire, mais elle se fait silencieuse comme si elle avait un trésor ou une malédiction connue d’elle seule.

Ils vont, ils viennent. Certains se font rares. Elle est la plus fidèle de tous, c’est à dire, que les autres, peut-être, sont moins fidèles, en comparaison. Quand ils reviennent, elle leur dit d’un ton doux-amer : vous revoilà, tenez. Vous n’étiez pas venu, j’ai pu voir, depuis un moment ! Elle est indulgente, magnanime, elle sourit, elle comprend. Puis ils viennent encore, et leur dit d’un ton amer, doux aussi, un peu, merci d’être revenu, il ne fallait pas, puis elle plaisante, ne vous forcez pas quand même, moi je ne vaux pas grand chose, je suis dans mon coin, ignorée, mais je m’y sens chez moi, dans cette ombre, je la mérite, sans doute, je ne suis pas de la tribu solaire ; ce n’est pas important tout ça, c’est juste un cirque, chacun fait bien ce qui lui plaît, et lit qui il veut lire.

C’est sûr, elle n’a pas leur talent, à tous les autres, qui s’interpellent, s’apostrophent, avec tant de facilité et d’humour, avec tant de brio, elle, c’est une créature du néant, une mère au foyer – il en faut bien ! - elle est fille de la nuit et de l’oubli ; mais qu’importe. Ils se font des symboles complices, se jettent dans les bras l’un à l’autre, avec de comiques effusions. Elle, elle est comme elle est. Elle parle de l’hiver revenu. Elle observe les visiteurs, s’attristent de ceux qui ne reviennent pas, qui, pourtant, ont expressément mentionné sa belle sensibilité, chez elle, en son temps. Elle se demande pourquoi ils reviennent de loin en loin. Ils ont exagéré leur enthousiasme, sans doute, ou n’étaient pas sincères, ils ont parlé sans savoir, ils se sont emballés, ils ont eu leur toquade un soir, ces individus lointains, si ténus, si peu denses. Un peu immatures, inconséquents ; des enfants. Elles parlent des saisons, qui s’en vont qui reviennent, puis elle parle surtout des autres qui s’en vont, qui reviennent.

Les autres entre eux rient de plus belle. Ils se pensent dans un banquet païen, sans doute, elle, elle est consignée, seule, à la table des enfants, loin de la fête, et trépigne. Elle se tait. Pourquoi parler ? Pourquoi se plaindre ? Qu’ils rient. Ils verront bien, un jour. Ils comprendront, le vide du monde. Ils pleureront, mais ce sera trop tard. Elle dépose un gentil mot, un peu amer, et reste devant son écran, à attendre par email la réponse à son commentaire, elle clique sur rafraîchir, machinalement, elle clique encore, désespérément, mais rien, elle continue à lire d’autres espaces roses et noirs, laisse un mot, encore, et attend ; elle attend des récoltes fraternelles de ses mots semés chez les autres. Mais ils sont absents, les autres, ils se taisent, ou l’ignorent, ou, peu assidus, s’occupent à autre chose que de répondre. Ce sont des gens de peu de réalité. Ou, vaniteux, ils n’ont que faire des autres, ils s’en moquent, de leur humble existence, de leur sensibilité. Ils ont leur vie pour eux, leur vie égoïste, leur corps bourgeonnant autour de leur nombril, leurs aventures superficielles, leurs histoires en toc qu’ils racontent, grotesques, pour amuser la galerie, qui s’amuse, comme une galerie, une galerie de l’évolution, sans doute, avec des squelettes de singe ; voilà ce qu’ils sont, des singes, des petits macaques avec leur blog ricanant ; ils se tripotent, et se nourrissent de poux. Ils se pensent amis, ils se font des serments risibles, mais ils ne sont rien. Rien. Elle clique sur le bouton rafraîchir, mais toujours pas de réponse, un nouveau mail, frisson, mais c’est une publicité de la Redoute, elle l’efface, dépitée ; elle a semé, pourtant, avec sincérité, avec sensibilité, humblement, et cette récolte a la vanité, le culot, d’être stérile. Elle est comme flouée. Comme trahie.

Les masques tombent, sans doute. Son écran est vide. Elle s’en serait doutée. Elle a eu tort, sans doute, d’espérer. Quelle comédie. Il n’y a pas de miracle, jamais. Elle a parlé des fleurs et des saisons. Elle aurait donné un bras, pour les autres. Eux, avec leur minable délire sur un monde à refaire, leur pinailleries sur les gouvernements, alors qu’ils sont incapables de voir la solitude noire quand elle passe, avec toutes ces saletés numériques qui leur bouchent les yeux, ces porcs vautrés dans leur fange de synthèse.

Elle parle dans un billet de sa tristesse, de son profond abandon. Elle lance sa petite bouteille à la mer, abominable mer où elle reste irréductiblement immergée pourtant, et aussitôt, à peine publié, elle rafraîchit encore sa boite à lettres. Son écran scintille, c’est un dîner aux chandelles hystériques, elle seule, en tête à tête, face au mutisme effroyable du monde. Elle veut les insulter, leur dire qu’ils ne sont rien, tous, elle voudrait les traiter de sales petits cons, pour qu’ils réagissent au moins, elle les regarde du haut du fond de son trou, elle les maudit comme un prédicateur à la veille de l’Apocalypse ; ils sont tous, et elle est seule, mais ils seront tous engloutis dans leur château de cartes, dans leur torrent d’orgueil.

Vous n’êtes pas sincères, leur dit-elle, l’index pointé vers l’écran, vous êtes des menteurs, des menteurs prétentieux, des hypocrites, vous vous aimez, mais vous ne vous aimez pas, et nous vous haïssons tous, moi et mes tourments, dit-elle, et ils répondent, bêtement compréhensifs ; je comprends ce que tu vis, il faut savoir passer à autre chose, tu sais, tes mots sont durs mais ils sont vrais, sans doute, disent-il, et je respecte ta douleur, et ils expriment ton mal être avec toujours autant de sensibilité. Quelle bande de clowns. Elle répond, touchée, quand même, aussi douce que son sermon était âpre, merci mille fois pour ta gentillesse que je ne mérite pas et qui me touche vraiment du fond du coeur. Si les autres pouvaient comprendre, eux. Mais ils ne le peuvent pas. Mais peut-être, que toi, le peux-tu, tu es différent, sois à la hauteur.

Elle regarde les visites, et ils sont partis, les autres, mais toujours là, voilà, en fait, ils viennent voir si la folle a pété les plombs, ils observent, curieux, voyeurs, vicieux, pervers, vautours, ils viennent voir ce qu’elle a encore raconté comme connerie, la folle, la vieille folle, celle qui déblatère toute seule sur internet, qui se répand, qui se disloque, ils viennent se repaître et rire de sa misère, et se payer une bonne tranche de rigolade.

Ils me disent, tu attends peut-être trop d’un tel carnet sur le web ; eux c’est sûr, ces monticules de médiocrité, ces morceaux de saindoux gentils, ils n’attendent rien, aucune exigence, aucune honnêteté, aucune rigueur ; ils sont aussi sensibles que les côtes de porc qui se décomposent, glaciales, les unes sur les autres, dans mon frigo pour le repas de ce soir. Ils ne pensent qu’à leur petite gloriole grotesque, leur petit style de branleur. Leur nombril gluant, suintant de leur semence auto-attendrie. Ils m’ont abandonnée. Ils m’ont menti. Ils m’ont trahie.

Elle déteste cet univers tout entier, intégralement, tout est hypocrite, corrompu, les avatars sont les horribles masques du mensonge. Elle voudrait bien le détruire, ce monde, le broyer, le pulvériser, ce nid de lâches. Un soir, comme on tire la chasse, elle détruit son blog. Elle le lance dans le néant, et avec lui, ses ramifications, ses liens tissés vers le reste ; le reste, tout vient avec. Chalut prodigieux rejeté à la mer, ses poissons asphyxiés - la chute entraîne tout, les rires, les symboles, les histoires étranges, les photos de famille, et ça s’évanouit, d’un seul coup. Il ne reste plus rien.

[source de l'image]

dimanche 2 novembre 2008

Les petites bottes (ou le non-dit)

Je n'ai pas vu beaucoup de films suédois, mais je sais quand j'en vis un.

Elle : Oh regarde ! Les petites bottes de kéké ! Range-les dans ce placard, tiens.
Lui : Mais pourquoi faire ?
Elle : Et bien, ça peut toujours servir !
Lui : Mais non, elles sont trop petites, ces bottes, elles ne lui vont plus ! On n'a qu'à les jetter à la poubelle.

(silence)

Elle : Tu n'es pas gentil.

samedi 1 novembre 2008

Les cuistots de l'espérance

Parfois, quand je termine un billet de blog, quand j’y ai passé du temps, et que j’en suis vraiment content, je me sens comme dans Barton Fink. Je tends les bras en l’air, en hurlant, les yeux exorbités : « je suis tout puissant ! » et j’ai envie de descendre danser dans des cabarets toute la nuit, les bras encore en l’air, à hurler : « je suis le Créateur ! je suis le Créateur ! ».

Parfois, je suis normal. Je suis, comme à midi, dans une vaste cantine déserte, à 14h05, face à trois saucisses roses et quarante-sept frites. Les tables vides s’alignent, c’est une sorte d’entrepôt pour manger, avec juste des brocs d’eau marron, interminables rangées des vases sans fleur. Je mange mes saucisses, en silence, et je trouve qu’à ce point là, ma normalité, ça ressemble vraiment à de la normalitude. C’est vertigineux, c’est même un peu grandiose, c’est presque extravagant, ce néant à la mi journée, tandis qu’un cuistot fatigué range les brocs d’eau dans un chariot, ça se dresse dans l’espace, c’est une pyramide, une obélisque, un Taj Mahal de normalité. Je me lève, j’arpente des couloirs blancs, sans croiser personne, à part des meubles où sont stockées des ramettes de papier. Dans ce labyrinthe, je me demande si la théorie de l’évolution n’est pas un vaste mensonge, s’il n’y a pas des bureaux aux couloirs blancs dressés depuis toujours, avec sur la moquette, des petits têtards qui se transforment en homme.

Parfois, quand je suis enthousiaste, j’oublie les débats alanguis sur les blogs, leur vacuité, leur vanité, les plaintes lascives sur les commentaires, et les courtisans, et la flatterie ; les yeux exorbités, les bras tendus en l’air de triomphe, je tape sur mon clavier (non, en fait, ça n’a aucun sens). Et les doigts posés sur mon clavier, plutôt, je tape sur mon clavier. Je pense au peintre qui fustigerait son pinceau, à cause d’une toile qui lui est impossible. Je pense aux peintres, qui, devisant dans un café romantique, parleraient d’envoyer tous les pinceaux dans des maisons de redressement, parce que le pinceau, c’est tellement prétentieux. Alors certains parleraient de peindre avec leurs mains, d’autres de se couper les mains, parce que les mains, c’est tellement prétentieux, d’autre parleraient non plus de peindre, mais de se pendre, parce que soi, c’est tellement prétentieux. Parfois j’y crois, je m’y crois, avec candeur, avec oubli, avec confiance.

C’est la marée haute, et puis c’est la marée basse. Après les métaphores, ce sont les métafaibles. Je me perçois comme l’individu sur sa planche à voile, dans une immensité de sable ; je me dis que descendre de la planche pour marcher me ferait avancer plus vite. C’est l’occasion idéale pour rendre un hommage au cuistot d’à midi.

A midi, j’avais très faim. Le cuistot, un jeune homme avec un calot blanc, a déposé deux saucisses dans le plat. Puis il m’a dit : « je vous en mets une troisième ? ». Emu, j’ai répondu : oui. Ce garçon aime son métier. Il n’est pas mesquin. Il est généreux. Cette générosité, c’est une force, c’est un printemps dans l’automne qui nous embrume. Puis il m’a ajouté des frites, non pas à côté, comme un petit tas ridicule de patates, mais au dessus, plein, dans toute l’assiette, des tonnes de frites, des montagnes de frites, en veux-tu, en voilà, comme des fondations miraculeuses bouchant le trou béant de ma faim pour y construire une nouvelle après-midi. Il m’a tendu l’assiette, magnifique, fabuleuse, et je l’ai remercié. Dignement, virilement, je lui ai dit : « Monsieur, passez un bon week-end ». Il m’a répondu : « Monsieur, vous aussi ». Nous nous sommes compris. Nous nous sommes regardés, Atlas momentanés de toute une civilisation. Cet homme là, c’est l’avenir de la France, du monde, c’est l’espérance.

Je te le dis solennellement : cuistot d’à midi, et tous les cuistots du monde entier, qui nourrissez les gens errant dans les bureaux déserts tandis que l’univers s’écroule, levons tous ensemble les bras en signe de triomphe ! Dansons dans les cabarets pour l’amour du travail bien fait, la science, la joie et l’harmonie ! Victoire ! Victoire ! Victoire !