vendredi 27 février 2009

Net interne

Elle regarde le bout du doigt du petit. Il est noir, juste sous l'ongle.

C'est étrange. Soudain elle s'inquiète. Elle consulte Internet, pour se rassurer, pour en savoir plus : "extrémité du doigt noire". Les résultats sont nombreux. Dans un forum, elle lit cette phrase rassurante : la plupart du temps, l'extrémité du doigt noire n'est pas du tout inquiétante, fort heureusement. Il existe cependant quelques cas assez rares où ce phénomène peut être interprété comme le début d'une grippe ou d'une scarlatine, ou d'une quelconque maladie respiratoire (rhinopharyngite, pneumonie, varicelle, mucoviscidose). Il ne faut donc pas s'en formaliser immédiatement, attendre un peu et au pire, consulter un spécialiste.

Ailleurs, une autre demande : le bout du doigt noir peut-il être dû à une bactérie, ou bien est-ce un virus ? Il existe, répond-on, diverses variations, et diverses éventualités, bactériologique ou virale ; on parle d'angine de la main, voire d'anémie ou peut-être de carence en magnésium (ou en fer) qui se manifeste par un assombrissement des appendices manuels, et parfois du pied. Il ne faut pas s'en inquiéter, mais faire une cure d'agrumes : oranges, mandarines, poires, pommes. Il faut être vigilant, et si vous notez sur un second doigt d'autres signes de noirceurs, la carence a pu se muer en staphylocoque sombre, ce qui est très difficile à dire sans avoir l'enfant sous les yeux, le mieux étant de consulter un spécialiste et de s'inquiéter après, éventuellement. Le médecin la plus part du temps diagnostiquera un simple diabète, de l'asthme ou de l'eczéma.

Le staphylocoque noir, ou ténébreux, a disparu depuis longtemps, il n'est pas exclu, ceci-dit, qu'il apparaisse à nouveau, sous un nom différent, ce que évidemment on ne crie pas sur les toits, étant donné l'implication de certains lobbies pharmaceutiques dans le renouvellement persistants des maladies. On a pu lire à ce sujet le témoignage sur les orphelinats de Roumanie où le staphylocoque noir était inoculé volontairement (notamment à des triplés), certains enfants évadés qui ont été retrouvés ont donné naissance à ce que l'on a appelé le fameux "mystère des enfants manchots des Carpates".

Le bout des doigts noirs, sous les ongles, est parfois dû à un manque d'oxygénation (ou "cyanose anaérobie"), fréquemment constaté dans les grandes métropoles polluées d'Amérique du Sud (Mexico par exemple), phénomène qui aurait tendance à gagner nos villes occidentales. La cyanose anaérobie, si elle n'est pas traitée à temps, peut conduire à un dessèchement de la main, voire à un détachement du membre au niveau du poignet, surtout pendant la nuit, tandis que chacun dort paisiblement. Evidemment, il ne sert à rien de s'alarmer si vous constatez ces symptômes inquiétants, le mieux est de garder son calme, d'attendre quelques minutes avant d'aller consulter un spécialiste le plus rapidement possible, surtout si l'enfant perd un doigt (par exemple si le doigt se détache quand l'enfant se gratte le nez et qu'il reste coincé dans la narine, le pire étant qu'il s'obstrue les deux voies respiratoires en se curant des deux mains, dans ce cas, l'enfant peut s'asphyxier avec ses propres phalanges, ce qui est rarissime, mais observé parfois).

Si l'on veut être exhaustif, il ne faut pas oublier de mentionner le cas, fort rare heureusement, où le symptôme de cyanose anaérobie digitale de type sombre se révèle être en fait un CITC (cancer invasif total du corps), forme de tumeur radicale apparue vers 1986, lors de la mise en vente des pommes ukrainiennes sur le marché européen peu de temps après la catastrophe de Tchernobyl. Cette maladie est peu diagnostiquée, mais emporte en général le petit enfant en quatre ou cinq jours, suite à un pourrissement éclair des os, des muscles et des organes, tandis qu'il se roule à terre, pâle, implorant en vain : "maman, maman". Le mieux est de surveiller les selles. Si elles sont marron clair, il n'y a pas d'inquiétude à se faire, pour le moment. Si elles commencent à être marron foncé, et non moulée, cela peut-être une gastro-entérite, bien sûr, une simple lèpre intestinale ou justement un cancer éclair. Il faut être dans tous les cas vigilant, se laver les mains souvent, être attentif au comportement de l'enfant. S'il a souvent sommeil, son organisme peut être déjà affecté par la maladie qui l'épuise inexorablement. Au contraire, s'il n'a pas sommeil, c'est peut-être signe d'une douleur neuronale et nerveuse, dans les deux cas, la vigilance s'impose, sans s'alarmer outre-mesure.

Le spécialiste, en général, lorsqu'il est consulté, dit : c'est de la terre, sous les ongles. De la terre que l'on attrape, par exemple, en mettant les mains dans la terre. Avec un cure-dent, la terre disparaît, et l'enfant est guéri.

lundi 9 février 2009

L'abri

Nous mangeons des petits gâteaux, Kéké est sur mes genoux, sa tempe contre ma tempe. Nous sommes silencieux, et fatigués, une nouvelle semaine commence. Nous nous tenons chaud, c'est comme si rien ne pouvait nous arriver.

Les nouvelles semaines poussent comme des mauvaises herbes, il faudrait tout raser, cela semble possible, même inoffensif, puisque nous sommes là, un peu comme à l'abri. Il y a une idée de cabane, une idée du drap chaud qui, nous couvrant tous les deux, nous protègent des monstres. Il y a une idée de vasistas, la fenêtre hermétique où l'on voit le chaos du ciel venir se désintégrer à nos yeux, tandis que nous ne risquons rien, que nous sommes derrière à sourire, nous sommes dans du coton, un abri fait de nous-mêmes.

Dans dix mille ans nous ne serons plus rien ; dans le magazine, je vois les moines de Palerme, leurs momies se tiennent droites et leurs yeux sont vides, certains ont encore leur couronne de cheveux, et leur calvitie apparente. D'autres n'ont plus rien, une calvitie intégrale en fait, une calvitie des cheveux, de la peau, le temps les a poncés. Ils sont sanglés dans leur linceul et se dressent dans des alcôves, la tête penchée, le menton – parfois tombé – posé sur leur poitrine creuse. Il font la queue. Ils forment un chœur étrange. Ils ont leur ventre rempli d'herbes, mais ça doit sentir mauvais quand même, j'imagine. Leurs âmes de moine sont dans la félicité des astres, mais dans le souterrain, ils font toujours une procession. Derrière eux, court sur tout le mur une petite goulotte où doivent circuler des fils électriques, pour éclairer les catacombes.

Parfois il me semble passer ma vie à ça, mettre des fils électriques derrière des cadavres. J'emmitoufle mon fils. Il a trop de cheveux. Il en a de partout, qui bouclent dans tous les sens, bien plus de cheveux que les moines embaumés de Palerme. Dehors il fait froid, je le protège. Nous y arriverons, nous arriverons à tout, et tout sera lumineux, il y aura la félicité des astres que nous voudrons. Il me raconte une histoire tarabiscotée de son monde gentil, avec ses bonshommes, ses voitures qui mangent des kebabs, ses engins de chantier qui passent leur vie à jouer à cache-cache au lieu de construire des immeubles. Je l'emporte, je suis le père-express, le train qui marche à pied, qui fait tchoutchou, même si, comme on se l'est dit plusieurs fois, il n'y a en pas vraiment besoin, les trains étant devenus, depuis, électriques.