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Articles

Affichage des articles du mai, 2009

Le Cochon Amarillo

Quand le gros chat est mort, un lundi matin, j’ai été investi d’une mission. Le soir même, j’allais chercher Kéké à l’école, il fallait que je lui annonce. Je n’aime pas ça. Il faudrait vivre irresponsable, manger, dormir et attendre la fin des temps, bienheureux. Comme des enfants, déguisés en cochon, sauter sur place, manger du grain, et qu’un marchand de sable nous ramasse à la fin avec sa gentille balayette.

C'est vrai quoi. J’étais déjà nerveux, en plus d’être triste d'avoir perdu le gros chat. Il y a toujours cette sorte de script où sont écrites des scènes convenues de la vie. A un moment, quand on vit, il y a la fameuse scène dite de... ; un classique, on l’attend, on se rengorge, on la vit. C’est comme pendant les accouchements, les pères font les cent pas, alors que plus personne ne fait ça, en vérité. Pendant les boums il faut tourner en rond sur place en écoutant de la musique daubée dans l'idée de se reproduire, quand on ouvre ses résultats d'analyse, il fa…

Requiem pour un bon

Les Analogistes Anonymes

Je me lève à sept heures. Il est relativement tôt, j'éprouve une certaine fatigue. Mais c'est une fatigue toute relative. Parfois je me couche à minuit, parfois plus tard, parfois plus tôt. Selon l'heure, le lendemain n'est pas pareil. Quand les nuits sont courtes, les journées sont longues, forcément. J'essaye, partant de là, de me coucher plus tôt. Les insomnies me fatiguent beaucoup, plus que les somnies. Je prends un café. Je me fais trois tartines beurrées avec de la confiture aux fruits rouges. Je me fais une quatrième tartine, après avoir longuement hésité, ce petit-déjeuner est vraiment – comment dirais-je – conséquent, on dirait... un petit déjeuner très conséquent. C'est important aussi de débuter la journée avec quelque chose dans le ventre.Sinon, on a faim après. Et ainsi, le ventre creux, la jambe molle, l'œil photosensible, le temps est long jusqu'au déjeuner. Et la faim, le matin, donne absolument le sentiment d'une journée longue.Dan…

chien à roulettes

La grande piste cyclable qui parcourt le boulevard Barbès pourrait être une sorte de Champs-Elysées pour les vélos. Rectiligne, en pente douce vers le nord, on imagine un chemin joyeux où l'on glisserait plein d'allégresse, comme une comète, fredonnant à l'instar de Joe Dassin :"Au boulevard Barbès
Tada tada tada
Au boulevard Barbès
Tada dada
A minuit, ou à minuit..."Au lieu de cela, les cyclistes arrivent au bout à bout, posent le pied au sol, et, les dents serrées, ont envie de tuer des gens.Car les piétons errent. Dérivent. S'ils sont en groupe, touristes ou invités d'un mariage, ils se meuvent gauchement, par grappe, lents, se bousculent comme des quilles mais sans tomber, des pingouins hébétés. Ils regardent au sol, constatent un pictogramme allongé, vélocipède en anamorphose ; font un grand O d'étonnement avec la bouche, et disent :"Oh une piste cyclable", telle une poule ferait : "Oh, j'ai trouvé un couteau". Puis ils lèvent…

le Grand collisionneur de hadrons

(sur une sorte de brouillon de septembre 2008)

Walter Wagner et Luis Sancho ont porté plainte devant un tribunal de Hawaï. Animés d'une colère toute procédurière, ils n'ont pas envie que des laborantins suisses détruisent le système solaire par inadvertance, en bricolant des trous noirs dans leur cave. Ils n'ont pas envie que notre monde disparaisse d'un coup, telle une matière moulée au fond des toilettes. On les comprend, on imagine bien le préjudice matériel et moral d'un tel saccage. Quelle perte pour le monde serait la perte du monde lui même. La Grande Muraille de Chine, la Divine Comédie, Moi.

A la frontière franco-suisse, à cent kilomètres sous terre, au fond d'un puits qualifié de "grand comme une cathédrale", le CERN a lancé le "Grand collisionneur de hadrons". C'est un couloir en boucle, un tunnel, un tore. Un métropolitain pour les particules. Avec deux arrêts, début et fin du monde. Terminus, tout le monde s'écroule. Le pe…

Le projet Alpha

Bonjour Monsieur, je vous appelle pour vous faire une demande : j'ai une petite requête à vous faire, d'où mon appel (je m'exprime vraiment mal au téléphone), je voudrais accéder au serveur de développement "Orson" dans le cadre du projet Alpha. A ma grande surprise, l'interlocuteur me répond : non. Mais qui êtes-vous, me dit-il, suspicieux ? Je réponds, je fais parti de l'entité E, et donc, dans le cadre du projet Alpha, conformément à la demande de messieurs A, B et de mon responsable C, je dois accéder au serveur de développement "Orson" pour continuer mon travail. En réunion, ils m'ont dit de me tourner vers vous pour m'ouvrir les droits d'accès. Ah non, l'interlocuteur me répond. Je ne suis pas au courant du tout. Vous n'êtes pas inclus dans le projet Alpha. Il a vraiment un ton très hautain.

Comment ça je ne suis pas inclus dans le projet Alpha. Mais c'est mon travail depuis deux semaines, d'y être inclus.

C'…