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Articles

Affichage des articles du février, 2010

Jim

Sur la tombe de Jim Morisson, il y avait plein de gens venus se recueillir. C'était sans doute des gens qui, affranchis des conventions, des traditions et des dieux, étaient venus faire un... pèlerinage. Un jour avec un ami, nous avons fait un pèlerinage sur la tombe du type qui était enterré à côté de Jim Morisson. Quel était son nom ? Robert La Loose ? Peu importe. C'était bien, comme acte gratuit, après nous avons fêté ça dignement avec quelques bières.

Sur la tombe de Jim Morisson, il y avait des bougies. Un vrai mémorial. Sur la tombe de Robert La Loose, à côté, il y avait des fesses de jeunes filles venues voir Jim Morisson. Leur popotin foulant le marbre environnant, comme si ces macchabées jouxtant l'idole n'étaient que de vulgaires sidemens, des bassistes par exemple. Mais sur celle de Jim Morisson, il n'y avait pas de fesses de jeunes filles, juste des bougies à la noix. Finalement, quand on regarde ça avec beaucoup de recul, on se demande qui a vraiment…

Le Contrat

Samantha, se retournant, dit à Jason : je crois qu'il faut vendre la propriété de Père, nous n'avons plus le choix. La proposition de Monsieur Randolfsky ne peut pas se refuser. Et avec Stub, mon demi-frère qui semble ressuscité de son accident d'avion, et qui veut des parts de la Laiterie, il nous faut faire face ! Qu'en penses-tu, Jason ? Elle se mit la tête entre les mains et soupira, belle et rebelle à la fois. Mais Jason paraissait surtout fasciné par un détail sur le mur. Il s'en approcha, titilla une aspérité de la tapisserie, lentement, avec l'ongle. Il était totalement fasciné par sa découverte, et ne prêtait plus attention aux gémissements de Samantha. Jason ? M'entends-tu ? Jason raclait le bout de tapisserie, cela semblait bien collé, mais il parvint à en enlever un petit bout. Il contempla le petit bout de tapisserie coincé entre ses doigts. Les murs étaient parfaits, un beau blanc impeccable, lisse, sans le moindre défaut. Mais il tenait un bo…

Solution hydroalcoolique

La solution hydroalcoolique est clouée au mur. Les murs sont tapissés de solutions hydroalcooliques. Quand on marche il y a une succession monotone d’objets-repères. La série est : photocopieuse, machine à café, extincteur, borne de pointage, ascenseur, solution hydroalcoolique, toilettes, ascenseur, photocopieuse, borne, casier, extincteur, solution, hydro, alcoolique, etc. Les solutions ont leur niveau qui ne baisse plus. Elles sont figées, fossiles de l'hiver. La Pandémie est passée comme un rêve, on se demande, incrédule, si on n’a pas inventé cette histoire où il faut se laver les mains souvent et tousser dans sa manche. Dans vingt ans, on se déguisera en maintenant, on agitera dans les soirées-nostalgies des solutions hydroalcooliques.

Je me demande si on va les enlever. Si quelqu'un va prendre cette décision forte : bon maintenant on va les enlever, les solutions hydroalcooliques. Les laisser est peut-être une mesure raisonnable. On a fait l'effort de les mettre (de…

Vétérinaire pour les poissons

Nous sommes avachis avec Kéké sur le canapé, nous parlons de poissons. C'est le grand sujet du moment. Aux voitures de courses, Ferrari, Porsche et autres Renault Twingo ont succédé les créatures des océans ; requins blancs, globicéphales, bélugas, dauphins vrilleurs. Il me confie qu'il veut être vétérinaire pour les poissons, plus tard. Et pour les chiens ? Non juste les poissons. Et si on t'apporte un adorable petit toutou mignon blessé et qui gémit avec ses grands yeux plein de supplications, tu le soignerais quand même bien sûr ? Non, juste les poissons. Il est catégorique.

(J'ai la vision funeste d'un cabinet vétérinaire au bord de mer, dans un phare, avec mon fils ombrageux en train de dire : "Non, je fais pas dans les chiens. On n'a qu'à le piquer, madame, votre bête, là. C'est marqué sur la pancarte. Je fais juste les poissons. Les poissons !")

Évoquant les vertus du vétérinaire guérisseur de sardines, une inspiration métaphysique s&#…

L'Opérateur sauvage

Un homme arriva dans le bureau, les bras nus, dans un T-Shirt décoré d'un logo très compliqué, sans doute un logo de professionnel. L'homme avait de nombreux trousseaux de clefs tintinnabulant à sa ceinture, comme s'il connaissait énornement de portes, il avait aussi beaucoup de poches sur son pantalon ce qui montrait que l'homme était très ouvrier. J'évite d'avoir de nombreuses poches, non pas pour éviter d'avoir l'air trop ouvrier, étant ouvert d'esprit, puisque de toute façon je m'habille mal comme n'importe qui sans avenir, mais parce que le problème est que de manière quasi déterministe, je remplis mes poches systématiquement, quelque soit leur nombre ; mettons que j'ai dix poches dans mon pantalon, elles se trouvent toutes chargées en fin de journée d'un trousseau de clef chacune, dussé-je emprunter des clefs pour combler ce vide, et à force j'en pourrais perdre mon pantalon, me retrouver en caleçon devant tout le monde, su…

Derrick

Derrick entre dans la pièce. Il regarde autour de lui : la pièce. L'inspecteur Harry Klein, son fidèle associé, est assis une fesse sur la table. Il dit à Derrick : "Bonjour Derrick." Celui-ci regarde autour de lui, surpris ; son regard opaque derrière ses vastes lunettes cherche et soudain, trouve : Derrick, c'est lui.

Harry Klein de manière très cordiale lève sa main pour la tendre vers Derrick, qui est à quelques mètres, dans l'embrasure de la porte, la main recouverte d'un gant de cuir allemand posée contre le chambranle. Derrick observe son associé, la main ainsi tendue, un sourire pincé, dans le lointain. Il se demande ce que fait Harry, cette main à la proue de lui même, barrant le passage à on ne sait quoi, semblable à une barrière de passage à niveau. Derrick regarde un peu à gauche et à droite, en quête d'un train imaginaire dont la main d'Harry Klein serait le sémaphore. Puis soudain il part, réfléchir à cette énigme dans le couloir et marc…