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Articles

Affichage des articles du avril, 2010

Se faire du souci

Avant, j'avais une autre façon de m'en faire, quelque chose d’un peu creux, d’un peu grandiloquent ; comment nommer ceci ? De l’angoisse acnéique ? De la névrose égotique, du doute satisfait ? J'ai toujours bien aimé convoquer l’infiniment grand, l’infiniment petit, Dieu et la mort, la littérature, l’art et l’oubli, le cosmos et les martiens, toute une scène de sentiments énormes, et me complaire dans ma petitesse narcissique, les bras écartés, comme le romantique face aux éléments déchainés.

C’est plaisant, finalement.

Maintenant, j’ai attrapé quelque chose de nouveau ; se faire du souci. Se faire du souci, pour des proches, leur santé, leur sort. C’est quelque chose de tout à fait nul. De petitloquent.

Voir le médecin froncer des sourcils avec son masque de science, et nous, notre sac d’ignorance sur la tête. L’entendre doctement dire qu’il ne sait rien, mais que ne sachant rien, on va en savoir plus en faisant des examens. Programmer des prises de sang. Evoquer négligem…

Rouky

Dans mon immeuble il y a une petite cour, d’à peu prêt 20 mètres carrés, sans compter le local poubelle. Des gens en ont profité pour acheter un chien. Il y a maintenant, entre ces quatre murs pigeonnés, un clebs qui attend. Acheter un chien quand on vit dans un immeuble, cela me parait odieux, cela m'énerve à un point. Les gens de la cour ont un chien et deux enfants. Les enfants sont bien sympathiques, mais un peu stupides (l'ainé me fait : "pan pan pan pan pan pan pan pan pan" pour jouer mais, agacé, je survis ostensiblement) ; reste le chien.

Il est roux, il s'appelle Rouky : c'est un chiot de traineau. Je n'y connais rien en chien, il a une bonne bouille de berger allemand, en plus touffu. Quand il me voit sortir les poubelles, le matin, ou le soir tard, il parait terrassé de joie, il vibre, fait la toupie, la machine à laver, l'atome d'uranium en furie. Je dois être à ses yeux un messie divertissant, il m'accueille avec extase. Il s'…

La dorade aux mille bouches

J'existe.

Je rentre dans la banque pour déposer un chèque. La banque est encore fermée, mais les machines sont ouvertes. Je dépose le chèque dans la machine ouverte. Derrière la grille blanche, on devine des gens qui s'activent avec des formulaires. Ils s'engueulent à cause de formulaires pas remplis.

Cela me parait incongru, cette scène de bureau, pourtant c'est tellement normal. C'est sans doute le rideau de fer qui sépare l'ouvert du fermé, qui semble placer ces employés dans une situation particulière, faire de nous des observateurs, et eux des observatés. Me vient ensuite une méditation intérieure qui dure vingt secondes, comparable à la question de l'oeuf et de la poule. Est-ce que, du fait que tout soit incongru, tout nous parait normal à force, ou bien, au contraire, tout étant normal, tout nous semble étrange quand on prend un peu de recul. Puis je dépose le chèque et je disparai. Dans le métro une adolescente dit, inspirée : "mais s'est k…