jeudi 27 mai 2010

La diplomatie se porte bien

En visite officielle, lors du buffet d’inauguration, le président du Guatemala a beaucoup apprécié les toasts de guacamole. Pour donner le change, le président du Guacamole a également été invité et il s’est tartiné beaucoup de guatemala.

Recyclage, tiré du fanzine Mieux, juin 2007

Une découverte originale

Le professeur Mouzier croit avoir trouvé une solution miracle révolutionnaire pour guérir l’eczéma, l’herpès, l’urticaire, la grippe, l’acné et toutes ces maladies de peau qui empoisonnent l’existence de milliers de personnes : les bains d’excréments. C'est en effet par le plus grand des hasards, un mercredi soir, que le professeur Mouzier a découvert les bienfaits des matières fécales. C'est en trempant la main dedans pour chercher ses clefs tombées dans les toilettes qu'il a fait cette surprenante découverte : en nettoyant sa main, il s'est rendu compte qu'elle était devenue propre. Plongés dans des bacs à bouse, les patients participent déjà aux balbutiements de la scatothérapie. Et le succès n'est pas prêt de se démentir ! Lorsque l’on demande au professeur Mouzier : « Êtes-vous convaincu que la scatothérpaie ait des effets bénéfiques en matière de maladies cutanées ? », il répond avec sa bonne humeur habituelle : « Non, pas vraiment. Mais qu’est-ce que c’est marrant ! »

Recyclage, tiré du fanzine Mieux, juin 2007

mercredi 26 mai 2010

Carnet rose chez les mouches bleues

Une heureuse nouvelle pour les amis des animaux de Trébons-sur-la-Grasse (31) : un couple de mouches a donné naissance à une belle portée de 1200 petits, dans le petit cimetière communal. Les drosophiles et autres amoureux de la nature sont depuis ce matin aux premières loges, amassés derrière les grilles, pour assister au spectacle touchant de la naissance des insectes. Une telle naissance sur le sol européen est un phénomène assez rare, même si le professeur Cormier tient à relativiser : "la mouche est une espèce menacée, mais en fait pas tellement". Une visite guidée est possible en camionnette autour du cimetière communal.

Recyclage, tiré du fanzine Mieux, juin 2007

Encore un nouveau record battu ?

Joseph Duteil, habitant de Broue (23) s’attaque ce matin à son propre record du monde du plus gros mensonge. Il tente de faire croire à sa femme qu’il possède deux hélicoptères. Sa femme s’est déclarée « très convaincue », mais elle a ajouté aux journalistes « qu’on ne la lui faisait pas ».

mardi 25 mai 2010

Nouveau record du monde de saut en longueur

L’homme qui mesurait neuf mètres de haut vient de battre le record du monde du saut en longueur. Après deux essais à neuf mètres refusés (il était tombé par terre), il a pu aisément franchir la limite des neuf mètres trente. Lorsqu’on lui demande son secret pour gagner, il répond simplement : « C’est facile pour moi, je mesure neuf mètres de haut ».

Recyclage, tiré de la traduction de la Bible, juin 1542. Hin hin c'était un piège c'est pour voir ceux qui suivent.

Un avion s'écrase dans une cour d'école

Avant-hier, un avion en papier plié s’est écrasé au milieu d’une cour d’école, à l’heure de la récréation, tandis que les enfants s’étaient rassemblés pour jouer gaiement. Le pilote n’était heureusement pas présent dans l’appareil : l’élève était resté dans sa salle de classe au premier étage, et l’avion mesurait quinze centimètres. Il n’y a pas eu de victime à déplorer, bien que l'engin ait survolé une fourmilière. Plus de peur que de mal, donc, pour cette école primaire de Terne-lès-Garennes (45). Par contre les dégâts matériels de la feuille de papier sont considérables : elle était toute pliée.

Cependant, selon les experts rapidement sur place, les pliures constatées sur la feuille dataient de la fabrication de l’engin. "Il faut plier la feuille pour qu'elle ressemble à un avion, sinon elle ressemble à une feuille." Un début de polémique a tout de même éclaté, car l'école où s'est déroulé l'incident est située à deux pas d'une crèche et d'un magasin de pneu. Comme l'a signalé l’élève mis en examen lors d'une allocution au conseil municipal avant un appel au calme : « De toute façon, ils volent pas très longtemps, à moins qui y a beaucoup beaucoup de vent »

Recyclage, tiré du fanzine Mieux, juin 2007

lundi 24 mai 2010

Vers la légalisation de l'ongle ?

« J'en prends pour me sentir bien », dit Jérémy, 12 ans. « C'est pour faire comme les autres », avoue quant à elle Michelle, 28 ans. L'ongle, une des substances les plus consommées en France (75), est devenu un réel phénomène de société. Serait-il sur la voie de la légalisation ? Un médecin du CHU de Nanterre se déclare pour une dépénalisation du moins partielle, voire totale : « Il ne faudrait plus punir ceux qui les font pousser pour leur usage personnel.»

L'ongle aurait, selon de récentes études américaines, des vertus apaisantes. « Ça me calme », déclare Thibault, Chef d'entreprise dans le Doubs (25). En attendant, mettez des gants : rappelons que si vous êtes surpris en train de vous ronger les ongles par la police municipale, vous êtes passible d'une balle de tennis dans la tête et d'une amende de 100 euros, plus de mal que de peur, donc.

Recyclage, tiré du fanzine Mieux, juin 2007

Quand la plage s'invite à la montagne

Un habitant de Chamonix (74) a inventé, grâce au soutien d’un entrepreneur local, une discipline originale qui risque de faire des émules. Grand amateur de ski nautique, mais ne pouvant s’adonner à sa passion en pleine montagne, il a eu l'idée cocasse de remplacer l’eau par... la neige.

"Les sensations sont similaires : la neige, c'est un peu comme de l'eau en plus dur !" Jamais à court d'astuces, l'inventeur sait faire contre mauvaise fortune bon coeur : pour remplacer le bateau propulseur, on peut utiliser simplement une grande luge, ou un 4x4, ce qui est plus écologique. Véritable petite révolution dans ce sport de plaisance, il est également possible de n'utiliser aucun véhicule pour être tracté : "Au lieu de monter les côtes à ski, comme on le fait habituellement, on peut les descendre en s'aidant d'une pente ! " Cette technique devrait permettre à sa trouvaille de surpasser son modèle : "car il n'y a pas de pente dans la mer !"

L’inventeur du ski nautique sur neige compte bien développer son activité, il cherche de nouveaux investisseurs, et espère de bonnes « retombées économiques » pour sa région et pour lui-même.


Recyclage, tiré et augmenté du fanzine Mieux, juin 2007

dimanche 23 mai 2010

Un suicide collectif qui tourne mal

Vive émotion dans la banlieue de Burieu-en-Jarret (25). En effet, un suicide collectif organisé par le Club des Amis de la Déception tourne mal : les jeunes gens, armés de raquettes de tennis, ont voulu mettre fin a leurs jours en se faisant des smashs les uns sur les autres. L'un d'eux a été atteint d'une balle dans la tête, et il a beaucoup crié. Heureusement, l'apprenti coiffeur portait un casque de moto qu'il avait oublié d'ôter. Une belle coïncidence qui lui a sauvé la vie ! Plus de peur que de mal, donc.

Recyclage, tiré du fanzine Mieux, juin 2007

L’homme qui ne valait plus 3 milliards

Crise de la nouvelle économie, chute des cours, c’est une sévère correction des marchés qu’a subi l’homme qui valait 3 milliards. Steve Austin est devenu à la clôture de Wall Street l’Homme qui valait soixante-cinq. « Je suis toujours là, a-t-il déclaré pour commenter son effondrement à la presse. Je vaux toujours 3 milliards de roublis au Guanapamala (principauté proche du pôle sud), c’est ce qui compte. »

Autre pointure en difficulté : le chanteur Monsieur 100.000 volts, valorisé à 15 ampères ce matin.

Signe des temps, l'industrie cinématographique va revoir ses ambitions à la baisse. Le réalisateur pressenti pour le remake du célèbre film de François Truffaut, "les 37 coups", s'est plaint de l'absence chronique de moyens. Robert Bronson, lâché hier par ses investisseurs, tient à rester positif quant à lui : "Mon projet "les uns salopards" verra bien le jour."

Mais dans ce climat d'inquiétude, quelques bonnes nouvelles tout de même : le projet de dévaluer fortement le plateau des Millevaches en plateau des Dixvaches a été annulé, sous la pression du riverain excédé. Plus de peur que de mal, donc.


Recyclage, tiré et augmenté du fanzine Mieux, juin 2007

samedi 22 mai 2010

Le Rien Express

Courageux passagers de ce site, que j'ai surnommé "le Rien Express", je dois vous déranger dans votre tranquille et interminable sieste pour un bref message de service :

Tout d'abord, je vous informe que nous fomentons avec l'ex-blogueur Dorham un blog à durée limitée. Le thème en est la Coupe du Monde de football, sujet populaire sauf pour mes lecteurs, visiblement. Il se nomme Harald et Pat, en hommage à la dantesque demi-finale de Séville 1982. (Dire que je l'ai regardée à la télévision alors que mes collègues de travail n'étaient même pas nés, ça fout les jetons).

Ensuite, je vais m'occuper pendant les dix prochains jours à ce que je sais bien faire : du remplissage. Mon ami de vingt ans, Jérôme Boche (encore une histoire d'allemand), fomente dans son coin de Savoie une revue, ou plutôt un "fanzine". C'est une publication avec d'obscurs et jeunes illustrateurs livrant de sombres dessins de chiens décomposés et de pénis choquants (je vais me faire engueuler, mais c'est pour amuser la galerie). Quand il reste des blancs, je les remplis avec des brèves. Après les numéros intitulés "Mieux" (2007), "Génial" (2008) et "Parfait" (2009), il prépare le prochain pour juin, nommé "Divin" (je crois de mémoire que le dernier de la série, dans un an, devrait se nommer "A Chier").

Je publierai donc ici, cette semaine, quelques brèves ancestrales de 2007, deux fois par jour, histoire de faire du recyclage, et pour me motiver, pendant que je commettrai les suivantes.

C'est tout. Logiquement, amis passagers, en tant que bon stewart, je devrais faire la même en anglais, mais j'ai la flemme : utiliser plutôt ceci. Bon voyage !

lundi 17 mai 2010

Décalcomanie

Dix phrases pour exprimer mon état de délabrement en ce lundi matin :
  • J'ai plus de souvenirs que si j'habitais Milan.
  • Je suis dans une forme paralympique.
  • Après le temps des cerises, le temps des noyaux.
  • J'ai la pêche, mais surtout la marmelade de pêche.
  • J'ai la tête dans le musée d'art moderne du cul.
  • Après Juliette Récamier, Roméo Rétamé.
  • J'ai été rédigé à l'encre des débiles.
  • J'ai une figure de naze synchronisé.
  • J'accuse grave le coup, façon Zola.
  • Monsieur et Madame Delon ont un fils : Serge Lama. Parce que Serge Lama-Delon.

lundi 10 mai 2010

Perdre, retrouver, d'un point de vue technique

Quand je perds mon téléphone portable dans l’appartement, je prends le téléphone fixe, et je fais sonner le portable. Guidé par le son, je le retrouve. S’il ne sonne pas, je serre mes poings fort, et je suis en colère en m’écoutant dire bêtement au bout du fil que je suis bien sur mon répondeur et que je ne suis pas disponible actuellement. Un jour, j’ai retrouvé le mobile au fond de la poubelle. Je ne sais pas comment il a atterri là.

Tandis que j’enlevais le contenu de la poubelle, écartant avec philosophie la carcasse du poulet et d’autres objets très gras, je me demandais ce qui avait pu se passer dans ma tête pour m’en débarrasser ainsi. C’est intrigant, parce qu’en général, j’agis de manière sensée. Je jette les os de poulet à la poubelle, je range le téléphone dans ma poche. J’ai vérifié ma poche, heureusement, un os de poulet n’en dépassait pas.

Comme j’égare souvent mon téléphone portable, le faire sonner est devenu un réflexe. Par déformation, quand je perds mon trousseau de clef, je me dirige machinalement vers le téléphone fixe, et pendant un instant, j’ai la ferme intention de composer le numéro du trousseau pour le faire sonner.

La semaine dernière, je préparais des steaks pour Kéké et moi. J’avais les steaks emballés dans la main quand le téléphone sonna. Je décrochai, je marchais un kilomètre dans l’appartement car je dois marcher en téléphonant sinon les mots ne sortent pas, et une fois raccroché, les steaks avaient disparu. Pendant une fraction de seconde, un automatisme m’a dicté de prendre le fixe pour faire sonner les steaks.

Je fouillai aussitôt la poubelle : il m’est arrivé une ou deux fois, après avoir déballé de la nourriture, de la jeter et de me retrouver avec l’emballage à manger.

Parfois, je perds le téléphone fixe, qui ne l’est pas. (Fixe). Je m’empare donc du portable pour faire sonner le combiné du quasi-fixe. Quand je suis en veine, j’ai deux sonneries : celle du socle, qui ne bouge jamais, et celle du combiné manquant. Alors je cours dans l’appartement entre le socle et le combiné, à toute allure avant de déclencher le répondeur et de perdre ainsi une unité. Je retrouve le socle systématiquement, mais c’est un leurre, et j’arrête ces aller-retours frénétiques avant de me mettre à aboyer.

Pour retrouver le combiné du fixe, il faut necessairement utiliser le téléphone portable, et lorsqu’il est également introuvable, j’ai le réflexe de le faire sonner en utilisant le fixe, celui qui est perdu et que je cherche à la base. On ne s’en sort pas. Je regrette alors le temps des appareils tout gris sur un naperon, avec un cadran rond à trous.

La viande ne sonne pas. Je la cherche dans tout l’appartement en m’arrachant les cheveux. Je suis à deux doigts de hurler : « Kéké, ce soir on ne mange pas, car papa est un con. » Je cherche dans le congélateur, dans le linge sale, le tri, le congélateur, sous la table, le congélateur. Je soulève une serviette, au bord du Van Goghisme. Je tente de garder mon calme : « Réfléchissons calmement. A l’origine, il y a avait les Coptes, qui ont inventé la cooptation. » Je cherche encore dans le congélateur. Je soulève une serviette, tandis que kéké murmure : « papa, je vois des étoiles, le monde bouge, je chancelle, j’ai trop faim, pourquoi tu fais ça, où sont mes vrais parents qui m’ont abandonné ? ».

Je vide la poubelle, je classe méthodiquement les déchets par ordre alphabétique, tandis que Kéké s’afflige : « papa, on va encore manger les choses dans la poubelle ce soir ? » Et en désespoir de cause, j’ouvre le tiroir pour prendre une cullière. La viande est rangée dans le tiroir à couverts.

Je suis content, comme lorsqu’on retrouve le nom de cet acteur, le second rôle dans la Croisière s’amuse, qui est resté sur le bout de la langue pendant trois jours, tandis qu’un autre, indésirable, revenait à sa place. Les steaks majestueusement placés dans leur écrin d’assiette, j’explique à mon fils, non sans fierté : « ton père a encore triomphé de cette journée au milieu des choses matérielles. »

vendredi 7 mai 2010

DB nous quitte

Un bref commentaire laissé sur son blog par son compagnon m’apprend le décès de Dominique Bardel, le 5 mai au matin. Elle tenait le site « le jardin de DB ». Atteinte d’un cancer, on lui avait signifié il y a peu sa guérison... elle avait décidé alors d’ouvrir un blog, la « survivante », pour raconter la vie d’après, son répit, avec son implacable humour habituel.

Il n’y a que huit billets, je vous invite à les découvrir.

J’ai rencontré Dominique il y a deux ans, au Festival de Romans. C’était une femme très sympathique, nous avions pas mal échangé depuis, j’appréciais son esprit pétillant, sa sollicitude, prolixe, incisive, bienveillante.



J’en profite pour glisser une pensée pour François, tant qu’à s’affliger. A l’époque, lors de son décès, étant un peu éloigné de ce support, je n’avais pas jugé utile d’écrire quoique ce soit. L’ayant rencontré, lui, ainsi que sa femme et ses enfants, j’avais été assez choqué par sa disparation soudaine : il était jeune, son métier était de dessiner des dessins pour les enfants, ça n’était pas du tout sensé lui arriver.


De manière générale, je m’étais fait la réflexion, il y a quelques temps, que le blog était un outil encore jeune, une ridicule poignée d’années. Nous racontons des anecdotes, dans l’instant ; le temps qui passe, c’est quelques anniversaires accumulés, un bambin qui se met à marcher ; un départ en vacances et un retour deviennent toute une épopée. Les élections suivantes, c’est la fin du monde. La Retraite dont on parle comme de la théorie du Big Bang, la fin des temps.

Je m’étais dit : que va-t-il se passer, dans trente ans ? Comment tout cela va-t-il vieillir ? Quand certains de ce que nous avons lus viendront à mourir, de quoi auront nous l’air avec nos lol, nos mdr, nos jeux de mots laissés distraitement entre deux tâches laborieuses ? Cet espace verbeux, figé, fantomatique, demeurant intact sous la forme rieuse d’un sapin de Noël, dans l’attente de l’anecdote suivante, comment va-t-il (ne pas) durer, jusqu’à ce qu’un technicien coupe le courant ? Cela va-t-il s’épaissir, se remplir à force, ou bien cela va-t-il s’écrouler sous sa vacuité, sa futilité ?

Dans l’intervalle, entre des inconnus et nos amis d’enfance, ces gens que nous côtoyons en pointillé, de quelle manière les aimons nous, au fond, y-a-t-il un instrument, une échelle, un référentiel pour mesurer notre affection, y-a-t-il un jury pour décréter ce qui est valable, entre la vraie vie et la fausse ?

Pour François, par exemple, alors que je le connaissais si peu : c’est en l’observant dans l’herbe avec son fils que le mien a découvert l’étrange concept de « bagarre », et que, par la suite, il s’est mit à me sauter dessus comme un catcheur. C'est une trace. Quand mon fils le fait, non, disons une fois sur quatre, j’ai une pensée pour lui ; je ne sais pas si je peux parler de chagrin, ou de manque, ne serait-ce que par rapport à sa famille, ou ses amis, mais c’est, sans conteste, véritablement, une trace laissée, une ombre qui demeure.

jeudi 6 mai 2010

Le Marseillais

Dans le métro, le Marseillais est dépité. Il est soumis à un cruel dilemme : il est déchiré entre la terrible souffrance d’être dans un métro parisien, loin du soleil chaud qui réchauffe la peau, avec les gens entassés comme des animaux, et son infini extase de ne pas être parisien, mais d’être Marseillais en fin de compte. il est prêt à avouer un crime imaginaire, horrifié, réjoui, découvrant l’enfer souterrain de la capitale comme une foire de scandales, redécouvrant sans discontinuer le don du ciel d’être marseillais.

« Ohlala, que je suis bien contengue de ne pas vivre ici ! »

Le Marseillais, en tant que Marseillais, est une surprise pour lui-même. Il se découvre incessamment comme un paquet à la Noël ; après s’être déballé du papier parisien, pendant une brève introspection, il s’exclame, ravi, touché : oh, je suis content, un Marseillais !

Le Marseillais est un être humain, il vit normalement, il vit comme on devrait vivre, et qu’on ne vit pas ou plus, autre part. Il le dit d’ailleurs, il l’exprime avec courage : « on est serré comme des animals, ici ! »

Sa peine d’être à Paris est un bonheur permanent d’être marseillais.

Régulièrement, toutes les quatre minutes, quand les usagers montent et descendent de la rame, il réitère sa mise en scène favorite, un peu comme le bébé jamais lassé par le jeu du « coucou qui c’est ? ». Il se dit : mais qu’est-ce que je fais ici ? Ou me trouve-je ? Qui suis-je ? Et soudain, la révélation, il écarte ses mains et découvre son visage rieur : mais non ! Je suis Marseillais ! Ouf ! Et il referme ses mains sur son visage, et reconstruit malicieusement son ludique suspense.

Le Marseillais, tel l’étudiant en théâtre du cours Robert portant un bleu de travail impeccable, signale comme il respire son état de Marseillais. Il n’est pas de ceux-là. Il ne mange pas de cet air là. Il ne se sent pas tranquille tant que le wagon, le restaurant, la boulangerie, la salle des urgences de l’hôpital, ou les victimes agonisantes de l'attentat à la bombe ne sont pas toutes au courant de son état de Marseillais. On ne sait jamais, au cas où le Jugement Dernier tomberait sur la ville, et que les anges trieraient les êtres humains des parisiens, il ne prend pas de risque, il tient à être sauvé de cet état des choses, et s’insiste Marseillais comme un témoin de Jéhovah.

« Non vraiment, je n’ai pas l’habitude de ce métro, toutes ces stations, c’est trop t’inhumain. Quand je suis sous terre, je ne suis vraiment pas au soleil dans ma ville natale de Marseille où j’habite en tant que Marseillais, comme des êtres humains qui sourient et qui se parlent. »

Il est en effet chaleureux et convivial. Il se plaint à la ronde de ces « gens qui font tout le temps la gueule. » En effet, comment ne pas se scandaliser que ces populations dans les transports en commun ne scandent pas continuellement : « ohé ! Bonne mère ! On va à la plage du Prado après le boulot, à 15 heures ? » ou d’autres « Ah te voilà toi Pomponette », que les contrôleurs ne fassent pas : « ohé, minot, tu n’as pas ton ticket, tu me fends le cœur ! » Comment peuvent-ils être aussi tristes, au spectacle d’enviables Marseillais répétant ces pittoresques « et tous ces congues qui font la tronche, Dieu me préserve, fan de chichoune ! » ?

La sentence tombe alors : « Vous les parisiens, vous n’êtes vraiment pas convivials. »

Le Marseillais est sur le point de porter sur le dos, à l’instar du commandant Cousteau, une bouteille d’air comprimé avec de la brise du Frioul, pour survivre. Dauphin envoyé dans la zone obscure peuplée de benthosaurus et d’autres anaplogasters chers à mon fils, par leur filiale, pour une formation, pour aller « au siège », il pense au bon temps où il reprendra une goulée d’air à la surface, dans l’unique atmosphère respirable, celle du refuge phocéen. Entre collègues Marseillais, ils s'interpellent gaiement : "oh hé, papet, tu n'as pas l'heure, Marseillais ? A quelle station on descend, les Marseillais ? A la station Marseille Sembat ? Ah non, pardon, peuchère, Marcel Sembat, j'ai confondu avec notre bonne ville de Marseille, les Marseillais, vous vous rendez compte ? Ah comme je me languis, comme il me tarde, ça pègue tellement, tiens, je prends mon téléphone portable pour appeler un Marseillais vivant : allo ? Marseillais ? Ah, tu me fais plaisir, tu es à la Base ? Nous on est en orbite, on a rencontré une forme de vie autour de nous. Ils parlent pointus tu te rends compte ?" L'interlocuteur au téléphone leur dit en retour : "couvre toi bien, peuchère, ne viens pas à attraper mal dans le nord et les volcans islandais."

Alors le Marseillais soudain, descend. Il s'en va. On ne l'entend plus. Le silence renait dans le wagon. Gagnés par l'émotion, les usagers se serrent dans les bras, et la paix retrouvée, ils fraternisent. Ils conviennent alors de se diviser en quatre groupes : basse, ténor, alto, soprano. Ils entonnent, tandis que la rame arrive à Chatelet, le solennel chant de Beethoven, 4ème mouvement de la 9ème symphonie : "l'Hymne à la joie..."

"Freude, schöner Götterfunken
Tochter aus Elysium..."