Demain, je pars à Lyon, pour quatre jours, un mariage en (belle) famille. Ah les giga-réunions de famille ! Les repas copieux, le vin, et tous ces sans-papiers-pédophiles-détenteurs-d'un-chien-dangereux qui vont avoir les oreilles qui sifflent ! Organisons une battue ! Coupons leur la tête ! Et ces pauvres qui profitent des riches, et ces riches qui exploitent les pauvres, et tous ces fainéants, ces nantis, ces gens qu'on voit chez Julien Courbet. Ces métiers disparus (sabotier, rémouleur, etc.). Ca va dénoncer dur.
Mais aussi ces moments impromptus échangés avec un improbable cousin, à la lueur de l'alcool. Cette tante vieillissante et attendrie, qui n'a pas d'enfants, mais un caniche presque aveugle.
Cet oncle taiseux, gris sous sa casquette, cette inconnue orange de maquillage, ployant sous les bijoux. Cet adolescent à la moue dégoûtée, comme si son existence avait l'aspect et la saevur du pâté pour chat.
L'ami de la famille, qui erre là par hasard, un peu chauve, avec une chemise repassée et raide, guettant éperdument les filles célibataires. Le moustachu blagueur qui éclate de rire le premier, et vous regarde dans les yeux pour vous forcer à rire, aussi.
S'excuser de ne pas être propriétaire de son appartement, s'extasier devant le jeune cousin qui l'est, lui, et qui a la tête sur les épaules, et un métier dans les mains.
Je m'égare : le sujet d'aujourd'hui est mon caleçon de bain. C'est E. qui me l'a suggéré : nous discutions hier de choses et d'autres, et je lui racontais comment j'aimerais conserver dans ce blog quelques moments rigolos de notre quotidien, comme - je l'ai dit - des plantes dans un herbier.
Ce matin, donc, elle me lance : "Tu as noté l'histoire du caleçon ?
- Ooff, c'est pas très intéressant, je vais pas surcharger l'internet de quelques octets supplémentaires avec cette histoire insignifiante."
Allons bon. Je vais donc vous narrer l'histoire édifiante mais néanmoins brève de moi en caleçon de bain cet été.
Nous avions eu une chance incroyable : le seul week-end de l'été avec du soleil, nous avions réservé une chambre dans un hôtel avec une piscine, près de la forêt de fontainebleau, histoire de nous féliciter pour notre déménagement épique.
Il a fallu que je m'achète un maillot de bain : le vendredi, je suis allé au Gigathlon pour me dégoter un truc. Dans un rayon bleu pas cher, des machins sont entassée en vrac, froissés, pire que dans mon placard ; des caleçons de bain à 5 euros ! Moi qui suis une sorte de Laure Manoudou en négatif, je me dis, oh, ça va bien faire les 25 prochaines années, ce superbe caleçon noir, à raison de trois immersions par an (en comptant le passage à la machine à laver).
Je regarde la taille : l'information indiquée est "1m75". Je mesure 1m83. Je me dis : "Ça va aller. Je ne suis pas non plus Sébastien Chabal".
Quelle bonne affaire ! En plus, il est noir ce caleçon, comme l'ombre, comme Dark Vador, comme Mister Black dans "Reservoir Dogs".
Plus tard, devant la piscine. Je l'enfile, c'est étroit, ça coince, et je suis plus moulé que Spiderman dans une boite de nuit du Marais. Chaque pas ruine les chances de faire un petit frère à Kéké. Comme par hasard, des gens beaux, à l'aise, sportifs se meuvent avec aisance au bord de la piscine, me lançant des "saluts" sympathiques, tandis que je cherche un trou derrière un bosquet pour finir ma vie.
E. me découvre avec effroi. Elle regarde l'étiquette : "C'est du 14 ans ! Tu as pris du 14 ans !".
Puis secoue la tête et poursuit: "Le temps passe, tu sais. Irrémédiablement. La jeunesse s'enfuit, etc. Qu'est-ce que tu veux prouver, en portant du 14 ans ?"
Le soir, c'est la détente, je me déshabille. J'ai... comment dire... la peau grillagée, j'ai de la compote intime.
Voilà, c'était l'histoire du caleçon noir, de cet été.
jeudi 30 août 2007
mercredi 29 août 2007
S'envoyer un renard
Après un déménagement et des travaux impromptus, des vacances passées à trimer, la fatigue s'est accumulée, le stress s'est entassé, la tension s'est... tendue. Le soir, parfois, ça éclate, la colère, l'esclandre, l'engueulade. Nous nous regardons, électrisés, et devinons kéké du coin de l'oeil qui n'en manque pas une, faussement absorbé par son royaume de camions ; nous prenons la résolution de devenir parfaits, sur le champ. Avant d'éclater peu de temps après, pour une broutille, toujours. Les murs sont fins, l'immeuble en profite, nous avons honte.
Et puis le soir, alors que nous sommes bien plus fâchés que des responsables socialistes, je découvre à 23h30 un petit email, "La carte TENDRESSE vous attend". Je constate à l'intérieur une photo de renards, et un message : "On s'aimait, quand même ?" Plus tard, nous gardons nos masques de colère, mais restons silencieux, neutralisés par des animaux attendrissants. Une expression nous est restée depuis : "S'envoyer des renards".
Exemple 1 : "Quoi, je laisse trainer mon pantalon par terre ? Allez, ne sois pas désagréable, après tu seras obligée de m'envoyer un renard."

Ce matin, j'en reçois un autre, une vidéo. Je vous en fais profiter. Spectacle zen, je trouve, calme, paisible. Pas d'explosion, pas d'accident, pas de peau de banane, juste un animal des bois venu piller la gamelle des chiens et quelques sourires.
Et puis le soir, alors que nous sommes bien plus fâchés que des responsables socialistes, je découvre à 23h30 un petit email, "La carte TENDRESSE vous attend". Je constate à l'intérieur une photo de renards, et un message : "On s'aimait, quand même ?" Plus tard, nous gardons nos masques de colère, mais restons silencieux, neutralisés par des animaux attendrissants. Une expression nous est restée depuis : "S'envoyer des renards".
Exemple 1 : "Quoi, je laisse trainer mon pantalon par terre ? Allez, ne sois pas désagréable, après tu seras obligée de m'envoyer un renard."
Ce matin, j'en reçois un autre, une vidéo. Je vous en fais profiter. Spectacle zen, je trouve, calme, paisible. Pas d'explosion, pas d'accident, pas de peau de banane, juste un animal des bois venu piller la gamelle des chiens et quelques sourires.
mardi 28 août 2007
Vous me trouvez ici, en pyjama
Edgar, du blog "La Lettre Volée" me fait l'honneur d'un lien vers un de mes articles. Ashotherway, quant à lui, publie en clin d'oeil le sketch des Monty Python, "Ministry of Silly Walks".
Ainsi, des gens arrivent tout d'un coup chez moi, à l'improviste, et j'ai l'impression qu'ils me trouvent en pyjama. Euphorique, mais affolé, je regarde autour l'état des lieux, le ton de mes articles est débraillé, je vois un pot de yahourt vide qui traine sous le canapé, un slip. J'ai envie de me mettre devant la porte, de barrer discrètement le passage, de dire : "Ah, c'est vous ? Vous ne pourriez pas repasser quand j'aurais rangé ? Quand ça sera propre ?"
Bienvenue quand même ! Géné, je cherche ce que j'ai à offrir à boire "Euh.. un verre d'eau ? Eau du robinet ? Mais j'ai des pailles ! Sympathique, non ?"
Ces petits liens, ces marques de sympathie provoquent chez moi une bonne humeur concidérable. C'est ça l'avantage d'être un blogueur microscopique : chaque visiteur est un héros, un oncle d'amérique ; chaque commentaire est une fête.
Contrairement au fervent perdu dans sa prière, j'ai des voix qui me viennent en retour, des réponses à mes murmures quotidiens. Le néant de l'internet me répond ! Je perçois des signes chaleureux. C'est un petit bonheur que je ne refuse pas, que je passe à l'agrandisseur.
Ainsi, des gens arrivent tout d'un coup chez moi, à l'improviste, et j'ai l'impression qu'ils me trouvent en pyjama. Euphorique, mais affolé, je regarde autour l'état des lieux, le ton de mes articles est débraillé, je vois un pot de yahourt vide qui traine sous le canapé, un slip. J'ai envie de me mettre devant la porte, de barrer discrètement le passage, de dire : "Ah, c'est vous ? Vous ne pourriez pas repasser quand j'aurais rangé ? Quand ça sera propre ?"
Bienvenue quand même ! Géné, je cherche ce que j'ai à offrir à boire "Euh.. un verre d'eau ? Eau du robinet ? Mais j'ai des pailles ! Sympathique, non ?"
Ces petits liens, ces marques de sympathie provoquent chez moi une bonne humeur concidérable. C'est ça l'avantage d'être un blogueur microscopique : chaque visiteur est un héros, un oncle d'amérique ; chaque commentaire est une fête.
Contrairement au fervent perdu dans sa prière, j'ai des voix qui me viennent en retour, des réponses à mes murmures quotidiens. Le néant de l'internet me répond ! Je perçois des signes chaleureux. C'est un petit bonheur que je ne refuse pas, que je passe à l'agrandisseur.
lundi 27 août 2007
Kéké a 21 mois
Mais cesse de le couver comme ça ! clame E., ma compagne, tu es toujours derrière lui, à le suivre comme une ombre, dans le square, on voit plein d'enfants qui jouent, et toi, un grand dadais sempiternellement à ses basques !
Mais il n'a pas son bob, je réponds, il fait soleil pour une fois, il va prendre une insolation ! Oui, je lui fais de l'ombre ! etc.
Nous sommes assis au bord du bac à sable, devant un océan d'enfants aux noms courts et de parents bien éduqués tous plus ou moins créatifs, jeunes parents aux cheveux gris, vestons, vêtements du dimanche colorés. Nous sommes de retour à Paris.
L'absence de deux ans se fait sentir. Avant c'était : "le jouet, mais tu demandes même pas si tu peux l'emprunter, ma parole. Comment ça, mon fiston, tu veux pas prêter ton jouet au petit garçon ? Mais tu te crois où ? Tout le monde partage les jouets, ici, tu te penses au Fouquet's ?"
Là, nous sursautons : un enfant a repéré une pelle qui ne lui appartient pas, sa mère arrive en trombe, paniquée :"mais il n'est pas à toi ce jouet Matteo, qu'est-ce que tu fais ?" La mère propriétaire du jouet lance d'un ton régalien : "Allez-y, nous vous prêtons cette pelle. A la bonne franquette, c'est dimanche. Nous sommes tous très détendus." Tous les jouets, toutes les pelles, les rateaux, ont le nom de l'enfant inscrit au feutre indélébile. Les petits s'agglutinent autour du robinet pour remplir les seaux d'eau, on est au bord de l'émeute, c'est l'embouteillage, ça se frictionne comme au carrefour. Un parent dynamique arrive et encadre tout ça.
Kéké joue a nos pieds. Toutes les cinq secondes, il se retourne pour vérifier que nous sommes toujours là. Le déménagement récent a sapé beaucoup sa fragile indépendance, E. me dit : "Allez, on se lève et on s'éloigne un peu". Nous faisons six mètres, pour nous poser sur un banc, sous les arbres. Kéké relève la tête, il nous cherche, nous aperçoit, et nous fait un sourire éperdu, qui semble dire : "Je n'aime que vous, le reste c'est de la daube." On sourit en retour, petit bout, petite glue, petit sauvage. Il hésite, se lève, emporte deux ou trois camions piqués à droite à gauche et vient vite nous voir. Il s'assoit à nos pieds.
Nous partons : laisse le, un peu ! laisse le respirer ! Ne reste pas derrière lui tout le temps, comme ça. Un grand escalier : il commence à le monter tout seul. La ville est remplie d'angles durs, de trappes, de dangers. J'adopte une démarche décontractée, allez vas-y, la vie est sympathique, on vit plusieurs fois. Vas-y, marche de tes propres pieds, kéké, tu as 21 mois après tout, va dans les dangers, va trouver une collocation en Angleterre.
Il arrive en haut des marches. E. triomphe : tu as vu ! Il y est arrivé tout seul ! Il est heureux, et commence à courir comme un albatros qui s'envole. J'applaudis du bout des doigts, je souris du bout des dents, je suis un garçon angoissé. Il faut se détendre, c'est dimanche. Je suis gris comme les marches en béton, comme les murs, comme le ciel qui ne l'est plus ; gris et grisé d'une affection sans fin et sans nom pour ce petit être qui vient de moi, et qui file, lui devant, et nous pour toujours derrière.
Mais il n'a pas son bob, je réponds, il fait soleil pour une fois, il va prendre une insolation ! Oui, je lui fais de l'ombre ! etc.
Nous sommes assis au bord du bac à sable, devant un océan d'enfants aux noms courts et de parents bien éduqués tous plus ou moins créatifs, jeunes parents aux cheveux gris, vestons, vêtements du dimanche colorés. Nous sommes de retour à Paris.
L'absence de deux ans se fait sentir. Avant c'était : "le jouet, mais tu demandes même pas si tu peux l'emprunter, ma parole. Comment ça, mon fiston, tu veux pas prêter ton jouet au petit garçon ? Mais tu te crois où ? Tout le monde partage les jouets, ici, tu te penses au Fouquet's ?"
Là, nous sursautons : un enfant a repéré une pelle qui ne lui appartient pas, sa mère arrive en trombe, paniquée :"mais il n'est pas à toi ce jouet Matteo, qu'est-ce que tu fais ?" La mère propriétaire du jouet lance d'un ton régalien : "Allez-y, nous vous prêtons cette pelle. A la bonne franquette, c'est dimanche. Nous sommes tous très détendus." Tous les jouets, toutes les pelles, les rateaux, ont le nom de l'enfant inscrit au feutre indélébile. Les petits s'agglutinent autour du robinet pour remplir les seaux d'eau, on est au bord de l'émeute, c'est l'embouteillage, ça se frictionne comme au carrefour. Un parent dynamique arrive et encadre tout ça.
Kéké joue a nos pieds. Toutes les cinq secondes, il se retourne pour vérifier que nous sommes toujours là. Le déménagement récent a sapé beaucoup sa fragile indépendance, E. me dit : "Allez, on se lève et on s'éloigne un peu". Nous faisons six mètres, pour nous poser sur un banc, sous les arbres. Kéké relève la tête, il nous cherche, nous aperçoit, et nous fait un sourire éperdu, qui semble dire : "Je n'aime que vous, le reste c'est de la daube." On sourit en retour, petit bout, petite glue, petit sauvage. Il hésite, se lève, emporte deux ou trois camions piqués à droite à gauche et vient vite nous voir. Il s'assoit à nos pieds.
Nous partons : laisse le, un peu ! laisse le respirer ! Ne reste pas derrière lui tout le temps, comme ça. Un grand escalier : il commence à le monter tout seul. La ville est remplie d'angles durs, de trappes, de dangers. J'adopte une démarche décontractée, allez vas-y, la vie est sympathique, on vit plusieurs fois. Vas-y, marche de tes propres pieds, kéké, tu as 21 mois après tout, va dans les dangers, va trouver une collocation en Angleterre.
Il arrive en haut des marches. E. triomphe : tu as vu ! Il y est arrivé tout seul ! Il est heureux, et commence à courir comme un albatros qui s'envole. J'applaudis du bout des doigts, je souris du bout des dents, je suis un garçon angoissé. Il faut se détendre, c'est dimanche. Je suis gris comme les marches en béton, comme les murs, comme le ciel qui ne l'est plus ; gris et grisé d'une affection sans fin et sans nom pour ce petit être qui vient de moi, et qui file, lui devant, et nous pour toujours derrière.
Une pièce pour rentrer
Un jeune homme noir m'aborde dans la rue : "S'il vous plaît, excusez-moi de vous déranger." Je ralentis, il poursuit : "Auriez-vous une pièce, c'est pour rentrer au pays."
J'ai des courses à la main, mais je n'ai pas de monnaie. Je paye par chèque en bois, comme d'habitude. Difficile d'expliquer ça en deux mots, je souris, je réponds non, je sais qu'il me prendra pour un menteur. Ce qui m'interpelle, c'est son argumentation : "...pour rentrer au pays." Il dit ça sans aucune conviction, comme une formule de politesse. Je reste une seconde interpellé, mais devinant déjà mon refus, il regarde loin derrière moi. Je n'ose pas engager la conversation. Est-ce une façon de présenter les choses qui marchent dans le quartier ? Je travaille dans un quartier très huppé.
Peut-être a-t-il déjà testé différentes approches ? "Une petite pièce s'il vous plaît... pour me droguer (il n'a pas l'air d'un de ces cadavres secs encore secoués de respirations que je croise au petit matin, en prenant le métro)... pour boire... pour un tour en vélib' ...pour jouer au kéno... pour avoir un rapport sexuel... pour m'acheter pif le chien... " ? Il a peut-être rencontré quelques fanatiques du billet-retour-simple, chez qui l'argument à fait mouche :
"Pour rentrer au pays ? Les amis, (s'adressant à des jeunes hommes vêtus en scouts) aidons ce jeune numide à rejoindre les contrées de la France vu de loin !"
Devant mon nouveau chez moi, sous ma fenêtre, une femme s'est installée, début août, sur des marches, dans un petit renfoncement d'un magasin fermé. Elle avait une valise, un sac de couchage. Le matin, au tout début, elle coiffait ses courtes tresses. Elle se lavait les mains. Depuis, elle sombre peu à peu. E. lui a proposé un sandwich, mais elle a fait la moue, puis a silencieusement refusé. Elle ne fait jamais la manche. Bouteille de bière, puis le modèle au dessus. Cheveux sans tresse, qui se dresse en bataille, et le début des monologues. Sourire en regardant le ciel. Le ciel et sa pluie d'été incessante.
J'ai des courses à la main, mais je n'ai pas de monnaie. Je paye par chèque en bois, comme d'habitude. Difficile d'expliquer ça en deux mots, je souris, je réponds non, je sais qu'il me prendra pour un menteur. Ce qui m'interpelle, c'est son argumentation : "...pour rentrer au pays." Il dit ça sans aucune conviction, comme une formule de politesse. Je reste une seconde interpellé, mais devinant déjà mon refus, il regarde loin derrière moi. Je n'ose pas engager la conversation. Est-ce une façon de présenter les choses qui marchent dans le quartier ? Je travaille dans un quartier très huppé.
Peut-être a-t-il déjà testé différentes approches ? "Une petite pièce s'il vous plaît... pour me droguer (il n'a pas l'air d'un de ces cadavres secs encore secoués de respirations que je croise au petit matin, en prenant le métro)... pour boire... pour un tour en vélib' ...pour jouer au kéno... pour avoir un rapport sexuel... pour m'acheter pif le chien... " ? Il a peut-être rencontré quelques fanatiques du billet-retour-simple, chez qui l'argument à fait mouche :
"Pour rentrer au pays ? Les amis, (s'adressant à des jeunes hommes vêtus en scouts) aidons ce jeune numide à rejoindre les contrées de la France vu de loin !"
Devant mon nouveau chez moi, sous ma fenêtre, une femme s'est installée, début août, sur des marches, dans un petit renfoncement d'un magasin fermé. Elle avait une valise, un sac de couchage. Le matin, au tout début, elle coiffait ses courtes tresses. Elle se lavait les mains. Depuis, elle sombre peu à peu. E. lui a proposé un sandwich, mais elle a fait la moue, puis a silencieusement refusé. Elle ne fait jamais la manche. Bouteille de bière, puis le modèle au dessus. Cheveux sans tresse, qui se dresse en bataille, et le début des monologues. Sourire en regardant le ciel. Le ciel et sa pluie d'été incessante.
jeudi 23 août 2007
Besancenot a-t-il la carte "Champion" ?
Hier soir, il pleut comme d'habitude. Je vais faire mes courses au "Champion" à côté de chez moi. Qu'est-ce que je prends me demandez-vous ? Un pack d'eau, des Granolas, de la boite pour les chats, des sacs poubelles, etc. Pas très intéressant, me dites-vous. En fait, vous ne me l'avez même pas demandé, me dites-vous. Attendez un peu !
Je farfouille nerveusement ma "banane" en bandoulière, à la recherche de ma carte "Champion". Ah, la carte des grands magasins ! Celles qui donnent des points ; on ne sait pas trop à quoi ça sert, où çà nous mène, et puis on perd la carte, ou l'on s'aperçoit que les points sont périmés. Mais peut-être qu'au bout, il y a le rêve d'un robot ménager gratuit, voire d'une poêle en inox.
Je joue le jeu. E. nous a pris un lot de trois cartes "Champion" (une pour kéké quand il sera grand), et puis ça me faisait peine, chaque fois que la caissière me demandait "Vouzavélacartchampion" de répondre "non", comme si je méprisais les choses de ce monde, et que j'étais bien trop malin pour tout ça. Là, je réponds "oui !", je me sens du cru, regard complice. Et puis parfois on ne me demande même pas ma carte d'identité quand je fais un chèque, c'est fou, c'est très village, très familial.
Je trouve ma petite carte, et devant, moi un grand gaillard se retourne pour me regarder : Olivier Besancenot. Oh, tiens, il fait ses courses au "Champion" du boulevard Barbès, lui ! Attention, ce n'est pas une blague, comme quand je raconte que je suis en cellule de dégrisement avec Villepin. Non, non, c'est bien le candidat à la dernière présidentielle qui se tient devant moi.
Et qu'est-ce qu'il a dans son caddy, hein ? Là, du coup, ça vous intéresse... Si je vous déballe qu'il a quatre bouteilles de whisky, huit boites de préservatifs, le dernier livre de Sarkozy, plus "le Bonzaï pour les nuls", plus une boite à "thé à l'orange spécial constipation chronique", là ça vous parle, hein ?
Non, en fait. Le truc qui m'interpelle, c'est la Pizza de marque "Champion". Des courses de trotskyste, quoi.
Je suis étonné par sa stature : à force de voir son visage de tintin communiste sur les affiches, ses traits poupins, à cause de sa relative jeunesse (comparée aux briscards politiques), on s'attendrait presque à voir un petit garçon, avec un pantalon court, des grandes chaussettes, une tétine. Non, le gars me dépasse, et pourtant je suis grand. En plus, il a l'air baraqué, tendance "j'écoute de la musique punk".
Je me dis : "Oh c'est drôle, la caissière va lui demander s'il a sa carte Champion, et moi, je vais savoir !". Ca ne loupe pas :
"Vouzavélacartechampion ?
- Non."
Je sais, à présent. Et ben, Olivier, ça vous intéresse pas les robots gratuits, voire les poêles en inox ? Tant pis, c'est mon tour, moi j'ai la carte Champion, j'espère que la caissière va m'aimer, qu'elle va me dire : "Vous au moins, vous n'êtes pas un pipole de la télévision, mais on peut compter sur vous. Vous êtes un gars du cru, un indigène. Vous l'avez, la carte Champion."
A la sortie du supermarché, je glisse aussitôt sur une dalle humide et lisse, et je me retrouve par terre. Un clochard me dit : "c'est la troisième fois que ça arrive ce soir ! Je l'ai pourtant dit au vigile, ça glisse, il faut nettoyer !". On discute un peu, scandalisés par la marche du monde, et je m'en vais.
Je farfouille nerveusement ma "banane" en bandoulière, à la recherche de ma carte "Champion". Ah, la carte des grands magasins ! Celles qui donnent des points ; on ne sait pas trop à quoi ça sert, où çà nous mène, et puis on perd la carte, ou l'on s'aperçoit que les points sont périmés. Mais peut-être qu'au bout, il y a le rêve d'un robot ménager gratuit, voire d'une poêle en inox.
Je joue le jeu. E. nous a pris un lot de trois cartes "Champion" (une pour kéké quand il sera grand), et puis ça me faisait peine, chaque fois que la caissière me demandait "Vouzavélacartchampion" de répondre "non", comme si je méprisais les choses de ce monde, et que j'étais bien trop malin pour tout ça. Là, je réponds "oui !", je me sens du cru, regard complice. Et puis parfois on ne me demande même pas ma carte d'identité quand je fais un chèque, c'est fou, c'est très village, très familial.
Je trouve ma petite carte, et devant, moi un grand gaillard se retourne pour me regarder : Olivier Besancenot. Oh, tiens, il fait ses courses au "Champion" du boulevard Barbès, lui ! Attention, ce n'est pas une blague, comme quand je raconte que je suis en cellule de dégrisement avec Villepin. Non, non, c'est bien le candidat à la dernière présidentielle qui se tient devant moi.
Et qu'est-ce qu'il a dans son caddy, hein ? Là, du coup, ça vous intéresse... Si je vous déballe qu'il a quatre bouteilles de whisky, huit boites de préservatifs, le dernier livre de Sarkozy, plus "le Bonzaï pour les nuls", plus une boite à "thé à l'orange spécial constipation chronique", là ça vous parle, hein ?
Non, en fait. Le truc qui m'interpelle, c'est la Pizza de marque "Champion". Des courses de trotskyste, quoi.
Je suis étonné par sa stature : à force de voir son visage de tintin communiste sur les affiches, ses traits poupins, à cause de sa relative jeunesse (comparée aux briscards politiques), on s'attendrait presque à voir un petit garçon, avec un pantalon court, des grandes chaussettes, une tétine. Non, le gars me dépasse, et pourtant je suis grand. En plus, il a l'air baraqué, tendance "j'écoute de la musique punk".
Je me dis : "Oh c'est drôle, la caissière va lui demander s'il a sa carte Champion, et moi, je vais savoir !". Ca ne loupe pas :
"Vouzavélacartechampion ?
- Non."
Je sais, à présent. Et ben, Olivier, ça vous intéresse pas les robots gratuits, voire les poêles en inox ? Tant pis, c'est mon tour, moi j'ai la carte Champion, j'espère que la caissière va m'aimer, qu'elle va me dire : "Vous au moins, vous n'êtes pas un pipole de la télévision, mais on peut compter sur vous. Vous êtes un gars du cru, un indigène. Vous l'avez, la carte Champion."
A la sortie du supermarché, je glisse aussitôt sur une dalle humide et lisse, et je me retrouve par terre. Un clochard me dit : "c'est la troisième fois que ça arrive ce soir ! Je l'ai pourtant dit au vigile, ça glisse, il faut nettoyer !". On discute un peu, scandalisés par la marche du monde, et je m'en vais.
mercredi 22 août 2007
Ulysse sous la pluie
Oh non ! Funeste sort ! Je serre mes petits poings en maudissant le ciel couleur éponge à égout, comme si je vivais dans un seau à serpillière. Mais que voulez-vous faire ? Téléphoner à qui ? Pour lui dire quoi ?
Comme Ulysse, j'erre contre les vents contraires que soufflent les Dieux du travail et du temps, et mon chemin est semé d'embûches. Un passager malade station Trocadero ! Dans l'embarcation métallique brinquebalante qui dérive sous terre, mes compagnons d'infortune ne cèdent pas aux chants des sirènes, les oreilles bouchées par des iPods. Un cyclope boit des 8.6. et taxe des clopes.
Sous la pluie, derrière les vitres d'un bar moelleux, on aperçoit des gens confortablement plongés dans leur journal, et on voudrait alors s'oublier éternellement dans la moleskine, dans le bruit du percolateur, avec pour toute amertume celle du café dans la bouche.
Voilà j'arrive, et mes compagnons d'infortune s'éparpillent. Certains se fourvoieront dans les images roses de Circé-point-com et se verront transformés en pourceaux ; d'autres seront dévorés par des supérieurs cannibales en costume.
Comme Ulysse, j'erre contre les vents contraires que soufflent les Dieux du travail et du temps, et mon chemin est semé d'embûches. Un passager malade station Trocadero ! Dans l'embarcation métallique brinquebalante qui dérive sous terre, mes compagnons d'infortune ne cèdent pas aux chants des sirènes, les oreilles bouchées par des iPods. Un cyclope boit des 8.6. et taxe des clopes.
Sous la pluie, derrière les vitres d'un bar moelleux, on aperçoit des gens confortablement plongés dans leur journal, et on voudrait alors s'oublier éternellement dans la moleskine, dans le bruit du percolateur, avec pour toute amertume celle du café dans la bouche.
Voilà j'arrive, et mes compagnons d'infortune s'éparpillent. Certains se fourvoieront dans les images roses de Circé-point-com et se verront transformés en pourceaux ; d'autres seront dévorés par des supérieurs cannibales en costume.
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