dimanche 18 mai 2008


Oh!91 à Creys-Malville

Tu te demandes ce que je fais sur le site nucléaire de Creys-Malville. J’effectue des relevés avec mon compteur Geiger. Les réacteurs démantelés vrombissent comme les forges d’un enfer électrique. Je m’approche des turbines, mon compteur s’affole.

Je rencontre alors un ingénieur en combinaison, semblant errer, une portée de chats siamois dans les mains. Quelle surprise ! Stupéfaction. Il se tourne vers moi et me sourit. Bonjour dit-il. Bonjour dis-je. On dirait des grandes tours, comme aux échecs, n’est-ce pas, fait-il. Vous aimez les échecs, réponds-je ? Ça tombe bien !

Il dégrafe alors son pantalon de plomb. Je dis : ce n’est pas très prudent, peut-être. Ne t’inquiète pas, répond-il, j’ai des préservatifs.

Nous nous caressons mutuellement, dans les signaux d’alarmes qui clignotent. Je remonte son long sexe vigoureux, puis l'autre aussi. Il fait chaud, mais c'est agréable. Force est de le constater. Puis nous jouissons, de longs jets, puissants, fournis. Je dis, ébahi : oh ! Ton sperme est phosphorescent ! Oui, répond-il, dans la nuit, c’est sympathique. Mais c’est fastidieux à nettoyer.

samedi 17 mai 2008


Oh!91 au Pôle Nord

Je marche sur un glacier. Le vent dément souffle dans le froid total. Tout est blanc, le ciel, le sol. Tu te demandes ce que je fais au Pôle Nord. J’effectue la maintenance d'une station météorologique russe très complexe. J’aime l’eau. L’eau c’est comme le sexe, parfois c’est tendre, parfois c’est dur. Je marche sur l’eau, être humain perdu dans un désert hostile et immaculé.

Soudain, j’aperçois près d’un glacier une forme emprisonnée dans la banquise. Je me précipite. Le blizzard redouble, mais je pense avoir reconnu une forme humaine. Je creuse la paroi cristalline avec ma pioche, et peu à peu je dégage le corps. C’est incroyable : un homme des cavernes emprisonné depuis des siècles dans le froid. Il est vivant ! Quelle surprise ! Stupéfaction.

Peu à peu, il se dégivre, sauf son sexe qui reste désespérément dur. Attends, dis-je, je vais te réchauffer. Nous nous dégivrons mutuellement le sexe. C’est agréable. Force est de le constater. Tu aimes les échecs, demande-je ? Grrrr ! Répond-il. Il se tape la poitrine velue avec sa main disponible.

Il est assez vigoureux. Il a dû chasser de nombreux mammouths, j’aime qu’il prenne soin de lui. Soudain, nous jouissons : de longs jets, puissants, fournis. Le sperme à peine échappé s’est figé dans l’air, comme un stalactite fou partant du gland. C’est fastidieux à nettoyer.

vendredi 16 mai 2008


Oh!91 dans l'espace

Tu me demandes ce que je fais dans la station Mir. Je vérifie les jauges. Je me déplace dans les conduits capitonnés, au cœur du silence de l’espace, pour effectuer des tests. Parfois, je regarde la nuit par le hublot. J’aperçois au loin la Terre, la lune, je médite sur cette étrange solitude, dans ma combinaison spatiale. Mon cœur bat dans ma poitrine, être humain perdu dans le désert sidéral.

J’ouvre un sas, et je tombe alors sur un homme blond qui, torse nu, s’exerce aux haltères en transpirant. Quelle surprise ! Stupéfaction. La sueur sur ses muscles brille comme de l’huile. Evidement, les haltères en apesanteur, c’est plus pour le symbole, mais quand même, j’apprécie de le voir prendre soin de lui. Il est torse nu, et le reste aussi. Peut être est-ce l’absence de gravité, mais son sexe volumineux voltige en toute liberté comme une licorne. Il me dit :
« Je m’appelle Piotr.
_ Tiens, je réponds, je pensais être seul sur la station. Quelle surprise !
_ J’ai du rrrater la dernière capsule. Veux-tu faire une parti d’échec ? »

Je m’assois à ses côtés, il a abandonné ses haltères allées se perdre au plafond. Nous jouons aux échecs. Tandis que je suis sur le point de prendre son roi, je constate que nous nous caressons depuis un moment. C’est agréable, dis-je. Oui, force est de le constater, me répond-il.

Puis nous jouissons. Des longs jets, puissants, fournis. Dans l’apesanteur, nos spermes libérés forment une sorte de petite voie lactée dans l’habitacle. C’est fastidieux à nettoyer.


Les aventures d'Oh!91

Oh !91 est un blogueur exquis. Je suis envieux de sa configuration, on dirait une sorte de téléphone portable très compliqué, tant il arrive à intégrer au sein d’un même (simple) appareil des fonctionnalités très hétéroclites. Dans le même paquet, vous avez droit à une plume pleine de grâce, d’élégance, un engagement politique d’une précise et sportive fermeté, un rapport au corps et au sexe fraîchement salutaire, et bien sûr une pratique de la gentillesse quasi sensuelle. Oh !91, on a un petit peu envie de le cloner pour peupler les colonies futures des prochains systèmes solaires.

Je suis bien obligé de vous expliquer ça. Car ce qui va suivre est une odieuse caricature, un affreux pastiche né de plaisanteries dans un de ses commentaires, à l’opposé de la richesse thématique qui parcourt son site. C’est une plaisanterie sur sa propension à toujours se retrouver, quelque soit le contexte, dans les situations les plus scabreuses...

Je l’ai rencontré deux fois, au Kremlin-Bicêtre, chez Nicolas, et à l’Aéro, sans cesse accompagné de son inséparable Fiso. Nous avons bien rigolé et il m’a encouragé dans cette imbécile entreprise... il ne peut s’en prendre qu’à lui même...

A venir :

  • Episode 1 : Oh!91 dans l'espace, le vendredi 16 mai 2008, à 17h00
  • Episode 2, le samedi 17 mai 2008, à 17h00
  • Episode 3, le dimanche 18 mai 2008, à 17h00

jeudi 15 mai 2008


Les poubelles

Dohram a sorti un chouette texte sur les poubelles des supermarchés. Je lui ai dit que j’en avais un dans mes brouillons, aussi. L’air du temps ! Zoridae l'avait fait, en novembre 2007. Il a lancé ensuite un « sujet ». D’autres s’y sont mis. Coïncidence misérable, le journal le Parisien a consacré sa une à ce « phénomène », lundi. A noter également l’article trouvé chez CSP. Promesse faite, je mets à jour ce texte, dans un esprit « pas grand chose à ajouter ».

Il y a quelques temps, les employés du supermarché sortaient les poubelles, le soir, les laissaient sur le trottoir, et allaient prendre leur pause. Les larges bacs verts restaient collés côte à côte un moment, en attendant le camion poubelle, alors un ou deux clochards soulevaient le couvercle.

Les clochards ont la peau tannée. Même déguisé en locataire, on les repère à leur visage, on reconnaît leur masque de cuir. On n’est pas surpris de les voir la main dans la poubelle. Ils ont peut-être mal travaillé à l’école. Ils sont peut-être feignants. Ils aiment peut-être trop leur liberté. Alors ils fouillent les poubelles.

Des femmes se sont donné rendez-vous, aussi. Avec des cabas, regroupées sur le trottoir d’en face, elles discutent dans l’entrée d’un immeuble, cachées par un camion de livraison. Je les voyais, elles avaient toutes un chiffon sur la tête. Vieille musulmanes au front tacheté de bleu ; roumaines petites avec des robes roses ; vieilles dames coiffées d’un fichu.

A un moment, j’ai dû dire pardon pour me frayer un passage. Ils s’étaient multipliés assez rapidement, derrière le camion de livraison. Vous voulez que je vous dise un truc sympa ? C’est lorsque j’ai vu le jeune avec sa tête d’étudiant, que j’ai eu un coup de tristesse. Vous comprenez, je ne suis pas une vieille femme avec un fichu. C’était triste un pour peu les gamins, aussi, mais bon, un gamin ça a la vie devant soi. Avec son petit cabas, ramasser les jambons avariés, ça a quelque chose de ludique. Peut-être qu’il va devenir rock star, tout est possible. Il dira alors : vous savez, j’ai mangé du jambon enragé, dans ma jeunesse. Mais l’étudiant, avec sa petite barbiche, ses boutons, son sac de cours, comme moi avant, le voir s’agiter dans les sacs noirs ronds comme des baudruches, je me suis identifié, que voulez-vous. C’est normal.

Et puis, un autre coup de tristesse, je l’ai ressenti quand j’ai eu le soupçon de l’ombre d’une envie. Un tas de provisions à l’œil, ça doit être sympa quand même. Les mois ont tendance à se terminer tôt, en ce moment, ils doivent durer quinze jours, c’est sympa, l’été arrive plus vite à ce rythme. Des fois, les mois se finissent à peine commencé. Des fois, le mois suivant se finit dès le mois d’avant. Méditant sur moi, je me suis identifié, que voulez-vous, c’est normal.

Puis tout d’un coup, les pauvres ont disparu. Avec mon fils dans les bras, lors du traditionnel passage du camion poubelle, j’ai pu constater que les employés guettaient désormais le passage des boueux avant de sortir les bacs dès que l’engin stationnait, et les rentraient aussitôt. Les gens ont dû gueuler, ça faisait vraiment Galerie Lafayette la veille de Noël, dans la rue.

Sauf que ce soir, il pleut. Il pleut averse, après le pont ensoleillé du 8 mai. Les employés se dépêchent de sortir les poubelles, les abandonnent sur le bitume, avant de retourner à l’abri. Sous les trombes d’eau, deux gitanes surgissent. Des robes roses. Elles se hissent, fouillent, et prestement, prennent des paquets de jambons, de la viande. Pour fouiller plus au fond, l’une tire vers elle l’imposant bac. Celui-ci bascule, penche, manque de se renverser, fait reculer la fille qui se courbe sous le poids. Là bizarrement, je me dis qu’à sa place, pour faire au mieux, pour aller plus vite, peut-être que je renverserais le bac au sol, quitte à mettre les déchets par terre. Peut-être. Ça serait sale. Mais efficace. A sa place. Les gens gueuleraient, moi aussi, les roumains qui renversent les poubelles, quand même. Là, elle ploie toujours sous le bac rempli, se gorgeant d’eau, tandis que la seconde tente d’attraper des provisions. Je pense : vas-y, lâche. J’ai bien vu que la poubelle était trop lourde, personne ne t’en voudra pas, tu vas te casser le dos. Une fois fini, en grimaçant, de toutes ses forces, ce modèle réduit de femme soulève la poubelle, la remet en place, à côté des autres.

free music

mardi 13 mai 2008


L'attaque du train en bois

Nous sommes assis côte à côte, Kéké et moi, dans le train en bois du square. Des enfants jouent comme des dingues autour de nous.

Longtemps, j’ai été le seul ami de Kéké, son compère, son coéquipier. Les autres enfants venaient le voir, et il les regardait ennuyé, comme des poissons rouges dans un aquarium tout autour, il se tournait alors vers moi pour jouer aux choses sérieuses.

Là, dans la locomotive, il me regarde, heureux, il répète : on est dans le train. Puis, avec application, et un air très sérieux, sourcils froncés, la bouche en cul de poule, il scande : tchou tchou. Pas de doute, ça y va. Tchou tchou. Je répète à mon tour. Un enfant surgit soudain, il demande, le ton bourru : vos billets s’il vous plaît. Kéké le dévisage, puis hésitant il pince son index, son pouce et son majeur sur un ticket imaginaire et le tend au garçon. Je fais de même. Satisfait, l’enfant nous quitte en ces termes : bon voyage, messieurs ; avant d’improviser un salut militaire.

Kéké observe ses petits doigts pincés sur du rien. Il se tourne vers moi, ébloui. Il n’est plus seul dans l’univers ! Une créature de son espèce lui a parlé. Il me répète avec conviction : on est dans le train ! Il garde fermement ses doigts serrés sur son ticket, en admirant le paysage ne pas défiler. Tchou tchou, médite-t-il.

Nous changeons de place, je le fais grimper dans un petit wagon, à l’arrière ; je ne le suis pas. Il ne me réclame pas. Je le vois, j’ai les mains tendues vers son dos qui m’échappe, il s’engouffre à l’intérieur. Il hésite à se retourner, à me chercher par réflexe, mais entraîné par la foule, il s’assoit. Il est au milieu des autres, il tente quelques unes de ses jeunes remarques, un peu décalées. On est dans le train, répète-t-il. Le petit contrôleur passe encore. Quel zèle. Incroyable, se faire contrôler trente fois pendant un même voyage, quelle pratique anti-commerciale. Kéké le reconnaît, il s’exécute avec gratitude, lui montre encore ses doigts pincés. Le devoir accompli, l’employé sort lestement de l’engin par la fenêtre, pour aller contrôler des passagers assis sur le toit.

Je vois mon fils affairé, tournant son visage ébahi d’un enfant à l’autre afin de décrypter les règles de ce jeu insaisissable et changeant. Je recule peu à peu, je m’éloigne du jeu, je m’adosse contre la barrière. Je me plante comme une sorte d’arbre, un réverbère, un panneau « interdit de stationner » , immobile, centenaire, je veille. Des chiens me font pipi sur la jambe, tant je suis planté là.

Kéké, sans qu’on ne lui demande rien, avec une intacte conviction, tend régulièrement son ticket au garçon assis en face. Il est dans le train. Il veut se faire contrôler. Puis le voyage paisible tourne à la tragédie : un enfant crie : FBI !, brandit son revolver de doigts, et les autres enfants crient aussi : FBI ! Ceux dans les wagons, ceux assis sur le toit, ils crient tous : FBI ! Et les enfants se tirent les uns sur les autres, entre fédéraux, dans un vacarme de pan pan pan. Sans doute une triste histoire de guerre entre services. Au milieu de ce massacre interminable, faute de victime, un garçon veut faire son compte à Kéké, il le vise, posent ses doigts à bout portant, criant toujours : FBI ! Kéké, probablement le seul civil du voyage, lui montre ses doigts pincés. Une fois de plus, il dépose dans la main-pistolet de l’enfant son ticket imaginaire.