Accéder au contenu principal

Articles

Affichage des articles du janvier, 2009

La tête à l'envers (3/3)

Puis un jour comme les autres, Bob la quitta. Ils étaient en train de boire du thé, il était attentif, il posa même quelques questions avec l’air intéressé, ce qui était inquiétant. Alors, il perdit d’un coup son air lointain, pour un genre passablement présent, un genre fabriqué en série et qui passe un entretien d’embauche avec des chaussures étroites, et Marie comprit. Elle écouta, parce que, du fait de son candide libertinage qui avait été sa précédente routine, elle n’en avait entendu pas tant que ça, de ces discours. Elle écouta, engourdie, intéressée, le crâne anesthésié comme une grosse dent. Cela ressemblait à un film. Marie, je m’en vais. Allez, ne sois pas triste, voyons, ça craint. Plutôt à un téléfilm. On était pas marié, Marie. Il n’y avait pas de contrat entre nous. Pas de nom posé au bas d’un parchemin. On était libre.

Elle décida alors que, profondément originale, foncièrement libre elle aussi, elle ne serait pas du tout triste, elle n'aurait pas de peine ; jusqu’à…

La tête à l'envers (2/3)

Et un jour, Marie tomba amoureuse. Un type comme ça, un type en sandale, avec des mollets poilus, un grand bienheureux décontracté qui mangeait et qui faisait pipi, et qui, des fois, avait de « vrais coups de coeur » pour des œuvres. Il portait des bracelets effilochés, des gros doigts, du genre à prendre de la glaise et à la serrer très fort, une tête à tresses blondes de comptable rastaquouère. Les autres, ils étaient là, comme des meubles, des guirlandes de Noël que l’on ressort du carton, si l’idée vient à en changer, c’est déjà le nouvel an, et on se résout à les ranger dans le carton pour la fois prochaine. Mais lui, il avait le genre de passage, la mine fugace, une silhouette de fin d’été permanente. Une sorte de panique obstinée vint vite s’installer sur le visage de Marie. Elle vérifiait sa présence continûment, tournant la tête avec inquiétude en sa direction, plus que nécessaire.

J’observais l’inconscient du coin de l’oeil, mauvaisement, j’avais envie de l’éplucher, cette gr…

La tête à l'envers (1/3)

Elle était populaire, Marie, elle couchait facilement. Dans cette bande de beatniks boutonneux, elle disait souvent oui, allez. La confrérie des gens très libres lui était redevable, car les volontaires inspirées par une telle positive attitude sexuelle ne se bousculaient pas. Elle n’était pas très jolie, mais suffisamment. Petite, gironde, les joues roses comme une fille des champs, elle bénéficiait de la fraîcheur standard de la jeunesse.

Avec facilité, ses amis devenaient amants, ses amants se retrouvaient amis, on s’aimait bien, sans façon, sans douleur, sans conséquence, à la bonne franquette, à la bonne niquette. Tout était tellement inconséquent. On pensait dans du sable, la mer emportait tout.

« Et toi alors, me disait-elle, pourquoi tu es puceau ? »

Je protestais alors avec la plus grande fermeté, sursautant sur place, aussi indigné qu’un conseil de sécurité de l’ONU, je pensais mentir, et inventer une lointaine et mystérieuse cousine et des histoires abracadabrantes d’amours im…

Le collier d'ambre

Tout d'un coup, dimanche soir, kéké me dit : « Je veux enlever mon collier ». C'est son collier d'ambre, il le porte depuis l'âge de – combien ? – trois mois. Autant dire depuis toujours, un tout petit toujours, certes, mais quand même. Sur toutes les photographies, on le voit ; des perles en plastique, pardon, en ambre, se succèdent, ocre, marron, ocre, jaune. Dans son bain, dans le square, les anniversaires, etc. C'est sensé apaiser les dents quand elles poussent, c'est surtout son collier, c'est tout.Surpris, je lui demande pourquoi il veut retirer son collier : il marmonne quelque chose, je ne comprends pas. J'essaye de faire mon psychologue, comme dans les téléfilms de France 3, du genre, tu veux me faire un dessin pour expliquer pourquoi ? Regarde, le bonhomme-doigt a un collier, soudain il veut l'enlever, d'après toi, pourquoi ?Mais rien, c'est le silence, un silence bougon. « Je veux enlever mon collier », juste. Ah, pour m'expl…