Accéder au contenu principal

Articles

Affichage des articles du septembre, 2008

La Ceinture de Kuiper

Le matin, je me lève, hébété, et je m'exécute, automate lent. On me transporterait sous le beffroi d'une tour de Notre-Dame, pour y sonner les cloches, ça ne ferait pas tellement de différences. J'ai la même panique en ouvrant les yeux, le monde est effroyablement toujours là.

Je me retrouve dans la cuisine, la cafetière à la main. Ici, systématiquement, une pensée absurde me traverse l'esprit. A moitié endormi, en caleçon, le visage portant encore un masque de coussin, je me représente fabuleusement insignifiant dans la vaste marche du cosmos. Je m'entends qui respire, je trouve ça très prétentieux par rapport aux cailloux, par exemple. Et le chat me donne des coups de têtes aux mollets, croisade permanente pour son dieu en petits morceaux de la gamelle. Ce n'est pas comme si c'était triste, c'est juste que c'est absurde.

Ce matin a tout l'air d'un clone gringalet du matin d'avant, glorieuse brebis maladive. Je vois bien défiler les matin…

La Joie des enfants

Kéké a prononcé ces paroles, un soir, nous souriant d’un air complice : « c’est la joie des enfants ! ». Air complice, pourquoi, ces mots paraissaient tomber de la lune. Mais il avait son petit sourire entendu, fier. Alors je l’ai regardé, interdit, et j’ai fait celui qui comprenait parfaitement : « La joie des enfants ! Bien sûr ! ».

Il a dû entendre cette expression à l’école, peut-être une histoire de sa maitresse, « apprendre à lire, c’est la joie des enfants !», ou sans doute dans la cour quand les petits s’adonnent à des jeux barbares : « s’étrangler pour devenir tout rouge, c’est la joie des enfants !».

Cela a sonné comme un corps étranger dans son langage, dans notre langage commun, que nous partagions tous les trois, jusqu’à présent. C’est le monde extérieur qui s’y glisse. Et comme nous sommes très heureux qu’il s’ouvre au monde, très heureux de le voir grandir, et nous de vieillir, et de crever comme des chiens puants dans des fosses communes, nous l’avons félicité. C’est la …

Les chiens

Kéké a passé le week-end du côté de chez Swann et Bergotte. Swann est un gros chien noir, aux yeux jaunes. A côté, le chien des Baskerville est un petit caniche de soprano. On s’approche de sa gueule, il attend, placide, une cajolerie. On lui caresse sa bonne grosse tête, il ne gaspille pas son énergie à gesticuler des remerciements, olympien, économe, il consomme la douceur en vous fixant. Pendant ce temps, Bergotte bondit tout autour, prise d'un enthousiasme jaloux, attrape les oreilles de Swann, notre main, un doigt, la jambe, Kéké, jappant : j’existe ! J’existe !

Quand Swann étale son gros corps sur la terrasse, Bergotte s'empresse de faire de même, près du ventre de l'aîné. Quand des gens passent, Swann se redresse, semblant faire à longueur de temps son grand retour, ses cent jours de chien. Il bondit vers le portail, fait virevolter Kéké au passage, puis effraie les égarés revenus de rien, sinon de la "Foire à Tout". Bergotte suit le chef des chiens, l'…

Challenger

Je suis au travail, tout le monde est très soucieux. La base de données a des problèmes, la charge est sérieuse, les serveurs ne répondent pas. Les mines sont tendues. Bon sang, on dirait qu’on va lancer la navette Challenger dans l’espace, avec à bord des bébés phoques, ou des enfants importants, comme les pensionnaires des « Choristes » par exemple.

Mon téléphone sonne dans le silence des claviers qui crépitent. C’est Kéké à l’appareil. Je reconnais le numéro de la maison, mais je décroche avec un ton neutre. De sa petite voix de flûte, il me dit malicieusement : « Papa, tu achèteras des yaourts au caramel ? »

Les visages se tournent vers moi, je réponds d’un ton égal : « Oui bien sûr. J’y penserai ». Les collègues s’approchent, imperceptiblement, j’ai peut-être une solution pour la base de données de la navette Challenger. Kéké répète encore : « tu achèteras des yaourts au caramel, papa ? » Sa mère glousse derrière lui.

On pose les mains sur mon bureau, les têtes sont courbées sous le…

Noces de sable

Nous jouions dans la cour, nous étions de petits amoureux, nous nous étions mis d’accord là dessus. Après une brève négociation de quelques secondes, c’était réglé. Tu es notre amoureux ? Ont-elles demandé. Oui, et vous êtes mes amoureuses. Alors, jouons. Donjons de sable. Histoires de poneys.

Quand, dans un couple, les filles sont majoritaires, il arrive toujours des jeux de poney. Il faut les coiffer, ils trottent élégamment, puis qu’ils s’occupent de leurs petits bébés, est-ce que je sais. Les poneys ne pourraient-ils pas avoir des accidents, peut-être, tomber d’un pont, faire la course, hasardais-je ? Une guerre entre les poneys. Mes amoureuses étaient sœurs jumelles ; vêtements similaires, même ruban dans les cheveux, même amoureux.

Un matin, elles m’ont donné une petite voiture verte. Je ne sais plus pourquoi, noce de sable ou de poney, pour fêter notre un jour d’amoureuserie. Je l’ai montré à ma mère, le soir. Elle a eu l’air émue, ce présent, objet grotesque, surgi d’un ailleurs…

Titanic chalutier

Cette image, je l'ai offerte à Dorham, c'est parce qu'il est une Traviata Punk. Le genre de gens, il meurt sur scène, oui mais, avant, ou après, quand même, il lance des cocktails molotov dans la maison du méchant Germont, lui crève les pneus de sa voiture, l'attend à la sortie de la banque pour lui pourrir sa soirée juste en argumentant comme un malade sur le pourquoi du comment, avant de revenir sur scène pour y mourir, y re-mourir, puis se relever avant de dire, oh, même pas mort.

Quand Kéké est entré à l'école, je me suis senti triste et idiot, une image m'est venue, le Titanic Chalutier. Je vous explique.

Le Titanic Chalutier navigue en mer, il a attrapé des milliers de poissons, alors il va regagner le port. Soudain, il heurte un ex-iceberg, déjà fondu. Il sombre. C'est la panique, à bord. Les poissons se lamentent. Horreur ! Malheur ! Le chalutier coule ! On va tous crever ! J'aurais bien voulu faire, une dernière fois, chère truite, tendre rousset…

le crépuscule des demi-dieux

C’était la rentrée des classes pour Kéké, aujourd’hui, je fus infiniment triste en me levant ; poisseuse et déraisonnable tristesse. Z. dut me faire la morale, on dirait que c’est toi qui rentres à l’école. J’enchaînais, lorsque mon fils avait le dos tourné, sarcasme sur sarcasme. « Ouais on va tous crever », pour donner une idée. Je me sentais tripoté par le temps qui passe, ce n’était pas grave, ça irait mieux.

Alors, tout alla mieux.

Je mis un pantalon propre. Je me sentais bien dedans. Les poches n’étaient pas encore déformées par les centaines de pièces de un centime ou les tickets de Champion jamais jetés. Je mis une chemise blanche, aussi, je m’adressai à Kéké, occupé comme d’habitude à organiser ses camions ; tu vois comme je suis bien habillé, qui c’est le plus beau, ah ben c’est ton père, tiens, tu sais c’est comme un jour de fête même si… (regard noir de Z.) .. j’achevais alors dans mes pensées : …même si on va tous crever. Je lus le dernier billet d’Olivier qui, certainement…

Ovin

Aujourd'hui, à 14h30, c'est la rentrée de mon fils, Kéké. Que dire ?

Pendant les vacances, on visitait une ferme. Le fermier nous montre le coq, dans un clapier :

"Regardez, c'est le coq Ovin !
- Formidable ! Ovin, très joli prénom !
- Non. Au vin. C'est le coq au vin de ce dimanche. Il est beau hein ?"

Le coq, fier comme un coq, acquiesce : cot cot !