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Noces de sable

Nous jouions dans la cour, nous étions de petits amoureux, nous nous étions mis d’accord là dessus. Après une brève négociation de quelques secondes, c’était réglé. Tu es notre amoureux ? Ont-elles demandé. Oui, et vous êtes mes amoureuses. Alors, jouons. Donjons de sable. Histoires de poneys.

Quand, dans un couple, les filles sont majoritaires, il arrive toujours des jeux de poney. Il faut les coiffer, ils trottent élégamment, puis qu’ils s’occupent de leurs petits bébés, est-ce que je sais. Les poneys ne pourraient-ils pas avoir des accidents, peut-être, tomber d’un pont, faire la course, hasardais-je ? Une guerre entre les poneys. Mes amoureuses étaient sœurs jumelles ; vêtements similaires, même ruban dans les cheveux, même amoureux.

Un matin, elles m’ont donné une petite voiture verte. Je ne sais plus pourquoi, noce de sable ou de poney, pour fêter notre un jour d’amoureuserie. Je l’ai montré à ma mère, le soir. Elle a eu l’air émue, ce présent, objet grotesque, surgi d’un ailleurs tout neuf, dans lequel elle n’existait pas. Nous allons leur faire un cadeau en retour, a-t-elle dit. Nous avons trouvé une borne rouge qui distribue des bagues en plastique, dans les supermarchés. Il me semble que ces machines sont là, figées, depuis la nuit des temps. Tout a changé, les téléphones, les automobiles, les modes, sauf les machines rouges à distribuer des bijoux en toc, ou des chewing-gums protubérants. Comme des monolithes, elles ont poussés dans le néant, et le monde s’est construit autour. Elles sont immuables. Pas besoin de les entretenir, ni de les remplir, ni de les vider, personne ne s’en sert. Elles sont un détail du monde, et le monde tient debout sur des détails, un ornement, des gargouilles tranquilles de grandes surfaces.

La poignée d’aluminium tourne, une capsule tombe, avec une bague sertie d’un diamant rose. J’ai hésité, puis : il en faudrait une autre puisqu’elles sont deux. C’est vrai, ma mère a soupiré, c’était une démonstration rigoureuse, elle a donc remis une seconde pièce. Elle s’est peut-être dit : j’ai de la chance, moi au moins je suis unique. Je suis rentré dans la cour, ravi, une bague dans chaque poche.


Commentaires

  1. C'est juste un petit bonheur que d'être le premier à commenter. Un peu comme une bague de pacotille sertie d'un diamant de plastique : totalement futile mais tellement plaisant à offrir...

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  2. Le fantasme des hommes même tout petit, dans la cour de récréation ? Deux femmes/filles pour lui tout seul ! Belle moralité, Monsieur !

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  3. Bon, exposé comme ça, c'est sûr... d'ailleurs, j'ai oublié de mettre la chanson de "Cabaret"... "two ladies.." Mais en vérité, c'était très nunuche, vous savez...

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  4. Encore heureux à cet âge. Bon, Kéké va peut-être trouver des jumelles pour le consoler et suivre les traces de son père.

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  5. Finalement l'école, c'était pas si mal, deux filles pour vous seul, et des poneys.
    Quand j'étais petite, les poneys roses aux longs cheveux n'existaient pas, de toute façon j'étais dans une école de filles.
    Ça change tout.

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  6. Et sexuellement, ça a été avec les deux pouffes ?

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  7. Tiens ça me rappelle une histoire de bague ! Je vais l'écrire...

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  8. ça me rappelle que, à cet âge on est très sensible à la notion de partage et d'équité.
    Et l'"innocence" donna toujours un air d'unicité. ça me fait penser au dernier texte de Didier Goux, sa rencontre dans le métro...
    Il y a de la nostalgie dans l'air...

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  9. Question d'ordre technique : Elles étaient "jumelles" les bagues, ou bien différentes ?

    Le diable se niche dans les détails. Et une jumelle plus tout à fait comme sa soeur, c'est déjà plus une vraie jumelle. Foie de Jumeau !

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  10. du bobby lapointe angliche ?! trésbon morceau

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  11. Elle est très, très mignonne, cette histoire.

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  12. Joli texte. Comment dire autrement. J'adore cette image des distributeurs de bagues et autres babioles"gargouilles tranquilles de grandes surfaces". Je crois que je suis définitivement accro aux souvenirs d'enfances, comme des perles, des cailloux, des écorchures, des bobos etc…. C'est une source sans fin…. Cela me fait penser que moi aussi j'ai eu des "noces de sables" comme tu le dis. Elle s'appelait Michelle le mariage a eu lieu dans le sous-sol. A bientôt.

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  13. J'aime beaucoup l'idée du monde construit autour des distributeurs rouges :))

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  14. --> je suis nul en réponse de commentaires en ce moment. Je prendrais du temps pour faire les douze derniers billets. Puis je couperai les commentaires dix jours... :)

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  15. Des petits souvenirs, des petits moments de tendresse reliés entre eux par de jolies bagues pour des "noces de sable"..
    Pour la nostalgie évoquée par Christie.... d'accord... Et comme monsieur Goux s'y met.... on ne peut y échapper ... très sympa tout cela.
    Jeffanne

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  16. Je me suis toujours demandé si ces distributrices étaient rentables. C'est qu'on oublie leur utilité!

    Accent Grave

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  17. Balmeyer, faudrait qu'on arrête de parler de petites filles, vous et moi : vous savez ce qui nous pend au nez...

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  18. oui, les commentaires... à quoi bon ? à part dire : c'est bon... ben, parfois un commentateur ça arrive à dire quelque chose, parfois... De quoi parlais-tu déjà dans ton post ? de la rentrée des classes... que t'as accompagné ton fils, euh... non tes jumelles... que c'était un peu le bazar, à la maison ta femme t'a dit : "chéri, tu t'es trompé, t'as pas ramené les bons enfants". Balmeyer, est-ce bien sérieux tout ça ?

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  19. Je me souviens.
    Petit, mon oncle avait un commerce... et il y avait ces fameux distributeurs, qui offraient des chewing-gums, des avions et voitures à monter.
    Quand mes parents et mon oncle prenaient le café à midi, j'allais en cachette dans le magasin et piquais ces petites boules!!
    Mais j'étais pas encore un matou assez évolué pour savoir qu'il fallait offrir des cadeaux aux minettes..

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  20. Bonjour, je lis ton blog depuis quelques jours ( via celui de Luciamel)et je me permets de te faire un clin d'oeil sur ce billet au parfum d'enfance, un parfum intemporel et tendre.Ton récit m'a mis le sourire aux lèvres.

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  21. Maxime,

    Offrir ses boules aux minettes ?

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  22. Très bien le coup des bagues pour parvenir à différencier les jumelles l'une de l'autre ! Bien joué !
    :-))

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