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Articles

Affichage des articles du mai, 2008

Les coussins de l'oubli

Elle est arrivée avec un grand sac en papier contenant deux coussins gris et grotesques. J’ai regardé ces choses débordants du sac, et j’ai demandé d’où ces horreurs pouvaient bien sortir. C’est une affaire ! M’a-t-elle dit. Quinze euros les deux, au lieu de cinquante euros l’un. Je les ai examinés, songeur, palpant leur corps mou – et cher. Comment un coussin peut-il coûter cinquante euros ? Je les ai tout de suite trouvé antipathiques, hautains, snobs. Monsieur coûtait cinquante euros, à la base. Elle les a abandonnés sur le petit fauteuil, les deux gros coussins gris et poilus, c’était horrible, ils étaient semblables à des bâtonnets de chats siamois panés.

J’ai méprisé ces coussins. J’ai dénigré ces objets hors de prix mais soldés. Le chat, presque machinalement, guidé par un instinct de mollesse sûr, s’est enfoui entre les deux, pour y poursuivre sa sieste perpétuelle. C’est lorsque les chats naissent qu’on leur dit : repose en paix.

Le chat était gris également ; je ne l’ai pas vu…

Oh!91 perdu en mer

Tu te demandes ce que je fais au milieu de l’océan, agrippé à un morceau de bois. J’ai fait naufrage, et je dérive, seul, dans l’immensité bleue et liquide. Porté par les vagues, j’essaye de garder espoir. Je sais, j’aime l’eau, mais là, c’est vraiment un peu trop pour un seul homme.

Soudain, j’entends une détonation dans les profondeurs, et une grande gerbe d’écume jaillit non loin de moi. Des morceaux de métal apparaissent tout autour, je crois reconnaître sur un des débris le nom d’un bâtiment russe. Je ne me trompe pas. Une centaine de marins, torses nus, surgissent à la surface, coiffés de leur pompon. Leur sous-marin vient de faire naufrage. Quelle surprise ! Stupéfaction.

Heureux que ma solitude soit enfin dissipée, je tente habilement de nouer le contact. Piotr ? Dis-je. Une dizaine de marins russes tournent la tête vers moi. Je m’approche en nageant, nous nous connaissons ? Tournoi d’Echec de Petrograd ?

La faim, le froid, se font sentir. Nous tentons de pêcher maladroitement le…

La performance

Nous sommes dans une tour. Une interminable tour, ponctuée par des petits bureaux désespérément identiques, à chaque étage. Une tour sans fenêtre. Un monde climatisé. Des couloirs identiques, sans fin. Nous bloguons. Nous bloguons pour le bonheur des gens. Sur les bureaux, il y a parfois des plantes vertes, des petits portraits. Ce sont des portraits d’autres blogueurs.

J’attends en bas, près de l’ascenseur. Je porte des grosses lunettes. C’est obligatoire, c’est l’uniforme des littéraires. Je constate qu’au premier, des employés montent la garde à l’entrée de leur plateau. Ilsvigilent.

Le chef passe entre les rangs. Il regarde les courbes. L’axe des abscisses indique les jours, l’axe des ordonnées le taux de « très beaux billets ».

Nous bloguons pour le bonheur des gens. Parfois, une rumeur circule. Le câble qui conduit à l’extérieur serait débranché. Le monde externe ne nous entendrait pas. Ils ne seraient pas au courant. Toutes ces informations ! Ce n’est pas possible ! Une si haute t…

Les aveugles

Il faut être patient. Ils souffrent ces pauvres enfants. Avec leur cannes blanches, à tâtonner sur les trottoirs, hasardant un chemin, moi les guidant. Avec leur milliers de questions, leur liste infinie de demandes. On est où ? De quelle couleur est le mur ? C’est quoi le vert ? Pourquoi il fait froid ? Quelle heure il est ? C’est quoi le vent en fait ? Pourquoi la terre tourne autour du soleil ? Tu es habillé comment ? C’est quoi un ptérodactyle ? Tu es où ? Pourquoi on meurt ? A qui tu parles ? Qu’est-ce que tu dis ? Qu’est-ce que tu fais ?

Je réponds doucement, avec patience. Je suis l’accompagnateur, le chauffeur de bus, le guide, le repère. Allez, on va rentrer les enfants. Ils me suivent, comme une portée de canards, à la queue leu leu, ils se suivent les uns les autres, avec leur canne blanche. Ils pourraient se suivre les uns les autres longtemps, se tapant le mollet avec la canne, faisant aïe mais arrête fais attention, pourquoi tu me tapes comme ça, on est où ; puis se perdr…

Oh!91 à Creys-Malville

Tu te demandes ce que je fais sur le site nucléaire de Creys-Malville. J’effectue des relevés avec mon compteur Geiger. Les réacteurs démantelés vrombissent comme les forges d’un enfer électrique. Je m’approche des turbines, mon compteur s’affole.

Je rencontre alors un ingénieur en combinaison, semblant errer, une portée de chats siamois dans les mains. Quelle surprise ! Stupéfaction. Il se tourne vers moi et me sourit. Bonjour dit-il. Bonjour dis-je. On dirait des grandes tours, comme aux échecs, n’est-ce pas, fait-il. Vous aimez les échecs, réponds-je ? Ça tombe bien !

Il dégrafe alors son pantalon de plomb. Je dis : ce n’est pas très prudent, peut-être. Ne t’inquiète pas, répond-il, j’ai des préservatifs.

Nous nous caressons mutuellement, dans les signaux d’alarmes qui clignotent. Je remonte son long sexe vigoureux, puis l'autre aussi. Il fait chaud, mais c'est agréable. Force est de le constater. Puis nous jouissons, de longs jets, puissants, fournis. Je dis, ébahi : oh ! Ton…

Oh!91 au Pôle Nord

Je marche sur un glacier. Le vent dément souffle dans le froid total. Tout est blanc, le ciel, le sol. Tu te demandes ce que je fais au Pôle Nord. J’effectue la maintenance d'une station météorologique russe très complexe. J’aime l’eau. L’eau c’est comme le sexe, parfois c’est tendre, parfois c’est dur. Je marche sur l’eau, être humain perdu dans un désert hostile et immaculé.

Soudain, j’aperçois près d’un glacier une forme emprisonnée dans la banquise. Je me précipite. Le blizzard redouble, mais je pense avoir reconnu une forme humaine. Je creuse la paroi cristalline avec ma pioche, et peu à peu je dégage le corps. C’est incroyable : un homme des cavernes emprisonné depuis des siècles dans le froid. Il est vivant ! Quelle surprise ! Stupéfaction.

Peu à peu, il se dégivre, sauf son sexe qui reste désespérément dur. Attends, dis-je, je vais te réchauffer. Nous nous dégivrons mutuellement le sexe. C’est agréable. Force est de le constater. Tu aimes les échecs, demande-je ? Grrrr ! Rép…

Oh!91 dans l'espace

Tu me demandes ce que je fais dans la station Mir. Je vérifie les jauges. Je me déplace dans les conduits capitonnés, au cœur du silence de l’espace, pour effectuer des tests. Parfois, je regarde la nuit par le hublot. J’aperçois au loin la Terre, la lune, je médite sur cette étrange solitude, dans ma combinaison spatiale. Mon cœur bat dans ma poitrine, être humain perdu dans le désert sidéral.

J’ouvre un sas, et je tombe alors sur un homme blond qui, torse nu, s’exerce aux haltères en transpirant. Quelle surprise ! Stupéfaction. La sueur sur ses muscles brille comme de l’huile. Evidement, les haltères en apesanteur, c’est plus pour le symbole, mais quand même, j’apprécie de le voir prendre soin de lui. Il est torse nu, et le reste aussi. Peut être est-ce l’absence de gravité, mais son sexe volumineux voltige en toute liberté comme une licorne. Il me dit :
« Je m’appelle Piotr.
_ Tiens, je réponds, je pensais être seul sur la station. Quelle surprise !
_ J’ai du rrrater la dernière capsul…

Les aventures d'Oh!91

Oh !91 est un blogueur exquis. Je suis envieux de sa configuration, on dirait une sorte de téléphone portable très compliqué, tant il arrive à intégrer au sein d’un même (simple) appareil des fonctionnalités très hétéroclites. Dans le même paquet, vous avez droit à une plume pleine de grâce, d’élégance, un engagement politique d’une précise et sportive fermeté, un rapport au corps et au sexe fraîchement salutaire, et bien sûr une pratique de la gentillesse quasi sensuelle. Oh !91, on a un petit peu envie de le cloner pour peupler les colonies futures des prochains systèmes solaires.

Je suis bien obligé de vous expliquer ça. Car ce qui va suivre est une odieuse caricature, un affreux pastiche né de plaisanteries dans un de ses commentaires, à l’opposé de la richesse thématique qui parcourt son site. C’est une plaisanterie sur sa propension à toujours se retrouver, quelque soit le contexte, dans les situations les plus scabreuses...

Je l’ai rencontré deux fois, au Kremlin-Bicêtre, chez Ni…

Les poubelles

Dohram a sorti un chouette texte sur les poubelles des supermarchés. Je lui ai dit que j’en avais un dans mes brouillons, aussi. L’air du temps ! Zoridae l'avait fait, en novembre 2007. Il a lancé ensuite un « sujet ». D’autres s’y sontmis. Coïncidence misérable, le journal le Parisien a consacré sa une à ce « phénomène », lundi. A noter également l’article trouvé chez CSP. Promesse faite, je mets à jour ce texte, dans un esprit « pas grand chose à ajouter ».

Il y a quelques temps, les employés du supermarché sortaient les poubelles, le soir, les laissaient sur le trottoir, et allaient prendre leur pause. Les larges bacs verts restaient collés côte à côte un moment, en attendant le camion poubelle, alors un ou deux clochards soulevaient le couvercle.

Les clochards ont la peau tannée. Même déguisé en locataire, on les repère à leur visage, on reconnaît leur masque de cuir. On n’est pas surpris de les voir la main dans la poubelle. Ils ont peut-être mal travaillé à l’école. Ils sont p…

L'attaque du train en bois

Nous sommes assis côte à côte, Kéké et moi, dans le train en bois du square. Des enfants jouent comme des dingues autour de nous. Longtemps, j’ai été le seul ami de Kéké, son compère, son coéquipier. Les autres enfants venaient le voir, et il les regardait ennuyé, comme des poissons rouges dans un aquarium tout autour, il se tournait alors vers moi pour jouer aux choses sérieuses. Là, dans la locomotive, il me regarde, heureux, il répète : on est dans le train. Puis, avec application, et un air très sérieux, sourcils froncés, la bouche en cul de poule, il scande : tchou tchou. Pas de doute, ça y va. Tchou tchou. Je répète à mon tour. Un enfant surgit soudain, il demande, le ton bourru : vos billets s’il vous plaît. Kéké le dévisage, puis hésitant il pince son index, son pouce et son majeur sur un ticket imaginaire et le tend au garçon. Je fais de même. Satisfait, l’enfant nous quitte en ces termes : bon voyage, messieurs ; avant d’improviser un salut militaire.Kéké observe ses petits …

Je suis un homme (au naturel en somme)

Marc et Nicolas viennent de m'envoyer la chaine la plus absurde de l'univers. Évidement, j'y réponds, un truc pareil, ça ne se refuse pas !

Mon fond de teint : des dosettes Nespresso.
Un mascara : je n'en mets pas. A part quelque fois du Curl Brushing qui recourbe mes cils de façon spectaculaire, grâce à sa nouvelle formule « thermo-sensible ».
Une crème de jour : la Crème Catalane.
Une marque de produits : Guerlain-Est.
Ma marque fétiche de maquillage : avec mon fils on partage la même passion pour le caca boudin.
Un produit must : le Nutella. Appliqué en masque d'estomac, c'est excellent pour ma beauté intérieure.
Mon parfum : L'Instant, de Guerlain (Paris, France). J'en mets peu, j'utilise toujours le flacon que m'a offert mon épouse, il y a dix ans. Depuis, il est frelaté, alors je sens la fleur morte, mais c'est pas grave. Faut pas gâcher.
Mon magazine fétiche : Pif.
Tu pars sur une île déserte et tu emportes quoi (trois produits max, sans prote…

Bonnie et Clyde... interruption

Comme on dit dans la chanson : "Ça vous a plu hein, vous en redemandez encore ?"

Et bien non ! En tout cas, moi, dans mon coin, j'ai pris du plaisir à m'aventurer dans cette histoire. Je vais la continuer, tranquillement, la travailler chez moi, dans ma vaste maison au bord de mer avec des tas de fenêtres et presque pas de murs. Non je n'ai pas de maison au bord de mer, mais c'est moi qui raconte, je fais ce que je veux. Je vais sans doute la mélanger à d'autres récits que j'ai en attente, et comme dit la devise de ce blog, qui vient d'avoir un an en avril, on verra bien ce que ça va donner ! Au boulot.

Hier, j'ai publié un billet qui était censé conclure radicalement cette série. J'ai eu droit à une émeute chez moi. Une mutinerie. Une mutinerie d'une personne, certes, mais quand même. C'est impressionnant. "Tu ne peux pas finir comme ça ! " Je vous livre donc les mots qui devaient conclure (hier) cette histoire, que je ne …

Bonnie et Clyde (13)

En vérité, je n’aurais jamais utilisé l’arme contre qui que ce soit.

Je me souviens d’une scène, dans un téléfilm, qui m’avait marqué quand j’étais petit. Les bandits décident qu’il est temps de flinguer la victime. Un otage ? Une balance ? Un complice ? Je ne sais plus. L’idée générale pour ces gens était : ce qui est fait n’est plus à faire. Mais la victime ne l’entendait pas d’une façon aussi administrative. On l’avait agenouillée sur le gravier pour lui tirer une balle dans la nuque, et elle répétait en gémissant : je ne veux pas mourir ! Je ne veux pas mourir ! Comme si on voulait mourir. En plus, dans un téléfilm à petit budget, c’est toujours plus glauque que dans les superproductions, où l’on bénéficie de roquettes et de monstres.

Non, je ne me voyais pas faire ça.

J’adorais la route où nous roulions, sombre, neuve, du bitume noir et plat tendu comme une corde à linge, un voie sanglée dans une combinaison luxuriante d’arbres. J’admirais la forêt toute puissante et, soudain, nous …

Bonnie et Clyde (12) : toujours raison

Je rentre, je m’assois. L’assureur me regarde, avec sa tête de bonbon à la menthe. Son visage dégage une sorte de fraîcheur sympathique et mentholée, un peu le contraire de la décomposition ; oui, comme si, vivant, négatif du cadavre, il se recomposait, et que de ce travail cellulaire exhalait un parfum agréable. Que puis-je pour vous, fait-il. Je sors mon arme et crie comme un possédé : la caisse ! Donne moi la caisse ! Mais il n’y a pas de caisse, c’est juste un assureur. Il y a quoi alors ? Des dossiers. Juste des dossiers. Des dossiers d’assurance. Avec des milliers de signatures, promesses chaotiques en bas de page. File moi tous les dossiers alors, je dis évidemment ! Nous chargeons toute la paperasse dans le coffre. Pour quoi faire, demande Bunny. On verra, au pire, on les jettera à la mer, on s’en fout, les contrats d’assurance retrouveront leur élément naturel, parmi les poissons. Ils seront heureux.

J’ai récupéré l’arme chez mon père. J’ai sonné, il était légèrement tard ; il…

Bonnie et Clyde (11) : tout est sous contrôle

Bunny s’assoit à mes côtés. J’entends ses fesses épouser absolument le tissu rêche du fauteuil, soudain j’aime la vie. C’est comme si j’avais tout un équipage de paquebot dans ma bande, dans mon parti, à mes côtés ; la croisière s’amuse, avec le capitaine Stubing, ses favoris blancs, murmurant dans la splendeur rare de ses dents : tout est sous contrôle. Le pont du navire, un belvédère avec un orchestre de jazz mou, surplombant le monde, sa platitude bleue. J’allume à ce propos l’autoradio. Je regarde Bunny dans les yeux. Sans la quitter une seconde, fixant ses prunelles avec un sourire de joconde, je monte le son, sur le volant, de mon pouce. Tout est sous contrôle. Ca vibre de contrôle, de partout. On dirait Marvin Gaye qui chante, cool, moustachu, des mecs noirs, à l’aise. Je contrôle tout ; juste avec mon pouce.

La voiture démarre, elle cale, se projette contre le véhicule garé devant. J’avais laissé une vitesse enclenchée, réflexe peureux de ma jeunesse, au cas où la rue se cabre …