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Oh!91 perdu en mer

Tu te demandes ce que je fais au milieu de l’océan, agrippé à un morceau de bois. J’ai fait naufrage, et je dérive, seul, dans l’immensité bleue et liquide. Porté par les vagues, j’essaye de garder espoir. Je sais, j’aime l’eau, mais là, c’est vraiment un peu trop pour un seul homme.

Soudain, j’entends une détonation dans les profondeurs, et une grande gerbe d’écume jaillit non loin de moi. Des morceaux de métal apparaissent tout autour, je crois reconnaître sur un des débris le nom d’un bâtiment russe. Je ne me trompe pas. Une centaine de marins, torses nus, surgissent à la surface, coiffés de leur pompon. Leur sous-marin vient de faire naufrage. Quelle surprise ! Stupéfaction.

Heureux que ma solitude soit enfin dissipée, je tente habilement de nouer le contact. Piotr ? Dis-je. Une dizaine de marins russes tournent la tête vers moi. Je m’approche en nageant, nous nous connaissons ? Tournoi d’Echec de Petrograd ?

La faim, le froid, se font sentir. Nous tentons de pêcher maladroitement les poissons qui nous frôlent. J’en ai attrapé un, et un gros ! crie soudain Piotr, fier de lui. Moi aussi, réponds-je. Mais ce ne sont pas des poissons. Je le lui dis. Zut, dit-il, c’est dommage. C’était une belle prise. Nous aurions eu à manger pour un moment.

Pris l’un et l’autre par le sexe, nous n’osons pas nous libérer. Mais ce n’est pas désagréable. Force est de le constater. Nous nous caressons longuement. Un marin, devisant sur la faune aquatique disponible sous cette latitude, demande à son camarade : Capitaine, est-ce vrai que certains requins sont attirés par l’odeur des sécrétions corporelles ? Balivernes, répond-il en éclatant de rire ! Pourquoi pas par le sperme tant que nous y sommes ! Alors, nous libérons dans l’océan nos jets longs, puissants, fournis. Autour de nous, de vastes ailerons émergent à la surface.

Commentaires

  1. Prem's ! je me gondole comme un requin tigre (celui qui mange tout et n'importe quoi - pour ça que je t'aime, j'ai mauvais goût, ou pas de goût du tout)

    et du coup rien ne sera perdu, ce ne sera pas fastidieux à nettoyer ni rien. Comme la vie sait bien recycler tout ce qu'elle fait naître.

    C'est onirique !

    (c'est nettement en dessous du texte précédent je dois le signaler).

    La prochaine fois, pour aller au fond de l'océan de la qualité bloguesque, je te conseille ce texte :

    Oh !
    Ha ?
    Piotr ! Le fou ?
    Force est...
    Hum ?
    Hum !
    Pfffff...nettoyer...

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  2. Tu as oublié "C’est fastidieux à nettoyer."

    M... Dorham l'a déjà dit.

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  3. Oui c'est onirique, c'est l'élan de la mer.

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  4. Voici donc exposé la solution à la crise identitaire de la pêche française : les gars du Guilvinec, paluchez-vous gaillHardement !

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  5. merlin, bravo pour la morale que tu tires de l'histoire ! J'adhère.

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  6. Le radeau de la méduse qui dégaze serait il la prochaine menace écologique, après les marées noires : les marées blanches !

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  7. Vous écrivez vraiment bien, et vous avez un ton, un univers bien à vous. Si j'étais vous, j'irais voir côté éditeurs. Moi, c'est comme ça que j'ai commencé : un brave homme qui écrivait-et-publiait-et-semblait-en-vivre- grassement m'a dit "Si j'étais vous, j'irais voir côté éditeurs". Mais il ne m'a pas dit lesquels, et s'est lâchement éclipsé.
    Il n'y a pas de construction en abyme : je ne vis pas grassemen t de mon écriture. Mais, si j'étais vous...

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  8. C'est pas ce qu'on appelle pollution ?
    Très drôle j'ai bien rit et j'espère que les requins vont se régaler.

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  9. J'ai un probleme ou quoi?...
    J'ai trouvé ce texte beau, poetique, sensuel, mais pas drôle...

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  10. hum... je crois que je suis un peu en retard dans les réponses, non ? Je reviens tout de suite...

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  11. c'est vrai ce texte est très exciting, mais quand je dis que c'est dégoutant de se baigner dans la mer, déjà que les poissons y partouzent

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  12. Dorham merci !! tu dis : (c'est nettement en dessous du texte précédent je dois le signaler).. Coquin !!! Mais il était écrit et programmé avant ! Tan tan tan ! Gnark gnark gnark ! Naquenaquenère !

    Bruno : bienvenue ! J'étais déjà passé chez toi, mais quand ? Pourquoi ? Où ? (ah oui, sur ton blog).

    Nicolas : je sais. C'est terrible. Je n'ai pas pu le caser. A la fin, avec les requins, j'étais dans un cul de sac... j'aurais pu ajouter le bateau des sauveteurs qui arrive une semaine après, mais non... (quoique)

    Audine : Onirique attaque, si tu connais Arthur H. !

    Je reviens tout de suite, je bois un café.

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