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Articles

Affichage des articles du 2009

Le Durcisseur

Le premier métier de feu l'acteur Sim était extraordinaire : il débuta durcisseur de tétons au Crazy Horse. Encaissant cette information à la radio, je cessai toute activité pour plonger dans une rêverie mélancolique. Cette tâche improbable consistait à, muni d'un seau à glaçons, frotter la poitrine des danseuses avant leur entrée en scène, pour bien mettre en exergue leurs tétins triomphants.

Je méditais sur le sort de cette main d'œuvre méconnue des coulisses. Je vis l'homme, son visage malicieux et juvénile de souris, dans la pénombre d'un rideau, à l'entrée de la scène. J'imaginais son sourire contrit, parmi les créatures, échassières de leurs jambes, dans une jungle parfumée de plumes. Elles faisaient la queue et présentaient, traqueuses et concentrées, leur gorge au préposé du mamelon. L'employé était-il soumis à un supplice permanent, affligé d'une trique chronique qui le dévorait sans répit, tel l'arroseur arrosé (le durcisseur durci), ou…

Métamorphoses

Mon fils ce matin a tenté une technique inattendue pour éviter l’école : il s’est transformé en poisson. Nous l’avons découvert ainsi, au lit, emballé dans sa couette. Du tissu informe sortait un son étrange : poa poa poa.

Découvrant la créature se tortillant sur le matelas, nous nous sommes exclamés : misère de malheur ! Notre cher enfant s’est transformé en poisson. Comment pouvons-nous l’emmener à l’école dans cet état ? Nous allons nous faire réprimander par la DDASS. Nous l’avons supplié alors de retrouver sa forme originelle. Mais la créature ne faisait pas d’effort, elle semblait heureuse de son sort.

Malgré ce nouvel avatar, nous avons taché de faire bonne contenance. Dépêchons-nous ! Nous sommes en retard ! clamions-nous, mais le rejeton s’excusait toujours : « je ne peux pas aller à l’école ! Je suis un poisson ! »

C’était la vie qui se vengeait de m’avoir fait poissonnier, un jour, dans un Marché U de Lyon. J’en avais découpé, débité, des tas, de cette engeance marine, et ma…

Le bon

L’homme, à l’entrée de la galerie marchande, examinait le bon dans sa main, avec une sorte d’angoisse. Je dis angoisse, parce qu’en général, on ne regarde pas les bons ainsi, enfin, les gens normaux, le reste du monde. Les gens regardent les bons placides, neutres, ils ont une légitime absence d’implication, un vide d’eux mêmes lorsqu’ils regardent les bons ; ils ne regardent même pas les bons, ils les pincent furtivement en examinant autre chose digne d’intérêt, la mine altière, le visage serein, et glissent agilement le bon dans la poche, et le ressortent le moment adéquat, avec dextérité, en harmonie, et la vie passe ainsi.

L’homme, malheureusement, scrutait le bon, la tête se tassant de plus en plus, le corps, avec lenteur, se compactant sur lui même, et l’homme semblait aspiré par la puissance de ce bon, le bon comme un carré d’angoisse. Il se dit qu’il n’avait pas fait ce chemin pour rien, et entra finalement dans la galerie marchande. Les gens le regardaient fixement, enfin, pa…

Intervilles

Intervilles, si je me souviens bien, c'est en général une compétition avec Lunel contre une autre ville. Il y a un costaud avec un foulard et un béret rouge, il croise les bras et fronce la moustache car il doit répondre à une question culturelle. Puis il y a une vachette qui défonce des décors en carton. Des types grimpent sur une pente qui glisse avec des bâtons en bois, à un moment un des types glisse jusqu'en bas en gesticulant, il s'écrase dans l'eau. Il y a un tronc d'arbre en plastique au dessus d'une piscine, puis une sorte de teletubbie savonné qui s'agite par ailleurs, dans l'autre sens, des types qui glissent et tombent dans l'eau savonneuse de la piscine, et c'est mon moment préféré. On ouvre une porte de toutes les couleurs, et surprise, il y a caché un type grimé qui tombe aussitôt en glissant. Guy Lux parle des enfants qui ne partent jamais en vacances. Pourquoi ils font ça, c'est bien les vacances quand même. Je ne connais pa…

L'Immanquable

(où je ne me rappelle plus comment la conversation en est arrivée là).

La méchante : Si ça continue, je vais me faire enlever l'hémisphère droite.

Le gentil : Peuh, on dit l'hémisphère droit, ignare.

La méchante : ?!, tu en es sûr ?

Le gentil, triomphant : Bien évidemment. Ne dit-on pas "l'Hémisphère Nord ?".

La méchante : Ah parce que sinon, on dirait "l'Hémisphère Norde ?". Ah ah.

Le gentil : (...)



(Où seul face au but après avoir effacé le dernier défenseur, le gentil manque l'immanquable et tire au dessus de la barre)

Bouquet dégarni

La coiffeuse me ratiboise. Je me regarde, elle y met du sien, j’essaye de me trouver beau, pour lui faire plaisir.

A côté, un type très propre, très sympathique, déclare qu’il a cessé de travailler jusqu’à trois heures du matin, parce que ça ne servait à rien. Il a des chaussures en cuir très classe. Il raconte l'enterrement de vie de garçon d’un ami. Il dit que c’était très bien, très correct, peut-être qu’ils se sont murgés proprement. Il raconte aussi que le futur marié était déguisé en je sais plus quoi, avec des habits roses. Ça devait être super marrant, j’imagine.

Je suis en face de moi, un miroir considérable. Je suis mon propre éléphant dans le couloir, impossible de me rater. Un souvenir me revient, enfant chez le coiffeur : je me dévisageais en pensant que c’était étrange d’être soi même, d’être borné par soi même, comme un enclos. Un tout petit territoire humain, avec des haies, on y broute dedans, on n’en sort jamais.

Il parait, dis-je avant de partir, que je me dégarni…

Bazar

Au Jardin d’Acclimatation, un orchestre joue la musique de la Soupe aux Choux, façon big band de Charles Mingus. Ils sont en short. En guise d’uniforme, ils portent un ou deux vêtements orange ; une écharpe, un slip, des chaussettes, un mouchoir qui dépasse, ça crée un lien mou entre eux. A un moment, ils font un pont musical : le fameux glouloulouglouloubloulouloulouloullou de la Denrée, avec la main qui dégouline de la bouche. Les enfants les prennent pour des tarés, c’est qu’ils n’ont pas vu la Soupe aux Choux, eux.

Parfois, les musiciens font des fausses notes, des couacs, des pains ; une vraie boulangerie. Mais ils s’en tamponnent royalement. C'est une boulangerie cool. Le chef fait un signe, et tout le monde commence à improviser, en même temps ; ils quittent les rangs, leur pupitre, s’en vont marcher au hasard. Ils cheminent parmi les gens, approchent le cornet des poussettes, stupéfient les bébés, leurs yeux de bille exorbités. Les voilà bien épars, carrément en balade, sax…

Square

Une toute petite fille d’environ soixante-dix centimètres de haut. Un gros ballon. La petite fille veut donner un coup de pied dans le ballon. Elle titube, rate, ce n’est pas le ballon qui décolle, mais elle-même. Elle s’est bien viandée, stupéfaite, elle agite ses membres en l’air comme un petit scarabée.

Elle recommence à plusieurs reprises. A chaque fois, le ballon reste immobile, impérial, indéboulonnable. La petite fille, elle, se vautre différemment, se croûte, s’étale dans tous les sens. Des dames assises sur le banc rigolent bien, on échange des regards, complices, hilares. On l’encourage à recommencer souvent.

Une maman vient alors à la rescousse de la petite créature. Elle la retire de ce plaisant croutodrôme et va ranger la poussiéreuse dans sa nacelle. Un murmure de déception parcourt l’assemblée.

Le Cochon Amarillo

Quand le gros chat est mort, un lundi matin, j’ai été investi d’une mission. Le soir même, j’allais chercher Kéké à l’école, il fallait que je lui annonce. Je n’aime pas ça. Il faudrait vivre irresponsable, manger, dormir et attendre la fin des temps, bienheureux. Comme des enfants, déguisés en cochon, sauter sur place, manger du grain, et qu’un marchand de sable nous ramasse à la fin avec sa gentille balayette.

C'est vrai quoi. J’étais déjà nerveux, en plus d’être triste d'avoir perdu le gros chat. Il y a toujours cette sorte de script où sont écrites des scènes convenues de la vie. A un moment, quand on vit, il y a la fameuse scène dite de... ; un classique, on l’attend, on se rengorge, on la vit. C’est comme pendant les accouchements, les pères font les cent pas, alors que plus personne ne fait ça, en vérité. Pendant les boums il faut tourner en rond sur place en écoutant de la musique daubée dans l'idée de se reproduire, quand on ouvre ses résultats d'analyse, il fa…

Requiem pour un bon

Les Analogistes Anonymes

Je me lève à sept heures. Il est relativement tôt, j'éprouve une certaine fatigue. Mais c'est une fatigue toute relative. Parfois je me couche à minuit, parfois plus tard, parfois plus tôt. Selon l'heure, le lendemain n'est pas pareil. Quand les nuits sont courtes, les journées sont longues, forcément. J'essaye, partant de là, de me coucher plus tôt. Les insomnies me fatiguent beaucoup, plus que les somnies. Je prends un café. Je me fais trois tartines beurrées avec de la confiture aux fruits rouges. Je me fais une quatrième tartine, après avoir longuement hésité, ce petit-déjeuner est vraiment – comment dirais-je – conséquent, on dirait... un petit déjeuner très conséquent. C'est important aussi de débuter la journée avec quelque chose dans le ventre.Sinon, on a faim après. Et ainsi, le ventre creux, la jambe molle, l'œil photosensible, le temps est long jusqu'au déjeuner. Et la faim, le matin, donne absolument le sentiment d'une journée longue.Dan…

chien à roulettes

La grande piste cyclable qui parcourt le boulevard Barbès pourrait être une sorte de Champs-Elysées pour les vélos. Rectiligne, en pente douce vers le nord, on imagine un chemin joyeux où l'on glisserait plein d'allégresse, comme une comète, fredonnant à l'instar de Joe Dassin :"Au boulevard Barbès
Tada tada tada
Au boulevard Barbès
Tada dada
A minuit, ou à minuit..."Au lieu de cela, les cyclistes arrivent au bout à bout, posent le pied au sol, et, les dents serrées, ont envie de tuer des gens.Car les piétons errent. Dérivent. S'ils sont en groupe, touristes ou invités d'un mariage, ils se meuvent gauchement, par grappe, lents, se bousculent comme des quilles mais sans tomber, des pingouins hébétés. Ils regardent au sol, constatent un pictogramme allongé, vélocipède en anamorphose ; font un grand O d'étonnement avec la bouche, et disent :"Oh une piste cyclable", telle une poule ferait : "Oh, j'ai trouvé un couteau". Puis ils lèvent…

le Grand collisionneur de hadrons

(sur une sorte de brouillon de septembre 2008)

Walter Wagner et Luis Sancho ont porté plainte devant un tribunal de Hawaï. Animés d'une colère toute procédurière, ils n'ont pas envie que des laborantins suisses détruisent le système solaire par inadvertance, en bricolant des trous noirs dans leur cave. Ils n'ont pas envie que notre monde disparaisse d'un coup, telle une matière moulée au fond des toilettes. On les comprend, on imagine bien le préjudice matériel et moral d'un tel saccage. Quelle perte pour le monde serait la perte du monde lui même. La Grande Muraille de Chine, la Divine Comédie, Moi.

A la frontière franco-suisse, à cent kilomètres sous terre, au fond d'un puits qualifié de "grand comme une cathédrale", le CERN a lancé le "Grand collisionneur de hadrons". C'est un couloir en boucle, un tunnel, un tore. Un métropolitain pour les particules. Avec deux arrêts, début et fin du monde. Terminus, tout le monde s'écroule. Le pe…

Le projet Alpha

Bonjour Monsieur, je vous appelle pour vous faire une demande : j'ai une petite requête à vous faire, d'où mon appel (je m'exprime vraiment mal au téléphone), je voudrais accéder au serveur de développement "Orson" dans le cadre du projet Alpha. A ma grande surprise, l'interlocuteur me répond : non. Mais qui êtes-vous, me dit-il, suspicieux ? Je réponds, je fais parti de l'entité E, et donc, dans le cadre du projet Alpha, conformément à la demande de messieurs A, B et de mon responsable C, je dois accéder au serveur de développement "Orson" pour continuer mon travail. En réunion, ils m'ont dit de me tourner vers vous pour m'ouvrir les droits d'accès. Ah non, l'interlocuteur me répond. Je ne suis pas au courant du tout. Vous n'êtes pas inclus dans le projet Alpha. Il a vraiment un ton très hautain.

Comment ça je ne suis pas inclus dans le projet Alpha. Mais c'est mon travail depuis deux semaines, d'y être inclus.

C'…

Autoportrait en réveillon (1/2)

Ce blog a deux ans. J'en fais donc deux billets "réveillon du Nouvel An". Le réveillon du Nouvel An, en général, c'est seul moment de l'année où l'on a pas envie de faire la fête. On est fatigué, on vient de vivre toute une année, une complète, sans congé d'existence. On se force, pour marquer le coup, avec un mirliton dans la narine, puis on baille, puis on va se coucher à 23h. Ou alors on vomit. C'est certes une vision très personnelle du jour de l'an, je le concède.

Célébrons les deux ans de mon blog avec moi. Lorsque j'ai démarré ceci, c'était dans l'idée de faire une sorte de forum. Une sorte de forum où un inconnu ne viendrait pas effacer ma tirade sur les rillettes nucléaires un mois après, jugeant qu'il fallait nettoyer, trier, archiver, compacter, les conversations. Une sorte de forum-jouet dont je serais maitre de tous les boutons. Brouillon. Publier. Supprimer.

Les rillettes nucléaires.

Dans les forums, il y a des messages …

Drôle de Lord

Pour Jérôme Boche
Un titre de film de série Z me vient souvent, le matin. C'est machinal. C'est adéquat avec la situation. Avec le petit matin tout plein de lumière. De lumière pourrie, avec des watts chétifs dans l'ampoule du plafond, serrés les uns contre les autres. Je suis en train de pisser, j'ai la tête emplie d'un Canigou de symboles, de sens, de phrases. Un pâté de moi. Je prends des vitamines depuis quelques jours, ce qui produit un pipi très jaune, un pipi avec le gilet fluorescent de la Sécurité Routière. L'ampoule au plafond émet une sorte de vrombissement. Les watts, un à un, sautent de l'ampoule qui vrombit. Mon pipi, un à un, saute de mon sexe qui vrombit. Cela ne veut rien dire, mais c'est sympathique à écrire.
Ce dimanche matin, je jongle avec des titres tels que "Nom de code : Oie Sauvage", "Le Chevalier de l'Espace", "Opération Léopard", des films avec Klaus Kinski, en général. Des films où un terrain…

C'est maintenant demain

Un jour, j'ai essayé de me souvenir d'une date, l'apparition de la première dent de Kéké. Alors j'ai cherché, à tout hasard, dans les archives de ce blog. Résultat : rien. Juste des histoires de tartes au caca ou de machines à café soviétiques. Je me suis un peu maudit, sur le coup. Aucune trace, tous ces mots, et puis pas de première dent. Je corrige le tir et inaugure une sorte rubrique où je consignerai, compilerai, les phrases notables de ma progéniture.


*

Me voyant enlever mon pantalon : "Papa, tu es torse nu des jambes".

Contemplant un bonbon : "Ce bonbon ? je crois que je vais me le garder pour demain. Je crois que c'est maintenant demain, je le mange."

Poète : "Maman, je t'aime plus fort que la vitesse. Plus fort que la fumée. Et que les bolides."

Premier Calembour : "Les hommes des cavernes vivent dans des grottes... (gloussant) Des grottes de nez !"

(J'ai déjà entendu cette plaisanterie chez des adultes, mais l&#…

In bed with André Rieu

Le lundi 2 mars 2009, vers 21h30, le violoniste André Rieu entra sur la pelouse du stade Bollaert, à Lens, lors de la rencontre de Ligue 2 entre le Racing Club de Lens et l'Espérance Sportive Troyes Aube Champagne. Il interpréta « les Corons », chanson de Pierre Bachelet, air traditionnellement repris par les Lensois à chaque début de seconde mi-temps. En queue de pie, avec un orchestre en play-back, et éventuellement lui-même en play-back, André Rieu, le hollandais violon, se promena sur le rond central, sans se départir de son sourire lunaire, cerné par des dizaines de cameramen, dont certains étaient des preneurs de son. La chanson fut reprise avec ferveur par les trente mille supporters nordistes – avec tout de même un léger décalage, ce qui arrive toujours quand des milliers de gens chantent en chœur avec un violon. Cette configuration provoqua un populaire et sympathique brouhaha de foule, ce qui attendrissait toujours André Rieu.
La reprise des « Corons » par André Rieu est …

Le Coeur léger et le bagage mince

Soudain, dans ce couloir sombre, avec tout au bout la Machine à Café, énigmatique, je sens un très léger sentiment d’allégresse. Je dis énigmatique, pour la Machine à Café, car on ne sait jamais si elle va distribuer un gobelet, ou tomber en panne et laisser couler la boisson commandée dans le néant. Cette sorte d’incertitude l’entoure d’un halo de mystère, on ne sait guère ce que le destin va nous réserver, si l’on va ressortir bredouille et la tête baissée. Ainsi, elle se dresse comme un totem rustre, une force du hasard, de l’incertitude, du chaos. On s’en approche plein de respect et d’appréhension.

Tout à coup, pourtant, dans cet affreux couloir déprimant où même les acariens sont tentés par le suicide collectif, une grande idée de printemps ou de liberté envahit mon esprit. Le café désiré coule normalement, tout se passe bien, je suis à la limite du Fred Astaire. Je bombe le torse, je suis absolument seul, et je me permets donc d’étirer les bras, d’aise. La silhouette narquoise, …

Net interne

Elle regarde le bout du doigt du petit. Il est noir, juste sous l'ongle.

C'est étrange. Soudain elle s'inquiète. Elle consulte Internet, pour se rassurer, pour en savoir plus : "extrémité du doigt noire". Les résultats sont nombreux. Dans un forum, elle lit cette phrase rassurante : la plupart du temps, l'extrémité du doigt noire n'est pas du tout inquiétante, fort heureusement. Il existe cependant quelques cas assez rares où ce phénomène peut être interprété comme le début d'une grippe ou d'une scarlatine, ou d'une quelconque maladie respiratoire (rhinopharyngite, pneumonie, varicelle, mucoviscidose). Il ne faut donc pas s'en formaliser immédiatement, attendre un peu et au pire, consulter un spécialiste.

Ailleurs, une autre demande : le bout du doigt noir peut-il être dû à une bactérie, ou bien est-ce un virus ? Il existe, répond-on, diverses variations, et diverses éventualités, bactériologique ou virale ; on parle d'angine de la main,…

L'abri

Nous mangeons des petits gâteaux, Kéké est sur mes genoux, sa tempe contre ma tempe. Nous sommes silencieux, et fatigués, une nouvelle semaine commence. Nous nous tenons chaud, c'est comme si rien ne pouvait nous arriver.

Les nouvelles semaines poussent comme des mauvaises herbes, il faudrait tout raser, cela semble possible, même inoffensif, puisque nous sommes là, un peu comme à l'abri. Il y a une idée de cabane, une idée du drap chaud qui, nous couvrant tous les deux, nous protègent des monstres. Il y a une idée de vasistas, la fenêtre hermétique où l'on voit le chaos du ciel venir se désintégrer à nos yeux, tandis que nous ne risquons rien, que nous sommes derrière à sourire, nous sommes dans du coton, un abri fait de nous-mêmes.

Dans dix mille ans nous ne serons plus rien ; dans le magazine, je vois les moines de Palerme, leurs momies se tiennent droites et leurs yeux sont vides, certains ont encore leur couronne de cheveux, et leur calvitie apparente. D'autres n…

La tête à l'envers (3/3)

Puis un jour comme les autres, Bob la quitta. Ils étaient en train de boire du thé, il était attentif, il posa même quelques questions avec l’air intéressé, ce qui était inquiétant. Alors, il perdit d’un coup son air lointain, pour un genre passablement présent, un genre fabriqué en série et qui passe un entretien d’embauche avec des chaussures étroites, et Marie comprit. Elle écouta, parce que, du fait de son candide libertinage qui avait été sa précédente routine, elle n’en avait entendu pas tant que ça, de ces discours. Elle écouta, engourdie, intéressée, le crâne anesthésié comme une grosse dent. Cela ressemblait à un film. Marie, je m’en vais. Allez, ne sois pas triste, voyons, ça craint. Plutôt à un téléfilm. On était pas marié, Marie. Il n’y avait pas de contrat entre nous. Pas de nom posé au bas d’un parchemin. On était libre.

Elle décida alors que, profondément originale, foncièrement libre elle aussi, elle ne serait pas du tout triste, elle n'aurait pas de peine ; jusqu’à…

La tête à l'envers (2/3)

Et un jour, Marie tomba amoureuse. Un type comme ça, un type en sandale, avec des mollets poilus, un grand bienheureux décontracté qui mangeait et qui faisait pipi, et qui, des fois, avait de « vrais coups de coeur » pour des œuvres. Il portait des bracelets effilochés, des gros doigts, du genre à prendre de la glaise et à la serrer très fort, une tête à tresses blondes de comptable rastaquouère. Les autres, ils étaient là, comme des meubles, des guirlandes de Noël que l’on ressort du carton, si l’idée vient à en changer, c’est déjà le nouvel an, et on se résout à les ranger dans le carton pour la fois prochaine. Mais lui, il avait le genre de passage, la mine fugace, une silhouette de fin d’été permanente. Une sorte de panique obstinée vint vite s’installer sur le visage de Marie. Elle vérifiait sa présence continûment, tournant la tête avec inquiétude en sa direction, plus que nécessaire.

J’observais l’inconscient du coin de l’oeil, mauvaisement, j’avais envie de l’éplucher, cette gr…