Accéder au contenu principal

Métamorphoses

Mon fils ce matin a tenté une technique inattendue pour éviter l’école : il s’est transformé en poisson. Nous l’avons découvert ainsi, au lit, emballé dans sa couette. Du tissu informe sortait un son étrange : poa poa poa.

Découvrant la créature se tortillant sur le matelas, nous nous sommes exclamés : misère de malheur ! Notre cher enfant s’est transformé en poisson. Comment pouvons-nous l’emmener à l’école dans cet état ? Nous allons nous faire réprimander par la DDASS. Nous l’avons supplié alors de retrouver sa forme originelle. Mais la créature ne faisait pas d’effort, elle semblait heureuse de son sort.

Malgré ce nouvel avatar, nous avons taché de faire bonne contenance. Dépêchons-nous ! Nous sommes en retard ! clamions-nous, mais le rejeton s’excusait toujours : « je ne peux pas aller à l’école ! Je suis un poisson ! »

C’était la vie qui se vengeait de m’avoir fait poissonnier, un jour, dans un Marché U de Lyon. J’en avais découpé, débité, des tas, de cette engeance marine, et maintenant mon propre fils était un poisson. Adoptant le déni en désespoir de cause, nous nous sommes emparés du menu fretin pour le doter tant bien que mal d’ habits humains.

Le poisson-fils fut ainsi conduit en classe. Les yeux honteux fixés au sol, nous nous attendions à de sévères remontrances. Il n’en fut rien. Le monde est étrange ! L’institutrice accueillit notre poisson avec infiniment de naturel. Dans la classe du vendredi, découvrant autour de nous singes, larves, poules, cochons et autres chimères se débattant au sol - bestiaire étonnant ! - nous sommes parvenus à la conclusion que certaines semaines de septembre, lorsqu’elles duraient trop, se terminaient par des métamorphoses.

Commentaires

  1. ... Vous l'avez emmené tout habillé dans son bocal ? Mais alors, où avez-vous mis l'eau ?

    DB_qui_comprend_plus_rien...

    RépondreSupprimer
  2. Je vais illustrer ces propos d'une boite de maquereaux.

    RépondreSupprimer
  3. Vendredi, c'est le jour jour du poisson ! Ils vont l'avoir bouffer à la cantine ton petit merlu !

    RépondreSupprimer
  4. Dans le même domaine, je vous conseille vivement la lecture d'une des plus remarquables nouvelles de Lovecraft : Le Cauchemar d'Innsmouth...

    RépondreSupprimer
  5. moi-même poisson... je comprends très bien Kéké, aujourd'hui c'est la nouvelle lune (en Vierge, juste à l'opposé de nous, avec Saturne en plus), alors non ! nous ne voulons pas y aller dans ce monde de... réalité.

    RépondreSupprimer
  6. DBardel : on l'a emmené pané avec l'anorak.

    Nicolas : bien vu !

    LA CHOSE : bien vu aussi !

    Didier Goux : bien v... pardon, merci pour ce conseil. Je ne connais pas Lovecraft, un manque.

    Lucia Mel : "ne pas aller dans ce monde de réalité", c'est un peu l'effet au réveil, oui ! :)

    (j'ai répondu à tout le monde, je ne suis pas peu fier).

    RépondreSupprimer
  7. Et moi, tu ne m'as pas répondu !
    Spèce de morue, va :)

    RépondreSupprimer
  8. J'allais dire pareil, le vendredi c'ÉTAIT jour du poisson. Il est revenu entier ?

    RépondreSupprimer
  9. Balmeyer : oui, vrai manque ! Mais ne lisez pas n'importe quoi : il y a du déchet (de poisson). Quand vous serez dzécidé à y aller, une seule adresse : Tonton Didier.

    (Merde, je vous parle comme à Nefisa, ça ne va pas du tout...)

    RépondreSupprimer
  10. Bal,

    tu aurais pu choisir ta famille, bordel !

    RépondreSupprimer
  11. Un petit poisson, un petit oiseau, s'aimaient d'amour tennnnndreuuu.
    C'est ce que ça m'a évoqué, si dans la classe, y avait une zolie mésange, méfiez-vous qu'il vous l'ait pas foutue en cloque.

    RépondreSupprimer
  12. Je suis le fils de la femm' poisson,
    Ma tante était femme à barbe,
    Mon grand-père était homme-tronc,
    Mon frère est dompteur de lions !
    Ah ! Ah !
    Et mon cousin tient une maison
    De plaisirs, près de Tarbes.
    Il en a deux près de Toulon,
    Où c'qu'on joue de l'accordéon.
    Voyez ils ont tous un' bell' situation ;
    Mais moi, je ne suis qu'le fils d'la femm' poisson.


    Le drôle a visiblement de qui tenir.

    RépondreSupprimer
  13. Kafkaïen ! remarque, les poissons ne chopent pas la grippe A.

    RépondreSupprimer
  14. "Dans la classe du vendredi, découvrant autour de nous singes, larves, poules, cochons et autres chimères se débattant au sol - "

    J'aime beaucoup cette image.

    RépondreSupprimer
  15. Bien aimé la façon de. Ce blog avec ses allures particulières. Cet article tout en humour, douceur, vérité. Un enfant-poisson de septembre, quelle belle image :)

    RépondreSupprimer
  16. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

La lanterne magique

Quand l'étincelle a disparu, dans cette lanterne magique qu'est la tête, le film du monde est laid. On regarde le soleil qui s'y couche comme un gros tas flasque de particules molles. Les chiens sont des boites à bruits, au bout des laisses, comme des yoyos à jamais déroulés. Les gens ont des barbes qui vous grattent à vous. Ils parlent en faisant des fautes d'orthographe. Les arbres s'alignent de manière bucolique comme des bâtons pour chiens, plantés là. Vous êtes ce chien qui ne peut prendre les arbres dans votre gueule, ces bâtons de joie, et détaler. Vous regardez les arbres, intransportables, et plus rien ne court. Vous vous retrouvez nez à nez dans un endroit où vous étiez content, une fois, et vous voyez votre ombre encore contente (car les ombres sont lentes), et vous vous sentez de trop dans ce souvenir heureux plus réel que vous-même à cet instant. Vous quittez les lieux poliment. Il y a des magasins qui vendent des thés ridicules. Il y a des bars qui ve…

Wagram

Avenue de Wagram, devant un hôtel trois ou quatre étoiles, quelques barrières ont été installées de part et d'autre pour que s'accumulent des jeunes filles en fleur et en short. Elles semblent attendre depuis un moment, immobiles et compactes, et ce regroupement, provoqué manifestement par une prochaine épiphanie de vedette, emplit ce fragment d'avenue du bruissement électrique de la Célébrité. Des touristes et passants intrigués s'arrêtent pour scruter les jeunes filles qui scrutent l'entrée de l'hôtel, et moi je scrute à mon tour les passants curieux. Cela aurait été un triangle parfait de scrutement si les jeunes filles m'avaient regardé moi, mais en vérité je suis informaticien.

Chacun y trouve son compte, dans ce grand drame de l'attente ; par exemple moi-même, n'y comprenant rien, j'observe la scène tel un contempteur bien au dessus de tout ça. Si ces jeunes filles ont décidé d'être une foule dense à raison de huit par mètre carré, com…

Ballons

Nous nous promenions au parc de Sceaux, il y avait une sorte de kermesse pour lutter contre les myopathes (contre la mucoviscidose me corrigea Emeline). Derrière les stands, s'activaient des gens qui vendaient des parts de gâteaux au prix d'un ticket vert. Il y avait des panneaux explicatifs sur la maladie, des jeux de pêche et de massacre.

Un speaker remercia la fanfare de Clamart. J'y avais remarqué un joueur d'hélicon assez maigre, et ceci me plut car je tenais, à l'occasion, des statistiques sur les membres des fanfares, afin d'établir un jour une pittoresque découverte. J'avais déjà noté que les joueurs d'hélicon étaient souvent maigres, ce qui me fascinait car l'instrument exigeait de la puissance, et donc un costaud au bout du tube me semblait-il ; je croisais certes sur ma route une fanfare environ une fois l'an, l'étude avançait lentement mais malgré tout, je tenais pour certain que l'hélicon était si gourmand qu'il épuisait…