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Articles

Affichage des articles du 2008

Le Lumberjack song

Ceci est la chanson du bucheron. Chers lecteurs, si vous m'aimez, juste un petit peu, regardez cette courte scène en entier. Les Monty Python, c'est un peu comme ça, tout le temps, pendant des heures.

La spanish inquisition

Un de mes sketchs préférés, même si tous les sketchs le sont, mes préférés. Je ne saurais décrire la joie qui m'emplit à la vision de cette séquence, une sorte de mélange entre Arthur Rimbaud et de la bière. Voyez-vous même.

Le Flying Sheep

(billet programmé)

Le Flying Sheep, sans sous-titrage, mais en français quand même. Ou comment est conçu un mouton volant, expliqué de manière cartésienne, par deux scientifiques français (en béret, if you please).



Puisque nous sommes en France, restons-y. Très Nouvelle Vague, les "Monty Python" nous présentent le film français. Il est sous-titré, mais en anglais (puisque c'est en français). Blonde dans une décharge tenant un chou, qui discute avec un révolutionnaire, entrecoupé d'images de bombardements. Si après cette séquence, vous n'entrez pas dans la secte des Monty Python immédiatement, je veux bien donner ma chemise à télécharger.

Les Silly Walks

(billet programmé)

Puisque nous sommes dans les Monty Python, et puisque nous sommes le 26 décembre, voici un deuxième extrait. L'indispensable sketch "The ministry of silly walks" (le ministère des démarches ridicules), avec un sous-titrage en français.

Les rires enregistrés sont exaspérants, mais il parait qu'ils étaient enregistrés en direct, un truc comme ça. C'est peut-être un point commun avec Benny Hill.

Quand même, chers lecteurs, imaginez un programme de cet acabit diffusé aujourd'hui, à la télé, en France, entre "plus belle la vie" et "super Nany". Hein ? Alors, admettez qu'ils étaient bon, ces individus-là.

Le coeur de l'armée bouge

Je tiens d'abord à m'excuser pour le titre. Je ne le ferai plus. 2009 approche, tout va changer.

Je voulais à la base laisser un mot sur la petite chorale de Noël entendue vendredi matin, c'était le premier spectacle de kéké.

Bizarrement, bien que lourdement midinette à mes heures, j'ai trouvé ce chœur de micro-chanteurs au nez morveux plus cocasse qu'attendrissant, l'écoute de ces Pères Noël qui entraient par tous les trous de cheminée m'a plongé dans une humeur sarcastique quelques bonnes minutes. J'ai, évidemment, eu le cœur serré, lorsque j'ai aperçu kéké m'apercevoir, lever sa main, et me saluer doucement parmi les enfants qui gueulaient, mais pas plus que Clint Eastwood examinant son pistolet propre, au coucher du soleil.

Atteint de la célèbre névrose du blogueur, celle qui consiste à imaginer, au moment où on le vit, le "billet" qui va en découler, je me gaussais des enfants empilés sur des bancs, comme des amphores dans un Bricora…

Le tag de l'inculture (2/2)

Cette "chaîne de blog" est un bon accessoire pour réfléchir, en ce moment, sur ce sentiment simple, et que je commence à trouver assez fondamental, à l'heure où je suis, statistiquement, censé atteindre la moitié de ma vie, à l'heure où je me vois au sommet de la colline, sur le belvédère : le sentiment indécrottable de m'être cultivé, mais de me sentir rustre tout de même, essentiellement plouc, ignorant fagoté en Miss Monde.

Cette idée du costume mal ajusté, on la triture, on s'en amuse, comme le petit stylo qu'on fait tourner dans ses doigts, nerveusement. On insiste plaisamment sur sa petitesse, pour la minimiser. Halloween intellectuel, on se fait peur, on met le pied dans l'eau froide, et le sortir nous réchauffe. Ce sentiment d'inconfort, d'inadéquation, se transforme peu à peu en humilité, à la longue, qui n'est ni fausse modestie, ni orgueil grimé, arlequin de précaution ; on localise sa place au milieu de l'existence, sous-pré…

Le tag de l'inculture (1/2)

(Marie-Georges m'a tagué, j'essaye de terminer ce foutu billet depuis samedi !)

En culture, comme en médecine, il y a les généralistes, et les spécialistes. Il y a les professeurs d'université, et les médecins de campagne. Moi j'ai la culture généraliste, et de campagne. Je me ballade avec ma petite mallette de savoir, l'air bonhomme, comme si je disais à la maman inquiète, désignant l'enfant verdâtre avec des pustules sur tout le corps : c'est un rhume ! Un bon grog, et ça ira mieux.

Généraliste, c'est à dire que je sais des tas de choses dans des tas de domaines, mais finalement, rien en profondeur. C'est très pratique pour gagner au Trivial Pursuit : je gagne tout le temps. Par contre, quand je dois soutenir une discussion avec un personnage spécialiste, un qui est dans le dur, au fond du puits et qui creuse encore, ça fait illusion un moment, tout va bien. J'écoute, je fais : mmmhmmmh, l'air absorbé, l'air d'avoir tellement d'…

En avant l'amnésique

Je regarde par la fenêtre, j'ai un balcon étroit qui donne sur la rue. J'ai toujours rêvé d'un petit balcon pour y fumer mes cigarettes ; maintenant je ne fume plus, mais j'ai un petit balcon.

Je le regarde et je pense, le visage écrasé contre la vitre : maudit petit balcon. J'ai passé une semaine étrange. Je suis fatigué, comme j'ai commencé une cure de vitamines, je suis fatigué en pleine forme.

A la cantine, le cuistot commence à m'appeler Monsieur Frite. Je n'aime pas ça. Mais comme je suis très ouvert d'esprit, je souris et je réponds : "j'aime les frites, que voulez-vous." Aujourd'hui, Z. est allée à l'hôpital, avec Kéké, comme ce n'était pas grave, finalement, nous avons été soulagés.

Pour me récompenser de toutes mes aventures depuis l'aube de mon humanité, j'ai décidé de prendre des frites à midi. Le cuistot est arrivé, me voyant avec mon plateau orné d'une nappe en papier blanche, il m'a dit, il m'…

La solitude de l'entriste au moment d'entrer

Je suis face aux portes automatiques, il faut passer le badge magnétique afin de les franchir. Pour me prendre un café, je dois sortir du souterrain, et gagner le souterrain d’en face. Pour sortir du souterrain, je franchis deux portes automatiques et une porte non-automatique.

La porte non-automatique est en bois. Elle se reconnaît à son opacité et à son inertie toute boisée. Les deux autres, plus loin, sont en verre, elles coulissent à notre arrivée. On trouve parfois un employé, un gobelet à la main, qui patiente devant la porte en bois. L’employé est vêtu en général d'un pantalon en toile gris, monté assez haut au niveau du ventre, juste en deçà du nombril, ce qui laisse entrevoir des chaussettes, et même des mollets. On lui ouvre la porte devant laquelle il est planté, lui indiquant avec gentillesse : « elle n’est pas automatique ! » et il vous répond sèchement : « j’étais en train de réfléchir. » Excuse ou pas, peu importe, on ferme la porte derrière soi. On attend quelques s…

Les filles s'en vont

Décidément.

Quatorze et demi.

Quinze.

Quinze et demi.

Seize.

Tout fout le camp, surtout les jeunes filles.

Ce week-end, ma chère Araignée est absente. C'est un week-end d'hommes, des hommes, des vrais. Comme on en fait plus. Ca va pulser de la testostérone. Je suis seul avec Kéké.

Mais ne vous inquiétez pas. J'assure. Comme il est allergique aux produits laitiers, je ne vais pas prendre de risque. Pizzas. A tous le repas. Tomate et fromage, ça ne risque rien.

Bon, je vous laisse déjà, Kéké met les doigts dans les prises, ça fait quinze fois que je lui répète, mais cet enfant n'écoute pas.

Sur ce, au lieu d'écrire des bêtises, je vous laisse en la charmante compagnie des liens d'au dessus.

La vie sauvage

Il tape sur des claviers et c’est le numéro un
Dans son île on est fou comme on est informaticien
Sur radio Javascript il a des copains
Il fabrique ses programmes et ça lui va bien !
Il tape sur des claviers il joue pas les requins
Tahiti touamotou équateur c’est pas trop dans son coin
Y’a des filles de partout qui lui veulent du bien (sur sexe point com)
Lui la gloire il s’en fout et ça va et ça vient !

Lalanne dit d’un ton outrageusement docte : tu sais que dans certaines tribus primitives, les gens boivent leur propre urine pour se soigner ? Kevin, le stagiaire, incrédule : tu dis ça pour me faire marcher, il tord la bouche exagérément, on dirait qu’il découvre un gâteau aux blattes pour son anniversaire. Ah non, c’est pas possible de boire sa propre pisse, non, c’est juste pas possible. Si, si, poursuit doctement Lalanne, il y a une grande marmite pour tout le village, chacun y va pour se soulager, et quand le soir tombe, et que la marmite est bien pleine d’urine, le medecine man danse au…

La petite sardine

Kéké vient me voir, il rampe au sol, près du lit : « protège moi papa ! Je suis la petite sardine ! » Je le hisse sur la barque, il continue : « regarde, un requin-minou qui me poursuit ! »

Le requin-minou est allongé sur le sol, féroce prédateur orange des mer, chasseur cruel et sanguinaire, il feint la léthargie, en ronronnant, étalé, inerte, mais c'est pour mieux tromper ses proies, les pauvres petites sardines, qui abusées par cette apparente bonhommie se laissent dévorer atrocement, par surprise, puis meurent en agonisant, ou agonisent en mourant.

« Regarde, continue Kéké, le requin-minou va nous attaquer ! » Nous tremblons de peur, blottis dans la barque, sous la couette, tandis que le terrible animal nous dévisage de son œil vert, maraudant autour de nous, se rapprochant peu à peu, mais sans vraiment se déplacer en fait, ronronnant juste au sol comme un gros chausson au pomme. Puis le requin-minou se lève, s'étire infiniment, fait le dos rond, et s'en va lentement, ro…

Canalisations et cloisons

Parfois, c’est le silence, chacun tape sur son clavier, il me semble que l’on s’endort au bord de l’eau en écoutant une douce fontaine qui ruisselle sur les galets, sauf que non. Quand on se lève de la chaise, on passe derrière des écrans, le collègue cache rapidement le site rempli de publicités sur les casinos gratuits et les sexes point com pour contempler un fichier Word vide, avec un curseur qui clignote au début de la page.

Le collègue dit : c’est dur, la documentation, je n’ai pas d’idée, je tape depuis une heure, mais là je viens de tout effacer, j’étais vraiment pas satisfait de mon travail, que je suis intransigeant envers moi-même, du passé faisons table rase. Une fenêtre de chat apparaît alors, kikoo ça va tomate75, puis une autre qui surgit d’en haut en vibrant, le service « copain en ligne » qui déclenche son alerte dans la barre des tâches. L’opérateur, déglutissant, ferme, l’air détaché toutes ses fenêtres impromptues, une à une, puis éteint l’écran, tout d’un coup, il …

La grande touillerie aux spatules considérables

Près de la machine à café, on a rangé un type qui est là, toute la journée, à touiller son café. Ça aurait pu être moi, sauf que c’est lui. Pas de chance pour lui. On l’a posé ici, j’imagine, pour faire le figurant dans ma vie. Il porte des lunettes, elles sont très carrées, et grandes, il a aussi de grandes oreilles. Je n’ai rien contre les grandes oreilles, honnêtement, c’est juste qu’il est là, un peu vouté avec des grandes oreilles, son petit duvet de moustache, à touiller son café.

Quand j’arrive, il me regarde les lèvres pincées, absent, muet, un vrai sphinx, il doit peut-être m’en vouloir terriblement de figurer comme ça, dans ma vie, il aurait préféré la vie de Brad Pitt, peut-être, à touiller des mojitos dans des palaces, avec non pas une petite touillette transparente mais un grand bâtonnet vert surmonté d’un cocotier copacabana. Il faudrait que je lui dise, on verra à Noël, désolé mon gars, c’est pas moi qui décide, pour tout ça, moi de montrer du nez les murs préfabriqués.

L…

Le retour du bonhomme doigt

Le weekend, c’était le retour du bonhomme doigt. Le bonhomme doigt, et les petites voitures.

Le bonhomme doigt regarde passer la petite voiture de Kéké, il s’extasie car elle va très vite, puis la voiture fait demi tour, et passe encore devant le bonhomme doigt qui s’extasie car elle va très vite, je baille, puis elle fait demi tour encore et passe devant le bonhomme doigt. Les enfants aiment l’humour à répétition, mais en fait, pas vraiment l’humour, surtout la répétition.

Z. m’interpelle : et si on allait au Parc ? Je lui répond, poussant un énorme soupir d’ennui : « Oh non, franchement, s’il te plaît, je viens de faire le bonhomme doigt toute la journée, je suis éclaté ! »

Là, Kéké me regarde attentivement, il dit, avec un grand sérieux : « mais papa, c’est bien de faire le bonhomme doigt. »

Je ne sais pas trop s’il me corrige ou m’informe, ou s’il m’interroge. Il regarde sa main, alors, son propre bonhomme doigt, il le toise avec étonnement. Il se demande peut-être si c’est nul, de fa…

Insignifiantes fins du monde

Elle habite une petite maison charmante. Elle a trois enfants, et un mari. Le mari n’est jamais là, il rentre tard, il a un travail important. Les enfants ne sont jamais là, ils ont des études importantes, des fêtes mémorables, des vies remplies. Le mari, le soir, entre deux monologues, met le linge sale dans la panière de linge sale. Les enfants rentrent dormir, ils ouvrent les placards de la cuisine et prennent des biscuits, il se servent un verre de jus de fruit, il y en a toujours, puis s’affalent dans le canapé et regardent des centaines de chaînes du satellite, exténués par leur vie captivante. Ils mettent leurs habits à la mode dans la panière avant de s’écrouler dans leur lit. Elle prend la panière de linge sale, lance une machine, elle ramasse le linge sec, le repasse, le plie, le dispose bien proprement dans les placards. Tout cela sent bon, une tendre bonne odeur d’ordre, de confort, de maîtrise. Le matin, le mari important se lève, il ouvre le placard de la cuisine, prend …

Les petites bottes (ou le non-dit)

Je n'ai pas vu beaucoup de films suédois, mais je sais quand j'en vis un.

Elle : Oh regarde ! Les petites bottes de kéké ! Range-les dans ce placard, tiens.
Lui : Mais pourquoi faire ?
Elle : Et bien, ça peut toujours servir !
Lui : Mais non, elles sont trop petites, ces bottes, elles ne lui vont plus ! On n'a qu'à les jetter à la poubelle.

(silence)

Elle : Tu n'es pas gentil.

Les cuistots de l'espérance

Parfois, quand je termine un billet de blog, quand j’y ai passé du temps, et que j’en suis vraiment content, je me sens comme dans Barton Fink. Je tends les bras en l’air, en hurlant, les yeux exorbités : « je suis tout puissant ! » et j’ai envie de descendre danser dans des cabarets toute la nuit, les bras encore en l’air, à hurler : « je suis le Créateur ! je suis le Créateur ! ».

Parfois, je suis normal. Je suis, comme à midi, dans une vaste cantine déserte, à 14h05, face à trois saucisses roses et quarante-sept frites. Les tables vides s’alignent, c’est une sorte d’entrepôt pour manger, avec juste des brocs d’eau marron, interminables rangées des vases sans fleur. Je mange mes saucisses, en silence, et je trouve qu’à ce point là, ma normalité, ça ressemble vraiment à de la normalitude. C’est vertigineux, c’est même un peu grandiose, c’est presque extravagant, ce néant à la mi journée, tandis qu’un cuistot fatigué range les brocs d’eau dans un chariot, ça se dresse dans l’espace, c’…

Ready Made 1

Affiche.

La ligne 8, un rail est cassé, le changement provoquera une perturbation de service. Merci de patienter pour la régulation du trafic.

Mode : tous les manteaux stars de l’hiver !

Sexe : l’enquête explosive. Les filles plus chaudes que les mecs ?

Maryline : « pourquoi il m’a demandé en mariage ! »

Alexandre & Cyril : « Notre lune de miel ! »

Exclusif : toutes les photos aux Maldives.

Nathalie & Samantha : Mais oui, elles sont toujours ensemble !

Ce sont des prénoms, je ne connais rien, le néant, je ne sais pas ce que je dois y mettre derrière.

Hier, encore couché à 20h30. Je suis fatigué. J’aurais des choses à faire, mais la plupart sont déjà faites. Ready made.

Les touristes

Dans le métro, deux touristes japonais sont flanqués de valises prodigieuses. Je les observe, je reconnais mon propre ahurissement lorsque je suis perdu dans un pays étranger. Là, autour de moi, tout est surchargé de ma propre banalité. L’autocollant du petit lapin qui se pince les doigts dans la porte, les stations, leurs rassurantes et naturelles successions, les strapontins bleus que l’on annexe pour lire en snobant les vieux et les femmes enceintes. Pour eux, il n’y a qu’un Inconnu protéiforme qui se réinvente à chaque instant, sous leurs regards inquiets. Sans compter la massive présence, à l’étranger, d’étrangers.

La rame démarre, et aussitôt, comme des parachutistes proches de l’objectif, la femme se démène atrocement avec son barda pour gagner les portes automatiques, avant l’arrêt suivant. Cela ressemble à un combat. Une piste dans la jungle. Les gens sont des arbres, des lianes, des reptiles placides. Il y a trois mètres à parcourir, la prochaine station est dans trois minute…

Vendanges (3/3)

Vers dix heures, nous étions semblables à ces camions bardés de nitroglycérine que l’on voit dans le “Salaire de la Peur”, sauf qu’à l’inverse, c’était en cessant de bouger que nous risquions d’exploser.

A certaines tables se prenaient des décisions capitales pour l’avenir du monde. Les poings solidement posés sur la toile cirée, on s’exclamait énergiquement : y’en a marre ! Et on égrenait sans relâche les harassements quotidiens de la nation : les bureaucrates, les institutrices, les chômeurs, les paresseux, les riches, les jeunes, les américains, les pauvres, les plombiers, les américains ; d’un moment à l’autre des hordes de vendangeurs risquaient de surgir furieusement des vignes, d’envahir l’Assemblée Nationale armés de sécateurs ou de serpettes. Responsable, on se servait à boire pour garder son calme, et terminer au moins la récolte. Ailleurs, les révolutions étaient plus pacifiques. D’autres regrettaient amèrement qu’on ne préférât pas la paix à la guerre. Ils secouaient la têt…

Vendanges (2/3)

Il était neuf heures six. Finalement, j’acceptai un premier gobelet de vin. C’était un petit gobelet en plastique blanc, je contemplais avec appréhension le liquide rouge, épais, poisseux, façon huile de vidange. Un scooter n’en aurait pas voulu. Les yeux baissés vers lui, je retardais le moment d’y goûter, accaparé par mon festival de crâne. J’hésitais même à le jeter derrière un buisson, discrètement, voire à collaborer avec de l’eau. Celui qu’on appelait Manu passait dans les groupes silencieux, avachis pour la pause dans l’herbe trempée, avec son cubi à la main. D’un ton enjoué, il tentait : allez, un p’tit canon ? On ne répondait pas. Il me faisait l’effet d’un chauffeur de salle dans une maison de retraite, lors du spectacle de quinze heures, le dimanche. Il se décida à montrer l’exemple, et se servit un gobelet de vin. Regardez ! Il est très bon. Santé ! Il le but, cul sec, et pendant une fraction de seconde, il se figea, arborant le visage dévasté de remords du pilote d’Enola …