vendredi 7 novembre 2008

Insignifiantes fins du monde

Elle habite une petite maison charmante. Elle a trois enfants, et un mari. Le mari n’est jamais là, il rentre tard, il a un travail important. Les enfants ne sont jamais là, ils ont des études importantes, des fêtes mémorables, des vies remplies. Le mari, le soir, entre deux monologues, met le linge sale dans la panière de linge sale. Les enfants rentrent dormir, ils ouvrent les placards de la cuisine et prennent des biscuits, il se servent un verre de jus de fruit, il y en a toujours, puis s’affalent dans le canapé et regardent des centaines de chaînes du satellite, exténués par leur vie captivante. Ils mettent leurs habits à la mode dans la panière avant de s’écrouler dans leur lit. Elle prend la panière de linge sale, lance une machine, elle ramasse le linge sec, le repasse, le plie, le dispose bien proprement dans les placards. Tout cela sent bon, une tendre bonne odeur d’ordre, de confort, de maîtrise. Le matin, le mari important se lève, il ouvre le placard de la cuisine, prend du café, des biscottes, il n’en manque jamais, et commentant l’actualité comme un vrai connaisseur, il enfile ses affaires bien repassées, boit son café, et part travailler.

La maison est vide. Elle fait du ménage. Elle lave les vitres, puis les lavabos, puis s’occupe des fleurs dans le jardin. Elle s’assure qu’il ne manque de rien, le jus d’orange, le café, les biscottes. Chaque placard est ouvert, et en un coup d’œil, elle sait. Elle repasse un jean troué du grand, elle ne le recoud pas, la dernière fois qu’elle a recousu des jeans troués, elle s’est faite enguirlander, et en rêvant, elle fait passer le fer brûlant sur le grand A, comme Anarchie. Le pantalon nihiliste est plié et sent la lavande. Quand tout est fait, elle s’assoit, vidée. Elle n’a pas envie d’ouvrir un magasine, elle hésite à prendre un livre. Elle pourrait aller sortir le chien.

Elle décide d’ouvrir un blog.

Elle commence, hésitante, à rédiger de courts poèmes, qui ne riment pas tout le temps. Elle en dit peu, c’est une pudeur, car elle aurait tellement à dire. Elle parle du temps qui passe, du printemps revenu, des merles, de la tristesse, des journées un peu ternes, de l’enfance perdu, de l’été revenant ; elle met une image de fée, une photo de lutin. C’est amusant, ce petit judas inversé, pour que le monde nous découvre lorsque nous sonnons à sa porte. Soudain, elle a un commentateur. C’est un inconnu, un être d’ailleurs, qui vit dans une vaste ville lointaine et qui lui dit qu’elle a beaucoup de sensibilité. Son cœur s’emballe. Elle répond très humblement qu’elle ne mérite pas un tel compliment, qu’elle est une femme très simple, et qu’elle fait tout ceci sans prétention. Elle est très fière.

Elle y songe en rangeant la paperasse.

Elle s’y remet le soir même, emballée. Le mari rentré parle des implications complexes des affaires étrangères, elle opine, toujours, et regarde, distraite, un bouquet de fleurs, tandis qu’il poursuit son pensum pour les murs, elle s’imagine déjà comme ce bouquet si simple pourra humblement faire, peut-être, un article pour son blog, avec, éventuellement, cette même sensibilité.

Un jour, elle en assez de s’occuper de la panière de linge sale. Les enfants, le mari, embarrassés, trouvent la panière débordante, ils tentent malgré tout d’y glisser le linge, qui tombe, ils le tassent de toutes leurs forces, disposent le couvercle de travers. Un matin, un des grands dit : maman, il n’y a plus rien à se mettre, il est vraiment paniqué. Et alors, elle répond ? Tu vois le tas, là bas, tu le prends, et tu fais une machine. C’est aussi simple. L’autre ne comprend pas, puis il s’habille avec du linge qui sent mauvais ; il apprend à faire une machine.

Elle publie, on l’encourage. Elle a quatre ou cinq personnes qui lui ont laissé des compliments ! Plus que toute sa famille en cent ans. Quelqu’un la place dans sa liste de liens, elle se confond en remerciement, et fait de même. C’est un frémissement, ce bruissement d’amabilités, c’est comme un succès en train d’éclore ; une autre vie, une vie masquée, une fête en sourdine, la nuit. Ils sont plein de promesses, ces autres. Ils viennent à elle, spontanément, deviennent presque, comment dire, fidèles, comme des histoires d’amours qui commenceraient juste par ça, par rien, par la fidélité.

Elle observe attentivement, avec un émoi grandissant, les visiteurs qui la visitent. Leur nombre est suffisamment raisonnable, elle peut les reconnaître, les recenser. Elle pourrait faire l’appel. Elle va commenter aussi les autres blogs, comme au temps des salons sous le second empire, elle parcourt ses amis. Toujours, elle laisse des mots, gentils, pudiques, sensibles, elle remercie les autres d’exister, même loin, même ailleurs, même ténus comme des noms d’oiseaux improbables. Ils la remercient, un compliment de sa part, elle qui a tant de sensibilité, c’est un beau cadeau.

C’est une fête permanence de découvertes. Tout le monde découvre tout le monde, et se félicite de se déballer tels des cadeaux, tous plus sensibles les uns que les autres. Elle dit, elle pense, en plaisantant : la concurrence est rude ! Elle fréquente leur quartier, assidûment, fidèle au poste, avec ardeur, mais sait se faire discrète, en dire peu, elle aurait tant à dire, mais elle se fait silencieuse comme si elle avait un trésor ou une malédiction connue d’elle seule.

Ils vont, ils viennent. Certains se font rares. Elle est la plus fidèle de tous, c’est à dire, que les autres, peut-être, sont moins fidèles, en comparaison. Quand ils reviennent, elle leur dit d’un ton doux-amer : vous revoilà, tenez. Vous n’étiez pas venu, j’ai pu voir, depuis un moment ! Elle est indulgente, magnanime, elle sourit, elle comprend. Puis ils viennent encore, et leur dit d’un ton amer, doux aussi, un peu, merci d’être revenu, il ne fallait pas, puis elle plaisante, ne vous forcez pas quand même, moi je ne vaux pas grand chose, je suis dans mon coin, ignorée, mais je m’y sens chez moi, dans cette ombre, je la mérite, sans doute, je ne suis pas de la tribu solaire ; ce n’est pas important tout ça, c’est juste un cirque, chacun fait bien ce qui lui plaît, et lit qui il veut lire.

C’est sûr, elle n’a pas leur talent, à tous les autres, qui s’interpellent, s’apostrophent, avec tant de facilité et d’humour, avec tant de brio, elle, c’est une créature du néant, une mère au foyer – il en faut bien ! - elle est fille de la nuit et de l’oubli ; mais qu’importe. Ils se font des symboles complices, se jettent dans les bras l’un à l’autre, avec de comiques effusions. Elle, elle est comme elle est. Elle parle de l’hiver revenu. Elle observe les visiteurs, s’attristent de ceux qui ne reviennent pas, qui, pourtant, ont expressément mentionné sa belle sensibilité, chez elle, en son temps. Elle se demande pourquoi ils reviennent de loin en loin. Ils ont exagéré leur enthousiasme, sans doute, ou n’étaient pas sincères, ils ont parlé sans savoir, ils se sont emballés, ils ont eu leur toquade un soir, ces individus lointains, si ténus, si peu denses. Un peu immatures, inconséquents ; des enfants. Elles parlent des saisons, qui s’en vont qui reviennent, puis elle parle surtout des autres qui s’en vont, qui reviennent.

Les autres entre eux rient de plus belle. Ils se pensent dans un banquet païen, sans doute, elle, elle est consignée, seule, à la table des enfants, loin de la fête, et trépigne. Elle se tait. Pourquoi parler ? Pourquoi se plaindre ? Qu’ils rient. Ils verront bien, un jour. Ils comprendront, le vide du monde. Ils pleureront, mais ce sera trop tard. Elle dépose un gentil mot, un peu amer, et reste devant son écran, à attendre par email la réponse à son commentaire, elle clique sur rafraîchir, machinalement, elle clique encore, désespérément, mais rien, elle continue à lire d’autres espaces roses et noirs, laisse un mot, encore, et attend ; elle attend des récoltes fraternelles de ses mots semés chez les autres. Mais ils sont absents, les autres, ils se taisent, ou l’ignorent, ou, peu assidus, s’occupent à autre chose que de répondre. Ce sont des gens de peu de réalité. Ou, vaniteux, ils n’ont que faire des autres, ils s’en moquent, de leur humble existence, de leur sensibilité. Ils ont leur vie pour eux, leur vie égoïste, leur corps bourgeonnant autour de leur nombril, leurs aventures superficielles, leurs histoires en toc qu’ils racontent, grotesques, pour amuser la galerie, qui s’amuse, comme une galerie, une galerie de l’évolution, sans doute, avec des squelettes de singe ; voilà ce qu’ils sont, des singes, des petits macaques avec leur blog ricanant ; ils se tripotent, et se nourrissent de poux. Ils se pensent amis, ils se font des serments risibles, mais ils ne sont rien. Rien. Elle clique sur le bouton rafraîchir, mais toujours pas de réponse, un nouveau mail, frisson, mais c’est une publicité de la Redoute, elle l’efface, dépitée ; elle a semé, pourtant, avec sincérité, avec sensibilité, humblement, et cette récolte a la vanité, le culot, d’être stérile. Elle est comme flouée. Comme trahie.

Les masques tombent, sans doute. Son écran est vide. Elle s’en serait doutée. Elle a eu tort, sans doute, d’espérer. Quelle comédie. Il n’y a pas de miracle, jamais. Elle a parlé des fleurs et des saisons. Elle aurait donné un bras, pour les autres. Eux, avec leur minable délire sur un monde à refaire, leur pinailleries sur les gouvernements, alors qu’ils sont incapables de voir la solitude noire quand elle passe, avec toutes ces saletés numériques qui leur bouchent les yeux, ces porcs vautrés dans leur fange de synthèse.

Elle parle dans un billet de sa tristesse, de son profond abandon. Elle lance sa petite bouteille à la mer, abominable mer où elle reste irréductiblement immergée pourtant, et aussitôt, à peine publié, elle rafraîchit encore sa boite à lettres. Son écran scintille, c’est un dîner aux chandelles hystériques, elle seule, en tête à tête, face au mutisme effroyable du monde. Elle veut les insulter, leur dire qu’ils ne sont rien, tous, elle voudrait les traiter de sales petits cons, pour qu’ils réagissent au moins, elle les regarde du haut du fond de son trou, elle les maudit comme un prédicateur à la veille de l’Apocalypse ; ils sont tous, et elle est seule, mais ils seront tous engloutis dans leur château de cartes, dans leur torrent d’orgueil.

Vous n’êtes pas sincères, leur dit-elle, l’index pointé vers l’écran, vous êtes des menteurs, des menteurs prétentieux, des hypocrites, vous vous aimez, mais vous ne vous aimez pas, et nous vous haïssons tous, moi et mes tourments, dit-elle, et ils répondent, bêtement compréhensifs ; je comprends ce que tu vis, il faut savoir passer à autre chose, tu sais, tes mots sont durs mais ils sont vrais, sans doute, disent-il, et je respecte ta douleur, et ils expriment ton mal être avec toujours autant de sensibilité. Quelle bande de clowns. Elle répond, touchée, quand même, aussi douce que son sermon était âpre, merci mille fois pour ta gentillesse que je ne mérite pas et qui me touche vraiment du fond du coeur. Si les autres pouvaient comprendre, eux. Mais ils ne le peuvent pas. Mais peut-être, que toi, le peux-tu, tu es différent, sois à la hauteur.

Elle regarde les visites, et ils sont partis, les autres, mais toujours là, voilà, en fait, ils viennent voir si la folle a pété les plombs, ils observent, curieux, voyeurs, vicieux, pervers, vautours, ils viennent voir ce qu’elle a encore raconté comme connerie, la folle, la vieille folle, celle qui déblatère toute seule sur internet, qui se répand, qui se disloque, ils viennent se repaître et rire de sa misère, et se payer une bonne tranche de rigolade.

Ils me disent, tu attends peut-être trop d’un tel carnet sur le web ; eux c’est sûr, ces monticules de médiocrité, ces morceaux de saindoux gentils, ils n’attendent rien, aucune exigence, aucune honnêteté, aucune rigueur ; ils sont aussi sensibles que les côtes de porc qui se décomposent, glaciales, les unes sur les autres, dans mon frigo pour le repas de ce soir. Ils ne pensent qu’à leur petite gloriole grotesque, leur petit style de branleur. Leur nombril gluant, suintant de leur semence auto-attendrie. Ils m’ont abandonnée. Ils m’ont menti. Ils m’ont trahie.

Elle déteste cet univers tout entier, intégralement, tout est hypocrite, corrompu, les avatars sont les horribles masques du mensonge. Elle voudrait bien le détruire, ce monde, le broyer, le pulvériser, ce nid de lâches. Un soir, comme on tire la chasse, elle détruit son blog. Elle le lance dans le néant, et avec lui, ses ramifications, ses liens tissés vers le reste ; le reste, tout vient avec. Chalut prodigieux rejeté à la mer, ses poissons asphyxiés - la chute entraîne tout, les rires, les symboles, les histoires étranges, les photos de famille, et ça s’évanouit, d’un seul coup. Il ne reste plus rien.

[source de l'image]

51 commentaires:

  1. tu es une femme en vrai ? :)

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  2. Nous sommes des tous des "insignifiantes blogueuses sensibles"

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  3. gaaah, t'as réussi a rester aussi longtemps dans la tête d'une fée machin névrosée pour écrire tout ça ?
    Chapeau ! Un p'tit lexomil pour te remettre ?

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  4. C'est une baffe matinale mais je m'en fous, le soleil est revenu.
    Et c'est délicieux. Votre texte, et le soleil.
    (merci pour le jeu des fautes, j'en ai trouvé une)

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  5. C'est triste. Si chez la Mère Castor, il fait beau, ici il pleut à boire debout, alors ça me déprime encore plus.
    Et elle retourne faire la lessive ?

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  6. quelle angoisse.
    mais il y a un fond de vérité, ne sommes nous pas tous dans l'attente de commentaire à nos posts?
    On voudrait tous plein de visite et de commentaire intélligent et plein d'esprit qui nous laissent une trace de l'émotion que l'on seme.
    mais le blog c'est pas la vie, ou bien justement, le blog c'est comme dans la vie... c'est pas toujours tout parfais.

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  7. Mais ça ne va pas de publier des tartines pareilles les jours où je suis au boulot ? Je reviendrai lire plus tard, pour la peine...

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  8. Démesure !
    Traviata !
    Outrance !

    Tous ces poèmes morts qui garnissent de toutes petites tombes. Tombe la neige sur ton passé mort !

    (tu testes ma résistance au secret, toi ?)

    (filou)

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  9. On dirait un récit de ces romancières américaines, qui décrivent "desperate housewives" mais sans l'aspect marrant et libérateur. Un peu "Arlington Park" (que je n'ai pas pu finir).
    Que c'est triste toutes ces vies sans vie.
    Et que c'est bien écrit, d'ailleurs.

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  10. A tous : petit dilemme, pour vous répondre.

    Et petite occasion d’évoquer une réflexion qui me turlupine…

    Ce billet contient manifestement quelque chose d’acide sur les blogs, les blogueurs. En général, une vision caustique des blogs pose son auteur, à qui on la fait pas, et qui n’est pas dupe, et qui a tout compris. Si j’explique, je risque de perdre un peu de ce recul, mais comme je m’en fous, j’y vais. Je ne fais pas ça pour avoir du recul, de toute façon.

    Je suis de plus en plus persuadé qu’un portrait « à charge », de manière générale, est une sorte d’avorton, il n’y a rien à en espérer, ce n’est pas viable. Par contre, l’empathie est vitale, indispensable, ce n’est pas une question de morale, pour être gentil envers son prochain. L’empathie, c’est une question de survie, pour le petit organisme du billet, c’est comme si le texte mangeait des fruits bio, pardon pour cette métaphore foireuse, si je puis me permettre, au lieu d’un hamburger gratifiant, vite avalé, vite évacué.

    Je parlais ici (globalement) d’une personne que j’aimais bien et qui a arrêté son blog, il y a presque un an. Mais je parle aussi bien de moi. Comme j’expliquais à Dorham, je suis dans une période où je me sens, me revendique, indépendant, serein, indifférent, par rapport à ce support ; j’écris des textes de quatre feuillets si ça me chante, j’éprouve une certaine tranquillité, j’ai trouvé, au moment où je fais un billet, un réel plaisir de rédiger qui se suffit à lui-même, et à cet instant, je n’ai que faire des retours. Pourtant, malgré tout, quand je publie, je regarde compulsivement les réactions, mécaniquement ; malgré tout le terrain gagné vers cette rigueur je me réjouis toujours des petits compliments, je frétille, je ne m’en lasse jamais, sans vraiment me l’avouer.

    J’avais une autre réflexion, mais j’arrête de pontifier, on verra plus tard.

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  11. Le ton est grave comme d'habitude, "à l'américaine".
    Independence Day.
    Comme si tu jouais tout sur chaque billet.

    Les blogueuses trouveront ton billet très juste.

    C'est admirablement bien écrit et on ose à peine formuler une critique. Je tente.. je ne sais pas si cela se fait.

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  12. Je vois que l'exploration du souterrain dostoïevskien vous a été féconde ! Très bon texte : l'empathie dont vous parlez en commentaire sonne parfaitement juste, vous êtes exactement à la bonne distance.

    Est-ce que ce texte n'aurait pas mérité de monter au "Plafond" ?

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  13. ctoilblog :va, critique, je ferai le blogueur hyper ouvert d'esprit de toute façon ! :o)

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  14. Très bon billet. Surtout le passage sur les côtes de porc.

    Le portrait correspond à une blogueuse que je connaissais (vous aussi d'ailleurs, elle trainait chez moi...).

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  15. Après lecture du premier commentaire du taulier : c'est à la même personne qu'on pense ?

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  16. Ton style me met à genoux! Je peux rien dire de plus...ni de moins d'ailleurs!

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  17. Votre histoire me fait constater une fois encore combien il est difficile aux lecteurs, souvent, de parler d'un texte à son auteur.
    On choisi de biaiser avec des compliments mérités par les difficultés supposées que vous avez dû surmonter, quelques détails qui frappent…
    Il n'est pas aisé d'expliquer pourquoi il vous a empoigné, le texte.
    En quoi le vôtre, ici, raconte un modeste drame universel, qui parle de blog, mais pourrait s'appliquer à tant d'autres situations… J'y ai vu pour ma part une illustration des poisons de la solitude, de l'attente de l'autre. Elle blogue, mais elle pourrait aussi bien jouer du piano du matin au soir dans l'attente qu'on l'écoute. Par exemple. Enfin, bref, je trouve ce texte attachant et fort.Compliments!

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  18. Du point de vue du style, Balmeyer est sans doute le seul blogueur qui arrive à me rendre jaloux, certains jours...

    (Avec Malbeyer, peut-être.)

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  19. certains se complaisent, se plaisent... s'astreignent... à avoir un auditoire... alors ils s'éloignent de ce qu'ELLE nous dit ici, qui est-ELLE ? entre une Mme Arnoux, de l'Education sentimentale, et une Emma (Bovary) qui s'ignorent... elles sont insatisfaites... elles n'aiment pas ces dogmes masculins... du succès à tout prix, l'audimat de mon blog... où en suis-je ? combien ? et puis et puis... A cela elles disent : m'en fous !

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  20. vous me donnez le week-end pour répondre à tout le monde ?

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  21. Un très beau texte...
    et tellement sensible :)

    Un texte qui fouille profondément dans les petits intentions intimes, dans l'infra-ordinaire (formule de Perec), et qui déplie tout ça, déploie tout ça pour le mettre au clair, au grand jour.
    Je t'ai déjà dis quelque chose comme cela à propos d'un autre billet.

    Magistral, tout simplement.

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  22. Qu'est ce je disais? ah oui, chapeau, femme Balmeyer, tu es très fort!;-)

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  23. C'est un jolie blues, Balmeyer.

    Avant le Net, 15% des français écrivaient. Journaux intimes, romans biographiques ou autres, poésies.

    Il doit y en avoir beaucoup plus maintenant. Qui n'a pas son petit blog ?

    Votre femme me fait penser à l'Edith du Journal d'Edith, de Patricia Highsmith, qui tenait un journal imaginaire. Puis elle me fait penser à nous. On la complimente sur sa sensiblilité, elle a plus de compliments en quelques jours qu'en des années de vie commune avec son mari et ses enfants. Elle pourrait continuer, d'ailleurs. Causer avec un de ses admirateurs, parler de leur vie morne, s'aviser qu'ils ont les mêmes disques, qu'ils posent tous les deux le même regard sur les premières feuilles mortes, sur les paysages de brume, sur la vie, quoi. Alors, évidemment, les autres, ceux de la vraie vie, ils pourront aller se brosser, pour leur linge sale.

    Suzanne

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  24. Vie et mort d'un blog. C'est beau. Et c'est vrai, ça devrait être au plafond !
    Mais en fait, toute blogueuse que je suis, ce sont les descriptions de son cadre familial qui me touchent le plus. Le premier paragraphe est très fort. Très bien vu...

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  25. Je vais être un peu désagréable, rassurez-vous ce sera vite passé. Je ne crois pas que le l'aveu qui relie le texte à l'expérience vécue soit le bienvenu. Je pense que tu devrais au contraire préciser que "toute ressemblance ... serait purement fortuite".

    Je me suis dit aussi, tiens, ce texte serait bien dans la veine du Plafond. Il m'a bien plu. Le titre est percutant et donne envie de dévorer le billet. A la fin, c'est triste (vous aviez remarqué). J'aurais aimé la suivre un peu dans l'au-delà : n'est-ce pas là que réside le pouvoir de l'imagination ? Un petit épilogue ne m'aurait pas déplu. Optimiste de préférence. D'ailleurs, son fils est désormais capable de laver son linge tout seul. Le bilan (pour Elle) est donc globalement positif.

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  26. (Ca va prendre deux jours pour répondre à tout le monde, mais comme dirait Barack, Yes I can, if am not trop flemmard).

    Mtislav : mais oui, soyez donc désagréable ! (billet suivant, 85 commentaires d'insultes). Comme pour Didier Goux qui avait vu juste en parlant de "faiblesse morale" au sujet d'un jeu de mot, vous avez peut-être vu juste sur cet aveu candide de réalisme que j'ai fait en commentaire, et je suis un peu embarrassé. En fait, j'ai développé une sorte de rejet viscéral de "l'imprécation contre les blogs", d'où mon rapide commentaire sur "l'empathie". J'aurais du laisser en suspens, je le saurai la prochaine fois...

    Sinon, j'ai effectivement été tenté de poursuivre en décrivant un retour à la "vie ordinaire", une fin plutôt normale, car on est pas obligé de faire des cataclysmes pour produire un billet intéressant. Mais ça commençait à faire un peu longuet quand même, et c'est agréable, l'apocalypse à la Traviata...

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  27. Marie-Georges : (non je ne suis pas en URSS et je ne fais pas mon autocritique mais) effectivement, j'ai trouvé qu'il était peut-être dommage, à cet instant, d'enchainer sur "les blogs", après le premier paragraphe, je ne sais pas si ça a fait ça à quelqu'un à la lecture... (surtout que je me suis rappelé quand ma mère me repassait mes T-Shirts "hard rock" quand j'étais adolescent...)

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  28. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

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  29. Elle va nous faire chier sur tous les blogs celle-là ? Ah ! Si elle avait un bouquin sur Zac Efron, j'y aurais droit aussi ?

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  30. je reviens... pour te dire à toi le blogueur masqué (en femme) celui qui telle Emma Bovary, je me répète ("c'est moi" disait Flaubert), s'ennuie... et écrit des romans... un blog... au féminin (ben ouais, ça torture un peu... la féminité). Pourquoi ???

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  31. Je viens rarement vous lire cher monsieur au chapeau melon...
    Ce matin pourtant, venue d'ailleurs, j'ai lu avec beaucoup d'attention ce billet étonnant.
    Etonnant par son écriture, bon je n'ajouterai rien de neuf en disant que le billet coule et, de phrase en phrase, avance inexorablement...j'aime cela...Bravo! (mais ce ne sera jamais qu'un bravo de plus!)
    Etonnant ensuite par son contenu.
    Vous faites là le portrait d'une blogueuse (mais le blogueur aussi tout compte fait pourrait s'y reconnaître!) qui cherche la reconnaissance virtuelle, grâce à son blog, mais surtout aux commentaires qui y sont déposés!
    C'est tellement bien décrit qu'on dirait que vous avez été à un moment de votre vie virtuelle ce blogueur-là! (comme moi d'ailleurs dans une autre vie, je ne le cache pas...)
    Ce qui m'étonne encore ce sont les pseudos qui apparaissent comme vos commentateurs ordinaires ou favoris: aucun que je connaisse
    (pardon trois fois pardon...)
    Ma blogosphère est sensiblement différente et même très différente: c'est étrange comme le monde des blogs se classe en "clans", en petites communautés virtuelles, qui circulent souvent, trop souvent entre elles...
    Au point que parfois on n'oserait pas ajouter un commentaire de passage, de peur de ne pas être accepté pour ce qu'on est: un ou une blogueuse ordinaire, comme vous, comme tant d'autres...
    Je vous disais donc que autrefois (dans une autre vie) j'ai péché par ce besoin d'être lu, commenté et le reste
    Aujourd'hui, après 4 ans de bons et loyaux services, je peux me contenter d'écrire ou de ne pas écrire, comme et quand j'ai envie
    Bonne chance à votre chapeau ;-))

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  32. Joli texte !
    Bon, il y a un peu trop de pathos à la fin pour mon goût mais c'est quand-même bien vu.
    Le début me rappelle un album (ces livres illustrés qu'on emprunte en bibliothèque) pour enfant, l'histoire d'une famille (la famille Porchon) qui exploite la mère sans aucune considération pour ses tâches ménagères, jusqu'au jour où elle se barre et où petit à petit, ils finissent par se transformer en cochons !

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  33. Marc : merci et soyez le bienvenu ici ! Oui : la mère exploitée qui se revolte, ça doit être un peu le cas ici, mais c'était déjà assez long... si je devais développer ça, je mettrais en parallèle l'addiction au blog, qui est ici glauque, et sa prise d'indépendance qui est plutôt sympathique...

    Coumarine : merci, je vous ai déjà croisée, ça me fait très plaisir de vous voir par ici ! Pour le portrait du blogueur, on est tous à des degrés différents en attente de retours, sinon on écrirait tous dans "Word"... après il y a une différence entre attendre des retours (opinions, flatteries, critiques, rayez la mention inutile) et attendre de la compangie...

    Pour le côté "clan", malheureusement, le blog parait fait ainsi, il s'organise entre lecteurs / blogueurs qui partagent quelque chose en commun. C'est bête, mais quatre personnes qui échangent ensemble donnent souvent, à tort, l'impression au passant qu'on est "entre nous", ce qui n'est pas exact... Après, comme le temps me manque, je préfère lire mes "habituels" que d'en découvrir d'autres. Ce n'est pas par manque de curiosité, mais le blog est appréciable sur la longueur, sur l'évolution. Alors tant qu'à en suivre, autant en suivre peu mais bien... (mais si je gagne au Loto, peut-être passerai-je lecteur pro ! ;)

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  34. lucia mel : la féminité c'est un hasard, ici, mais bon, c'est vrai que si les femmes s'occupaient plus des enfants, de la maison et du repas, on aurait moins de blogs à lire et de meilleurs ragouts à manger. (ou le Suicide Social pour les nuls.)

    Nicolas : j'ai supprimé le spam...

    Spam : je t'ai supprimé, bien fait pour ta tronche, espèce de spam.

    Suzanne : merci, Suzanne, je ne sais pas si vous lirez ma réponse, je suis en retard...

    Tifenn : oui, ça peut sans
    doute entrer dans la série "changement de sexe" !

    (c'est marrant comme on a beaucoup tiqué sur le fait qu'un homme écrivait sur une femme, alors que pour moi, il n'y a pas trop d'enjeu...)

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  35. roudoudou : merci ! Ton compliment me touche.

    lucia mel : comme je l'ai dit, il y a peut-être malentendu sur le côté blog et filles, audience, tout ça. En plus, ce type de blogueurs, dont je me sens proche, ne cherche pas à faire de l'audience, mais, dans ce portrait, des amis. Au tout début, quand mon blog avait trois jours, j'avais une érection quand j'avais deux visiteurs. La quantité était importante. Là, depuis pas mal de temps, si j'ai UN lecteur de plus par mois, un vrai, un bon, un dur, un qui a lu le billet et qui ne dit pas "see here or here", c'est le nirvana, j'ai, non pas une, mais plusieurs érections en même temps.

    Didier Goux : votre compliment me désarme, j'ai, non pas plusieurs, mais un nombre incalculable d'érections en même temps.

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  36. Le Coucou : merci pour votre remarque pertinente... N'hésitez pas à prendre plusieurs identités pour multipliez les commentaires... :)

    Mots d'elle : "Ton style me met à genoux!" La soirée avance, et, la fatigue aidant, la tentation est forte de me fourvoyer irrémédiablement dans une galéjade du plus mauvais goût que je regretterais longtemps, aussi, je préfère interrompre l'interminable flux de mes réponses avant de prononcer l'irréparable.

    (petite pause, parce qu'en plus, j'ai bonhomme doigt)

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  37. Très bon billet !

    Par contre tes commentaires...

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  38. Comme disait Emma Boyary:
    "Flaubert, c'est moi !"

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  39. c'est toi la blogueuse qui habite une petite maison charmante.

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  40. oui, blogueuse Bovary, c'est moi ! :)

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  41. D'habitude les textes sur les femmes au foyer en mal de reconnaissance m'emmerdent. Celui-ci outre le fait qu'il est bien écrit plonge rapidement dans quelque chose d'universel qui peut faire mouche. Bravo.
    J'ai la flemme de commenter le dernier texte mais le bonhomme-doigt et le 11 novembre, alors là bravo encore.

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  42. Je devrais passer plus souvent...
    "Le pantalon nihiliste sent la lavande" pourrait être un mot de passe ou un cadavre exquis particulièrement réussi, il condense tout un monde en une phrase. Très fort, Monsieur.

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  43. Bon, juste pour terminer, rapidos :

    Nicolas : oui, on pense à la même personne, je crois !

    Didier : on ne peut rien vous cacher, c'est mon truc du moment... et merci.

    Loïs : merci !

    Brendufat : vous m'en voyez franchement ravi. "Le pantalon nihiliste sent la lavande", à ce moment j'ai vraiment regretté de bifurquer vers le thème du blog, comme prévu.

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  44. ça m a fait bizarre ce matin de ne plus avoir de slip propre dans le placard après avoir lu ça.

    Mr Romano

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  45. Ça a commencé exactement là. Tout y est dit. Il m'a fallu du temps pour le digérer (c'est comme ça les vieilles) mais j'y suis arrivée.

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  46. La vieille fait bien de me rappeler ce texte. Je me rend compte, deux saisons après, qu'il doit être des très rares billets dont il reste une empreinte dans ma mémoire. Non seulement il brille par le style, mais il est comme une invitation à se pencher sur le vide. (C'est le sort des écrits d'échapper à leur auteur)

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  47. Je viens de relire. La vieille, merci d'avoir ressorti ce billet. Très juste. On y arrivera tous, un jour.

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