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Articles

Affichage des articles du novembre, 2008

Les filles s'en vont

Décidément.

Quatorze et demi.

Quinze.

Quinze et demi.

Seize.

Tout fout le camp, surtout les jeunes filles.

Ce week-end, ma chère Araignée est absente. C'est un week-end d'hommes, des hommes, des vrais. Comme on en fait plus. Ca va pulser de la testostérone. Je suis seul avec Kéké.

Mais ne vous inquiétez pas. J'assure. Comme il est allergique aux produits laitiers, je ne vais pas prendre de risque. Pizzas. A tous le repas. Tomate et fromage, ça ne risque rien.

Bon, je vous laisse déjà, Kéké met les doigts dans les prises, ça fait quinze fois que je lui répète, mais cet enfant n'écoute pas.

Sur ce, au lieu d'écrire des bêtises, je vous laisse en la charmante compagnie des liens d'au dessus.

La vie sauvage

Il tape sur des claviers et c’est le numéro un
Dans son île on est fou comme on est informaticien
Sur radio Javascript il a des copains
Il fabrique ses programmes et ça lui va bien !
Il tape sur des claviers il joue pas les requins
Tahiti touamotou équateur c’est pas trop dans son coin
Y’a des filles de partout qui lui veulent du bien (sur sexe point com)
Lui la gloire il s’en fout et ça va et ça vient !

Lalanne dit d’un ton outrageusement docte : tu sais que dans certaines tribus primitives, les gens boivent leur propre urine pour se soigner ? Kevin, le stagiaire, incrédule : tu dis ça pour me faire marcher, il tord la bouche exagérément, on dirait qu’il découvre un gâteau aux blattes pour son anniversaire. Ah non, c’est pas possible de boire sa propre pisse, non, c’est juste pas possible. Si, si, poursuit doctement Lalanne, il y a une grande marmite pour tout le village, chacun y va pour se soulager, et quand le soir tombe, et que la marmite est bien pleine d’urine, le medecine man danse au…

La petite sardine

Kéké vient me voir, il rampe au sol, près du lit : « protège moi papa ! Je suis la petite sardine ! » Je le hisse sur la barque, il continue : « regarde, un requin-minou qui me poursuit ! »

Le requin-minou est allongé sur le sol, féroce prédateur orange des mer, chasseur cruel et sanguinaire, il feint la léthargie, en ronronnant, étalé, inerte, mais c'est pour mieux tromper ses proies, les pauvres petites sardines, qui abusées par cette apparente bonhommie se laissent dévorer atrocement, par surprise, puis meurent en agonisant, ou agonisent en mourant.

« Regarde, continue Kéké, le requin-minou va nous attaquer ! » Nous tremblons de peur, blottis dans la barque, sous la couette, tandis que le terrible animal nous dévisage de son œil vert, maraudant autour de nous, se rapprochant peu à peu, mais sans vraiment se déplacer en fait, ronronnant juste au sol comme un gros chausson au pomme. Puis le requin-minou se lève, s'étire infiniment, fait le dos rond, et s'en va lentement, ro…

Canalisations et cloisons

Parfois, c’est le silence, chacun tape sur son clavier, il me semble que l’on s’endort au bord de l’eau en écoutant une douce fontaine qui ruisselle sur les galets, sauf que non. Quand on se lève de la chaise, on passe derrière des écrans, le collègue cache rapidement le site rempli de publicités sur les casinos gratuits et les sexes point com pour contempler un fichier Word vide, avec un curseur qui clignote au début de la page.

Le collègue dit : c’est dur, la documentation, je n’ai pas d’idée, je tape depuis une heure, mais là je viens de tout effacer, j’étais vraiment pas satisfait de mon travail, que je suis intransigeant envers moi-même, du passé faisons table rase. Une fenêtre de chat apparaît alors, kikoo ça va tomate75, puis une autre qui surgit d’en haut en vibrant, le service « copain en ligne » qui déclenche son alerte dans la barre des tâches. L’opérateur, déglutissant, ferme, l’air détaché toutes ses fenêtres impromptues, une à une, puis éteint l’écran, tout d’un coup, il …

La grande touillerie aux spatules considérables

Près de la machine à café, on a rangé un type qui est là, toute la journée, à touiller son café. Ça aurait pu être moi, sauf que c’est lui. Pas de chance pour lui. On l’a posé ici, j’imagine, pour faire le figurant dans ma vie. Il porte des lunettes, elles sont très carrées, et grandes, il a aussi de grandes oreilles. Je n’ai rien contre les grandes oreilles, honnêtement, c’est juste qu’il est là, un peu vouté avec des grandes oreilles, son petit duvet de moustache, à touiller son café.

Quand j’arrive, il me regarde les lèvres pincées, absent, muet, un vrai sphinx, il doit peut-être m’en vouloir terriblement de figurer comme ça, dans ma vie, il aurait préféré la vie de Brad Pitt, peut-être, à touiller des mojitos dans des palaces, avec non pas une petite touillette transparente mais un grand bâtonnet vert surmonté d’un cocotier copacabana. Il faudrait que je lui dise, on verra à Noël, désolé mon gars, c’est pas moi qui décide, pour tout ça, moi de montrer du nez les murs préfabriqués.

L…

Le retour du bonhomme doigt

Le weekend, c’était le retour du bonhomme doigt. Le bonhomme doigt, et les petites voitures.

Le bonhomme doigt regarde passer la petite voiture de Kéké, il s’extasie car elle va très vite, puis la voiture fait demi tour, et passe encore devant le bonhomme doigt qui s’extasie car elle va très vite, je baille, puis elle fait demi tour encore et passe devant le bonhomme doigt. Les enfants aiment l’humour à répétition, mais en fait, pas vraiment l’humour, surtout la répétition.

Z. m’interpelle : et si on allait au Parc ? Je lui répond, poussant un énorme soupir d’ennui : « Oh non, franchement, s’il te plaît, je viens de faire le bonhomme doigt toute la journée, je suis éclaté ! »

Là, Kéké me regarde attentivement, il dit, avec un grand sérieux : « mais papa, c’est bien de faire le bonhomme doigt. »

Je ne sais pas trop s’il me corrige ou m’informe, ou s’il m’interroge. Il regarde sa main, alors, son propre bonhomme doigt, il le toise avec étonnement. Il se demande peut-être si c’est nul, de fa…

Insignifiantes fins du monde

Elle habite une petite maison charmante. Elle a trois enfants, et un mari. Le mari n’est jamais là, il rentre tard, il a un travail important. Les enfants ne sont jamais là, ils ont des études importantes, des fêtes mémorables, des vies remplies. Le mari, le soir, entre deux monologues, met le linge sale dans la panière de linge sale. Les enfants rentrent dormir, ils ouvrent les placards de la cuisine et prennent des biscuits, il se servent un verre de jus de fruit, il y en a toujours, puis s’affalent dans le canapé et regardent des centaines de chaînes du satellite, exténués par leur vie captivante. Ils mettent leurs habits à la mode dans la panière avant de s’écrouler dans leur lit. Elle prend la panière de linge sale, lance une machine, elle ramasse le linge sec, le repasse, le plie, le dispose bien proprement dans les placards. Tout cela sent bon, une tendre bonne odeur d’ordre, de confort, de maîtrise. Le matin, le mari important se lève, il ouvre le placard de la cuisine, prend …

Les petites bottes (ou le non-dit)

Je n'ai pas vu beaucoup de films suédois, mais je sais quand j'en vis un.

Elle : Oh regarde ! Les petites bottes de kéké ! Range-les dans ce placard, tiens.
Lui : Mais pourquoi faire ?
Elle : Et bien, ça peut toujours servir !
Lui : Mais non, elles sont trop petites, ces bottes, elles ne lui vont plus ! On n'a qu'à les jetter à la poubelle.

(silence)

Elle : Tu n'es pas gentil.

Les cuistots de l'espérance

Parfois, quand je termine un billet de blog, quand j’y ai passé du temps, et que j’en suis vraiment content, je me sens comme dans Barton Fink. Je tends les bras en l’air, en hurlant, les yeux exorbités : « je suis tout puissant ! » et j’ai envie de descendre danser dans des cabarets toute la nuit, les bras encore en l’air, à hurler : « je suis le Créateur ! je suis le Créateur ! ».

Parfois, je suis normal. Je suis, comme à midi, dans une vaste cantine déserte, à 14h05, face à trois saucisses roses et quarante-sept frites. Les tables vides s’alignent, c’est une sorte d’entrepôt pour manger, avec juste des brocs d’eau marron, interminables rangées des vases sans fleur. Je mange mes saucisses, en silence, et je trouve qu’à ce point là, ma normalité, ça ressemble vraiment à de la normalitude. C’est vertigineux, c’est même un peu grandiose, c’est presque extravagant, ce néant à la mi journée, tandis qu’un cuistot fatigué range les brocs d’eau dans un chariot, ça se dresse dans l’espace, c’…