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Les cuistots de l'espérance

Parfois, quand je termine un billet de blog, quand j’y ai passé du temps, et que j’en suis vraiment content, je me sens comme dans Barton Fink. Je tends les bras en l’air, en hurlant, les yeux exorbités : « je suis tout puissant ! » et j’ai envie de descendre danser dans des cabarets toute la nuit, les bras encore en l’air, à hurler : « je suis le Créateur ! je suis le Créateur ! ».

Parfois, je suis normal. Je suis, comme à midi, dans une vaste cantine déserte, à 14h05, face à trois saucisses roses et quarante-sept frites. Les tables vides s’alignent, c’est une sorte d’entrepôt pour manger, avec juste des brocs d’eau marron, interminables rangées des vases sans fleur. Je mange mes saucisses, en silence, et je trouve qu’à ce point là, ma normalité, ça ressemble vraiment à de la normalitude. C’est vertigineux, c’est même un peu grandiose, c’est presque extravagant, ce néant à la mi journée, tandis qu’un cuistot fatigué range les brocs d’eau dans un chariot, ça se dresse dans l’espace, c’est une pyramide, une obélisque, un Taj Mahal de normalité. Je me lève, j’arpente des couloirs blancs, sans croiser personne, à part des meubles où sont stockées des ramettes de papier. Dans ce labyrinthe, je me demande si la théorie de l’évolution n’est pas un vaste mensonge, s’il n’y a pas des bureaux aux couloirs blancs dressés depuis toujours, avec sur la moquette, des petits têtards qui se transforment en homme.

Parfois, quand je suis enthousiaste, j’oublie les débats alanguis sur les blogs, leur vacuité, leur vanité, les plaintes lascives sur les commentaires, et les courtisans, et la flatterie ; les yeux exorbités, les bras tendus en l’air de triomphe, je tape sur mon clavier (non, en fait, ça n’a aucun sens). Et les doigts posés sur mon clavier, plutôt, je tape sur mon clavier. Je pense au peintre qui fustigerait son pinceau, à cause d’une toile qui lui est impossible. Je pense aux peintres, qui, devisant dans un café romantique, parleraient d’envoyer tous les pinceaux dans des maisons de redressement, parce que le pinceau, c’est tellement prétentieux. Alors certains parleraient de peindre avec leurs mains, d’autres de se couper les mains, parce que les mains, c’est tellement prétentieux, d’autre parleraient non plus de peindre, mais de se pendre, parce que soi, c’est tellement prétentieux. Parfois j’y crois, je m’y crois, avec candeur, avec oubli, avec confiance.

C’est la marée haute, et puis c’est la marée basse. Après les métaphores, ce sont les métafaibles. Je me perçois comme l’individu sur sa planche à voile, dans une immensité de sable ; je me dis que descendre de la planche pour marcher me ferait avancer plus vite. C’est l’occasion idéale pour rendre un hommage au cuistot d’à midi.

A midi, j’avais très faim. Le cuistot, un jeune homme avec un calot blanc, a déposé deux saucisses dans le plat. Puis il m’a dit : « je vous en mets une troisième ? ». Emu, j’ai répondu : oui. Ce garçon aime son métier. Il n’est pas mesquin. Il est généreux. Cette générosité, c’est une force, c’est un printemps dans l’automne qui nous embrume. Puis il m’a ajouté des frites, non pas à côté, comme un petit tas ridicule de patates, mais au dessus, plein, dans toute l’assiette, des tonnes de frites, des montagnes de frites, en veux-tu, en voilà, comme des fondations miraculeuses bouchant le trou béant de ma faim pour y construire une nouvelle après-midi. Il m’a tendu l’assiette, magnifique, fabuleuse, et je l’ai remercié. Dignement, virilement, je lui ai dit : « Monsieur, passez un bon week-end ». Il m’a répondu : « Monsieur, vous aussi ». Nous nous sommes compris. Nous nous sommes regardés, Atlas momentanés de toute une civilisation. Cet homme là, c’est l’avenir de la France, du monde, c’est l’espérance.

Je te le dis solennellement : cuistot d’à midi, et tous les cuistots du monde entier, qui nourrissez les gens errant dans les bureaux déserts tandis que l’univers s’écroule, levons tous ensemble les bras en signe de triomphe ! Dansons dans les cabarets pour l’amour du travail bien fait, la science, la joie et l’harmonie ! Victoire ! Victoire ! Victoire !

Commentaires

  1. je viens de rentrer d'une soirée, déguisé en romain (sans R majuscule) et tes mots scintillent à cette hure du même éclat que la calme générosité de ton vendeur de saucisses.

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  2. Trop bien pour que je commente quelque chose d'intelligent. Juste ça, imaginer les tétards sur la moquette m'amuse beaucoup.

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  3. Excellent billet, vraiment. Il eût même été parfait si vous vous aviez eu la force morale de vous interdire le jeu de mot sur "métaphore"...

    (Ben oui, quoi : il faut quand même que je trouve un truc à critiquer, moi ! Sinon, on me retire ma licence. Et ma carte de cantine.)

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  4. Tu connais Barton Fink ? Dans mes bras !!! J'ai souvent l'impression d'être la seule à l'avoir vu (avec Marc Jolivet qui en parle dans un de ses sketches au temps pour moi)
    J'adore Goodman et Turturro :o)

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  5. Romain déguisé en romain : (excellent ! :) ton compliment étant posté au retour d'une soirée, il me fait particulièrement plaisir !

    Nicolas : oui. Dans cette perfection, juste à déplorer une panne sèche de moutarde.

    Catherine : merci ! Je ne vois pas ce qu'il peut y avoir de plus intelligent que "trop bien ! " ;-)

    Didier : héhé, mon petit doigt me dit que vous avez bien raison ! Du coup, je me venge sur mon petit doigt : il est puni.

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  6. Loïs : j'aime beaucoup les frères Coen ! Ca me fait le même effet : j'ai l'impression d'être le seul a avoir compris "Fargo", par exemple ! :)

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  7. J'aime beaucoup, particulièrement le 3e paragraphe, si plaisant quoique désabusé… et inconfortable quand on se glisse à l'audience!

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  8. Le coucou : Désabusé ? C'est un peu l'arroseur arrosé alors ! :)

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  9. Lorsque je serai capable de faire un billet à propos de trois saucisses, j'aurai fait un grand pas vers le retour à la normalité.

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  10. Moi j'aime bien métaphore et métafaible. Je pense que Didier est désolé de ne pas l'avoir trouvée avant vous, celle-là. (facile de taxer les jeux de mots des autres de métabofs.

    "commentaires lascifs" (z'avez du bol, s'ils sont vraiment lascifs)

    J'ai regardé si marron ne prenait pas d'S; des brocs d'eau marrons, ça peut se dire aussi. Marrons avec un S, ça peut signifier "sauvage". Des brocs d'eau sauvages...

    Suzanne

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  11. Suzanne : il me semble que, dans un texte littéraire, il vaut toujours (ou presque toujours) mieux bannir les jeux de mots qui vous sont venus spontanément à l'esprit. « La fiente de l'esprit qui vole », disait Hugo...

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  12. Boby : il n'est pas seulement question de trois saucisses ! Je parle aussi des frites !

    Suzanne : merci pour votre méta-soutiens, mais malheureusement, Didier a visé juste : je me souviens très bien du petit micro-climat de facilité au moment même où je racontais ça... vraiment pris sur le fait !

    Pour "marron", je me souviens de "orange" qui ne s'accorde pas non plus ? Hop, tous les fruits dans le même panier (là Chevriou, après les manchots et les pingouins, va me sortir que les marrons ne sont pas des fruits, et c'est la fin des harricots...)

    Didier : re-oui, d'ailleurs, avant, je detestais avec exagérations les jeux de mots... sic transit...

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  13. Didier et Balmeyer:
    Mais, mais mais: et San-Antonio, alors? Et Queneau, et ADG?

    Suzanne

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  14. A surfer sur le sable jusqu'à la cantine...pas étonnant qu'il n'y ait plus personne! J'ai adoré ce billet....

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  15. Tu comprendras qu'après t'avoir dit que ton billet est méta-fort (pouet-pouet) je n'en dise pas davantage.

    D'une part, ce serait mal de révéler pourquoi la cantine est déserte quand tu y manges et surtout très mal (ici, messe base; tss tsss) révéler que...

    (tu n'en as pas marre en ce moment de faire de si grands billets ; tu voudrais pas devenir mon stacle quand même ?)

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  16. Fargo et Barton Fink, je me disais aussi.

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  17. Ah, mais non, balmeyer! Arroseur arrosé, je ne crois pas. Ou alors un truc dans la parabole a échappé à mes deux lectures. Vous arrosez avec talent, et voyez : on en redemande.

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  18. J'aime beaucoup les termes metalinguistiques de ce texte : joli coup de maître ;-O)

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  19. je suis béate d'admiration, sans rire, si votre ramage... euh, je l'ai déjà dit ça... quelque part, il y a longtemps. Bref, heureusement que les blogs existent, et les mecs (et nanas... sinon je vais me faire taxer de misogynie) qui les écrivent, pour qu'on puisse lire d'aussi beaux textes.

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  20. saucisses frites, il n'y a que ça de vrai! Quoi j'ai loupé quelque chose?!
    à bientôt

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  21. mots d'elle : merci, vraiment !

    Dorham : je te rassure, les stacles vont en double, comme les témoins de Jéhovah, l'un staclant l'autre ! (pardon pour la private joke, il faudrait que Didier nous rappelle ce qu'est le "modèle au stacle"...)

    la mère castor : que des bons films ! :) Ça fait un bail que je ne les ai pas vus, quand même...

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  22. le coucou : je vous explique ma plaisanterie de l'arroseur arrosé : je me plains un peu (je ne le fais pas souvent, vous le remarquerez !) de cette pensée-réflexe qui consiste à dénigrer le blog et les blogueurs en étant soi-même blogueur. Ca ressemble à de la "haine de soi".

    Il faut être vigilant à ne pas trop de se plaindre des "blogueurs qui se plaignent", sinon on finit par être un blogueur qui se plaint, et on se plaint de nous même... d'où l'arroseur arrosé... (j'étais très mauvais en philo, vous comprendrez pourquoi en suivant mon raisonnement....)

    m. : merci ! et une méta-bise...

    Mr SuperOlive : à 13h30 quand j'ai très la dalle, je peux te dire que je pense vraiment : "saucisse frites, y'a que ça de vrai !"

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  23. lucia mel : ooops loupé au milieu ! Rah, je suis méta-flatté, je ne sais que dire, vous parlez de mon ramage, bon, je n'ai à vous fournir qu'une modeste photo de moi en train de bloguer... désolé, je suis pris au réveil, nature, tel quel.

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  24. J'adore Barton Fink et c'est vrai que la scène du héros qui mange seul dans un entrepôt prévu à cet effet mais avec cette joie pure de l'affamé ses frites-saucisses [+ une gratuite dans le lot], c'est très frères Cohen comme scène.
    En fait, tu inventes la réalisation sans caméra, c'est méta-fort !

    [Je suis personnellement pour l'adjonction de jeux de mots. Ils sont un peu comme la moutarde dans un plat banal, ce n'est ici pas le cas mais c'est bon quand même, la moutarde !].

    :-)))

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  25. J'adore, faire du quotidien une aventure. J'ai adoré Fargo. En plus je t'ai lu avec la musique de Dorham dans les oreilles et pourtant j'aime pas trop le jazz mais à force de nous le proposer j'écoute, j'ai même téléchargé du Miles Davis et un autre ausi (c'est différent de mes C jerome, Jeannette et mike brant c'est certain ;=))et lis en même temps.

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  26. Didier Goux ne sait ce qu'est un modèle au stacle que quand il est bourré. Un peu comme le millionnaire ne reconnaît Charlot que dans le même état (Lumières de la ville).

    (Phrase merdique, tant pis...)

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  27. Marc,

    ah, d'accord.

    Et bien, ça me fait plaisir ça... Le partage, c'est ma grande marotte, si ça peut faire découvrir des trucs, c'est super...

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  28. Marc et Dorham faites circuler, partagez ;-)

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  29. A la lecture de ce billet, je n'aurais qu'un mot : http://www.mangerbouger.fr/

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  30. « là, Chieuvrou, après les manchots et les pingouins, va me sortir que les marrons ne sont pas des fruits »

    Détrompez-vous, Balmeyer (oui, je sais, je suis un peu lent à la détente, mais je n'avais pas vu que vous aviez causé de moi), je me garderai bien de faire la moindre remarque à quiconque à propos de la qualification de quelque espèce que ce soit de fruits, légumes, tubercules, champignons ou toute autre matière organique, car j'ai été moi-même durablement traumatisé, durant mon adolescence, par la grave bévue que je commis à ce sujet au cours d'un voyage scolaire outre-Rhin chez nos amis buveurs de bière et bouffeurs de saucisses.

    Mais bon, je n'en dirai pas plus. Inutile, n'est-ce pas, en ce 11 novembre, de rouvrir des plaies à peine cicatrisées... Et puis, tout cela n'a guère d'intérêt que pour moi, aussi, quel besoin aurais-je de....

    Cela se passait donc à l'automne 1979, alors que j'entamais les premiers contacts verbaux avec les membres de la famille de fiers Germains roses et frais de teint au sein de laquelle j'allais devoir séjourner linguistiquement une semaine ou deux, je ne sais plus trop. Assis à mes côtés et face à moi, tout autour de la table de la Wohnzimmer, les uns et les autres m'assaillaient de questions sur ma propre personne – sans doute, me disais-je, pour voir si, malgré mon jeune air innocent, je n'étais pas moi aussi un grosser Filou (oui, je manquais un peu de vocabulaire, mais, comme vous le voyez, je ne me débrouillais pas trop mal avec la déclinaison des adjectifs). Au bout d'un moment vint l'inévitable interrogation sur mes goûts alimentaires. Après avoir pris soin de faire comprendre à mes hôtes, pour leur montrer mes intentions pacifiques, que j'aimais bien le Wurst – assertion qui, de fait, produisit immédiatement chez eux un petit hochement de tête et un léger sourire de soulagement –, je leur indiquai que je mangeais à peu près de tout : toutes sortes de Fleische et de Fische, et, pour les Früchte, des Äpfel, comme des Birnen ou des Bananen, de même que, pour les Gemüse, des Karotten, des Kartoffeln...

    Or, à cet instant, les joyeuses clameurs qui avaient ponctué l'énoncé de chacun des termes de cette folle énumération s'arrêtèrent net. Les visages se figèrent, les yeux s'équarquillèrent et mes fesses se serrèrent (si toutefois vous me passez cette légère rupture de ton, due à mon jeune âge d'alors, qui me faisait verser plus souvent qu'à mon tour dans d'aussi fines plaisanteries).

    Je ne me rappelle pas exactement ce que je pensai sur le coup mais je dus prononcer intérieurement un « Merde, merde, merde ! » on ne peut plus angoissé. Tous me dévisageaient en effet, bouche bée et comme frappés de stupeur. Même la petite sœur de mon correspondant, une adorable petite fille blonde à peine sortie du berceau, me regardait, interloquée, comme si j'avais fait le salut nazi devant tout le monde.

    Au bout de quelques minutes de silence qui me parurent une éternité, leur mère, me fixant de ses grands et beaux yeux bleus, me dit, de sa voix douce et un peu navrée, dans laquelle je perçus comme un accent de reproche :

    « Na, Astolf ! Kartoffel ist kein Gemüse ! » (soit, si vous n'êtes pas familier de la langue de Winnetou et du docteur Mabuse : « Voyons, Astolphe, la pomme de terre n'est pas un légume »).

    Alors, vous pensez bien, cher Balmeyer : les pingouins, oui, les marrons non.

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  31. Je ne vous dissimulerai pas que, dans mes phases de lucidité, je mène sur ma personne une lutte de tous les instants contre les graves séquelles qu'a causées chez moi le conditionnement à la publicité télévisée auquel je fus soumis au cours des années 70 et 80.

    Aussi à votre « Fabuleux » ai-je été à deux doigts de répondre par un « Non, mon adjudant, c'est Fabulon ! », avant, fort heureusement, de me reprendre.

    Il n'empêche, « Fabuleux », c'est beaucoup trop pour qualifier ma piètre anecdote bade-wurtembergeoise, que je n'avais jusque-là racontée qu'aux membres du cercle très restreint de mes proches, et qui, grâce à la prodigieuse influence de votre blogue, va désormais se trouver popularisée sur l'ensemble du globe, de la presqu'île du Kamchatka à la Terre de Feu et de l'Alaska à la Tasmanie...

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  32. Monsieur,

    Je viens sur votre blog suite au "lien vers ce message blog" qui est apparu à la suite de mon billet du 22 décembre. J'apprécie les machines au fonctionnement désordonné, le lien entre les croissants et le cuistot ne m'avait pas traversé l'esprit. L'algorithme vaincra, c'est certain. Dans cette nouvelle espérance, je vous laisse.

    Weberies distinguées,

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