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Articles

Affichage des articles du janvier, 2008

Les gardes russes(6) : un palace de cristal

Nous montons sur scène, patauds comme des paysans dans un palace de cristal. La troupe nous dévisage, amusée. Nos pantalons sont trop courts, nos bras trop longs, nos mains trop grandes, notre démarche hésitante. Les gens pourraient sans problème nous lancer des balles dessus, et gagner un canard. Le directeur, prenant cinq minutes pour nous embobiner, a parlé de premiers rôles : nous sommes quelques part les chefs des figurants, premier pupitre des silhouettes. Surgissant de la fosse, le metteur en scène tente de nous expliquer avec pédagogie : il parle plus fort comme on le fait aux idiots, car un volume sonore élevé aide à mieux comprendre. Cela rentre plus conséquemment dans le cerveau. Voilà les consignes : nous devons entrer aux côtés du prince Orlofsky, l’air farouche et les bras croisés, comme des russes. Pour nous aider, il emploie une métaphore : nous sommes des gardes, comme des gardes du corps. Il pense par là utiliser une image plus parlante pour des amateurs de films d’a…

Les gardes russes (5) : le plaisir m’assomme

Quelque chose d’étrange se passe dans nos têtes de manards. Ces décors moches qui s’élèvent, mornes et lourds, nous commençons à les aimer. Chaque jour nous arpentons le même plancher, frôlons les mêmes extincteurs périmés, baignant à longueur de temps dans les ténèbres, les mêmes murs rugueux peints en noir au seuil de la scène, et chaque jour le regard ironique, la distance, le recul, s’effacent un peu plus. Les projets humains, les plus beaux ou les plus grotesques, se recouvrent à force d’exister de nos empreintes, ils se nourrissent de la graisse de nos doigts, de notre obstination aveugle. Nous ne pouvons plus nous résoudre à les mépriser alors : faibles, disgracieux, ridicules, nous en venons à les défendre comme les plus frêles de nos enfants.

Parfois, des amis passent, curieux. Nous les introduisons, un peu fiers de nous, nous rengorgeant avec un air d’affranchis, dans l’envers du décor ; ils s'esclaffent alors, pouffent, balayent tout cet assemblage ridicule et vieillot, …

Les gardes russes (4) : le directeur

Les décors arrivent dans un grand semi-remorque. Sitôt la porte de l’engin ouverte, découvrant les éléments entassés, sanglés, poussiéreux et rongés comme des ossements gigantesques, le gros directeur s’extasie. Ils viennent l’opéra de Nice, s’exclame-t-il ! Dans un élan d’enthousiasme, il invoque les grands esprits lyriques, Pierre Molière, Patrice Racine, Roger Corneille. Il voudrait à ce moment que Jane Fonda l’appelle sur son portable pour lui dire, non, je ne peux pas te parler là, je m’occupe des décors, oui de l’Opéra de Nice, il y en partout, c’est énorme, on va en parler dans Télé 7 jours, je suis complètement débordé. C’est un grand Mécano, la plus grande cabane du monde. Il les aura, les subventions. Il voit déjà le sigle s'étendre en lettres d’or : l’Opérette Nationale de France. Dirigé par Richard A., ténor renommé. Il semble danser sur ses petites chaussures, avec son gros ventre, tournoyant comme un moulin, décrivant des arabesques tarabiscotées.

Il voit déjà les coc…

Les Gardes Russes (3) : le minéral

Olivier est un immense manard, au regard bleu de grand caillou mélancolique. Il ne cause pas beaucoup. Il est bâti comme un pilier de basilique, mais il parle tout doucement. Il mâche un peu ses mots, il fait des phrases toutes floues, comme poncées, rabotées, élimées. Il rentre dans l’écrasante obscurité de la scène déserte, il longe des petits néons qui ponctuent les ténèbres. Il voit ces immenses rideaux qui décollent jusqu’aux cintres voltigeants, enchevêtrés dans le zénith obscur. Il voit les sièges qui s’étendent dans la salle, les loges qui défilent telles des trains de nuit. Il voit des malles à peine déchargées du semi-remorque qui encombrent l’orchestre, débordantes de frous-frous baroques, de chapeaux de mousquetaires, de splendides robes du soir chamarrées en tissus grossiers, serties d’émeraudes en plastiques. Il murmure : c’est des conneries, tout ça.

Olivier a bien vite compris que son métier c’est de n’être rien. Les créatures des illusions respirent de la lumière, et l…

Les gardes russes (2) : la Reine de l'arène

Une soprano arrive sur scène côté cour, inspecte, renifle, fait claquer ses talons. La salle de spectacle vide est superbe comme les projets naissants, et les gloires à venir. Elle va tester, l'air dégagé, l'acoustique. Elle pousse quelques cris aigus ; regarde du coin de l'oeil si l'on a écouté son éclair musical. Pas mal l'acoustique, dit-elle !

Une seconde soprano entre alors, côté jardin, tandis que nous, les manards, examinons des caisses trop lourdes, un torchon dépassant de la poche. La seconde soprano veut également tester l'acoustique. Elle salut la première, lâche, décontractée, quelques rafales sonores, plus fortes. Elle regarde furtivement si des gens ont écouté, toise sa collègue. Puis une troisième débarque, renifle et s'époumone à son tour, la sueur coule de son front, les mains dans les poches elle conclue : pas mal l'acoustique ! Les autres vérifient, s'en assurent, testent, rectifient, se répondent, en ponctuant perfidement la conv…

Les gardes russes (1)

C'est au siècle dernier, au précédent millénaire ; je viens de rencontrer E. Avec E., et mon ami, Jérôme Boche, nous mangeons du poulet, parfois le soir, avec du vin. Nous habitons rue Saint-Georges, dans le vieux Lyon, et nous devinons de la fenêtre, au delà d'une école primaire à la cour silencieuse, la Saône, qui avance en luisant, comme un lourd convoi. Au plafond, une ampoule électrique se contorsionne nue au bout de son câble bleu ; nous mangeons un peu de poulet, puis du vin. Puis nous finissons le vin, puis nous sortons dans l'hiver clément pour aller chez l'épicier, reprendre du vin, parfois une tablette de chocolat, revenir avec le sac jaune fin comme du papier à cigarette, la main posée au dessous pour protéger absolument la bouteille ; puis nous regagnons l'appartement, fumons trop à la fenêtre, et finissons pétés, un monde refait dans la poche.

E. vient de se faire embaucher dans une compagnie d'opérette. Elle a un petit rôle, elle aimerait bien avo…

La Santa Muerte

Tandis que je revenais au travail, à midi, avec à la main mes sandwiches triangulaires, perclu d'un appétit à manger mes propres mains, une longue voiture noire me frôla sur le passage piéton. Le majestueux véhicule, break obscur aux vitres teintées, à la carrosserie sombrement luisante, semblait bien être un corbillard. L'engin était d'un chic absolu, vaste char resplendissant et furtif, aux grosses roues prêtes à arpenter aussi bien l'asphalte de la cité que les rives accidentées du Styx. Quel chic pour un fourgon mortuaire, sans compter le prix du pétrole. A son passage silencieux, un courant d'air provoqué par l'aile étincelante du véhicule vint me battre les jambes comme celle d'un génie motorisé.

Ce n'est pas bien sérieux pensais-je, j'ai failli être renversé par un corbillard. Ces gens là ne pousseraient-ils pas à la consommation ? Et pas de visage de conducteur à maudire, juste le mien et le décor dans mon dos, se reflétant sur le miroir opa…

Penis Enlarger Premium Edition

Publi-Rédactionnel

Comme tout le monde, je reçois un maximum de courriers dans ma boite aux lettres, je ne les lis pas tous. J'ai beaucoup de spam. C'est énervant. Quelle perte de temps, et surtout, quelle perte de productivité. Vous savez ce que c'est ! Pourtant, un jour, plus curieux que d'habitude, j'ai été interpellé par la lecture d'une proposition alléchante de la société BigusDickus, et son intéressante offre "PenisEnlargerPremiumEdition".

En tant que blogueur, méfiant comme je suis, bardé d'un esprit critique sans faille, je leur ai signalé que leur offre de paiement en dix fois (sous réserve d'acceptation du dossier par l'organisme financier) était ridiculement basse, et je me suis insurgé avec la plus grande fermeté contre cette annonce douteuse. Agrandir son pénis pour une somme aussi démocratique, par une équipe de professionels, pour une somme si modique ? Impossible !

Mais non ! m'ont-ils répondus. Ils m'ont alors prop…