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Articles

Affichage des articles du septembre, 2007

Les molécules de l'enfer

Le dentiste, très dandy.

Un Dandyste.

***

Sympathique, le médecin accepte ce rendez-vous à l'improviste. J'entends dans le couloir quelque chose comme : "l'urgence est arrivée ?". Voilà qui est très classe pour me définir. Une urgence. Oui, je suis une sorte de James Dean de la molaire, un James Dent. C'est la devise de mes dents : vivre vite, se dévitaliser rapidement, faire un beau plombage.

Il note mon numéro de téléphone, il est estomaqué de l'entendre débuter par "09 ..." Non, je n'habite pas dans un service après-vente, c'est un numéro de chez free, oui répond-il, comme son fils qui a lui aussi un numéro bizarre, un numéro "groupé".

Nous discutons de free. Il me demande, intéressé : "vous en pensez quoi ?" Je crois que c'est la première fois de ma vie qu'un médecin me demande mon avis.

Il hésite à me donner des antibiotiques. Dix ans que je prends de l'homéopathie, que j'applaudis des deux mains les c…

Mal de dent de l'enfer

Misérable, comme un mal de dents.

Moi, mes dents, partout, qui me suivent comme une ombre. J'essaye de trouver une cachette pour être à l'abri de mes dents, et de leur mal, mais pas moyen.

A trois heures du matin, on sonne, à l'intérieur de ma mâchoire. C'est le mal de dent qui vient me rendre visite. Bonjour, fait-il, je viens installer une sacré bon sang d'étagère, ne faites pas attention à moi, je vais percer quelques trous. Le mal de dent déballe son matériel, et fait tout sauter à la dynamite. Ha ha ha ! Il pousse des cris de méchant, avec son crane chauve, ses lunettes noires, sa blouse blanche, il me lance : "Je suis le maître du monde !"

Je me lève pour chercher une bouillotte de glaçon. Je me recouche, j'installe la bouillotte contre ma mâchoire : "oh j'ai froid ! " fait le mal de dent, il fait un feu de camp pour se réchauffer, le bougre. Il prend sa guitare, et inspiré, il fredonne : "c'est une maison bleue, adossée à l…

Marché aux puces de l'enfer

Un soir, j'ai écouté des morceaux d'Iron Maiden pendant quarante minutes, sur deezer.com. Quand j'étais adolescent, je suis venu un jour au collège avec un badge d'Iron Maiden sur mon manteau. Je me suis fait convoquer dans un bureau, et on m'a fait les gros yeux. J'ai dit : mais c'est juste badge avec des têtes de monstres dessus ! Je n'arrivais pas à y croire, mais j'étais un vrai rebelle sataniste, avec ma tête d'empoté.

***

Ce matin, j'ai surnommé intérieurement un collègue de travail "Canal +" : lorsqu'il parle, on a droit à au moins six rediffusions, et c'est souvent crypté.

***

A consigner ici : E. me signale un article de journal qui rappelle qu'à Liverpool, deux enfants de dix ans ont battu à mort un bébé de 2 ans, en 1993, comme ça pour voir. On l'a retrouvé coupé en deux par un train, là où il avait été abandonné. Kéké a bientôt deux ans, je vois son petit corps tout rose, tout potelé. C'est quoi, au just…

Le poulailler de l'enfer

A l'angle de ma rue et du boulevard, un immense sac de vomi est déversé. J'ai même été prévenu par E., au téléphone, hier, de cette aberration. Il est certes fréquent de trouver dans les villes, et même dans les champs, quelques recoins tapissés par ces constellations gastriques, témoins festifs du trop arrogant appétit humain, de sa propension à se surestimer face aux plaisirs épais de la vie. Moi aussi, il m'est arrivé de penser, allongé sur un trottoir, écrasé par la puissance du spiritueux : "La volupté est grande, et je suis tout petit".

Quand je faisais les vendanges, les gars de la Loire avaient une expression pour ces déversements accidentels : ils appelaient ça "poser un renard". Ces grands éclats, il est vrai, ont la couleur vive de ces animaux des bois, sympathiques et furtifs, qui surgissent toujours, cocasses créatures, de manière inattendue et primesautière au détour d'un chemin ou d'une vigne.

Mais là, le volume de vomi était tel qu…

Ne pas voir Venise et mourir

Mon pédégé est à Venise. Un séminaire, avec les gens de la firme internationale qui a quasiment racheté mon travail. Ils parlent beaucoup, énormément, avec frénésie du nouveau site, parait-il. Voilà, c'est tout ce que je sais.

J'imagine ce grand séminaire, la cité des doges prise dans la brume, avec des fanatiques en noir et cravate, qui sautent partout comme des enfants en classe de neige. Les canaux, l'eau verdatre, les rues, des rats, des actionnaires qui tombent à l'eau à force de sauter partout. Mort à Venise, et le Nouveau site. Il parait qu'ils en sont obsédés, les pontes, les actionnaires, les dirigeants, les manitous. "Quand il y aura le nouveau site, ça va être une nouvelle ère ! Avec le Nouveau Site, on pourra même télécharger le messie ! Le Nouveau Site c'est un peu comme le monolithe noir dans 2001 l'odyssée de l'espace !"

Au dîner : "Alors, pédégé, il avance, ce Nouveau Site ? Miam, il est bon ce carpaccio, il a la saveur du N…

Les portes battantes du métro de l'enfer

Ce matin, rien de spécial. J'ai sauvé la vie à une touriste anglaise. La routine.

La touriste, équipée d'un sac à dos exagérément large, s'est postée tout au bord de la plate-forme, tandis que le signal du départ retentissait. Son sac à dos dépassait tellement à l'extérieur de la rame qu'on aurait cru ceci fait exprès, un acte clownesque envoyé par le destin matinal pour égayer mon lundi. La porte s'est refermée sur le sac, évidement, et la touriste a eu l'expression de dépit de la mouche empêtrée dans la toile de l'araignée de la fatalité du Destin. J'ai donc écarté les portes, telles des mâchoires z'atroches de l'enfer dantesque, sous les yeux placides des passagers z'immobiles, aussi blasés que les employés chargés de recoudre les cadavres dans les morgues new-yorkaises. J'ai eu droit alors à un très charmant "thank you", avec l'accent le plus british qu'il soit, en provenance du mari, une fois la touriste sauvée,…

Comme sur des roulettes

Moment fugitif et savoureux : Autour du Square de Clignancourt, sur un trottoir étroit, je promène un kéké endormi, dans sa poussette. J'entends sans y prêter attention ces quelques mots : "...tiens, comme le bébé !".

En face de moi arrive alors, poussé dans un fauteuil roulant, un petit vieux moustachu, gris, maladif, ratatiné mais l'oeil pétillant. Lorsque je parviens à sa hauteur, il écarte ses mains, pour me montrer ses grandes paumes, avec un regard malicieux, rigolard, il hausse les épaules, exécutant ce que les anglais nomment un "gallic shrug". Il semble me dire, dans sa mélancolie amusée : "C'est la vie !". Il faudra que je vérifie dans le dictionnaire silence-français.

Partir en courant, alternatif

Retour du square, avec kéké. Il a ri comme s'il était ivre, titubé, il s'est cogné partout. J'ai du le porter tout le retour, tout mou ; il a vidé toute sa batterie en courant comme un dératé autour de la cabane. Il va falloir que je le recharge avec une bonne sieste.

Lisant mes deux derniers billets, E. m'a demandé si j'étais devenu fou. Il y avait de la peur dans ses yeux : "mon mari est devenu fou. Il a pété les plombs. Il blogue n'importe quoi. Il déblogue".  Adieu lecteurs. Adieu lectrices. Vêtement de fourrures reçus gratuitement pour les tester, téléphones amphibies, chapelets USB, chaussettes auto-chauffantes, casquettes à panneau solaire.

Mais non, je ne suis pas devenu fou. Si vous n'avez pas compris mes deux derniers billets, je m'excuse de vous avoir fait perdre votre temps. J'imagine votre irritation. Je comprends votre grand courroux.

La secte du temple planétaire reste sur place

Cela fait bientôt deux semaines que les membres du "Temple planétaire" occupent l'ancienne fabrique de chaussettes, située dans la banlieue de Montargieux (23). Leur chef spirituel, Oscar Magdanne, réincarnation selon lui d'une abeille de l'espace, a déclaré vouloir bâtir "la ruche du XXXème siècle" dans ce qui fut un des secteurs les plus prospères de la région Montargieuse.

Pour contrecarrer cette occupation ilégale, et face au mécontentement des riverains, le préfet de police est bien déterminé à passer la vitesse supérieure. Ayant fait le déplacement, il a pris lui même le porte voix et s'est s'adressé au responsable de la secte avec la plus grande fermeté :

"Il est temps de lever le camp, Gourou !"


I beg your pardon - Glenn Miller

Un nouveau souffle pour l'agglomération de Kourou (Guyane)

Après Lyon et Paris, c'est au tour d'une nouvelle ville française de se pencher sur l'espace de son agglomération. En effet, la ville de Kourou (Guyane) compterait mettre en route un projet de communauté urbaine pour synchroniser les différentes synergies de la région.

Ce projet ambitieux, toujours en cours de budgétisation, se heurte cependant à l'opposition farouche des indépendantistes : Oscar Magdanne, membre de la branche politique du mouvement séparatiste guyanais, a été très clair là dessus : "On est prêt à dynamiter toute la région, s'il le faut".

Nous conviendrons ensemble qu'il serait dommage de voir sauter le Grand-Kourou.


I beg your pardon - Tom Waits and Crystal Gyale

Soleil couchant sur les camions poubelles

Le soir, vers 18h30, nous sortons avec kéké sur le balcon pour voir passer le camion poubelle. Amis de la poésie, bonsoir.

Kéké adore les gros camions ("cro cacon !!"), et le camion poubelle parisien, son habitacle aplati, son vrombissement hydraulique, sa gueule arrière dévorant les sacs noirs protubérants, son leste équipage s'activant avec frénésie pour rassembler les ordures de la rue, le convoi de voitures qui s'allonge derrière, prêt à faire la révolution en cas de retard ; tout cela le plonge dans un état de ravissement total. Il reste blotti contre moi, pendant cinq ou dix minutes, murmurant de temps en temps : "cro cacon...". Lorsque le camion s'en va, il conclue simplement : "pati".

Ce soir là, comme d'habitude, nous sentons au loin, telles les cornes de brumes des Vikings, vrombir le camion poubelle ; kéké, occupé à faire la circulation de ses voitures, entend l'appel du soleil couchant, il s'élance vers moi : "cacon…

Pas de week-end pour les dessinateurs....

Puisque je parlais de la petite souris dans un précédent billet, il serait injuste de ne pas mentionner le tout aussi excellent "Pas de week-end pour les cyborgs".

Et puis tant que je suis dans le strip-tease de mes liens bédés préférés (je n'en connais pas beaucoup donc je être vite à poil) :

- Epais et tordu, le blog de Larcenet. (du même malfaiteur, l'innénarable site des cartes postales de la honte.)
- Les petits riens, un classique de Lewis Trondheil.
- Le blog de Maëster, excellent lui aussi. En plus il est super fort en jeu de mots, je ne sais pas comment il fait.
- Dans un style plus urbain, celui de Pénélope Jolicoeur vaut aussi le détour (tiens, dans la lignée des questions que je me posais sur la démocratisation des blogs (et je ne suis absolument pas allé au bout de ma réflexion, je suis un vrai sagouin paresseux) vous constaterez qu'elle a coupé les commentaires, remarquant que son site devenait une vraie foire du troll et des preum's...

Bref, ils…

Chronique de la mode

Quand j'étais un tout petit poussin, ma mère me disait souvent, lorsqu'il fallait renouveler mon plumage, au magasin Carrefour : "Mais regarde comme c'est sympa cette chemise à carreau (variante : à fleur). Et en plus, c'est à la mode".

C'est un peu comme si on avait dit à Philippe de Villiers : "Regarde ce macramé, tu n'en veux pas un, toi aussi ? Pourtant tous les hippies en ont ! "

Je roulais des grands yeux farouches, serrais mes petits poings, en disant : "Mais, mamaaaan, j'en ai rien à faire de la mode, moi !" Je trépignais d'impatience à peine entré dans le rayon des sous-vêtements. "Regarde, ces chaussettes blanches, avec ces superbes rayures bleus et rouges, elles sont très sport ! C'est à la mode."

Ceci était sensé être l'argument ultime. La raison fatale. La preuve terminale. Mais non, je ne mangeais pas de ce pain là ; j'étais un pur esprit, un tonneau m'aurait suffit, comme les cyniques (…

web de mes 3.0 (vase communicante)

Le blog à succès, que je nommerai blog-buster, génère du commentaire. Et au delà de 1000 commentaires, vous êtes dans l'asile de fous. Exemple : le blog "Pierrot le Foot" sur Yahoo.Fr. Qui prendrait la peine de lire les 1300 commentaires trouvés sur le dernier articles ? Peut-on, à ce stade, parler raisonnablement d'échange, de débat, de participation, et autres web-deux-ismes ?

Le blog-buster est une sorte d'éco-système où s'installe durablement toute une population : contradicteur, poète, rêveur, trolls, vases, communicants.

D'abord, à chaque avènement d'un nouveau billet, se manifeste la tribus des "preum's". Les quarante premiers messages des blog-busters sont des "preum's", c'est à dire un commentaires où leur auteur claironne vivement leur joie d'être le premier à commenter ; le premier, le first, le premier de toute la vie du monde entier. Même le quinzième éprouve l'espace d'un instant cette sensation…

Web de mes 2.0

Lire un blog, c'est comme boire un bon apéritif, on le sirote, et on se sent bien, avec une douce chaleur qui descend dans la gorge.

Lire dix blogs, c'est comme boire dix bons apéritifs, on finit ivre, on titube, et on a envie de serrer tout le monde dans ses bras, leur dire qu'on les trouve formidables et qu'on les aime, et qu'on forme une grande famille.

Lire deux cent blogs, c'est comme boire deux cents bons apéritifs, on vomit toutes ses tripes avant de sombrer dans un comas profond, on fait des rêves étranges où les peuples de l'espace viennent manger les hommes, et la profusion des signaux et des informations vous donne envie de calme et de néant.

Mon aggrégateur de liens est comme une coffre de voiture dans lequel j'entrepose des fromages. Je le ferme, tout est net, propre, lu, et quatre jours après, les fromages ont fait des petits, les articles pullulent, croissent, se divisent et se multiplient comme des petits asticots. Vous avez "+1000&quo…

Train à manivelle

Au square, un matin : deux petites filles viennent de monter sur une balancelle, face à face. Elles tanguent mollement, l'air absorbé, sérieux. Le père arrive quelques instants plus tard. Motivé, énergique, il leur dit : "Eh bien, ça balance pas beaucoup là !" Les petites filles se mettent alors à se balancer avec une consciencieuse frénésie, toujours sérieuses, comme sur ces drôles appareils que conduisent les Dalton, et qui roulent sur les rails, dans les bandes dessinées du far-west. Le père s'assoit en face d'elles, sur un banc, satisfait. On s'amuse, à fond, on est là pour ça, on ne perd pas de temps, la vie est courte.

E. me fait un clin d'oeil et murmure, désignant le papa dynamique : "Faut être efficace, hein !".

Je me demande alors si ces véhicules ont vraiment existé. Je veux dire, ces machins à manivelle, des Dalton dessus, en train de filer droit sur des miles interminables, avec en fond, des cactus, quelques canyons.

***

Je découvre, vi…

Micro (2)

A propos du Micro-Blogging :

Avec ma micro-copine
On est allé au micro-ciné
Pour voir un bon micro-film

Puis dans mon micro-appartement
Devant mon micro-ordinateur
On s'est décapsulé des bonnes Micro-Nembourg

Dans mon micro-lit
Nous avons fait du micro-sexe
Et j'ai attrapé des micro-bes.



Non-moment (2) : repas dansant

Mon week-end de mariage s'éloigne et l'envie d'en narrer mes maigres non-exploits aussi. Mais quand on s'efforce de creuser le sillon de la banalité des choses, il faut se faire violence. Et puis je l'ai promis. Et puis, surtout, quand on met dans un titre de billet un "(1)", il faut bien produire un "(2)", si on ne veut pas, le jour du jugement dernier, se faire enquiquiner par un Dieu chipoteur qui lit tous les blogs.

Dans les cérémonies, il faut nommer les tables, et de façon poétique. Par exemple, les cinq continents, les mers du monde, les satellites de Jupiter, les langages de programmation, les principaux responsables du parti Communiste. Allez, la table Maurice Thorez, on se lève et on fait la queue leu leu. Allez, la table Php, on se lève et on fait la chenille.

Kéké doit être gardé par une jeunette. Je conserve ma dignité, mais je ne suis pas d'accord. Je quitte kéké qui se met à hurler "papa !" éperdument. J'ai bien f…

Non-moment (1) : A l'arrière d'une voiture

Nous arrivons pour la messe de mariage. Kéké est habillé comme un petit prince en chocolat. L'église l'impressionne. Il regarde les vitraux, et dit d'un air tendu : "lampe ? gros !" Il s'agite, remue, fait l'anguille dans mes bras, il veut s'enfuir. Je reste au fond du saint lieu, à faire du catch ; dans un silence endimanché nous produisons des bruits de lutte, des bancs tombent, des chaises grincent, les gens se retournent. Il faudrait lui faire une clef de bras, pour le maîtriser, lui passer des menottes.

Les mariés rentrent, sous une musique technoïde, semblable à un générique d'émission télé.

Nous nous éclipsons, avant que les mariés ne gagnent l'autel. Voilà retrouvés l'air vif, les collines vertes et violettes du Beaujolais quelques jours avant les vendanges. Le petit village en pierres dorées est mignon comme un Disney land viticole. En costume, nous cheminons à travers des vignes. Kéké crie d'un air ravi : "marcher ! marche…