Accéder au contenu principal

Mal de dent de l'enfer

Misérable, comme un mal de dents.

Moi, mes dents, partout, qui me suivent comme une ombre. J'essaye de trouver une cachette pour être à l'abri de mes dents, et de leur mal, mais pas moyen.

A trois heures du matin, on sonne, à l'intérieur de ma mâchoire. C'est le mal de dent qui vient me rendre visite. Bonjour, fait-il, je viens installer une sacré bon sang d'étagère, ne faites pas attention à moi, je vais percer quelques trous. Le mal de dent déballe son matériel, et fait tout sauter à la dynamite. Ha ha ha ! Il pousse des cris de méchant, avec son crane chauve, ses lunettes noires, sa blouse blanche, il me lance : "Je suis le maître du monde !"

Je me lève pour chercher une bouillotte de glaçon. Je me recouche, j'installe la bouillotte contre ma mâchoire : "oh j'ai froid ! " fait le mal de dent, il fait un feu de camp pour se réchauffer, le bougre. Il prend sa guitare, et inspiré, il fredonne : "c'est une maison bleue, adossée à la gencive..."

La nuit passe, à un moment je m'endors. Voilà le pays des rêves, qui est rempli de gentils oursons pacifiques se baignant dans l'eau tiède sous la verdure et le... comme tous les matins, l'adolescente du dessus, mi enfant, mi morse, se lance dans une dizaine d'éternuements tonitruants pour indiquer son réveil. Le chant d'amour et de mort du mammouth étalé. Le mal de dent, allongé sur mes molaires, se réveille aussitôt, et c'est la carnaval de Rio. Des danseuses emplumés piétinent avec leurs talons mes plombages, des excités font les tambours du Bronx au fond de la bouche.

Je suis dans le métro, mes dents et moi. Je marche sur le trottoir, mes dents, moi, le mal de dent. J'arrive au travail, le sommeil, mes dents saccagées comme une place du village, après le marché aux  viandes. Tiens, je me prends un café. Le mal de dent applaudit : "J'adoooore le café !"


Commentaires

  1. Je suis explosée de rire et avec ma sinusite de l'enfer, je m'étouffe à moitié en lisant ton article, merci !

    RépondreSupprimer
  2. j'ouvre la bouche. Le dentiste : "Ya du taf".

    RépondreSupprimer
  3. Excellent !

    Ce billet m'a aéré les molaires... mais en riant je me suis souvenu que j'avais aussi des molaires...

    Et là, mes incisives m'ont rappelé une évidence... "Chut elles dorment, faut pas les réveiller !"

    Du coup j'ai arrêté de rire de peur de les réveiller.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Wagram

Avenue de Wagram, devant un hôtel trois ou quatre étoiles, quelques barrières ont été installées de part et d'autre pour que s'accumulent des jeunes filles en fleur et en short. Elles semblent attendre depuis un moment, immobiles et compactes, et ce regroupement, provoqué manifestement par une prochaine épiphanie de vedette, emplit ce fragment d'avenue du bruissement électrique de la Célébrité. Des touristes et passants intrigués s'arrêtent pour scruter les jeunes filles qui scrutent l'entrée de l'hôtel, et moi je scrute à mon tour les passants curieux. Cela aurait été un triangle parfait de scrutement si les jeunes filles m'avaient regardé moi, mais en vérité je suis informaticien.

Chacun y trouve son compte, dans ce grand drame de l'attente ; par exemple moi-même, n'y comprenant rien, j'observe la scène tel un contempteur bien au dessus de tout ça. Si ces jeunes filles ont décidé d'être une foule dense à raison de huit par mètre carré, com…

La lanterne magique

Quand l'étincelle a disparu, dans cette lanterne magique qu'est la tête, le film du monde est laid. On regarde le soleil qui s'y couche comme un gros tas flasque de particules molles. Les chiens sont des boites à bruits, au bout des laisses, comme des yoyos à jamais déroulés. Les gens ont des barbes qui vous grattent à vous. Ils parlent en faisant des fautes d'orthographe. Les arbres s'alignent de manière bucolique comme des bâtons pour chiens, plantés là. Vous êtes ce chien qui ne peut prendre les arbres dans votre gueule, ces bâtons de joie, et détaler. Vous regardez les arbres, intransportables, et plus rien ne court. Vous vous retrouvez nez à nez dans un endroit où vous étiez content, une fois, et vous voyez votre ombre encore contente (car les ombres sont lentes), et vous vous sentez de trop dans ce souvenir heureux plus réel que vous-même à cet instant. Vous quittez les lieux poliment. Il y a des magasins qui vendent des thés ridicules. Il y a des bars qui ve…

Ballons

Nous nous promenions au parc de Sceaux, il y avait une sorte de kermesse pour lutter contre les myopathes (contre la mucoviscidose me corrigea Emeline). Derrière les stands, s'activaient des gens qui vendaient des parts de gâteaux au prix d'un ticket vert. Il y avait des panneaux explicatifs sur la maladie, des jeux de pêche et de massacre.

Un speaker remercia la fanfare de Clamart. J'y avais remarqué un joueur d'hélicon assez maigre, et ceci me plut car je tenais, à l'occasion, des statistiques sur les membres des fanfares, afin d'établir un jour une pittoresque découverte. J'avais déjà noté que les joueurs d'hélicon étaient souvent maigres, ce qui me fascinait car l'instrument exigeait de la puissance, et donc un costaud au bout du tube me semblait-il ; je croisais certes sur ma route une fanfare environ une fois l'an, l'étude avançait lentement mais malgré tout, je tenais pour certain que l'hélicon était si gourmand qu'il épuisait…