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Soleil couchant sur les camions poubelles

Le soir, vers 18h30, nous sortons avec kéké sur le balcon pour voir passer le camion poubelle. Amis de la poésie, bonsoir.

Kéké adore les gros camions ("cro cacon !!"), et le camion poubelle parisien, son habitacle aplati, son vrombissement hydraulique, sa gueule arrière dévorant les sacs noirs protubérants, son leste équipage s'activant avec frénésie pour rassembler les ordures de la rue, le convoi de voitures qui s'allonge derrière, prêt à faire la révolution en cas de retard ; tout cela le plonge dans un état de ravissement total. Il reste blotti contre moi, pendant cinq ou dix minutes, murmurant de temps en temps : "cro cacon...". Lorsque le camion s'en va, il conclue simplement : "pati".

Ce soir là, comme d'habitude, nous sentons au loin, telles les cornes de brumes des Vikings, vrombir le camion poubelle ; kéké, occupé à faire la circulation de ses voitures, entend l'appel du soleil couchant, il s'élance vers moi : "cacon ! cacon !". C'est quand même autre chose qu'une aurore boréale.

Nous apparaissant comme des reines mères, un peu ridicules sur le balcon, le papa et son bébé visitant Disneyland-Resort-Real-Life. Un klaxon résonne, dans la queue des voitures. Un éboueur quant à lui pique une colère : "Tu fous plus rien ! " hurle-t-il à son collègue qui semble emmuré dans la cabine. Il s'en prend aux poubelles et les moleste en les déplacant, pour se défouler. Un gardien de la paix, doté d'une mitraillette, va aborder un des chauffeurs qui râle (mais qui n'a pas klaxonné), il prend un air de méchant dans James Bond, et semble lui dire que s'il n'arrête pas de râler, il risque de raser son village natal avec des hélicoptères de guerre, le chauffeur râle en disant qu'il ne râlait pas, en fait, tandis que des gens finissent par s'insulter, se rassembler sur le trottoir, prendre parti pour les uns ou pour les autres. Tout part en vrille. C'est le village d'Asterix.

Je dis à kéké, qui reste impassible : "Alors, content d'être né dans ce monde ?" Puis le camion poubelle s'éloigne, et disparaît au coin de la rue. Kéké conclue : "Pati !"


Commentaires

  1. Ca me donne envie de redevenir enfant tiens, cette capacité à s'emerveiller de trucs qui nous paraissent tellement violents/moches/noirs/absurdes/normaux/inutiles (rayez les mentions inutiles) à nous autres, adultes.

    En tout cas, merci du sourire :)

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