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Articles

Affichage des articles du octobre, 2008

Ready Made 1

Affiche.

La ligne 8, un rail est cassé, le changement provoquera une perturbation de service. Merci de patienter pour la régulation du trafic.

Mode : tous les manteaux stars de l’hiver !

Sexe : l’enquête explosive. Les filles plus chaudes que les mecs ?

Maryline : « pourquoi il m’a demandé en mariage ! »

Alexandre & Cyril : « Notre lune de miel ! »

Exclusif : toutes les photos aux Maldives.

Nathalie & Samantha : Mais oui, elles sont toujours ensemble !

Ce sont des prénoms, je ne connais rien, le néant, je ne sais pas ce que je dois y mettre derrière.

Hier, encore couché à 20h30. Je suis fatigué. J’aurais des choses à faire, mais la plupart sont déjà faites. Ready made.

Les touristes

Dans le métro, deux touristes japonais sont flanqués de valises prodigieuses. Je les observe, je reconnais mon propre ahurissement lorsque je suis perdu dans un pays étranger. Là, autour de moi, tout est surchargé de ma propre banalité. L’autocollant du petit lapin qui se pince les doigts dans la porte, les stations, leurs rassurantes et naturelles successions, les strapontins bleus que l’on annexe pour lire en snobant les vieux et les femmes enceintes. Pour eux, il n’y a qu’un Inconnu protéiforme qui se réinvente à chaque instant, sous leurs regards inquiets. Sans compter la massive présence, à l’étranger, d’étrangers.

La rame démarre, et aussitôt, comme des parachutistes proches de l’objectif, la femme se démène atrocement avec son barda pour gagner les portes automatiques, avant l’arrêt suivant. Cela ressemble à un combat. Une piste dans la jungle. Les gens sont des arbres, des lianes, des reptiles placides. Il y a trois mètres à parcourir, la prochaine station est dans trois minute…

Vendanges (3/3)

Vers dix heures, nous étions semblables à ces camions bardés de nitroglycérine que l’on voit dans le “Salaire de la Peur”, sauf qu’à l’inverse, c’était en cessant de bouger que nous risquions d’exploser.

A certaines tables se prenaient des décisions capitales pour l’avenir du monde. Les poings solidement posés sur la toile cirée, on s’exclamait énergiquement : y’en a marre ! Et on égrenait sans relâche les harassements quotidiens de la nation : les bureaucrates, les institutrices, les chômeurs, les paresseux, les riches, les jeunes, les américains, les pauvres, les plombiers, les américains ; d’un moment à l’autre des hordes de vendangeurs risquaient de surgir furieusement des vignes, d’envahir l’Assemblée Nationale armés de sécateurs ou de serpettes. Responsable, on se servait à boire pour garder son calme, et terminer au moins la récolte. Ailleurs, les révolutions étaient plus pacifiques. D’autres regrettaient amèrement qu’on ne préférât pas la paix à la guerre. Ils secouaient la têt…

Vendanges (2/3)

Il était neuf heures six. Finalement, j’acceptai un premier gobelet de vin. C’était un petit gobelet en plastique blanc, je contemplais avec appréhension le liquide rouge, épais, poisseux, façon huile de vidange. Un scooter n’en aurait pas voulu. Les yeux baissés vers lui, je retardais le moment d’y goûter, accaparé par mon festival de crâne. J’hésitais même à le jeter derrière un buisson, discrètement, voire à collaborer avec de l’eau. Celui qu’on appelait Manu passait dans les groupes silencieux, avachis pour la pause dans l’herbe trempée, avec son cubi à la main. D’un ton enjoué, il tentait : allez, un p’tit canon ? On ne répondait pas. Il me faisait l’effet d’un chauffeur de salle dans une maison de retraite, lors du spectacle de quinze heures, le dimanche. Il se décida à montrer l’exemple, et se servit un gobelet de vin. Regardez ! Il est très bon. Santé ! Il le but, cul sec, et pendant une fraction de seconde, il se figea, arborant le visage dévasté de remords du pilote d’Enola …

Vendanges (1/3)

Cette nuit, la sainte Vierge m’est apparue ; j’avais beaucoup prié pour qu’on m’ôte le marasme tempétueux de l’estomac, elle est entrée par la fenêtre, blanche et pure comme un verre de lait, une couronne de lumière m’illuminait gentiment avec une splendeur de jus d’orange. Je sortis du lit, pour m’agenouiller, infiniment transi, le coeur tordu de reconnaissance, je jurais de ne plus jamais m’approcher d’une bouteille de vin, de me laver souvent les dents, de ne plus fumer de ma vie, d’aller chez le coiffeur tous les jours et de me réjouir du modeste spectacle des champs paisibles dévalant les collines. Je voyais déjà, près d’une cheminée, cet enfant souriant écoutant l’histoire paisible que lui raconterait son grand père, moi, tout en réclamant avec candeur quelques bonbons au caramel, des Werther’s Original. Je mettrais un disque d’Alexandre Lagoya, au son de cette pluie de guitare, l’hiver passerait bien au chaud. Je me voyais encore courir dans les blés, battu par un vent assourd…