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Le Durcisseur

Le premier métier de feu l'acteur Sim était extraordinaire : il débuta durcisseur de tétons au Crazy Horse. Encaissant cette information à la radio, je cessai toute activité pour plonger dans une rêverie mélancolique. Cette tâche improbable consistait à, muni d'un seau à glaçons, frotter la poitrine des danseuses avant leur entrée en scène, pour bien mettre en exergue leurs tétins triomphants.

Je méditais sur le sort de cette main d'œuvre méconnue des coulisses. Je vis l'homme, son visage malicieux et juvénile de souris, dans la pénombre d'un rideau, à l'entrée de la scène. J'imaginais son sourire contrit, parmi les créatures, échassières de leurs jambes, dans une jungle parfumée de plumes. Elles faisaient la queue et présentaient, traqueuses et concentrées, leur gorge au préposé du mamelon. L'employé était-il soumis à un supplice permanent, affligé d'une trique chronique qui le dévorait sans répit, tel l'arroseur arrosé (le durcisseur durci), ou bien au contraire, finissait-il blasé, voire écœuré de frotter du nibard à la chaine à longueur de nuits ? Rêvait-il alors de limandes, de planches à pain, de Melody Nelson ou autres récipicé de fax ? Je le voyais planté parmi les rideaux, homme ombre, son seau à glaçon (peut-être à Champagne) au niveau de l'entrejambe, suivant sur le plateau le résultat rutilant de son astiquage.

Lors du bilan de fin d'année, le directeur réunissait-il son personnel pour un vibrant discours d'entreprise sur les bénéfices engrangés ? Regardant les employés du cabaret, il clamait : « grâce aux efforts de tous, des artistes aux ouvreuses, en passant par le durcisseur de tétons... (là, les regards de tous se posaient sur l'homme minuscule, rouage un instant démonté et considéré, qui baissaient les yeux, rougissant) »

Existait-il un syndicat, une corporation, une guilde ? Une confrérie ? Dans la salle d'un autre cabaret, le voilà qui se retourne, expert, vers son collègue en goguette ; il hoche la tête avec la moue d'approbation des connaisseurs, ceux dans le secret des déesses, pour déclarer, définitif : « les tétons sont bien durcis ! C'est une maison de qualité ». Et tous de valider, modestes lampistes allumeurs de poitrines.

Le voilà encore dans la Creuse, pour le journal de treize heures, parmi un sabotier, un poinçonneur, un rémouleur, ou un juge d'instruction : « Ressuscitant son métier disparu, le durcisseur de téton inspecte son congélateur où reposent, dans le silence recueilli où même le temps semble s'être arrêté, ses instruments de travail jalousement gardés : les glaçons. »

Plus tard, assis sur sa chaise longue dans un lointain domaine de la Côte d'Azur, la vie déjà passée, sa couverture protégeant ses jambes, je le laisse ; il glousse face à la mer. Il glousse de cette vie de farce furieuse, clignotante. Il énumère dans sa demi-sieste le souvenir de ces boutons de rose lointains, rigidifiés méticuleusement comme des queue de billard. Un instant, il devient un Citizen Kane farfelu dans son Xanadu caniculaire ; ses rosebuds en série qui le hantent se seront trouvés au bout des femmes.

Commentaires

  1. trés bel hommage ! vive Sim ! Vivent les glaçons !

    (j'avoue z'avoir frémi à l'idée de ce qu'il pouvait y avoir dans le congelo... :) )

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  2. Merci pour ce texte résolument merveilleux. Je songe désormais à me reconvertir.

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  3. C'est du personnel mal employé. Avec la trique qu'il devait avoir en permanence, il aurait pu, en plus, servir de porte-manteaux.

    Le libéralisme n'est plus ce qu'il était.

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  4. dommage qu'il ait raté le spectacle de Découflé au Crazy Horse, lui, "l'ex-petite main" de ces dames aurait pu, pour une fois, admirer leur popotin avec pomposité(c'est devenu de l'art...). Là où il est, s'il y est, qu'il fasse un signe de la main... ah... tiens... oui, il y est !

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  5. Ton texte est très dur, vraiment. Je vais prendre une douche glacée.

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  6. Je ne voudrais pas moucher l'enthousiasme de certains mais si ça se trouve, les durcisseurs sont homos, histoire de limiter les risques.

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  7. Au cas ou,
    Il y a une reconversion possible en milieu agricole: le branleur de dindons
    henri

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  8. Il reste une profession tout aussi saugrenue, mais encore très mystérieuse, dont on saura peut être plus un jour : le balmeyeur.

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  9. Je sais !! Tu es Cindy Lauper !! le frère du Cousin !!
    J'ai bon !? :)


    ... ça doit faire froid aux mains, quand même. Un métier difficile.

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  10. On commence durcisseur de tétons et on finit boute-en-train (littéral) chez Bouvard ! Tout une carrière du bon côté du boulevard !
    :-))

    [Ah quand même, terminer la journée raplapla d'avoir trop stimulé de roploplo ! :-)) ].

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  11. C'est de l'art, Balmeyer, il n'y a pas à dire. Vous me laissez songeuse avec votre billet. Sauriez-vous, par hasard, s'il existe une fonction alter égo pour les dames dans des spectacles de messieurs ? Cela ouvrirait bien des perspectives...

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  12. Ça c'est du texte. Et un hommage à Sim pour de vrai.

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  13. Un élan d'amour et de joie me pousse à vous répondre, à tous.

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  14. Gaël : tous les jours quand je regarde mon téléphone portable, je pense à la carte Sim, et je crois que c'est mérité de lui avoir donné ce nom.

    Homer : faisons un bilan de compétence !

    Nicolas : j'y ai pensé.

    Lucia mel : Tristeza no tem fim
    Felicidade sim


    arf : c'est vrai que le glacé durcit, mais calme aussi. Etrange. (vous comprenez pourquoi je réponds pas souvent, au bout d'un moment je sais plus quoi sortir comme connerie).

    no com' left behind...

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  15. Des fraises... : j'ai pensé à une variante de durcisseur plus spécifique, mais il fallait bien que cela cesse un jour...

    . : il n'y a pas de sot métier.

    Poison-social : le durcisseur est plus utile à la société !

    Pin Pin : nan, tu confonds avec Cindy Cookie, moi j'en suis un autre !

    poireau : "on finit boute-en-train "... excellent ! :)

    Frédérique : je n'ose même pas imaginer...

    Appas : j'aimais bien Sim, j'ai de la tendresse pour ce genre de personnage, vraiment...

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  16. L'image du vieux sim en durcisseur de tétons aurait tendance à faire débander les miens. Mais c'est bête il était surement charmant.

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  17. Je suis plus ému encore à relecture, et amer d'être passé à côté d'un si beau métier: rehausser la beauté en touchant son procédé!

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  18. Il n'y a pas de sot métier, aurait dit ma grand mère.

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  19. Heureusement que Sim est mort, sinon les Américains lui auraient peut-être fait un procès pour indécence! #puritains

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  20. C'est vraiment un super texte. Limpide, fluide, rieur. Du très grand Balmeyer !

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  21. Bonjour,
    Je trouve votre blog très enrichissant, cela change de tout ce que l’on peut lire habituellement. Bonne continuation et merci.

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  22. Bon, il nous fait un billet, là ?
    Tsss...

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  23. Ouais c'est vrai qu'il faudrait un nouveau billet !

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  24. Sinon ce soir je tape avec une réglette sur tes doigts ensanglantés !

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  25. La dame est venue me chercher pour rejoindre un groupe censé vous redonner le goût de l'écriture...
    (?)
    Je n'ai pas toutes les données...
    Qu'en est il pour vous ?
    ;)
    Je vous lisais de temps en temps en silence sans jamais commenter.. Je ne vois pas trop ce que je peux faire...
    Mais bon, adhérente depuis qqs minutes, je vais cogiter... :)
    La bonne journée... :)

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  26. Ah donc, si je comprends bien, si Zoridae n'était pas là, il ne nous pondrait qu'un billet par an, l'animal !

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  27. Déjà qu'il nous a privés de Quicoulol...

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  28. bon anniv' Balmeyer ! tu vas finir dans un drôle d'état toi ce soir... toujours dur quand ça tombe au milieu de la semaine, remarque, moi cette année c'était un dimanche et je l'ai passé aux urgences... Bon, ne bois pas trop, ne mange pas trop de gâteau... et croise les doigts ;-)))

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  29. Hein ? Bon anniversaire Balmeyer ?
    :-))

    [Profite !!!].

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  30. Bon anniversaire, Balmeyer, et recommencez ça souvent!

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  31. Une vie certainement fascinante, antithèse de l'employé de bureau attendant la retraite...
    Bel hommage !

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  32. scusez, j'avois disparute, mais je suis reviendre !
    toujours aussi doué, l'animal :) Merci pour les textes et surtout, ne ponds pas trop vite, ça fait des irritations.

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  33. Bonsoir, c'est juste pour faire avancer le compteur des commentaires, 33 çà me rappelle le docteur,

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  34. Merci et bravo pour ce très beau texte.
    Tu vas bientôt marcher sur les plate-bandes de Delerm père !

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  35. le glaçon a fondu
    le sein pend comme un gant vide
    Où êtes vous ?

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  37. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  38. Debout là dedans, tu viens d'être awardisé à ton tour cher ami, t'es en train de ramollir là!! http://superolive.blogspot.com/
    Au boulot!

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  39. le durcisseur a fini par durcir... or moi j'aime le terme dulcimer... douce mélodie... quand la douceur s'allie à la mer... s'érige sur l'océan, pour la parcourir. hardi ! matelot,

    "Et l’on nagera avec les baleines
    Et l’on nagera sur mon joli bateau
    Poussé par le vent, hardi matelot"

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  42. Bonne année ! Je voulais surtout signaler que la colle était sèche.

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  43. Tingting, je suis très ému que tu ais aimé mon billet, c'est important d'avoir un retour positif d'un lecteur, surtout en anglais, parce qu'on dirait un peu Hollywood.

    Du coup, j'ai acheté une dizaine de paire de chaussures Nike comme tu m'y as incité, je regrette même de ne pas être un mille-pattes. Gros bisous.

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  44. Tu vas vite te fatiguer de lui répondre...

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  45. mtislav,

    Tu ne vas pas te fatiguer si tu réponds aux commentaires de Balmeyer.

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  46. Je crois aussi... J'imagine le dur destin du spammeur clandestin, dans sa cave, avec son millier de blogs à spammer, et son triste copier-coller monotone, au long du jour, et son tortionnaire lui disant : "C'est bien, numéro 2354, tu auras à manger ce soir !".

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  47. Je pensais qu'il étaient rémunérés en chaussures…
    :-|

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  48. Quand quelqu'un prend la peine de leur répondre, cela doit véritablement les toucher.

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