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Intervilles

Intervilles, si je me souviens bien, c'est en général une compétition avec Lunel contre une autre ville. Il y a un costaud avec un foulard et un béret rouge, il croise les bras et fronce la moustache car il doit répondre à une question culturelle. Puis il y a une vachette qui défonce des décors en carton. Des types grimpent sur une pente qui glisse avec des bâtons en bois, à un moment un des types glisse jusqu'en bas en gesticulant, il s'écrase dans l'eau. Il y a un tronc d'arbre en plastique au dessus d'une piscine, puis une sorte de teletubbie savonné qui s'agite par ailleurs, dans l'autre sens, des types qui glissent et tombent dans l'eau savonneuse de la piscine, et c'est mon moment préféré. On ouvre une porte de toutes les couleurs, et surprise, il y a caché un type grimé qui tombe aussitôt en glissant. Guy Lux parle des enfants qui ne partent jamais en vacances. Pourquoi ils font ça, c'est bien les vacances quand même. Je ne connais pas Lunel, ni l'autre ville, mais il y a soudain une sorte de halo international autour d'elles, du fait de la compétition, un peu comme France-Allemagne, avec Harald Schumacher dans le rôle de la vachette, et le pauvre Patrick Battiston dans le rôle du carton. Au début, je me dis que je supporte Lunel, mais quand Lunel commence à gagner trop, je suis pour l'autre ville, Dax, mettons, pour le suspense. Il y a la question culturelle sur du fromage de Dax, qui est un peu l'épreuve-reine, et c'est franchement étrange comme hiérarchie des épreuves, tomber dans la piscine c'est plus distrayant, mais bon.

Après, le temps a passé, et la décadence est venue. Les gens ont cru que le coeur du concept, l'essence même d'Intervilles, c'était la vachette, alors qu'à l'évidence, c'était de tomber dans la piscine. Et ça, seul moi l'ai compris. Ce choix malheureux a étouffé toute la magie des joutes de Lunel contre l'autre ville. Guy Lux en est mort. Un calme plat a régné sur les piscines du monde, et les décors en carton se dressent toujours, intacts et tristes, comme des paysages lunaires, à Lunel.

La faute vient des dirigeants parisiens qui, du haut de leur bureau en métal, indestructibles structures sur lesquelles viendraient s'abîmer en vain de fragiles vachettes, considèrent qu'il n'y a d'amusements possibles pour les provinciaux que dans les ferias méridionales. Ils ignorent, méprisent superbement, la cascade poétique dans les piscines, le pantomime de l'homme à tête de poulet qui se viande, élément fondateur de toutes les enfances du monde. Une preuve de ce manque cruel dans l'inconscient collectif est perceptible dans l'apparition d'une génération de jeunes talents de la Natation Française. Dans les piscines olympiques, habillés en maillot de l'aérospatiale, moteurs de muscles, hommes-canons, femmes-torpilles, ils cherchent à coups de records du monde le souvenir perdu du rire primordial.

Commentaires

  1. Ne nous dit pas Guy Lux est mort ?

    Il nous reste les savonnettes.

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  2. Lux s'est éteint? certainement pas par économies d'énergie.
    Vous oubliez Léon Zitrone, et Simone Garnier, et le celebre;“Je ne vous entends plus, on vient de me casser mes lunettes” Zitrone oxymore tel aussi.

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  3. ces gens sont fous ! (les vendeurs de piscine bien entendu, tenter de mettre des vachettes dedans pour surfer sur la vague du revival)

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  4. Et dire que c'est un ex patineur sur glace qui présente désormais... Lux doit se retourner dans sa piscine.

    Bizarre de lire Lunel, j'habite à deux minutes.

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  5. Prem's aussi, et plus que Nicolas, même.

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  6. En plus, le vrai Intervilles, c'était en noir et blanc et la télé tombait en panne au milieu, bande de jeunots !

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  7. oui mais on vit dans un monde moderne. Bientôt ça sera en relief avec les cornes des vaches qui viendront nous piquer les fesses. Et ensuite, on aura même l'odeur de bouse de vache.

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  8. Au moins pendant ce temps là, à Lunel, on ne faisait pas de corrida. Tout près de chez moi aussi.

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  9. Tonton Balmeyer est de retour (voyez sur quel air ça se chante).

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  10. sur quel air Kéké chantera-t-il son passé ? celui de Fort Boyard ? non, trop tard... celui de World of warcraft ? trop tard aussi... (ouf !) celui de no-life ? NO, NO et NO... nous devons protester !!! Alors, pour Kéké : 1, 2, 3... Soleil...

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  11. "ils cherchent à coups de records du monde le souvenir perdu du rire primordial."

    On dirait du Frédéric Mitterrand, skecé beau....

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  12. C'est un blog hautement documenté :

    Villes participantes "Intervilles 87":


    03/07/87 > Frejus / Digne
    17/07/87 > Gujan-Mestras / Les Gets
    24/07/87 > Marignane / Laval
    31/07/87 > Roubaix / Cavaillon
    07/08/87 > Lodève / Aurillac
    14/08/87 > Neuilly-Plaisance / Lunel
    21/08/87 > Le Lavandou / Petit-Couronne
    28/08/87 > Arles / Romorantin
    11/09/87 > FINALE : Le Lavandou / Vic-Fezensac

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  13. Non mais parce qu'un bon vieux Intervilles "Paris / Lunel", avec le mec qui tombe de tout en haut de la Tour Eiffel pour s'écraser dans la piscine, c'était pas possible, non. Et puis les vachettes dans le Louvre.

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  14. Merci Bal de nous rappeler me pouvoir de la piscine...

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  15. Et à Intervilles, au moins, ceux qui finissaient dans la piscine n'étaient pas dopés (même s'il y avait un peu de triche pendant les questions culturelles, je crois, mais bon... de la triche franchouillarde avec des gestes de mains et des grimaces nébuleuses). Et ça, vous l'avez oublié !

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  16. C'est le moment ou jamais de ressortir le brillant mot d'esprit qui se disait il y vingt ans, censé résumer le parcours de Guy Lux depuis ses émissions télévisées des années 60 jusqu'à sa brève incarcération pour une vilaine affaire d'escroquerie dans les années 80 :

    Intervilles
    Intermarché
    Internement


    Prochaine manifestation d'esprit : la blague de Toto et de son chien Baba.

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  17. Et n'oublions le participant qui coure sur un tapis roulant avec deux seaux pleins d'eau : une belle métaphore de l'existence...

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  18. En 87, je ne regardais plus interville, j'avais grandi, hélas. Mes souvenirs remontent à l'époque Léon Zitrone assisté de je ne sais plus qui, une femme… J'aimais bien quand il s'engueulait avec Guy Lux et qu'il plongeait dans la piscine avec son vieux maillot, sans bouée, parce qu'en ce temps là, on prenait des risques et c'était pas truqué comme après.

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