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Articles

Affichage des articles du 2010

Les Loutres

Je me suis réveillé ce matin, les deux loutres qui me servent de famille dormaient encore. Le Mercredi, c'est Mercredi-Retard. Je me traine à la cuisine, il fait très jour. Je regarde la grue qui, à cinquante mètres de moi, transporte des véhicules. Je me dis que ça serait spectaculaire si elle s'écroulait, et je chasse cette pensée mauvaise vite, tout en pensant que ça ferait un début de journée d'enfer si la grue tombait, tout de même. Comme il y a une école maternelle et une maison de retraite autour, je me dis pour faire bonne figure "ça ne serait pas juste qu'elle tombe dans l'école, pour sûr, mais plutôt sur les vieux", et je me sens mieux. Agitant mon café tandis que les autres se lancent dans une hibernation hardie, je pense aux papous de Gainsbourg, dans Melody Nelson, "Ces naufrageurs naïfs armés de sarbacanes / Qui sacrifient ainsi au culte du cargo" Je pars. Il fait froid. J'ai l'impression d'avoir un casque de musique v…

Notre Père-Noël qui êtes en Laponie

En ce moment, Zacharie n'arrête pas de me poser des questions impossibles. Je me demande s'il existe un Conseil Supérieur de l'Education, une Cour Européenne de la Vérité Pédagogique, pour me sortir de ce pétrin.
A cet enfant, j'ai essayé de raconter les choses le plus logiquement possible, de manière rationnelle, pour essayer qu'il devienne aussi intelligent que moi, ou, si cela est placer la barre trop haut, aussi intelligent que sa maman. Parallèlement à cela, nous avons tâché de garder une part de magie, quand même, car l'enfant aime le n'importe quoi, comme la tarte au caca, ou les répétitions interminables, ou les poneys volants. L'explication rationnelle est pratique, pour dissiper par exemple les craintes se dissimulant dans les recoins de la maison ; pour disperser les vampires, les fantômes car techniquement, cela n'est pas possible. L'enfant qui grandit voit un monstre d'intelligence lui pousser dans la tête, et cette puissance lu…

Les Amateurs

En ce moment, nous répétons pour un concert d'élèves chanteurs, de l'école d'Emeline ; ce sont des amateurs. C'est un de mes moments préférés, dans la vie.
J'ai fait un stage de musique Klezmer cette année, avec un pro qui comme tous les musiciens classiques a tenu la conventionnelle et attendue sortie sur le monde du conservatoire "qui est trop cruel et inhumain", et les amateurs qui sont formidables. Parlant des musiciens amateurs, avec une élève du conservatoire en train de passer son prix, il avait vraiment l'air bonhomme du représentant en Canigou, qui répète "c'est vraiment délicieux !" mais qui n'en mangerait pour rien au monde.  Non pas qu'il ait tort : quand un musicien atteint un grand degré d'excellence, il lui devient difficile de revenir ramer avec des amateurs, surtout que, accompli techniquement, il lui reste tant de choses à explorer musicalement, intellectuellement que le fait de revenir en arrière avec ceux …

Jimi

J'ai l’impression de faire un vieux couple avec Jimi ; je peux à présent lui dire des choses que je n'aurais pas osé quelques années plus tôt.
Ainsi, un jour, je le regardais faire son mariole, avec sa guitare derrière la tête, et aussi les cordes entre les dents, et comme si tout le mythe s'effaçait, comme si nous avions mélangé nos slips dans la machine à laver, j'ai murmuré : mais Jimi, tu as vraiment besoin de faire tout ce cinéma, toutes ces simagrées quand tu joues de la guitare ?  Et très prosaïquement, j'ai ajouté : je crois que tu jouerais mieux si tu jouais normalement. Si tu ne te contorsionnais pas dans tous les sens. Si tu étais plus tranquille, plus posé, moins chien fou, tu poserais ton son, tu aurais une ligne mélodique plus claire, plus incisive, moins brouillonne, tu mourrais moins à 27 ans, tu pourrais aller plus loin, quelque part, ailleurs. Tout ce cirque, c'est sympathique, mais ça te conduit où, en vérité. Mais à chaque fois que lui fais …

Neige

J'ai cru à un moment qu'il neigeait mais en fait je me suis rendu compte qu'il s'agissait d'une vaste invasion des micro-hommes de la Planète Blanche. Un débarquement lent massif sur toute la rue, il y avait au moins un million de divisions froides. Ils étaient armés de petites matraques molles pour nous taper dessus, en silence. Nous avons du faire intervenir les voitures pour limiter l'envahissement. Il y a eu un tas d'entre eux faits prisonniers sur l'unique pot de fleurs du balcon, que j'ai du rentrer. A l'intérieur, ils se sont évadés, en fondant.

Triste disponibilité de l'information

Je me suis livré dernièrement à une activité des plus stupides : rechercher sur internet des nouvelles de gens épars croisés durant ma scolarité. Attention, je distingue dans cette démarche les vrais amis perdus de vue des lointains figurants du cursus secondaire. Je me suis penché sur cette seconde catégorie, ces gens improbables, effacés, rencontrés par la force des choses, parce que nous étions nombreux au même endroit. Un peu comme il y a des collègues de bureaux : des collègues de jeunesse. Un peu comme au feu service militaire ou dans les blogs : des gens fortuitement là, étranges, amusants, idiots, drôles, bizarres, dont il aurait été impossible de se débarrasser, de toute façon, concrètement, et qu'il fallait se coltiner, véhiculer dans notre sillage tels des wagons d'un convoi folklorique. Certains ont été des avortons ou des prototypes d'amis avec qui on aurait pu plus s'entendre si l'année avait duré, qui sait, si le trajet en bus avait été plus long, le…

La Directrice

Kevin décrocha son téléphone : à l’autre bout du fil, c’était La Directrice, qui lui dit d’une voix grave, cordiale mais ferme, qu’il fallait corriger la procédure dans les plus brefs délais.

Il raccrocha, l’esprit alerte,  avivé par cet important rappel. Kevin allait évidemment s’employer sur le champ à corriger la procédure, et, abandonnant la torpeur monotone installée dans les bureaux, il allait le faire du fond du cœur du devoir, dans les plus brefs délais. Ce n’était pas qu’il avait peur, pour sa huitième période d’essai consécutive, il n’avait jamais subi de réprimande sérieuse. Il avait certes entendu quelques bruits, quelques vagues anecdotes, sur des personnes ayant failli à une demande de La Directrice, de lointains inconnus disparus depuis. Mais pour lui, en fait, au-delà de la crainte, il y avait cette évidence, voire cette Evidence, s’élevant majestueuse, monolithique, comme la Vérité, cette Evidence que la procédure devait être corrigée, il y avait cette nécessité, légit…

Le ventre

J’ai un jeu absolument impayable : je prends le chat, qui dort, je le mets sous mon pull, et je dis : « oh regardez, papa est enceinte ! ». A ce moment là, mon fils se tord de rire, car c’est à chaque fois une des farces les plus drôles de l’univers. J’extrais le chat, et tandis que l’animal hébété regarde autour de lui, je clame : « oh surprise ! C’est un chat ! Félicitations papa ! » Nous partons tous d’un rire franc de bon aloi, et ce bonheur une fois partagé, je m’en vais couper du bois, du moins conceptuellement, car nous habitons en ville.

Parfois, lorsque Kéké recherche une peluche, ou un jouet, je le cache encore sous mon pull, je mets en évidence mon ventre rebondi, les poings sur les hanches bien ostensiblement, et avec une voix d’Auguste je m’interroge : « Mais où est donc passé ce jouet ? » Kéké va désigner ma bedaine en gloussant et j’en sors l’objet. Nous rions de bon cœur et nous partons rentrer les brebis, du moins en théorie, car nous sommes citadins.

Or un jour que …

La diplomatie se porte bien

En visite officielle, lors du buffet d’inauguration, le président du Guatemala a beaucoup apprécié les toasts de guacamole. Pour donner le change, le président du Guacamole a également été invité et il s’est tartiné beaucoup de guatemala.

Recyclage, tiré du fanzine Mieux, juin 2007

Une découverte originale

Le professeur Mouzier croit avoir trouvé une solution miracle révolutionnaire pour guérir l’eczéma, l’herpès, l’urticaire, la grippe, l’acné et toutes ces maladies de peau qui empoisonnent l’existence de milliers de personnes : les bains d’excréments. C'est en effet par le plus grand des hasards, un mercredi soir, que le professeur Mouzier a découvert les bienfaits des matières fécales. C'est en trempant la main dedans pour chercher ses clefs tombées dans les toilettes qu'il a fait cette surprenante découverte : en nettoyant sa main, il s'est rendu compte qu'elle était devenue propre. Plongés dans des bacs à bouse, les patients participent déjà aux balbutiements de la scatothérapie. Et le succès n'est pas prêt de se démentir ! Lorsque l’on demande au professeur Mouzier : « Êtes-vous convaincu que la scatothérpaie ait des effets bénéfiques en matière de maladies cutanées ? », il répond avec sa bonne humeur habituelle : « Non, pas vraiment. Mais qu’est-ce que c’…

Carnet rose chez les mouches bleues

Une heureuse nouvelle pour les amis des animaux de Trébons-sur-la-Grasse (31) : un couple de mouches a donné naissance à une belle portée de 1200 petits, dans le petit cimetière communal. Les drosophiles et autres amoureux de la nature sont depuis ce matin aux premières loges, amassés derrière les grilles, pour assister au spectacle touchant de la naissance des insectes. Une telle naissance sur le sol européen est un phénomène assez rare, même si le professeur Cormier tient à relativiser : "la mouche est une espèce menacée, mais en fait pas tellement". Une visite guidée est possible en camionnette autour du cimetière communal.

Recyclage, tiré du fanzine Mieux, juin 2007

Encore un nouveau record battu ?

Joseph Duteil, habitant de Broue (23) s’attaque ce matin à son propre record du monde du plus gros mensonge. Il tente de faire croire à sa femme qu’il possède deux hélicoptères. Sa femme s’est déclarée « très convaincue », mais elle a ajouté aux journalistes « qu’on ne la lui faisait pas ».

Nouveau record du monde de saut en longueur

L’homme qui mesurait neuf mètres de haut vient de battre le record du monde du saut en longueur. Après deux essais à neuf mètres refusés (il était tombé par terre), il a pu aisément franchir la limite des neuf mètres trente. Lorsqu’on lui demande son secret pour gagner, il répond simplement : « C’est facile pour moi, je mesure neuf mètres de haut ».

Recyclage, tiré de la traduction de la Bible, juin 1542. Hin hin c'était un piège c'est pour voir ceux qui suivent.

Un avion s'écrase dans une cour d'école

Avant-hier, un avion en papier plié s’est écrasé au milieu d’une cour d’école, à l’heure de la récréation, tandis que les enfants s’étaient rassemblés pour jouer gaiement. Le pilote n’était heureusement pas présent dans l’appareil : l’élève était resté dans sa salle de classe au premier étage, et l’avion mesurait quinze centimètres. Il n’y a pas eu de victime à déplorer, bien que l'engin ait survolé une fourmilière. Plus de peur que de mal, donc, pour cette école primaire de Terne-lès-Garennes (45). Par contre les dégâts matériels de la feuille de papier sont considérables : elle était toute pliée.

Cependant, selon les experts rapidement sur place, les pliures constatées sur la feuille dataient de la fabrication de l’engin. "Il faut plier la feuille pour qu'elle ressemble à un avion, sinon elle ressemble à une feuille." Un début de polémique a tout de même éclaté, car l'école où s'est déroulé l'incident est située à deux pas d'une crèche et d'un m…

Vers la légalisation de l'ongle ?

« J'en prends pour me sentir bien », dit Jérémy, 12 ans. « C'est pour faire comme les autres », avoue quant à elle Michelle, 28 ans. L'ongle, une des substances les plus consommées en France (75), est devenu un réel phénomène de société. Serait-il sur la voie de la légalisation ? Un médecin du CHU de Nanterre se déclare pour une dépénalisation du moins partielle, voire totale : « Il ne faudrait plus punir ceux qui les font pousser pour leur usage personnel.»

L'ongle aurait, selon de récentes études américaines, des vertus apaisantes. « Ça me calme », déclare Thibault, Chef d'entreprise dans le Doubs (25). En attendant, mettez des gants : rappelons que si vous êtes surpris en train de vous ronger les ongles par la police municipale, vous êtes passible d'une balle de tennis dans la tête et d'une amende de 100 euros, plus de mal que de peur, donc.

Recyclage, tiré du fanzine Mieux, juin 2007

Quand la plage s'invite à la montagne

Un habitant de Chamonix (74) a inventé, grâce au soutien d’un entrepreneur local, une discipline originale qui risque de faire des émules. Grand amateur de ski nautique, mais ne pouvant s’adonner à sa passion en pleine montagne, il a eu l'idée cocasse de remplacer l’eau par... la neige.

"Les sensations sont similaires : la neige, c'est un peu comme de l'eau en plus dur !" Jamais à court d'astuces, l'inventeur sait faire contre mauvaise fortune bon coeur : pour remplacer le bateau propulseur, on peut utiliser simplement une grande luge, ou un 4x4, ce qui est plus écologique. Véritable petite révolution dans ce sport de plaisance, il est également possible de n'utiliser aucun véhicule pour être tracté : "Au lieu de monter les côtes à ski, comme on le fait habituellement, on peut les descendre en s'aidant d'une pente ! " Cette technique devrait permettre à sa trouvaille de surpasser son modèle : "car il n'y a pas de pente dans …

Un suicide collectif qui tourne mal

Vive émotion dans la banlieue de Burieu-en-Jarret (25). En effet, un suicide collectif organisé par le Club des Amis de la Déception tourne mal : les jeunes gens, armés de raquettes de tennis, ont voulu mettre fin a leurs jours en se faisant des smashs les uns sur les autres. L'un d'eux a été atteint d'une balle dans la tête, et il a beaucoup crié. Heureusement, l'apprenti coiffeur portait un casque de moto qu'il avait oublié d'ôter. Une belle coïncidence qui lui a sauvé la vie ! Plus de peur que de mal, donc.

Recyclage, tiré du fanzine Mieux, juin 2007

L’homme qui ne valait plus 3 milliards

Crise de la nouvelle économie, chute des cours, c’est une sévère correction des marchés qu’a subi l’homme qui valait 3 milliards. Steve Austin est devenu à la clôture de Wall Street l’Homme qui valait soixante-cinq. « Je suis toujours là, a-t-il déclaré pour commenter son effondrement à la presse. Je vaux toujours 3 milliards de roublis au Guanapamala (principauté proche du pôle sud), c’est ce qui compte. »

Autre pointure en difficulté : le chanteur Monsieur 100.000 volts, valorisé à 15 ampères ce matin.

Signe des temps, l'industrie cinématographique va revoir ses ambitions à la baisse. Le réalisateur pressenti pour le remake du célèbre film de François Truffaut, "les 37 coups", s'est plaint de l'absence chronique de moyens. Robert Bronson, lâché hier par ses investisseurs, tient à rester positif quant à lui : "Mon projet "les uns salopards" verra bien le jour."

Mais dans ce climat d'inquiétude, quelques bonnes nouvelles tout de même : l…

Le Rien Express

Courageux passagers de ce site, que j'ai surnommé "le Rien Express", je dois vous déranger dans votre tranquille et interminable sieste pour un bref message de service :

Tout d'abord, je vous informe que nous fomentons avec l'ex-blogueur Dorham un blog à durée limitée. Le thème en est la Coupe du Monde de football, sujet populaire sauf pour mes lecteurs, visiblement. Il se nomme Harald et Pat, en hommage à la dantesque demi-finale de Séville 1982. (Dire que je l'ai regardée à la télévision alors que mes collègues de travail n'étaient même pas nés, ça fout les jetons).

Ensuite, je vais m'occuper pendant les dix prochains jours à ce que je sais bien faire : du remplissage. Mon ami de vingt ans, Jérôme Boche (encore une histoire d'allemand), fomente dans son coin de Savoie une revue, ou plutôt un "fanzine". C'est une publication avec d'obscurs et jeunes illustrateurs livrant de sombres dessins de chiens décomposés et de pénis choqu…

Décalcomanie

Dix phrases pour exprimer mon état de délabrement en ce lundi matin :
J'ai plus de souvenirs que si j'habitais Milan.Je suis dans une forme paralympique.Après le temps des cerises, le temps des noyaux.J'ai la pêche, mais surtout la marmelade de pêche.J'ai la tête dans le musée d'art moderne du cul.Après Juliette Récamier, Roméo Rétamé.J'ai été rédigé à l'encre des débiles.J'ai une figure de naze synchronisé.J'accuse grave le coup, façon Zola.Monsieur et Madame Delon ont un fils : Serge Lama. Parce que Serge Lama-Delon.

Perdre, retrouver, d'un point de vue technique

Quand je perds mon téléphone portable dans l’appartement, je prends le téléphone fixe, et je fais sonner le portable. Guidé par le son, je le retrouve. S’il ne sonne pas, je serre mes poings fort, et je suis en colère en m’écoutant dire bêtement au bout du fil que je suis bien sur mon répondeur et que je ne suis pas disponible actuellement. Un jour, j’ai retrouvé le mobile au fond de la poubelle. Je ne sais pas comment il a atterri là.

Tandis que j’enlevais le contenu de la poubelle, écartant avec philosophie la carcasse du poulet et d’autres objets très gras, je me demandais ce qui avait pu se passer dans ma tête pour m’en débarrasser ainsi. C’est intrigant, parce qu’en général, j’agis de manière sensée. Je jette les os de poulet à la poubelle, je range le téléphone dans ma poche. J’ai vérifié ma poche, heureusement, un os de poulet n’en dépassait pas.

Comme j’égare souvent mon téléphone portable, le faire sonner est devenu un réflexe. Par déformation, quand je perds mon troussea…

DB nous quitte

Un bref commentaire laissé sur son blog par son compagnon m’apprend le décès de Dominique Bardel, le 5 mai au matin. Elle tenait le site « le jardin de DB ». Atteinte d’un cancer, on lui avait signifié il y a peu sa guérison... elle avait décidé alors d’ouvrir un blog, la « survivante », pour raconter la vie d’après, son répit, avec son implacable humour habituel.

Il n’y a que huit billets, je vous invite à les découvrir.

J’ai rencontré Dominique il y a deux ans, au Festival de Romans. C’était une femme très sympathique, nous avions pas mal échangé depuis, j’appréciais son esprit pétillant, sa sollicitude, prolixe, incisive, bienveillante.


J’en profite pour glisser une pensée pour François, tant qu’à s’affliger. A l’époque, lors de son décès, étant un peu éloigné de ce support, je n’avais pas jugé utile d’écrire quoique ce soit. L’ayant rencontré, lui, ainsi que sa femme et ses enfants, j’avais été assez choqué par sa disparation soudaine : il était jeune, son métier était de dessine…

Le Marseillais

Dans le métro, le Marseillais est dépité. Il est soumis à un cruel dilemme : il est déchiré entre la terrible souffrance d’être dans un métro parisien, loin du soleil chaud qui réchauffe la peau, avec les gens entassés comme des animaux, et son infini extase de ne pas être parisien, mais d’être Marseillais en fin de compte. il est prêt à avouer un crime imaginaire, horrifié, réjoui, découvrant l’enfer souterrain de la capitale comme une foire de scandales, redécouvrant sans discontinuer le don du ciel d’être marseillais.

« Ohlala, que je suis bien contengue de ne pas vivre ici ! »

Le Marseillais, en tant que Marseillais, est une surprise pour lui-même. Il se découvre incessamment comme un paquet à la Noël ; après s’être déballé du papier parisien, pendant une brève introspection, il s’exclame, ravi, touché : oh, je suis content, un Marseillais !

Le Marseillais est un être humain, il vit normalement, il vit comme on devrait vivre, et qu’on ne vit pas ou plus, autre part. Il le dit d’a…

Se faire du souci

Avant, j'avais une autre façon de m'en faire, quelque chose d’un peu creux, d’un peu grandiloquent ; comment nommer ceci ? De l’angoisse acnéique ? De la névrose égotique, du doute satisfait ? J'ai toujours bien aimé convoquer l’infiniment grand, l’infiniment petit, Dieu et la mort, la littérature, l’art et l’oubli, le cosmos et les martiens, toute une scène de sentiments énormes, et me complaire dans ma petitesse narcissique, les bras écartés, comme le romantique face aux éléments déchainés.

C’est plaisant, finalement.

Maintenant, j’ai attrapé quelque chose de nouveau ; se faire du souci. Se faire du souci, pour des proches, leur santé, leur sort. C’est quelque chose de tout à fait nul. De petitloquent.

Voir le médecin froncer des sourcils avec son masque de science, et nous, notre sac d’ignorance sur la tête. L’entendre doctement dire qu’il ne sait rien, mais que ne sachant rien, on va en savoir plus en faisant des examens. Programmer des prises de sang. Evoquer négligem…

Rouky

Dans mon immeuble il y a une petite cour, d’à peu prêt 20 mètres carrés, sans compter le local poubelle. Des gens en ont profité pour acheter un chien. Il y a maintenant, entre ces quatre murs pigeonnés, un clebs qui attend. Acheter un chien quand on vit dans un immeuble, cela me parait odieux, cela m'énerve à un point. Les gens de la cour ont un chien et deux enfants. Les enfants sont bien sympathiques, mais un peu stupides (l'ainé me fait : "pan pan pan pan pan pan pan pan pan" pour jouer mais, agacé, je survis ostensiblement) ; reste le chien.

Il est roux, il s'appelle Rouky : c'est un chiot de traineau. Je n'y connais rien en chien, il a une bonne bouille de berger allemand, en plus touffu. Quand il me voit sortir les poubelles, le matin, ou le soir tard, il parait terrassé de joie, il vibre, fait la toupie, la machine à laver, l'atome d'uranium en furie. Je dois être à ses yeux un messie divertissant, il m'accueille avec extase. Il s'…

La dorade aux mille bouches

J'existe.

Je rentre dans la banque pour déposer un chèque. La banque est encore fermée, mais les machines sont ouvertes. Je dépose le chèque dans la machine ouverte. Derrière la grille blanche, on devine des gens qui s'activent avec des formulaires. Ils s'engueulent à cause de formulaires pas remplis.

Cela me parait incongru, cette scène de bureau, pourtant c'est tellement normal. C'est sans doute le rideau de fer qui sépare l'ouvert du fermé, qui semble placer ces employés dans une situation particulière, faire de nous des observateurs, et eux des observatés. Me vient ensuite une méditation intérieure qui dure vingt secondes, comparable à la question de l'oeuf et de la poule. Est-ce que, du fait que tout soit incongru, tout nous parait normal à force, ou bien, au contraire, tout étant normal, tout nous semble étrange quand on prend un peu de recul. Puis je dépose le chèque et je disparai. Dans le métro une adolescente dit, inspirée : "mais s'est k…

Le poumon de Blanche-Neige

Aujourd'hui, à l'école, mon fils a écouté l'histoire de Blanche-Neige.

Si je me souviens bien, dans le conte, la Reine demande à un chasseur de tuer Blanche-Neige, et de lui rapporter son coeur comme preuve du forfait. Le chasseur, apitoyé par la jeune fille, tue un animal de la forêt et ramène l'organe d'icelui à la marâtre qui, n'y connaissant visiblement rien en anatomie, s'en trouve fort satisfaite.

Premier détail édifiant, dans la version rapportée par mon fils, le chasseur tue un marcassin. Selon ses premières impressions, c'est un épisode désolant, et je sens à son récit qu'éventrer Blanche-Neige aurait été moins dégueulasse que de s'en prendre à un petit animal innocent. C'est en tout cas l'élément clef pour lui, puisque ses primes paroles furent en substance : "Aujourd'hui à l'école on a écouté l'histoire de Blanche-Neige où le chasseur tue un petit marcassin pour ramener le poumon de Blanche-Neige à la Reine&qu…

La coupe

J'étais chez le coiffeur, ce midi. Je me suis dit : je vais en faire un billet. Et là, je me suis rendu compte que ma dernière visite chez le coupe-tif s'était également soldée par un billet. Tout d'un coup une architecture gigantesque se dessine, ce support est ponctué par des coupes de cheveux. Dans dix ans, je ne ferai qu'un billet par coupe, j'aurai un blog non pas de coiffeur, mais de coiffé.

Vous noterez la date précédente : 6 juin de l'an dernier. Vous imaginez après 9 mois, le résultat de cette gestation sur ma tête. Cela me ramenait peu à peu à l'adolescence, avant-hier, quand chevelu à l'extrême, on me proposait tout le temps de la drogue. Là, un inconnu a commencé à me proposer un Doliprane. Signe qu'il était temps de passer à l'action.

Je me suis installé dans le salon, le cou dans un lavabo. Il y avait une cliente qui parlait avec conviction de sa coupe à venir. Je suis toujours surpris, car les gens très friands de coiffeurs finiss…

Esprit de câble

Je réfléchissais sur la nature des pensées qui me traversent, et j’ai trouvé l’image qui correspondait : celle d’une chaine télévisée du câble. Je compare mon esprit à un chaine du câble, diffuseur obstiné, obscur, à petit budget, avec ses programmes cheap qui tournent en boucle. Avec ses séquences improbables qu'il faut bien empiler pour remplir, pour boucler du matin jusqu'au soir. Par exemple une chaine de sport avec ses matchs de football féminin Danemark / Islande, commentés par Patrick Battiston et Harald Schumacher, mollement captivés par un jeu de fin du monde. Par exemple des séquences de soi dans la nature en train de marcher sur un champignon dont on ignore le nom, en train de fouler du sable en vacances, ou d'occuper glorieusement une chaise molle au travail.

J’imagine a contrario Albert Einstein dans son coin, avec son puissant cerveau explosif ; son esprit devait ressembler à un cinéma panoramique, en 3D, les neurones dedans étaient comme sous la Géode, des e…

Jim

Sur la tombe de Jim Morisson, il y avait plein de gens venus se recueillir. C'était sans doute des gens qui, affranchis des conventions, des traditions et des dieux, étaient venus faire un... pèlerinage. Un jour avec un ami, nous avons fait un pèlerinage sur la tombe du type qui était enterré à côté de Jim Morisson. Quel était son nom ? Robert La Loose ? Peu importe. C'était bien, comme acte gratuit, après nous avons fêté ça dignement avec quelques bières.

Sur la tombe de Jim Morisson, il y avait des bougies. Un vrai mémorial. Sur la tombe de Robert La Loose, à côté, il y avait des fesses de jeunes filles venues voir Jim Morisson. Leur popotin foulant le marbre environnant, comme si ces macchabées jouxtant l'idole n'étaient que de vulgaires sidemens, des bassistes par exemple. Mais sur celle de Jim Morisson, il n'y avait pas de fesses de jeunes filles, juste des bougies à la noix. Finalement, quand on regarde ça avec beaucoup de recul, on se demande qui a vraiment…

Le Contrat

Samantha, se retournant, dit à Jason : je crois qu'il faut vendre la propriété de Père, nous n'avons plus le choix. La proposition de Monsieur Randolfsky ne peut pas se refuser. Et avec Stub, mon demi-frère qui semble ressuscité de son accident d'avion, et qui veut des parts de la Laiterie, il nous faut faire face ! Qu'en penses-tu, Jason ? Elle se mit la tête entre les mains et soupira, belle et rebelle à la fois. Mais Jason paraissait surtout fasciné par un détail sur le mur. Il s'en approcha, titilla une aspérité de la tapisserie, lentement, avec l'ongle. Il était totalement fasciné par sa découverte, et ne prêtait plus attention aux gémissements de Samantha. Jason ? M'entends-tu ? Jason raclait le bout de tapisserie, cela semblait bien collé, mais il parvint à en enlever un petit bout. Il contempla le petit bout de tapisserie coincé entre ses doigts. Les murs étaient parfaits, un beau blanc impeccable, lisse, sans le moindre défaut. Mais il tenait un bo…

Solution hydroalcoolique

La solution hydroalcoolique est clouée au mur. Les murs sont tapissés de solutions hydroalcooliques. Quand on marche il y a une succession monotone d’objets-repères. La série est : photocopieuse, machine à café, extincteur, borne de pointage, ascenseur, solution hydroalcoolique, toilettes, ascenseur, photocopieuse, borne, casier, extincteur, solution, hydro, alcoolique, etc. Les solutions ont leur niveau qui ne baisse plus. Elles sont figées, fossiles de l'hiver. La Pandémie est passée comme un rêve, on se demande, incrédule, si on n’a pas inventé cette histoire où il faut se laver les mains souvent et tousser dans sa manche. Dans vingt ans, on se déguisera en maintenant, on agitera dans les soirées-nostalgies des solutions hydroalcooliques.

Je me demande si on va les enlever. Si quelqu'un va prendre cette décision forte : bon maintenant on va les enlever, les solutions hydroalcooliques. Les laisser est peut-être une mesure raisonnable. On a fait l'effort de les mettre (de…

Vétérinaire pour les poissons

Nous sommes avachis avec Kéké sur le canapé, nous parlons de poissons. C'est le grand sujet du moment. Aux voitures de courses, Ferrari, Porsche et autres Renault Twingo ont succédé les créatures des océans ; requins blancs, globicéphales, bélugas, dauphins vrilleurs. Il me confie qu'il veut être vétérinaire pour les poissons, plus tard. Et pour les chiens ? Non juste les poissons. Et si on t'apporte un adorable petit toutou mignon blessé et qui gémit avec ses grands yeux plein de supplications, tu le soignerais quand même bien sûr ? Non, juste les poissons. Il est catégorique.

(J'ai la vision funeste d'un cabinet vétérinaire au bord de mer, dans un phare, avec mon fils ombrageux en train de dire : "Non, je fais pas dans les chiens. On n'a qu'à le piquer, madame, votre bête, là. C'est marqué sur la pancarte. Je fais juste les poissons. Les poissons !")

Évoquant les vertus du vétérinaire guérisseur de sardines, une inspiration métaphysique s&#…