lundi 10 mai 2010

Perdre, retrouver, d'un point de vue technique

Quand je perds mon téléphone portable dans l’appartement, je prends le téléphone fixe, et je fais sonner le portable. Guidé par le son, je le retrouve. S’il ne sonne pas, je serre mes poings fort, et je suis en colère en m’écoutant dire bêtement au bout du fil que je suis bien sur mon répondeur et que je ne suis pas disponible actuellement. Un jour, j’ai retrouvé le mobile au fond de la poubelle. Je ne sais pas comment il a atterri là.

Tandis que j’enlevais le contenu de la poubelle, écartant avec philosophie la carcasse du poulet et d’autres objets très gras, je me demandais ce qui avait pu se passer dans ma tête pour m’en débarrasser ainsi. C’est intrigant, parce qu’en général, j’agis de manière sensée. Je jette les os de poulet à la poubelle, je range le téléphone dans ma poche. J’ai vérifié ma poche, heureusement, un os de poulet n’en dépassait pas.

Comme j’égare souvent mon téléphone portable, le faire sonner est devenu un réflexe. Par déformation, quand je perds mon trousseau de clef, je me dirige machinalement vers le téléphone fixe, et pendant un instant, j’ai la ferme intention de composer le numéro du trousseau pour le faire sonner.

La semaine dernière, je préparais des steaks pour Kéké et moi. J’avais les steaks emballés dans la main quand le téléphone sonna. Je décrochai, je marchais un kilomètre dans l’appartement car je dois marcher en téléphonant sinon les mots ne sortent pas, et une fois raccroché, les steaks avaient disparu. Pendant une fraction de seconde, un automatisme m’a dicté de prendre le fixe pour faire sonner les steaks.

Je fouillai aussitôt la poubelle : il m’est arrivé une ou deux fois, après avoir déballé de la nourriture, de la jeter et de me retrouver avec l’emballage à manger.

Parfois, je perds le téléphone fixe, qui ne l’est pas. (Fixe). Je m’empare donc du portable pour faire sonner le combiné du quasi-fixe. Quand je suis en veine, j’ai deux sonneries : celle du socle, qui ne bouge jamais, et celle du combiné manquant. Alors je cours dans l’appartement entre le socle et le combiné, à toute allure avant de déclencher le répondeur et de perdre ainsi une unité. Je retrouve le socle systématiquement, mais c’est un leurre, et j’arrête ces aller-retours frénétiques avant de me mettre à aboyer.

Pour retrouver le combiné du fixe, il faut necessairement utiliser le téléphone portable, et lorsqu’il est également introuvable, j’ai le réflexe de le faire sonner en utilisant le fixe, celui qui est perdu et que je cherche à la base. On ne s’en sort pas. Je regrette alors le temps des appareils tout gris sur un naperon, avec un cadran rond à trous.

La viande ne sonne pas. Je la cherche dans tout l’appartement en m’arrachant les cheveux. Je suis à deux doigts de hurler : « Kéké, ce soir on ne mange pas, car papa est un con. » Je cherche dans le congélateur, dans le linge sale, le tri, le congélateur, sous la table, le congélateur. Je soulève une serviette, au bord du Van Goghisme. Je tente de garder mon calme : « Réfléchissons calmement. A l’origine, il y a avait les Coptes, qui ont inventé la cooptation. » Je cherche encore dans le congélateur. Je soulève une serviette, tandis que kéké murmure : « papa, je vois des étoiles, le monde bouge, je chancelle, j’ai trop faim, pourquoi tu fais ça, où sont mes vrais parents qui m’ont abandonné ? ».

Je vide la poubelle, je classe méthodiquement les déchets par ordre alphabétique, tandis que Kéké s’afflige : « papa, on va encore manger les choses dans la poubelle ce soir ? » Et en désespoir de cause, j’ouvre le tiroir pour prendre une cullière. La viande est rangée dans le tiroir à couverts.

Je suis content, comme lorsqu’on retrouve le nom de cet acteur, le second rôle dans la Croisière s’amuse, qui est resté sur le bout de la langue pendant trois jours, tandis qu’un autre, indésirable, revenait à sa place. Les steaks majestueusement placés dans leur écrin d’assiette, j’explique à mon fils, non sans fierté : « ton père a encore triomphé de cette journée au milieu des choses matérielles. »

24 commentaires:

  1. "mon père ce héros !" doit se dire les yeux plein d'amour et de respect Kéké !

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  2. Vous êtes un chevalier de la vie moderne, chevauchant à travers la maison à la recherche des causes et choses perdues. Grandiose.

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  3. l'histoire ne dit pas si kéké a mangé son steack...

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  4. La vie était beaucoup plus belle avant les téléphones portables, avant les téléphones tout court même. Un jour, alors que je faisais chauffer au micro-ondes un bol de lait et que je versais de l'assouplissant dans le bac idoine du lave-linge, le téléphone a sonné. Je l'ai cincé entre mon cou et mon épaule, je disais "non merci, non merci, à une voix qui roulait les r pour me proposer une véranda en verre des ardennes et en aluminium des Vosges remboursée par le plan Economies d'Energie. J'ai mis le lait dans le lave-linge qui démarrait sur le programme "fragile", et je n'ai rien répondu à ceux qui prétendaient que les rideaux sentaient le fromage.

    Le steak ne sonne pas, dites-vous. Pas encore. Les animaux ont des puces sous la peau. Quand on passe l'identificateur de puces, on sait tout de la bête. Un jour peut-être les informations passeront dans le sang, dans tous les liquides, le steak racontera le veau, les premières amitiés et les courses folles dans la prairie fleurie de marguerites, la castration, la lumière blanche avant l'étourdissement à l'abattoir.
    On n'arrête pas le progrès.

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  5. Mon dieu ! serais-tu distrait ?

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  6. Très amusant de lire les petites aventures de quelqu'un tout aussi étourdi que moi...
    La dernière en date --> J'ai composé mon numéro de carte bancaire sur le digicode de la porte de mon service (psychiatrie secteur fermé où je suis infirmière). Forcément, elle ne s'est pas ouverte, et ne m'a pas non plus donné d'argent ! Argh ..

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  7. Superbe ! Mais on ne cherche plus de nos jours le nom de l'acteur second rôle de la croisère s'amuse : on le gougleuhh !
    Encore faut-il faire sonner son ordinateur portable pour le retrouver.

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  8. Toujours un bon moment de lecture assuré quand on passe aussi chez vous (aussi, parce que maintenant je fais sonner mon ordinateur autant que possible, pour les gens que j'apprécie. L'embêtant, c'est vous n'avez pas mis votre répondeur dans le dans le blog, je suis à la bourre)…

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  9. Ce qu'il faut dire aux gentils gens qui passent ici et qui ignorent l'étendue de la connerie qui te permet de te mouvoir en ce bas monde, c'est que c'est toi-même qui a bricolé le tiroir à couverts.

    Comme tu es aussi à chier en bricolage qu'en rangement, tu n'as pas correctement poncé le tiroir, en bois, agrémenté de tasseaux (afin de sectoriser le rangement de couverts, la section des fourcettes, celles de couteaux...etc(dommage, ce n'était pas trop mal pensé pour une fois)).

    Du coup, si Kéké a bien mangé son steak, on a dû passer deux heures chez le pédiatre pour lui enlever toutes les échardes qui s'étaient plantées dans sa bouche et sur sa langue.

    Nullard ! Père indigne !

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  10. Je citerai Gotlieb "Un bon rire, çà vaut bien un (bon) steak" mais Kéké saura t il s'en accommoder ???

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  11. Moi, ce genre de mésaventure ne m'arrive pas, car je suis végétarien.

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  12. Arg ! je n'ai répondu à personne ici !!

    Nicolas : oui.

    Gaël : je fais la propagande la plus honteuse et la plus débridée qui soit. J'ai jusqu'à 7-10 ans, donc il me reste en gros 3 à 6 ans de règne absolu. Après, je devrais décrocher mon portrait géant qui règne dans sa chambre avec indiqué : "Le Père des Peuples, guide du monde libre".

    Nicolas : non.

    La Mère Castor : des fois je me dis que les objets ne m'aiment pas, quand même.

    Homer : oui, cette histoire s'est bien finie, sauf pour la vache ayant donné lieu au steak.

    (...)

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  13. Suzanne : il parait qu'à l'invention du Téléphone, on a tenu les mêmes propos qu'à l'invention d'Internet : on ne va plus se parler, on ne va plus se voir, c'est la fin de la convivialité, etc. Quand même, depuis que j'ai lu cette histoire de "colle à viande" chez Nicolas...

    Nous finirons comme les Tyrannosaures, les américains parlent de "6ème extinction de l'Holocène"... j'en ferai un billet ! C'est l'apocalypse !!!

    Otir : petit, on m'appelait Pierre Richard...

    (...)

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  14. C'est un plaisir de lire un billet comme celui-ci!

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  15. oppwwv... euh... enregistrer un commentaire... vérification de mots... choisir une identité... euh... balises HTML... <> <> <> impossible d'accepter votre texte HTML : Tag is not closed : A
    euh... oOOOO oOOOOO oOOOOOOO
    je retourne dans l'aquarium, tu viens Kéké ?

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  16. Ink : merci !!

    lucia mel : je crois qu'il veut bien aller dans l'aquarium, mais sous forme de dinosaure. C'est compliqué, je sais...

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  17. Ça m'est arrivé une fois de faire sonner le portable pour le retrouver. Je l'entendais, courais d'une pièce à l'autre pour finalement me rendre compte qu'il était dans ma poche ! J'ai bien ri !

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  18. Catherine : parfois ce qui est rageant est lorsqu'on veut appeler sa compagne pour lui dire quelque chose de très important, et que son téléphone se met à sonner sous notre nez...

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  19. J'en ai tellement rit que ma vue se brouille et que je n'arrive pas à lire les commentaires... Il va falloir que je sonne mes kleenex !

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  20. See Mee : merci ! Tant pis pour les commentaires, le billet est mieux.

    (rhoo ça va je rigole).

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  21. J'ai beaucoup ri à ces mésaventures.
    J'ai un souci, je laisse presque toujours mon portable en mode silencieux, du coup j'allume la radio parce quand le téléphone sonne (enfin lorsqu'on m'appelle), ça crée des parasites sur la radio et je peux ainsi trouver dans quel coin de la maison mon portable se trouve.

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