mardi 1 juin 2010

Le ventre

J’ai un jeu absolument impayable : je prends le chat, qui dort, je le mets sous mon pull, et je dis : « oh regardez, papa est enceinte ! ». A ce moment là, mon fils se tord de rire, car c’est à chaque fois une des farces les plus drôles de l’univers. J’extrais le chat, et tandis que l’animal hébété regarde autour de lui, je clame : « oh surprise ! C’est un chat ! Félicitations papa ! » Nous partons tous d’un rire franc de bon aloi, et ce bonheur une fois partagé, je m’en vais couper du bois, du moins conceptuellement, car nous habitons en ville.

Parfois, lorsque Kéké recherche une peluche, ou un jouet, je le cache encore sous mon pull, je mets en évidence mon ventre rebondi, les poings sur les hanches bien ostensiblement, et avec une voix d’Auguste je m’interroge : « Mais où est donc passé ce jouet ? » Kéké va désigner ma bedaine en gloussant et j’en sors l’objet. Nous rions de bon cœur et nous partons rentrer les brebis, du moins en théorie, car nous sommes citadins.

Or un jour que j’étais avachi sur ma chaise, à la fin d’un repas, ruminant le vague projet d’un suicide collectif géant, Kéké s’approcha de moi, désignant mon ventre avec curiosité : « qu’est-ce que tu as caché sous ton pull ? » Je ne compris pas tout de suite, puisque je n’étais pas en train de jouer du tout. Je répondis juste : mais rien. Il insista encore : « allez, dis moi ce que tu as caché ? » Je regardai plus attentivement, et je compris ce qu’il y avait dissimulé sous mon ventre : mon ventre.

Fin limier rassemblant les indices du monde hostile, j’en déduisis que j’avais pris du bide. Je répondis avec philosophie, voire résignation : je n’ai rien caché sous mon pull, c’est juste papa qui a grossi. Puis pour mon suicide collectif, je me demandai aussitôt quelle ville choisir : Paris est bien desservi en terme de transports, mais il y a la mer à Marseille, ce qui est pratique pour une noyade conviviale. Kéké prit un air incrédule à mon aveu. Papa a grossi ? J’observai son expression, elle me sembla légèrement différente de la fois où j’ai raconté que je pouvais tuer un lion avec mes mains, mais que je ne le faisais pas car, étant l’ami des animaux, j’étais contre.

A ma grande surprise, il me demanda si j’étais en train de devenir un papy : j’en concluai que, pour lui, le ventre proéminent était le symptôme principal de la papitude, ce qui est drôle, enfin, surtout pour le papy. En apnée, rentrant mes abdominaux, j’affirmai : « mais non.. han… pas du tout… han… je ne suis pas… han… un papy… » Mais j’avais compris l’essentiel : il était temps, dans cette maison, de faire de l’exercice. On allait commencer par le chat : je le virai de son canapé en gueulant : « allez, un peu de sport, la grosse ». L’animal, hébété, parti chercher un autre coin pour poursuivre sa sieste permanente.

19 commentaires:

  1. Ha,
    c'est terrible, cet âge où l'on commence à se dire : "han, il est temps de faire un peu de sport".

    On oublie que, jeune, on en faisait du sport, qu'on avait des barres d'abdos qu'on exhibait à la piscine. On en vient à haïr sa propre jeunesse, on se scinde, l'autre, le souvenir de soi, un ectoplasme est à détester...

    On le sait, on le sait, qu'on ne fera jamais de sport, qu'il n'y a plus rien d'autre devant soi qu'une lente et abominable déchéance...

    Bon, j'ai faim, je vais m'acheter des beignets tout gras chez le boulanger du coin. Miam !

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  2. Moi, je m'en fous, j'ai toujours été gros.

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  3. m'en fous, je serai un papy maigre ! A moins que j'arrête de fumer.

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  4. Excellent billet que voilà , mais il faut dire la vérité aux enfants. Oui, je deviens un papy. Comme le papa de Rolando, tu vois, tu te rappelles, quand il s'est assis sur le fauteuil et que le fauteuil a craqué ? Bientôt, tu vois, j'aurais des chaussures avec des scratch car je ne verrai plus mes pieds.

    C'est alors qu'on voit si on a bien élevé ses enfants. Le petit se glisse contre vous, essaie de vous enlacer. Vous souriez ensemble car, évidemment, il n'y arrive pas, avec ses bras de nain. Et il vous dit, de sa tendre voix fluette enrouée de dévotion filiale: moi mon papa, je t'aimerai toujours même si t'es gros, et les lacets, si tu veux, je te les ferai.
    Et vous partagez un maxi Toblerone géant en pleurant d'émotion dans votre Fanta orange pour toi mon ange, Fanta citron pour moi garçon.

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  5. À l'évidence un texte moins "chair" si le chat avait été dégriffé.

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  6. Quelle ingratitude chez les enfants quand même ;-)

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  7. aujourd'hui on m'a expliqué pourquoi en vieillissant les femmes se mettaient à draguer les jeunes-hommes... Parce qu'elles deviennent plus masculines, et que donc elles ne pensent plus qu'à ça ;-))) Puis, on m'a expliqué que les hommes en vieillissant (mais tu as encore de la marge) eux se féminisaient : d'où leur ventre tout rond, pour ressembler à une maman...

    Tu pourras dire ça à Kéké la prochaine fois : parce que les papas deviennent un jour des mamans. Comme il a déjà vu son papa enceinte, ça ne pas pas trop l'étonner.

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  8. Comme Arf, avec un peu d'avance: je suis un papy maigre.
    C'est le genre de texte qui me réjouit chez toi!

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  9. Billet réjouissant et le com de Lucia Mel aussi.
    Je pouffe, et je me lève du pouf où je suis vautrée histoire de faire un peu d'exercice aussi.

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  10. Lucia,

    Déjà que Balmeyer regarde Desperate Housewives.

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  11. Yes, une écriture qui ressemble à un début de livre. Un genre de grand projet qui s'initie chez le narrateur, autour d'une ambiance quotidienne.

    Peut-être bien "Mort aux cons", dans le genre.
    Réjouissant, bon mot en effet.

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  12. C'est bon un petit ventre où l'on peut poser sa tête pour quelques minutes de tendresse...

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  13. Je découvre ce lgbo avec bonheur. En sors presque morte de rire ! Merci...

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  14. Quoi ? La bière ça fait tomber les hommes enceintes ? Bon sang, je me remets au pinard !
    :-))

    [C'est touchant cette prise de conscience, quand même… :-) ].

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  15. J'ai répondu à personne ici, c'est que j'étais trop occupé par la muscu, maintenant que ça va mieux et que je suis super affûté, je vais m'y remettre.

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  16. «Il me demanda»... «j'en concluai»...

    On ne sait qu'en concluer, sinon qu'il faut peut-être retourner iiiiimmédiatement aux séances d'affûtage.

    Arf et gniark.

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  17. Mais dis moi, une fois le chat parti du canapé, tu en as profité pour prendre sa place et regarder un bon film tout en mangeant du pop-corn, non?

    Réellement ! :)

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  18. Hé ho ! Tu vas réveiller Balmeyer.

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