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Le tag de l'inculture (2/2)

Cette "chaîne de blog" est un bon accessoire pour réfléchir, en ce moment, sur ce sentiment simple, et que je commence à trouver assez fondamental, à l'heure où je suis, statistiquement, censé atteindre la moitié de ma vie, à l'heure où je me vois au sommet de la colline, sur le belvédère : le sentiment indécrottable de m'être cultivé, mais de me sentir rustre tout de même, essentiellement plouc, ignorant fagoté en Miss Monde.

Cette idée du costume mal ajusté, on la triture, on s'en amuse, comme le petit stylo qu'on fait tourner dans ses doigts, nerveusement. On insiste plaisamment sur sa petitesse, pour la minimiser. Halloween intellectuel, on se fait peur, on met le pied dans l'eau froide, et le sortir nous réchauffe. Ce sentiment d'inconfort, d'inadéquation, se transforme peu à peu en humilité, à la longue, qui n'est ni fausse modestie, ni orgueil grimé, arlequin de précaution ; on localise sa place au milieu de l'existence, sous-préfecture faite homme, entre les bornes du grotesque et du beau. On se fait une raison. Et les pages des livres que l'on tourne, petites piécettes jetées dans son puits à l'eau trouble, on les lit, avec un plaisir vrai, sans enjeu, pour rien, pour vivre.

Livres : Une fois la fac terminée, je me suis senti tel le coureur cycliste dopé, chargé de produits intellectuels plus ou moins suspects. On aurait pu découper mon crâne d'oie, pour en faire du cerveau gras. Sinon, je lis tellement lentement, que j'en suis à inventer des blagues. Tiens, qu'est-ce que je vais lire, cette année ? J'ai adoré la page que j'ai lue la semaine dernière. Oh merci, un livre de 600 pages ! Mais qu'est-ce que je vais lire, après, dans cinq ans ? Quand j'étais mineur, j'ai lu Germinal. On peut emprunter dix livres, à la bibliothèque, j'espère survivre jusque là. Sur mon testament, j'indiquerai les livres que kéké finira à ma place.

Géographie : en lisant les billets consacrés à cette chaîne, je me rends compte de l'étendu des dégâts. J'ai toujours cru Brazzaville au Brésil, Colomboville en Colombie, Tirana dans une tyrannie, Villeneuve d'Asq au sud, Bruxelles en Belgique. J'ai cru que le Pôle Nord était plein de banquises, avec des pingouins ou des manchots, bref, le mauvais animal. Je suis - par erreur - abonné à National Geographic, je ne paye pas l'abonnement. J'ai signalé de nombreuses fois que je recevais un exemplaire qui ne m'était pas réservé. Cet établissement énigmatique a toujours renoncé à rectifier cette erreur. Comment interpréter cet accident du Grand Horloger ? Suis-je vraiment miraculeusement nul en géographie ? Qu'il faille compenser, pour l'équilibre cosmique, par des revues gratuites ? J'espère à ma prochaine partie gagner le Camembert bleu plus facilement, quand même. Mais je préfère m'effacer sur ce sujet devant ce que dit l'indispensable Mtislav à ce sujet : "Si j'étais moins paresseux, je serais davantage voyageur. C'est la paresse qui me fait davantage géographe".

mathématiques : Ma mère était nulle en math. Moi, j'étais fort en maths. Du coup, à la maison, j'étais une sorte d'oracle, de prêtre des sciences exactes, d'émissaire de la grande calculerie, bien que simplement bon en calcul. En tant que bon fils, donc, il m'est donc impossible d'imaginer ou d'exposer la moindre inculture en mathématiques, ce serait m'attaquer au fils aîné de ma mère, j'aurais la fâcheuse impression, ce faisant, de m'avorter.

Nourriture : J'aime les frites. Au restaurant, je suis triste quand "il n'y en a pas beaucoup". Ma douce me dit : "Mais ce n'est pas la quantité qui compte ! Mais la qualité !". Je bougonne, je rouspète. Oui c'est vrai tu as raison. Mais quand même. Parfois, il arrive que ma compagne ait une assiette de frites plus fournie que la mienne. Je ressens cela comme une injustice, je ne dis rien parce que c'est ridicule, comme si ma mère m'avait dit : tiens, va jouer dans ton placard, ton frère joue avec son nouveau cadeau. Je scrute son assiette, et je lui dis, avec nonchalance : "L'été approche, tiens, tu as pensé à un maillot de bain ? - Mais non, répond-elle, nous n'allons pas à la mer, pourquoi ? " Je fais diversion, du coq à l'âne, je lâche : "Intéressant, le nouveau régime minceur miracle du dernier Elle." Puis je marque un temps, et je conclue : "Bon, nous en parlerons dès que tu auras fini toutes ces frites."

Boissons : Je n'y connais rien en vin. L'autre soir, je suis allé chez le marchand de vin, un type voluptueux avec des tics, barbu, une sorte d'Ulysse caviste. Ses tics qui ravagent son visage donnent l'impression que vos demandes sont absolument scandaleuses. Cet homme me met hors de moi. A chaque fois, j'essaye d'être le plus rustre possible : "Rouge. Entre x et y euros." Il me regarde, réfléchi, interdit, choqué, sa figure outrée par l'extrême mauvais goût de me parler, comme si je lui demandais : "Votre femme. Pipe. Entre x et y euros". Après il me sort un discours pompeux sur les écorces de nuit dans la robe d'une myrtille sucrée et salée mais sèche à la fois, murmurant un secret, comme s'il me filait le code l'arme atomique. Je pense de toute mes forces : "Vous fatiguez pas, de toute façon, je vais certainement vomir, alors".

Mais j'aime le vin, enfin, pas la boisson, qui n'est pas ma préférée, mais j'aime le Vin, le rouge qui tâche, que l'on cueille fraternellement dans les Vendanges, amis avinés aux pactes bavards ; je me souviens de ce sentiment de lyrisme incroyable qui m'a pris à la gorge, devant ces centaines de camions débordants de fruits, saisonniers violets, cuves immenses et grondantes, bruits de forges, vulcains barbus mesurant le sucre des raisins, fourmis efficaces et boiteuses aux figures étranges, satyres aux nez rouge, débardant les bennes comme dans un gigantesque opéra spiritueux. Sentiment euphorique d'être un maillon dans une immense machinerie. Alors je lui montre, au caviste, ma cicatrice au doigt, quand au détour d'un bosquet, ma main s'est faite prendre en embuscade par un sécateur ami : "Ce Vin, voyez-vous, c'est peut-être moi qui l'ai fait !"


EDIT : Zut ! J'ai oublié de faire passer la chaîne ! Allez, hop : Mots d'Elle, Spermy (même si son blog a beaucoup contribué à ce tag, déjà), Lucia Mel (ça lui fera une pause dans Bourdieu), Georges Flipo (parce son métier précédent a beaucoup contribué à ce tag, déjà, et que son métier actuel l'oblige à faire des "tags" pour se faire bien voir histoire de donner envie d'acheter son livre), et la Mère Castor (juste pour que alliez faire un tour chez elle).

Commentaires

  1. un commentaire entre x et y lignes, t'emmerdes pas à répondre, je vais sûrement vomir après alors...


    :)

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  2. C'est Gaël qui est prems mais il n'a pas le billet. C'est odieux.

    Bon, je vais lire.

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  3. Pourquoi la moitié de ta vie ? Je n'ai pas lu la partie "mathématiques" : tu dois être nul !

    L'espérance de vie est proche maintenant de 80 ans mais la question n'est pas là. En fait, comme tu ne fais pas parti des gens morts avant 30 ans... donc ton espérance de vie augmente.

    Bon, je vais lire.

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  4. je m'inscris en fô : mon commentaire est un pastiche tout pourri de la partie "boisson" !

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  5. Gaël,

    Tu n'as lu que le fin du billet, c'est un truc bien connu de rebondir sur la conclusion pour faire croire qu'on a lu.

    Il faut être plus discret. Par exemple, je vais faire un commentaire sur l'avant dernier paragraphe.

    Balmeyer,

    Pour le vin, il est très important d'en choisir un qui soit aussi bon à vomir qu'à boire.

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  6. rhooo ben voilà on fait des efforts à lire des billets et on se fait rembarrer... bravo les copains tiens !

    (je remarque que tu fais aussi un commentaire sur la partie boisson...)

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  7. (tu me vois commenter Balmeyer sur la partie littérature ?)

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  8. Gaël ayant monopolisé la fin du billet, et Nicolas le milieu, il me reste le début : "cette chaîne est un bon accessoire pour réfléchir". Je ne suis pas tout à fait d'accord, puisqu'il s'agit d'inculture. Quand on est inculte, on réfléchit peu ou pas. C'est bien reposant, ce qui me permet d'arrêter là mon commentaire.
    Compliments, vous vous en sortez bien, et copieusement : double billet!

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  9. alors là Coucou vous nous clouez le bec ! trés beau commentaire !

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  10. Mort de rire !

    (Coucou, un des plus beau personnages d'inculte de la littérature, je pense au Joueur d'échecs de Zweigg, est totalement inculte mais il est capable d'un énorme degré de réflexion...)

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  11. Tiens, j'ai mis à jour le billet, j'avais oublié de refiler le bazar.

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  12. « à l'heure où je suis, statistiquement, censé atteindre la moitié de ma vie, à l'heure où je me vois au sommet de la colline, sur le belvédère »

    1) vous vous vantez : vous êtes loin de la moitié de votre vie (moi aussi, mais dans l'autre sens), sauf si vous traversez la rue sans regarder.

    2)Si vraiment vous êtes au sommet, ce n'est pas une colline mais une taupinière : faites un effort.

    (Je repasse demain pour la suite du bobillé.)

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  13. Je précise que je n'avais lu aucun des commentaires émanant des pitoyables alcoolos qui me précèdent.

    Je vais m'en jeter un, pour la peine.

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  14. Suis-je forcé de répondre à tous ces incultes avinés ?

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  15. Gaël : lol !

    Nicolas : oui, bon d'accord. Pour Gaël : je vais tout de suite à la fin des vidéos ! (;) )
    Pour le vin, je tenterai ça, la prochaine fois : "un vin qui soit aussi agréable à boire qu'à vomir". Effet garanti.

    Le coucou : merci ! C'est juste des anecdotes compilés, je devrais faire ça plus souvent. Surtout que 4 billets en décembre, c'est idiot quand même...

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  16. On dit " C'est moi qui l'ai fait"
    Sinon, j'aime bien

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  17. Très belle joute patatière entre ta femme et toi. J'admire ta délicatesse. Je me dis que je n'irai jamais manger de frites avec toi. A moins de soudoyer le serveur pour que ton assiette ait l'air mieux remplie, je trouve cela risqué.

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  18. Problème d'apostrophe : C'est moi "QUI L'ai fait" = je l'ai fait
    Etourdi !
    Un problème d'ego ?
    Non, sinon on n'est pas blogueur !

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  19. Vous m'avez fait ça, Balmeyer ? Vous, dont j'allais, un de ces jours, dire du bien sur mon blog ? Vous m'avez tagué, comme une sorte de vulgaire copain de blog, vous rendez-vous compte ?
    C'est d'autant plus fâcheux que je n'ai pas compris tout de suite de quoi il s'agissait, il m'a fallu cliquer sur les liens pour remonter la piste et comprendre : un tag, c'est une sorte de devoirde vacances corrigé en public. Pouah !
    Mais votre flèche du Parthe est bien visée : oui, je vais vous répondre, lentement et précautionneusement, tous les moyens sont bons pour faire parler de mon prochain roman, "Le film va faire un malheur" (c'est bien celui-là dont vous parlez ? )
    Les éditeurs, la télévision, la radio, les magazines, sont à mes pieds, et moi je suis aux pieds de Balmeyer, la condition de l'écrivain n'est que farce et paradoxes.

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  20. J'allais écrire : Marie-Georges Flipo.

    Mais non.

    Marie-Georges : c'est parce que j'ai trop regardé Dallas. Je suis un winner de la frite.

    Georges Flipo : j'ai eu le tag taquin, mais c'était l'occasion de diriger mes lecteurs, dont le nombre est envié par les concepteurs de prime time, vers chez vous. Vous n'êtes pas obligé d'accepter, Valery Giscard d'Estaing, Jean-Pierre Raffarin, blogueurs de leur état, refusent généralement.

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  21. Glups!! Moi aussi je suis taguée alors? Je me demande s'il s'agit d'une sorte de "dîner de cons" des blogs...mais à bien y réfléchir, tu t'es attablé avant moi...C'est la hola des blogs plutôt, une vague virtuelle...plouf!

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  22. Taguée, donc. Même pas mal, je vous emballe ça quand j'ai un moment, mais avouez que passer après vous ce n'est pas de la tarte, si je peux me permettre.

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  23. Balmeyer a raison, et ça m'agace. Je suis obligé de répondre à ce tag. Obligé parce que "mon métier actuel m'y oblige", c'est lui qui le dit. Mon métier actuel, c'est écrivain, c'est chic, et je ne me lasse pas de remplir des questionnaires, des documents administratifs, pour le lubrique plaisir d'apposer l'ineffable "Ecrivain" à côté de la mention "Profession". Au début, j'ajoutais "écrivain de livres", parfois même "écrivain de livres édités", pour éviter tout malentendu. Mais maintenant, je suis tellement célèbre que ce n'est plus la peine : toute ma famille et quelques-uns de mes amis et voisins le savent. Ou font semblant.
    Balmeyer a raison : je vais répondre à son tag "pour me faire bien voir histoire de donner envie d'acheter mon livre". Il a PRESQUE raison : je veux me faire bien voir pour que les gens écrivent des beaux billets sur le bouquin dans leurs blogs, c'est une gloire qui me suffit. Bien plus jouissive que de recevoir un chèque de droits d'auteur. Je passe mes journées à passer de blog en blog, pour y lire avec admiration les billets qu'on a écrits sur mes livres. A ce propos, je précise : inutile d'avoir lu un de mes bouquins pour lui consacrer un billet. Les billets prêts à publier, je les fournis, adaptés au style de chaque blog. C'est pour ça que je les relis ensuite avec une telle délectation.
    Par contre (oui, je dis bien par contre, c'est plus joli qu'"en revanche", Gide était d'accord là-dessus. Et Gide était écrivain. Comme moi. Alors, avec votre "en revanche", vous pouvez... pff, ce sont des élégances de garçon coiffeur).
    C'est le problème, dans les blogs, on part très vite en digressions, la foule vous y encourage, et l'espace est gratuit. Ce n'est pas comme dans la pub. Et là ce n'est pas une digression, j'arrive pile au sujet : par contre, disais-je, je ne vois pas en quoi "mon métier précédent a contribué à ce tag". J'étais publicitaire. C'était un beau métier, il a contribué à appauvrir mon vocabulaire, et à me rendre méchant. Misanthrope et méchant. Mais je n'y ai jamais appris à contribuer à des tags.
    Tout bien réfléchi, je ne vois pas pourquoi je devrais répondre à ce tag. Il suffirait de publier ce commentaire en billet, et hop, le tour serait joué. J'y ajouterais quelques digressions pour faire plus lâché, je m'arrangerais pour dire discrètement du bien de mon prochain roman "Le film va faire un malheur", un roman noir et méchant, c'est pourquoi l'éditeur a voulu préciser que c'était un livre d'humour. N'en croyez rien, je ne suis pas là pour faire rire les gens, n'oubliez pas que je suis misanthrope et méchant. Je placerais aussi quelques commentaires élogieux sur mon précédent recueil "Qui comme Ulysse", sur lequel tous les blogs amis se sont extasiés, sauf Balmeyer qui s'est contenté de quelques lignes en y intromettant les rectales pudeurs de Christine Angot, comment voulez-vous que je fasse lire ça à mes enfants ? De toute façon, je n'ai pas de blogs amis, je suis misanthrope et méchant.
    Oui, je pourrais m'arrêter là, et publier simplement ce commentaire. Mais Balmeyer en veut toujours plus, c'est le genre de type qui vous pousse dans vos retranchements alors que vous ne les avez même pas creusés. Toujours plus, tu peux faire mieux. Le petit Kéké finira à l'X. Major de préférence. Ou écrivain : l'uniforme est moins bien, mais on ne doit pas défiler le 14 juillet. Vas-y Kéké, it's a long way !
    J'arrête là, c'était juste la bande-annonce de ma future réponse à son tag, auquel je ne comprends rien.
    Je vais quand même y répondre : c'est quand je ne comprends rien à quelque chose que j'en parle intelligemment. Vous verrez. Et je vous préviens, ce sera long.
    Mais d'abord, c'est quoi un tag ?

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  24. je suis tout honorée d'être taguée (par deux fois) pour m'étaler sur mon inculture (actuelle ou à venir); le premier jour de l'année me semblant favorable au propos, je m'y attelle de ce pas (le propos sera illustré).

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