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Net interne

Elle regarde le bout du doigt du petit. Il est noir, juste sous l'ongle.

C'est étrange. Soudain elle s'inquiète. Elle consulte Internet, pour se rassurer, pour en savoir plus : "extrémité du doigt noire". Les résultats sont nombreux. Dans un forum, elle lit cette phrase rassurante : la plupart du temps, l'extrémité du doigt noire n'est pas du tout inquiétante, fort heureusement. Il existe cependant quelques cas assez rares où ce phénomène peut être interprété comme le début d'une grippe ou d'une scarlatine, ou d'une quelconque maladie respiratoire (rhinopharyngite, pneumonie, varicelle, mucoviscidose). Il ne faut donc pas s'en formaliser immédiatement, attendre un peu et au pire, consulter un spécialiste.

Ailleurs, une autre demande : le bout du doigt noir peut-il être dû à une bactérie, ou bien est-ce un virus ? Il existe, répond-on, diverses variations, et diverses éventualités, bactériologique ou virale ; on parle d'angine de la main, voire d'anémie ou peut-être de carence en magnésium (ou en fer) qui se manifeste par un assombrissement des appendices manuels, et parfois du pied. Il ne faut pas s'en inquiéter, mais faire une cure d'agrumes : oranges, mandarines, poires, pommes. Il faut être vigilant, et si vous notez sur un second doigt d'autres signes de noirceurs, la carence a pu se muer en staphylocoque sombre, ce qui est très difficile à dire sans avoir l'enfant sous les yeux, le mieux étant de consulter un spécialiste et de s'inquiéter après, éventuellement. Le médecin la plus part du temps diagnostiquera un simple diabète, de l'asthme ou de l'eczéma.

Le staphylocoque noir, ou ténébreux, a disparu depuis longtemps, il n'est pas exclu, ceci-dit, qu'il apparaisse à nouveau, sous un nom différent, ce que évidemment on ne crie pas sur les toits, étant donné l'implication de certains lobbies pharmaceutiques dans le renouvellement persistants des maladies. On a pu lire à ce sujet le témoignage sur les orphelinats de Roumanie où le staphylocoque noir était inoculé volontairement (notamment à des triplés), certains enfants évadés qui ont été retrouvés ont donné naissance à ce que l'on a appelé le fameux "mystère des enfants manchots des Carpates".

Le bout des doigts noirs, sous les ongles, est parfois dû à un manque d'oxygénation (ou "cyanose anaérobie"), fréquemment constaté dans les grandes métropoles polluées d'Amérique du Sud (Mexico par exemple), phénomène qui aurait tendance à gagner nos villes occidentales. La cyanose anaérobie, si elle n'est pas traitée à temps, peut conduire à un dessèchement de la main, voire à un détachement du membre au niveau du poignet, surtout pendant la nuit, tandis que chacun dort paisiblement. Evidemment, il ne sert à rien de s'alarmer si vous constatez ces symptômes inquiétants, le mieux est de garder son calme, d'attendre quelques minutes avant d'aller consulter un spécialiste le plus rapidement possible, surtout si l'enfant perd un doigt (par exemple si le doigt se détache quand l'enfant se gratte le nez et qu'il reste coincé dans la narine, le pire étant qu'il s'obstrue les deux voies respiratoires en se curant des deux mains, dans ce cas, l'enfant peut s'asphyxier avec ses propres phalanges, ce qui est rarissime, mais observé parfois).

Si l'on veut être exhaustif, il ne faut pas oublier de mentionner le cas, fort rare heureusement, où le symptôme de cyanose anaérobie digitale de type sombre se révèle être en fait un CITC (cancer invasif total du corps), forme de tumeur radicale apparue vers 1986, lors de la mise en vente des pommes ukrainiennes sur le marché européen peu de temps après la catastrophe de Tchernobyl. Cette maladie est peu diagnostiquée, mais emporte en général le petit enfant en quatre ou cinq jours, suite à un pourrissement éclair des os, des muscles et des organes, tandis qu'il se roule à terre, pâle, implorant en vain : "maman, maman". Le mieux est de surveiller les selles. Si elles sont marron clair, il n'y a pas d'inquiétude à se faire, pour le moment. Si elles commencent à être marron foncé, et non moulée, cela peut-être une gastro-entérite, bien sûr, une simple lèpre intestinale ou justement un cancer éclair. Il faut être dans tous les cas vigilant, se laver les mains souvent, être attentif au comportement de l'enfant. S'il a souvent sommeil, son organisme peut être déjà affecté par la maladie qui l'épuise inexorablement. Au contraire, s'il n'a pas sommeil, c'est peut-être signe d'une douleur neuronale et nerveuse, dans les deux cas, la vigilance s'impose, sans s'alarmer outre-mesure.

Le spécialiste, en général, lorsqu'il est consulté, dit : c'est de la terre, sous les ongles. De la terre que l'on attrape, par exemple, en mettant les mains dans la terre. Avec un cure-dent, la terre disparaît, et l'enfant est guéri.

Commentaires

  1. Putain ! Un billet. Va falloir lire !

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  2. On ne guérit jamais d'être parent, vous voilà prévenu.
    Le staphylocoque ténébreux m'a fait frémir, je m'en vais me laver les mains, tiens.

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  3. "implorant en vain : "maman, maman"" de bonheur d'être père et de pouvoir et se déboucher une troisième bière en augmentant le son de la téloche

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  4. Qui n'a pas lu "L'arrache-coeur" ne peut comprendre l'effroi d'être mère...sourire! ( ça fait cher l'avis hygiénique non?)

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  5. pourquoi j'y ai pensé au début à la terre?
    peut-être parce que ça m'est arrivé avec un des trois (qui souhaite garder l'anonymat)qui avait voulu tester le goût de son caca?

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  6. Vous vous faites désirer, mais avec le retour de votre humour le plaisir reste le même, c'est l'essentiel.

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  7. Euh, aurait-il trempé son doigt dans l'encrier? grave maladie aussi, on n'en guérit jamais vraiement...non, mais, les parents, j'te jure!!

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  8. @zoridae
    ce jour-là non, il était assis sur son pot.

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  9. Voilà un texte qui arrive à récréer parfaitement ce que l'on ressent lorsque l'on recherche une info sur les pages web médicale et autres forums santé, ce moment de solitude face au diagnostic qui tombe : c'est peut-être mortel, sinon c'est sans doute rien du tout. Terrible !
    En même temps ici, c'est à mourir... de rire.

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  10. D'un point de vue scientifique ce billet serait d'une parfaite rigueur s'il n'omettait trois aspects du bout des doigts noirs.

    Petit 1 : dans les tours de la Défenses, il a été constaté que les mains des cadres des tours bossant dans les derniers étages ont les doigts plus noirs que les autres. L'installation de caméras de surveillance dans les ascenseurs ont permis la constatation suivante : les cadres "du haut" passent plus de temps à se curer le nez.

    Petit 2 : il arrive qu'on se réveille avec le bout du doigt noir. Si on a légèrement mal au cul, ce n'est pas la peine de se demander pourquoi le bout du doigt est noir.

    Petit 3 : les automobilistes urbains se rapprochent des cadres des tours hautes quand ils ont beaucoup de feux rouges sur leur chemin. Il est amusant de constater que dans ce cas, on ne retrouve JAMAIS le résultat de leurs recherches nasales. Qu'en font-ils ?

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  11. A croire que les médecins ont inventé les enfants pour augmenter leur clientèle potentielle !!!
    :-))

    [Gaël : oh oui !!!].

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  12. Tifenn : vous connaissez beaucoup d'enfants qui ont l'occasion d'approcher, de près ou de loin, un encrier ?

    Balmeyer : comme Mélina, j'avais deviné la chute dès le début : est-ce moi qui devient très perspicace, ou vous qui avez un peu foiré le truc ? En dehors de cela, le texte est réjouissant comme tout.

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  13. les pères, des mères comme les autres ? Et dire qu'autrefois on pouvait s'en donner à coeur joie, à triturer de la terre ou manger des plantes... voire risquer tranquillement sa vie (à se caillasser joyeusement). Aujourd'hui, à l'époque des parents-rois, on se doit d'être des enfants-trésor, et la prunelle de leurs yeux... Ils ne vivent que par nous, ils nous vampirisent. Enfants de tous pays, révoltez-vous !

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  14. ben oui la gangrène faut couper court !

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  15. sans vouloir (tout en voulant...) la ramener... euh... pourquoi qu'y a des blogueurs qui laissent les com's s'étaler avant de répondre ? genre, je suis très pris... moi, je réponds pas... du haut de ma très haute bloguitude, d'ailleurs c'est à ça qu'on la mesure la bloguitude... au temps d'attente avant la réponse... non ? ouais... je sais, y en a qui ont des gosses... qui leur prennent bôooocoup de temps, et un boulot, une carrière même des fois (ben, ouais, les blogueurs c'est pas tous des glandus, des rmistes, des chômeurs, des soi-disant précaires... qui profitent...). Bon, Balmeyer, c'est quand tu veux (sans vouloir te commander).

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  16. pour nuancer des propos qui pourraient sembler agressifs... (et dont "l'humour" risque d'être mal compris, ok la bloguitude, c'était assez nul, et puis je rentrais d'un dîner en ville arrosé... que les dieux de la blogosphère me pardonnent) : euh, Balmeyer, tu nous balances une info super inquiétante (même si la chute se veut rassurante)et tu nous laisses sans nouvelles de Kéké. Sincèrement, comment ça va ?

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  17. Lucia mel : "pourquoi qu'y a des blogueurs qui laissent les com's s'étaler avant de répondre ? genre, je suis très pris... moi, je réponds pas... du haut de ma très haute bloguitude, d'ailleurs c'est à ça qu'on la mesure la bloguitude... au temps d'attente avant la réponse..."

    Dis, tu suis une formation spéciale pour sortir de pareilles bêtises ? :) Du genre, un sèche-cheveu collé contre l'oreille pour faire entrer plein d'air dans la tête ?

    Non, tout va pour le mieux. Je consacre moins de temps à bloguer, donc j'ai moins le goût pour ; j'ai moins le goût pour, donc j'y consacre moins de temps... j'adore ton fantasme de blogueuse sur ma "très haute bloguitude", je ne dis pas ça méchamment, mais pour te chambrer, c'est amusant de noter que toi, qui revendique un regard "critique et plein de recul" sur "léblogs" soit la première à noter mon entorse au "protocole"... ;)

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  18. Nicolas : moi je me suis rendu compte d'un truc terrible. Je n'ai jamais le bout du doigt noir.

    Dernièrement, Z. est partie 4 ou 5 jours, et j'ai commencé à avoir le bout du doigt noir.

    J'ai trouvé l'explication de ce mystère en réfléchissant : je fais la vaisselle. (Je suis un peu mon propre Sherlock Holmes, c'est passionnant).

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  19. Didier, Mélina :

    primo je ne "foire jamais mon truc" ! (smiley !)

    Non, en fait, j'ai fait une caricature pour me moquer gentiment de quelqu'un de... proche, dont je ne citerai pas le pseudonyme qui commence par un Z... et pour forcer la caricature comme un gros Benny Hill, j'ai pris le truc le plus évident possible... mais en vérité, c'est plus subtil, du genre, le nez qui coule, c'est peut-être une hémorragie de la matière grise, etc.

    Docteur Taha : donne moi l'adresse de ta clinique, que je n'y mette pas les pieds ! :)

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  20. Je n'ai pas encore l'habitude de ce genre de billet. Cependant, j'aime beaucoup ^^

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  21. ok, ok... j'avais un peu charrié... je l'ai reconnu, je t'avais aussi dit d'autres choses... je comprends que t'aies été touché par le plus nul. Bon, tu blogues moins. T'as raison (car tu dois faire d'autres choses bien plus intéressantes, et je trouve que, finalement, c'est peut-être ça l'issue). Mon regard critique, je le porte, avant tout, sur moi-même, merci de me rappeler que je suis une blogueuse comme un(e) autre. La seule façon de ne plus l'être... c'est de ne plus bloguer (ouais, j'ai remis en marche le sèche cheveux... ;-))) Bises, à la petite famille (toi, à mon avis, c'était pas la terre, mais l'encre).

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  22. Tu as charrié, je t'ai charrié, et tout va bien ! :)

    En plus, j'ai fait le billet de mars, donc tout va bien ! :)

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  23. Oh ka la... je me reconnais bien là et cette angoisse du tout ou rien pour chaque symptôme. Pour ma fille, je change de technique : j'appelle son docteur.
    Et il se marre bien ! :)

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  24. C'est même pas exagéré en plus !

    Tout est dans la nuance. Bien entendu, j'adore...

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  25. Didier Goux, désolée, pas vu, oui, j'en connais: ceux qui ont des parents suffisemment bordéliques pour laisser trainer leur stylo plume un peu partout...vous connaissez des enfants qui ne touchent à rien?

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