Accéder au contenu principal

Les aveugles

Il faut être patient. Ils souffrent ces pauvres enfants. Avec leur cannes blanches, à tâtonner sur les trottoirs, hasardant un chemin, moi les guidant. Avec leur milliers de questions, leur liste infinie de demandes. On est où ? De quelle couleur est le mur ? C’est quoi le vert ? Pourquoi il fait froid ? Quelle heure il est ? C’est quoi le vent en fait ? Pourquoi la terre tourne autour du soleil ? Tu es habillé comment ? C’est quoi un ptérodactyle ? Tu es où ? Pourquoi on meurt ? A qui tu parles ? Qu’est-ce que tu dis ? Qu’est-ce que tu fais ?

Je réponds doucement, avec patience. Je suis l’accompagnateur, le chauffeur de bus, le guide, le repère. Allez, on va rentrer les enfants. Ils me suivent, comme une portée de canards, à la queue leu leu, ils se suivent les uns les autres, avec leur canne blanche. Ils pourraient se suivre les uns les autres longtemps, se tapant le mollet avec la canne, faisant aïe mais arrête fais attention, pourquoi tu me tapes comme ça, on est où ; puis se perdre dans la ville.

Comme ils ne voient pas, ils parlent fort. Comme des sourds. Allez savoir pourquoi. Ils m’imaginent loin, alors ils m’interpellent, leur voix porte résonne. Leur voix est bien posée, comme les chanteurs, ils parlent, ils s’exclament, théâtralement, avec autorité. Ils m’apostrophent à longueur de temps. Je suis juste à côté, ils gueulent pourtant comme si j’étais à cent mètres. Tu es où ? Tu fais quoi ? On est où ? Pourquoi on va là ? De quelle couleur est le ciel ? On regarde quoi là ? A qui tu parles ?

J’ai la tête comme une pastèque. Ils sont adorables. Je suis patient. La nuit, je pourrais dormir pendant un mois. Je leur dis chut s’il vous plaît, parlez un peu moins fort. Soyez raisonnables.

Allez, on va visiter un musée. C’est dans l’emploi du temps. Je pense : c’est quoi ce truc débile, visiter un musée ? Ils tâtonnent, tabassent des œuvres d’art au hasard avec leur canne. On fait quoi ici ? C’est quoi tout ça ? Je les vois, cherchant, leurs pupilles dilatées à fond, les yeux en roue libre, fous, tels des billes qui n'en finissent pas de rouler. On dirait des drogués, divaguant dans le brouillard. Ils se parlent entre eux, ils se cherchent, ils crient, ils craignent de se perdre. J’ai la tête comme une citrouille. Je leur dis : chut, parlez moins fort s’il vous plaît. Ils tâtent les œuvres d’art, les cernent, les envahissent, les englobent, les enlacent. Les sculptures, câlinées par les enfants aveugles. Ce n’est pas autorisé, mais le vigile est bien embarrassé, des « non-voyants », vous pensez. Ça fait de la peine. Je leur dis mollement, non, on respecte les œuvres d’art, s’il vous plaît les enfants, ils les malaxent pour les comprendre, pour les sentir, pour les modéliser dans leur crâne, pour construire leur image avec leurs doigts. Ah je suis désolé, dis-je au vigile. Le vigile, confus, embarrassé, semble avoir quatre mains pour s’excuser de vigiler.

Mon visage. Mon corps est à moi, je pourrais avoir un peu d’air ? Un peu d’espace ? Un peu d’intimité ? Mais je suis patient. Ils me malaxent comme de la pâte à modeler, ils me touchent, m’appuient, me contournent. Ils me labourent le visage de leur mains curieuses. Et ça c’est juste pour vérifier, pour constater. Parce qu’ils me touchent en plus pour que je les protège, pour que je les guide, pour que je les aime. Ils veulent des câlins. C’est juste comme de l’essence, comme pisser, comme manger, dans leur nuit permanente, l’empire incompréhensible fait d’obstacles invisibles, ils veulent des câlins, ils veulent sentir mes mains les délimiter. Ils me palpent, ils sont sur moi, des centaines de singes sur un arbre. Ils sursautent aux bruits soudain, comme des petites créatures. De l’air ! Parfois ils sont juste tristes, ils ont une pointe de déprime, surtout ceux qui ont déjà vu et à qui ça manque, là comme ça tout d’un coup. Ils s’affaissent, regarde dans le vide, encore, en pire, le vide vide.

On va rentrer. Ils sont fatigués, ils sont nerveux, ils se sont beaucoup concentrés. Ils m’interpellent. Ils parlent fort. Encore. Je suis patient. Puis je gueule : bordel de merde, vous pourriez pas fermer un peu vos grandes gueules de temps en temps, ou je vous casse vos cannes blanches sur le crâne ? Silence. Des gens nous regardent, horrifiés. Ils s’agrippent à leur canne, les enfants aveugles. Parce que le guide, le chauffeur de bus, le moniteur, il en a raz la casquette. Ils se taisent. Enfin. Ce n’est pas trop tôt. On est dans le bus. C’est calme. Pas de chahut. Pas de question. La paix. Je mets un peu de musique. Mozart. On rentre tous au foyer. Détendu, tranquille, serein, je souris.

Commentaires

  1. Vous retardez, mon bon ami : on ne doit plus dire "aveugles", mais "blogueurs politiques".

    Plus sérieusement, avez-vous lu ce roman de José Saramago qui s'intitule L'Aveuglement ? La maison Goux vous le recommande.

    RépondreSupprimer
  2. P.S. : il existe en édition de poche, salaud de pauvre !

    RépondreSupprimer
  3. Merci, je le note aussi, salaud de bourgeois.

    J'aime bien ce texte Bal. Il y a une progression vers l'explosion finale. Accessoirement, c'est drole parce que je m'apprête à poster un billet sui se déroule dans un musée.

    Je crois quand même que, pour en revenir à ton billet, que la déférence vis à vis du handicap est ce qu'il y a de pire. Pour toutes les parties concernées. Quand les momes gueulent trop, tu le leur dis sans ambages. Pas de raison que ce soit différent avec de petits aveugles.

    ----

    Didier,

    rappelez-vous vos leçons de "bien parler", on dit non voyant.

    RépondreSupprimer
  4. D'un autre côté, que des petits aveuglent braillent, n'est-ce pas...

    RépondreSupprimer
  5. Didier : rah c'est malin ! :) Non, je n'ai pas lu les "Aveugles". J'ai fait une petite recherche, je suis assez tenté.

    Dorham : moi je le chercherai à la bibliothèque municipale, salaud de super pauvre ! Oui, la trop grande déférence, c'est terrible... c'est un piège. Surtout avec des pré-ados... (qui sont avant des ados, donc des gens à mettre en pension, à l'eau, au pain sec et beaucoup de ménage à faire).

    Nicolas : faut que ça sorte !!!

    Didier : Je suis furieux de na pas y avoir pensé. Furieux.

    RépondreSupprimer
  6. Ce texte est drôle, bien écrit mais je ne sais pas, je ne me sens pas tout à fait à l'aise... Peut-être parce que je devine d'où il est venu. ..

    RépondreSupprimer
  7. J'adore ce texte. Le style est magnifique.

    RépondreSupprimer
  8. Zoridae, on va dire que c'est une fiction... personnelle ! :)

    Pourquoi pas à l'aise ? Dans cette histoire, dire que ces enfants ne sont pas en verre, qu'ils sont forts, limite pénibles, c'est une forme de tendresse.

    Lois : merci.

    RépondreSupprimer
  9. Ben tiens, puisque j'ai fait mon désagréable chez Madame, il n'y a pas de raison...

    Contrairement à Loïs, je n'adore pas ce texte, ni n'en trouve le style «magnifique». Vous avez amplement prouvé, ici même, que vous étiez capable de bien mieux que cela, vraiment bien mieux. La belle série des "B & C" était nettement supérieure à ce texte. Et puis, tant que je suis à sans doute me fâcher avec vous (si, si : je connais le derme sensible des auteurs !), les petits textes "Oh91" étaient également assez indignes de vous.

    À partir du moment où vous avez mis la barre à un certain niveau, il vous reste deux solutions :

    1) faire au moins aussi bien,

    2) vous taire.

    Ça vaut aussi pour certains textes récents de Zoridae.

    RépondreSupprimer
  10. Didier Goux : odieux patapouf ! :o)

    Si je ne faisais que des textes de mieux en mieux, à partir d'un moment, je finirais comme Marcel Proust, asthamatique !

    Les textes ont des hauts et des bas, je ne vois absolument pas où est le problème ! Mon "problème", avant, était justement que je voulais faire de mieux en mieux, j'allais me transformer en Jean-Claude Van Damme du blog, avec plein de pectoraux dans les mots, plein d'images super balaises, plein de démonstrations de phrases, des grandes manœuvres littéraires. etc. etc. Ce n'est pas mon objectif. Je ne tiens pas à remporter le championnat du monde des poids lourds du blog !

    Votre critique, que je ne prends pas mal du tout, évidemment, me donne l'occasion de préciser ça. Je m'autorise à faire des textes ambitieux, je m'autorise aussi à baisser le régime, à écrire pour rire, pour blaguer, pour faire un clin d'oeil, pour amuser la galerie.

    En plus c'est un peu réducteur, votre vision, un peu romantique enflammé, tempétueux, tout ça, puisqu'on ne considère pas un blog sur 15 billets, mais sur une période un peu plus longue, non ? Vous avez la Traviata mauvaise, vous...

    A propos de Traviata, allez plutôt lire Dorham, il vient de pondre un texte extraordinaire, allez lui faire les compliments qu'il mérite amplement !

    RépondreSupprimer
  11. Je l'aime bien ce texte. Comme un tourbillon, puis une explosion, et le calme. Je les voyais 40, les mômes...
    Facile à lire, et c'est bon parfois, juste fluide et sans plus de décors, des textes lâchés...

    RépondreSupprimer
  12. Ma mère est aveugle. Enfin plus ou moins. Un peu. Pas tout à fait. Ma gosse n'est hypocondriaque, elle serait plutôt de type "hypercondriaque". Aujourd'hui, elle s'était soit-diant cassée le bras. Il y a à peine deux mois, c'était la cheville. De 13h00 à 20h00 aux urgences. Elle n'a rien. Comme il y a deux mois d'ailleurs.

    Si seulement elle pouvait-être aveugle, je l'abandonnerais dans une gare, comme ma mère... Je comprends bien ton accompagnateur.

    RépondreSupprimer
  13. J'ai trouvé cela drôle. J'ai bien aimé l'image des aveugles voulant toucher des mains et des cannes blanches les oeuvres, les status. Et c'est vrai ils sont pénibles. Tout ce bordel de bruit, quand même dans un musé. (j'avais lu juste avant Dorham)

    RépondreSupprimer
  14. Nelly : il est venu rapidement, sous le coup d'un vif sentiment...

    Merlin : n'abandonne pas ta famille. Légalement je suis responsable. Je m'en voudrais, en prison, à manger les oranges pourries que Didier Goux m'apporterait (hum hum).

    Marc : je ne comprends pas pourquoi on sort les aveugles. Une bande sonore suffirait. L'argent du contribuable, bon sang !

    RépondreSupprimer
  15. C'est vrai ça, tu es surement sur une mauvaise pente : bientôt, tu publieras un billet avec une photo de toi le doigt dans le nez, si ça continue.

    RépondreSupprimer
  16. Les billets sur oh!91 sont très bons. Ils ont un vrai ressort. Ils ne sont pas là pour verser dans la "littérature", ils sont là pour être fendards et ils le sont. Avec des redondances qui font le nerf d'un exercice de style.

    Peu de gens sur le net pourraient faire de tels billets, juste pour faire rire tout en étant plein de talent.

    En ce moment, vous êtes dans votre période grincheux systématique... Je préfère vous voir raler pour de bonnes raisons.

    Entre hier sur mon blog et ici, ça fait deux fois que vous vous plantez de cible.

    RépondreSupprimer
  17. audine : le pire, c'est que Didier Goux, avec son alternance d'articles écrits, ses citations, ses coups de gueule, a un peu contribué à me faire lever le pied, bloguer plus spontanément !

    Dorham : c'est le côté XIXème siècle de Didier, cheveux dans le vent avec une lavallière... besoin de lyrisme radical... le jeune Werther (Original's), se jeter dans les fleuves à la moindre occasion... Didier ferait mieux de redevenir de gauche, ça lui manque trop ! (smiley! )

    Ecrire :

    "il vous reste deux solutions :
    1) faire au moins aussi bien,
    2) vous taire."


    J'ajouterai :
    3) rentrer dans les ordres.
    4) vous provoquer en duel.
    5) m'enfermer sur l'île d'Elbe.
    6) acheter une bungalow à Waterloo.

    etc.

    RépondreSupprimer
  18. 6) acheter un bungalow pour que Sinatra puisse le détruire !
    7) coucher avec la soeur de Chateaubriant (peut-être est-elle encore un peu chaude - oula, j'ai un peu honte de celle-là)
    8) trancher mes veines une à une (c'est surement fastidieux à nettoyer)
    9) écrire une mélopée à la gloire de Louis XVIII !
    10) tout compte fait, essayer de lire Le Figaro...
    11) écrire une saga à partir de la chanson magnifique de Michel Sardou : "si les ricains n'étaient pas là"...
    12) je viens tout juste de comprendre la remarque d'Audine ; elle est merveilleuse mon Audine préférée...mort de lol à donf de rire !

    RépondreSupprimer
  19. autre solution, Balmayer, vous astreindre à prendre en photo 15 plaques par jour.
    Je vous assure, ça calme vite des ardeurs littéraires...
    amicales salutations au jeune Quicoukol, ceci étant dit...

    RépondreSupprimer
  20. Chateaubriand avec un "d", Monsieur Dorham. À moins que vous ne parlassiez d'Alphonse de Châteaubriant, collaborateur notoire, ce qui me surprendrait de votre part...

    RépondreSupprimer
  21. Pour le reste, c'est comme le l'avais prévu : on fait corps autour de l'écrivain outragé contre le vieux grincheux qui n'a rien compris (peut-être même est-il jaloux ? Je suis surpris que personne n'ait encore creusé cette veine...).

    Il en va des blogs littéraires comme des blogs politiques : tu génuflexes d'admiration béate ou tu fermes ta gueule.

    RépondreSupprimer
  22. Didier, je ne vous reproche pas vos critiques, tout à fait fondées !

    Et puis on peut bien s'amuser avec Dorham de vos exigences lyriques, non mais oh !

    Je ne pense pas que vous soyez jaloux, vous sortez un bon texte quand l'envie vous prend, laissez moi juste essayer de faire de même !

    RépondreSupprimer
  23. ohlala, n'importe quoi !
    Vous voyez du mal là où il n'y en a pas.

    Je maintiens que vous vous trompez de cible. Le blog de Balmeyer n'est pas un blog prétentieux. Il y a alternance entre l'écriture et la franche rigolade un peu "camarade".

    La jalousie ? Vous délirez, où en a-t-il été question ?

    Je ne vous laisserai pas vous complaire dans votre rôle de pourfendeur transmué en éternel victime.

    Qui vous a reproché par exemple le débat que vous avez eu avec Zoridae sur son texte ? La discussion a été saine et plutôt constructive. Parce que vos arguments étaient basés sur une vraie réflexion. Z. ne s'en est pas offusquée et certaines personnes étaient plutôt d'accord, d'autres non ; on ne peut pas être tous d'accord sur tout et je vous rappelle à davantage d'humilité : votre jugement peut être erroné !

    Ici, on a seulement l'impression que vous cherchez de quoi râler. Vous le faites ici, chez Poireau, chez Nicolas, chez moi...etc. Partout en quelque sorte, vous faîtes feu de tout bois.

    L'argument selon lequel il faudrait toujours faire "grand", toujours "à la hauteur" est un argument fallacieux. Ce qui fait le charme d'un blog, c'est son caractère quotidien, et sa nature "fluctuante". Parfois, c'est bon, parfois c'est moins bon. Sinon, précisément, cela verse dans la prétention et la puanteur.

    C'est pareil chez vous, je vous le signale. Quand vous êtes dans l'onirique ou dans le pamphlet, c'est souvent très beau. Quand vous faîtes dans le réac mal poilé, vous êtes en dessous de votre niveau réel. Ne vous y trompez pas, vous avez également votre cour pour vous défendre...

    Qu'est-ce que c'est que cette façon de redresser les torts de chacun ?

    Il y a quelque temps, Bal a fait un texte intitulé Orphée. Je lui ai dit sans problème que ce texte ne me semblait pas "taillé" pour lui. Parfois on manque la cible.

    La série sur oh!91 n'est rien de plus qu'une blague potache. Elle est donc exempte de jugement "littéraire".

    Je persiste et signe ; vous vous plantez ! et vous vous plantez parce que vous avez des idées préconçues. Comme je le dis, j'aime quand vous trollez mais de manière intelligente. Là, vous êtes dans un systématisme bête et méchant, "en colère toute l'année".

    RépondreSupprimer
  24. Voilà ce que c'est que de taquiner les vieux grincheux : ils en profitent pour faire une thèse de martyrologie.

    RépondreSupprimer
  25. Dorham, vous faites trop long et trop énervé pour que seul Balmeyer soit n cause...

    Je rappelle que, moi, je ne tiens pas un blog LITTÉRAIRE, par conséquent j'ai le droit d'écrire n'importe quoi. Les mots "littéraire" ou "littérature" impliquent des exigences, des renoncements, du travail, et même des aigreurs d'estomac, parfois. Je ne retire donc rien de ce que j'ai dit, malgré le haussement de ton de M. Dorham.

    RépondreSupprimer
  26. Didier,

    Mais qui a dit que nous avions des blogs littéraires ?
    Pas nous !

    RépondreSupprimer
  27. Ah ? Et à Romans, vous étiez inscrits sous quelle bannière ? Blogs charcutiers ?

    RépondreSupprimer
  28. "trop long et trop énervé" ; sans doute. C'est une chouette façon de discuter. Je ne hausse pas le ton, je vous explique ce que vous pichenettez avec pas mal de mépris.

    C'est dommage. De toute façon, vous n'êtes pas vraiment du genre à consentir d'avoir dit une connerie...

    Si vous descendiez de temps en temps de votre baobab, vous pourriez vous rendre compte que parfois tout en bas, vous êtes dans le faux...

    Pas grave, passons à autre chose ! Ce n'est pas la première fois que vous bottez là où bon vous semble. Malgré toute la sympathie...etc.

    RépondreSupprimer
  29. Dorham n'est jamais trop long. Dorham c'est Dorham. La bonne longueur d'un texte de Dorham, c'est lorsque le texte commence au début et finit à la fin du texte de Dorham.

    Bon, je plaisante, Didier, c'est gentil au fond, vos reproches, vous dites en fait que vous avez beaucoup aimé mes billets d'avant, et qu'il serait temps que je me ressaisisse... j'ai dit ce que j'en pensais, mon blog n'était pas sensé être littéraire, à la base. Après, il y a des catégories (le Festival de Romans...)...

    Littéraire ou pas, je ne cache pas que j'essaye des textes ambitieux, parfois (ça serait trop facile de dire : "vous avez aimé ? Ah ben j'ai pas fait exprès, je suis une toute petite chose")

    Mais avant, je me "taisais" comme vous dites quand je ne le "sentais pas", et je faisais un billet par semaine.

    Là, je suis d'humeur badine après avril / mai où j'ai fait B&C, et après une période austère, j'ai envie de choses légères, et d'essayer de bloguer un peu tous les jours... c'est tout ! c'est tout ! C'est tout simple.

    En plus, vous l'avez bien compris. Vos trois premiers commentaires sont des blagues. Après le compliment extrême de Lois, vous avez cru bon me dégonfler les chevilles, que j'ai toute minces. Sur la forme, c'était ronchon, et on a bien fait de vous charrier.

    C'est un peu comme si mon épouse me lançait : "mais tu es en slip ???" quand je me réveille, ou bien "mais tu prends des douches NU ?"...

    Moi aussi je suis trop long, c'est terrible...

    RépondreSupprimer
  30. Didier, Dorham, nos commentaires se sont croisés (c'est ça les commentateurs longs...)

    Oui, moi je m'inscris partout en "littéraire", c'est vrai. Et je ne me dis pas : "les blogs littéraires sont des salons de thé où l'on cause précieux avec des mamies du VII", je dis : "je fais un blog littéraire où je dis caca si ça me chante, parce que j'en fais ce que j'en veux"...

    En plus, il s'agit d'un blog littéraire, pas de littérature. Pour moi c'est comme des mots croisés, c'est un jeu intelligent, parfois cultivé, captivant, prenant, estimable, mais en aucun cas cela fait de nous des Proust ou des Hugo.

    Enfin, je suis trop long à me justifier, mais bon, c'est bien de bavarder aussi... allez, bon campement chez vous.

    RépondreSupprimer
  31. la lecture sans com finalement c'était pas plus mal...ça ferraille dur ici....
    cette idée aussi de vouloir toujours se justifier !
    ca me donne envie d'ouvrir un blog juste pôur écrire des pauvres trucs indignes des lecteurs, qui me tanceraient : mais non c'est pas assez nul ça, tu peux faire mieux
    heu...
    ça vous vient d'où cette idée d'excellence Didier Goux ? c'est pourtant bon parfois de se vautrer dans l'indigence et le dilettantisme
    (surtout que l'homme est naturellement et foncièrement mauvais à la base, tout à l'intérieur de lui)
    sinon faut pas écrire du tout
    c'est comme parler
    si on ne devait dire que des trucs réellement intelligents et fins, et drôles, on ne dirait pas trois mots dans la journée
    remarquez, c'est comme commenter...

    RépondreSupprimer
  32. Je ne suis pas rentré dans les aveugles (no pun intended), sans doute faute d'être sensible au problème, mais j'ai adoré les oh91, preuve qu'on peut faire un mixte de SAS et de san antonio en 3 fois dix lignes.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Wagram

Avenue de Wagram, devant un hôtel trois ou quatre étoiles, quelques barrières ont été installées de part et d'autre pour que s'accumulent des jeunes filles en fleur et en short. Elles semblent attendre depuis un moment, immobiles et compactes, et ce regroupement, provoqué manifestement par une prochaine épiphanie de vedette, emplit ce fragment d'avenue du bruissement électrique de la Célébrité. Des touristes et passants intrigués s'arrêtent pour scruter les jeunes filles qui scrutent l'entrée de l'hôtel, et moi je scrute à mon tour les passants curieux. Cela aurait été un triangle parfait de scrutement si les jeunes filles m'avaient regardé moi, mais en vérité je suis informaticien.

Chacun y trouve son compte, dans ce grand drame de l'attente ; par exemple moi-même, n'y comprenant rien, j'observe la scène tel un contempteur bien au dessus de tout ça. Si ces jeunes filles ont décidé d'être une foule dense à raison de huit par mètre carré, com…

La lanterne magique

Quand l'étincelle a disparu, dans cette lanterne magique qu'est la tête, le film du monde est laid. On regarde le soleil qui s'y couche comme un gros tas flasque de particules molles. Les chiens sont des boites à bruits, au bout des laisses, comme des yoyos à jamais déroulés. Les gens ont des barbes qui vous grattent à vous. Ils parlent en faisant des fautes d'orthographe. Les arbres s'alignent de manière bucolique comme des bâtons pour chiens, plantés là. Vous êtes ce chien qui ne peut prendre les arbres dans votre gueule, ces bâtons de joie, et détaler. Vous regardez les arbres, intransportables, et plus rien ne court. Vous vous retrouvez nez à nez dans un endroit où vous étiez content, une fois, et vous voyez votre ombre encore contente (car les ombres sont lentes), et vous vous sentez de trop dans ce souvenir heureux plus réel que vous-même à cet instant. Vous quittez les lieux poliment. Il y a des magasins qui vendent des thés ridicules. Il y a des bars qui ve…

Ballons

Nous nous promenions au parc de Sceaux, il y avait une sorte de kermesse pour lutter contre les myopathes (contre la mucoviscidose me corrigea Emeline). Derrière les stands, s'activaient des gens qui vendaient des parts de gâteaux au prix d'un ticket vert. Il y avait des panneaux explicatifs sur la maladie, des jeux de pêche et de massacre.

Un speaker remercia la fanfare de Clamart. J'y avais remarqué un joueur d'hélicon assez maigre, et ceci me plut car je tenais, à l'occasion, des statistiques sur les membres des fanfares, afin d'établir un jour une pittoresque découverte. J'avais déjà noté que les joueurs d'hélicon étaient souvent maigres, ce qui me fascinait car l'instrument exigeait de la puissance, et donc un costaud au bout du tube me semblait-il ; je croisais certes sur ma route une fanfare environ une fois l'an, l'étude avançait lentement mais malgré tout, je tenais pour certain que l'hélicon était si gourmand qu'il épuisait…