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Bonnie et Clyde (13)



En vérité, je n’aurais jamais utilisé l’arme contre qui que ce soit.

Je me souviens d’une scène, dans un téléfilm, qui m’avait marqué quand j’étais petit. Les bandits décident qu’il est temps de flinguer la victime. Un otage ? Une balance ? Un complice ? Je ne sais plus. L’idée générale pour ces gens était : ce qui est fait n’est plus à faire. Mais la victime ne l’entendait pas d’une façon aussi administrative. On l’avait agenouillée sur le gravier pour lui tirer une balle dans la nuque, et elle répétait en gémissant : je ne veux pas mourir ! Je ne veux pas mourir ! Comme si on voulait mourir. En plus, dans un téléfilm à petit budget, c’est toujours plus glauque que dans les superproductions, où l’on bénéficie de roquettes et de monstres.

Non, je ne me voyais pas faire ça.

J’adorais la route où nous roulions, sombre, neuve, du bitume noir et plat tendu comme une corde à linge, un voie sanglée dans une combinaison luxuriante d’arbres. J’admirais la forêt toute puissante et, soudain, nous percutâmes une bête. Un couinement perçant, le phare qui s’éteint, l’obscurité encore plus prégnante. Bunny a poussé un cri, nous nous sommes arrêtés, avons ouvert la portière nous séparant des ténèbres ; j’aurais bien continué moi, on s’en fout après tout des bêtes dans la nature, elles n’ont qu’à y rester, dans la nature, et respecter les routes nationales. Mais Bunny était trop sensible, j’aurais poursuivi, je crois que j’aurais eu peur d’elle, pendant mon sommeil..

C’était un chien. Il avait un collier rouge. Bizarrement, il ne saignait pas, il était juste allongé près du fossé. Il respirait vite. Il est vivant ! criais-je pour Bunny. Bonne nouvelle ! Je suis rassuré. Allons-y ! La route est longue. Mais Bunny s’était agenouillée près de l’animal, pauvre bête ! Pauvre bête ! Il est blessé, il faut vite l’emmener dans une clinique vétérinaire. Mais tu es folle ! Pousse-toi, lui dis-je avec autorité, je m’y connais, mes grands parents avaient une ferme.

Je me suis accroupi. Je n’y entravais rien, en fait, tout juste si j’avais aidé ma grand mère à tuer les portées de chatons surnuméraires, dès leur premières heures. Le chien me regardait du coin de l’œil. Il gémissait, plainte monotone, à l’usage d’un type en forme de maître.

Il gémissait de plus en plus fort, au fur des minutes. Comme le Boléro de Ravel, avec plein de chiens agonisants, engagés dans l’orchestre. C’était exaspérant. Je le motivais à le remettre sur ses pattes. Assis toutou, donne la papatte. Rien, l’animal relevait juste la tête en pleurant plus fort. Allez debout, le chien, s’il vous plaît Jésus, guérissez le, juste pour vous dégourdir le miracle. On peut pas le laisser comme ça, non.

Je suis revenu avec l’arme. Je marchais lentement en me dirigeant vers le chien. Je regardais les arbres, un par un, on aurait dit un musée de la nature, je flânais. Puis j’ai sorti l’arme de l’étui, la portière de la voiture a claqué, Bunny devait se boucher les oreilles. Sans réfléchir, vite, j’ai pointé l’arme au hasard vers le chien et j’ai appuyé sur la gâchette. Rien, la sécurité était enclenchée. J’ai cherché un moment comme retirer ce truc. Là, le chien a remué la queue, ce con. J’ai dit alors avec tristesse : gamelle ? Il a remué la queue un peu plus fort. J’ai tiré, je me suis fait surprendre par le recul, ça m’a fait mal au poignet.

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