lundi 22 septembre 2008

La Joie des enfants

Kéké a prononcé ces paroles, un soir, nous souriant d’un air complice : « c’est la joie des enfants ! ». Air complice, pourquoi, ces mots paraissaient tomber de la lune. Mais il avait son petit sourire entendu, fier. Alors je l’ai regardé, interdit, et j’ai fait celui qui comprenait parfaitement : « La joie des enfants ! Bien sûr ! ».

Il a dû entendre cette expression à l’école, peut-être une histoire de sa maitresse, « apprendre à lire, c’est la joie des enfants !», ou sans doute dans la cour quand les petits s’adonnent à des jeux barbares : « s’étrangler pour devenir tout rouge, c’est la joie des enfants !».

Cela a sonné comme un corps étranger dans son langage, dans notre langage commun, que nous partagions tous les trois, jusqu’à présent. C’est le monde extérieur qui s’y glisse. Et comme nous sommes très heureux qu’il s’ouvre au monde, très heureux de le voir grandir, et nous de vieillir, et de crever comme des chiens puants dans des fosses communes, nous l’avons félicité. C’est la joie des parents !

L’expression nous est restée. Depuis quelques jours, nous la déclinons jusqu’à l’absurde, en riant, pour tout. Se brosser les dents, finir ses brocolis, péter, jouer aux voitures, sortir les poubelles, aller pisser, tout ça, c’est la joie des enfants ! Il glousse quand on l’imite, satisfait d’avoir enrichi la famille de quelques mots, de nous fournir des fragments énigmatiques de son monde nouveau.

Ce matin, le réveil n’a pas sonné. On s'est levé, paniqué, avec la tête éclatée des vampires malpropres qui ont raté le crépuscule et qui vont se faire prendre par les contrôleurs de l’aube. On s’habille à toute berzingue, et nous voilà dans la rue. Kéké n’a pas l’air habillé, il a l’air emballé par ses vêtements, saucissonné, tout de traviole. Et il n’a pas l’air emballé du tout, en fait, d’aller à l’école. Il proteste, mécontent : « l’école, ce n’est pas la joie des enfants ! » et nous éclatons de rire.

10 commentaires:

  1. Boire une bière, c'est la joie des enfants ?

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  2. C'est le début de la fin, mon pauvre ! Quand les enfants rapportent des mots de l'extérieur. Et attendez, quand il va vous dire : "c'est la maîtresse qui l'a dit" (et donc c'est elle qui a raison), il vous prendra comme des envie de strangulation de maîtresses !
    C'est la joie des parents...

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  3. Le pire c'est: Tu sais c'est mon copain untel, celui que tu aimes bien et à qui tu donnes toujours raison ...C'est la joie des enfants devenus ados..
    Fiston a toujours eu l'art et la matière comme la manière.. mais c'est leur accord profond avec la vie qui les fait réagir alors que nous ne sommes plus que de vieux croûlants prêt a tout pour que fiston s'insert dans notre belle société de GRANDS..
    Enfin presque prêts à tout, ou peut-être pas parce qu'ils nous obligent à nous remettre en question...

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  4. Je ne crois pas m'être une seule fois levé de moi-même pour aller à l'école primaire. Chaque jour j'espérais qu'on m'oublierait dans mon lit. Et parfois c'est arrivé.

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  5. Je suis désolé mais j'aimais bien, je lisais et tout, souriant et puis tu as parlé de panne de réveil et je t'ai imaginé, et puis je n'ai pu me sortir l'image de la tête...quand tu te lèves, c'est quoi la différence avec quand t'es réveillé ? je veux dire, au niveau de tes cheveux (je peux parler...)(c'est pour ça)

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  6. Eh beh l'école c'est pas la joie des instits non plus c'est moi qui vous le dis :p

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  7. Manquerait plus que ça, que les instits s'éclatent !

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  8. La joie des parents c'est quand ils ne doivent pas se lever pour amener leurs enfants à l'école!
    à bientôt

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  9. La vérité sort de la bouche des enfants.
    "La joie des enfants", c'est de la poésie enfatine.
    La vérité, c'est la poésie.

    Sinon c'est à se flinguer.

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