Accéder au contenu principal

Ballons

Nous nous promenions au parc de Sceaux, il y avait une sorte de kermesse pour lutter contre les myopathes (contre la mucoviscidose me corrigea Emeline). Derrière les stands, s'activaient des gens qui vendaient des parts de gâteaux au prix d'un ticket vert. Il y avait des panneaux explicatifs sur la maladie, des jeux de pêche et de massacre.

Un speaker remercia la fanfare de Clamart. J'y avais remarqué un joueur d'hélicon assez maigre, et ceci me plut car je tenais, à l'occasion, des statistiques sur les membres des fanfares, afin d'établir un jour une pittoresque découverte. J'avais déjà noté que les joueurs d'hélicon étaient souvent maigres, ce qui me fascinait car l'instrument exigeait de la puissance, et donc un costaud au bout du tube me semblait-il ; je croisais certes sur ma route une fanfare environ une fois l'an, l'étude avançait lentement mais malgré tout, je tenais pour certain que l'hélicon était si gourmand qu'il épuisait totalement son instrumentiste, l'aspirait jusqu'à son assèchement corporel.

Le speaker qui avait remercié la fanfare annonça un grand lâcher de ballons, et pria donc les gens de prendre des ballons, de se rassembler, et d'attendre le compte à rebours avant de les lâcher. Il insista car c'était quelque chose d'émouvant, dit-il. Je suivais à contrecœur, épuisé par la marche du jour, et puis de quel droit décrétait-on à l'avance d'une pratique qu'elle était émouvante, grommelai-je, on est dans un pays libre, on n'est pas dans ma tête à faire la circulation des sentiments avec un sifflet, et puis cela est semblable au Jour de l'An où il est obligatoire de s'amuser, et où du coup l'on se suicide souvent. Mais comme d'agiles petits rats suivant le joueur de flute, Emeline et Zacharie me distançaient déjà à la poursuite des ballons multicolores qui, dopés à l'hélium, tiraient comme des fous furieux sur leur fil doré.

Mon fils prit un ballon. "Beaucoup de pollution en perspective", lachai-je pour rigoler, constatant les nombreuses sphères en plastique prêtes à déferler sur le ciel. Puis je regardais mon petit garçon en espérant qu'il ne soit pas trop dégoûté de lâcher ce ballon fortuitement acquis, et qu'il nous mette dans l'embarras en le conservant, au détriment des petits enfants malades. Le speaker demanda d'attendre car certains lâchaient déjà leur ballon sans faire exprès, tout de suite, car ils étaient beaucoup moins intelligents que mon fils et n'avaient pas compris le concept du lâcher-ensemble.

Les ballons s'envolèrent tous dans le ciel, et de manière surprenante j'en fus assez ému. Je maudissais le speaker de m'avoir tendu ce piège sentimental bien facile, j'aurais voulu lui faire un geste obscène, mais je gardais le visage impassible. Il y avait quelque chose de simple et poignant dans ces ballons qui disparaissaient en cohorte, en silence et furtivement ; me tournant vers mon fils, je l’aperçus bouleversé dans les bras de sa mère, il était retourné et pleurait doucement comme si on avait brulé tous les jouets de sa chambre pour y installer une tireuse à bière, comme quand on l'abandonna à la garderie tout le siècle d'une journée ou quand le chat mourut. L'émotion avait explosé ainsi, sans prévenir, tandis que partaient ces ballons de couleurs, spectacle primitif des joies brèves et des choses irréversibles. Nous étions bien embêtés, car il pleurait à chaude larmes, alors nous partîmes en quête de jeux amusants pour le divertir.

Qu'avait en tête l'inventeur de cette coutume naïve, sans doute un pervers comme Andersen avec ses enfants qui meurent de froid dans des contes atroces ? Mon fils avait retrouvé le sourire, mais de temps en temps, il venait nous voir pour confier que c'était vraiment trop triste, ces ballons en partance. Il aurait fallu, nous expliqua-t-il, profiter de l'occasion pour glisser un petit mot pour le chat qui était mort, afin qu'il puisse le lire, une fois l'objet au ciel. Je trouvai l'idée excellente, et profitant de la brèche pour me faufiler dans la rassérénante Science Physique, j'expliquais qu'il fallait gonfler le ballon avec de l'hélium, pour qu'il s'envole, sinon il allait lamentablement s'échouer au sol. Comme dans ce livre avec l'enfant qui perd son cochon, et fabrique un cerf-volant le jour de la fête des morts pour lui dire au revoir, nous allions faire la même chose : le lâcher d'un ballon, pour le chat. Je m'adressais à Emeline qui est douée pour organiser les choses compliquées, en général, lui affirmant, décidé, définitif : "Il va falloir que tu trouves de l'hélium pour la Toussaint." Elle fut heurtée par cette demande bizarre qui lui incombait naturellement, elle répliqua par cette maxime qui me laissa pensif pour la journée : "Mais trouver de l'hélium, c'est un travail d'homme".



Commentaires

  1. Quel beau billet.

    Où l'on mesure la déchéance de l'homme occidental. Autrefois, un travail d'homme consistait à aller couper du bois dans la forêt, ou à égorger des marcassins à la chasse à mains nues. Désormais, son boulot consiste à trouver de l'hélium ; hélium qui une fois inhalé fait muer la voix : un indice de plus du complot qui chercher à nous mettre hors d'état de nuire.

    RépondreSupprimer
  2. "pour lutter contre les myopathes"
    Bravo. Ils vous ont fait quoi, les myopathes, on peut savoir ?
    Ce billet me fait grogner. Je redoute le temps qui viendra, qui est déjà presque venu, où toute banale kermesse de village ne pourra plus exister sans soutenir une cause belle noble juste humanitaire et tout et tout. Je déteste les lâchers de ballons, je n'irai pas quelque part où il y a des lâchers de ballons, c'est comme les rires préenregistrés dans les séries télé. Les lâchers de ballons ne sont que de l'émotion préenregistrée.
    Alors qu'il y a de chouettes endroits pour amuser les mômes, vous allez faire chialer le vôtre!

    RépondreSupprimer
  3. Mais qu'est-ce que ce gugusse a contre les pompes à bière ?

    RépondreSupprimer
  4. Dorham : merci.

    Suzanne : c'est mon premier en tout cas. Je ne suis plus trio au fait de toute cette sauce de pensée sur le "festif", il y avait quelque chose de naïf pour moi qui m'a intrigué. En fait, je suis tellement peu "kermesse", je l'ai tellement peu été, que cette candeur a pu me toucher, sans doute par réaction.

    RépondreSupprimer
  5. Balmeyer: mais est-ce vraiment une sauce de pensée ? Pour moi, c'est plutôt une indigestion de soupe.
    J'ai vu sur la côte bretonne cette année que les bals "miss seins nus" ou les fête des moissons, ou n'importe quelle manifestation avec stands et courses en sac reversaient une partie de leurs bénéfices à des associations solidaro caritatives.
    Ce n'est pas MAL en soi (et différent de votre kermesse organisée uniquement pour ce projet) mais c'est comme si on ne pouvait plus s'amuser sans cela, comme si ces "lâcher ensemble" remplaçaient les messes d'avant le pique nique de la fête religieuse. Vous voyez ce que je veux dire ?
    (à part ça, j'achète quand même les brioches immondes du téléthon, mais si les bonnes femmes du téléthon viennent vendre leur brioche en offrant des ballons à lâcher ensemble, je les fiche dehors).

    RépondreSupprimer
  6. Suzanne : oui je comprends. Je vous réponds plus tard. Tout ça m'incite à la réflexion, sur ces petits rites, le besoin de communion, sur aussi (je n'en ai pas parlé) les gens qui grincent et disent "ah ils se donnent bonne conscience" mais ne font rien eux mêmes, de toute leur vie. A suivre.

    RépondreSupprimer
  7. les ballons n'avaient tout de même pas été attachés aux fauteuils ?!

    RépondreSupprimer
  8. Balmeyer: ah, non, pas ce type d'arguments: "ils critiquent mais qu'est-ce qu'ils font, eux ?" (sous entendu "rien", ou "beaucoup moins", évidemment.
    Ce n'est pas l'organisation solidaire ou caritative que je débine. Il en faut, et ceux qui en bénéficient sont bien contents. Pas de Généthon sans Téléthon, pas de prothèse pour le petit estropié sans Handicap International. On a beau jeu de dire qu'on paie des impôts pour tout ça, que c'est à l'Etat de , que l'Etat devrait, que tant que l'Etat ne...pas, pourquoi nous on devrait, etc. Dernièrement, je suis passée devant un stand à un vide-grenier, tout une famille était là devant un monceau d'objets pars forcément très intéressants, qu'ils vendaient pour acheter un super tricyle turbo pour leur fillette paraplégique. Ils avaient fait des panneaux pour expliquer leur affaire simplement, leurs revenus modestes ne leur permettaient pas d'offrir à leur enfant autre chose que les machins élémentaires que rembourse la Sécu. Bref, tout le monde achetait un petit ou un gros quelque chose sans ostentation (il n'y a que moi qui m'en vante dans ce blog,je suis une personne admirable, héhé). l'Etat ne fait pas efficacement son boulot dans le secours aux infirmes, mais ça ne dédouane pas pour autant la population de se démener un peu et de s'entr'aider.
    C'est le mélange, le mix, la soupe, des manifestations solidaires avec lâcher de ballons, que je trouve écoeurants. Cette mise en scène. Cette façon de dire: même quand il s'agit de handicap, de maladie, on vous file les clowns et la fanfare, sinon ça l'fera pas.

    RépondreSupprimer
  9. Oui oui oui, Suzanne, vous avez raison, mais ce qui m’intéresse ici, ce n'est pas tout ça, la politique, la charité d'état ou la solidarité nationale, c'est avant tout ce "dépouillement" de toutes ces idées, la plus simple expression. Comme on est dans les commentaires interminables que personne ne lit, j'ose : c'est un peu comme un moine, le silence ! Une sorte de silence dans la jugement qu'on porte aux choses.

    RépondreSupprimer
  10. "dans les commentaires interminables que personne ne lit"
    Zy va, comment y m'traite, lui !

    Ok, j'arrête. Enfin...

    (je saute deux lignes, c'est plus clair à lire)

    De quand datent les lâchers systématiques de ballons en fin de kermesse ?

    Votre enfant ne s'est pas trompé, quand il a parlé du chat au Paradis, ce qui a ravivé sa peine.

    Dans le film "le ballon rouge", il y a un petit garçon poursuivi par des méchants qui meurt, et son âme monte au ciel sous forme de ballon rouge.
    La colonne de la grande marche blanche des belges après l'affaire Dutroux était surmontée d'un nuage de ballons blancs. L'innocence, la mort des enfants, l'âme qui monte, le peu de poids des innocents. Là, je comprends le symbole, comme celui des lâchers de colombes en signe de paix.

    RépondreSupprimer
  11. MAIS NON SUZANNE JE VOUS TRAITE PAS L'AUTRE Hé, Arrêtez d'avoir la seum.

    RépondreSupprimer
  12. (c'est affreux, le pauvre Balmeyer publie un billet tous les trois mois et je le harcèle d'importance. Plus personne n'ose commenter. Il hésite entre déménager son blog (plus jamais elle, plus jamais) et sniffer dans la cave tout l'hélium de la bonbonnne qu'il vient de commander pour gonfler 80 ballons à l'anniversaire de son petit.Il mourra ou en restera stupide et tout le monde m'en voudra.)

    RépondreSupprimer
  13. Je vais organiser un lâcher de ballons en l'honneur de Suzanne. Un lâcher de ballons contre les lâchers de ballon, avec une approche festive, militante et pleine de bonne conscience, en fait, je vais faire un lâcher de ballons et au bout de chaque ballon sera suspendu un fil qu'on aura noué autour du deuxième tome du Jésus de Nazareth de Benoit XVI...

    RépondreSupprimer
  14. Dorham: Là, au moins, on sera certain que Jésus de Nazareth est allé au ciel.

    RépondreSupprimer
  15. Suzanne : oh, ben nous nous sommes croisés commentairement parlant d'un blog à l'autre...

    RépondreSupprimer
  16. Hum hum. Je viens dire que je suis venue, que j'ai lu et que ça m'a plu. Et que je suis d'accord avec Suzanne, aussi et en général.

    RépondreSupprimer
  17. Oh Mère Castor, ça faisait longtemps ! Quel plaisir de vous revoirlire parmi nous !

    RépondreSupprimer
  18. J'ai lu. Le billet. Et les commentaires qui ont suivi. Là tout de suite instinctivement ça me donne envie de vomir un sermon comme on lâcherait des ballons. Autant de clichés dans si peu de mots, enfin "si peu" façon de parler. Infirmes, estropiés, vous savez "ça" peut arriver à tout le monde et nous sommes tous "l'handicapé" de quelqu'un, comme nous sommes tous le con d'un autre. Faudrait organiser des dîners, des dîners d'handicapés, moi je sais déjà qui inviter ...

    RépondreSupprimer
  19. Bruno Tardieu, délégué national d'ATD Quart Monde en France : « Face au vieillissement, au handicap (...) nos sociétés occidentales modernes mesurent leur degré d'inhumanité ».
    http://informations.handicap.fr/art-editorial-handica-4-4339.php

    RépondreSupprimer
  20. JustMarieD:
    Comme c'est moi qui ai employé les mots infirme et estropié, je vous réponds.
    Ce sont des mots qui datent, des mots anciens, des mots qui font vieillot.
    Ils vous choquent ? Vous y voyez quelque chose de méchant, de dépréciatif ? Moi pas. Ce n'était pas le sens de mon commentaire. Remplacez ces mots par handicapé, si vous voulez. Est-ce que ce que j'ai écrit en devient différent ?
    Je déteste aussi le mot "senior". Les vieux que j'aime sont de vrais vieux. J'espère que je deviendrai une vieille dame,une vieillarde, jamais une "senior". Qu'est-ce que ça change, au fond, d'être une vieille dame infirme, ou une seniorE handicapée? On est dans la gêne de la même façon quand il y a un escalier à monter, des appareillages coûteux qu'on ne peut pas se payer, et tout et tout, vous savez bien. L'enfant qui a sauté sur une mine, il s'en fout qu'on lui fasse une prothèse pour estropié ou pour handicapé privé d'un membre inférieur.

    Ceci dit, à partir du moment où les termes choquent, je suis d'accord pour ne pas les employer si ça fait plaisir. Si ceux à qui ces termes s'appliquent en préfèrent d'autres, j'emploierai aussi les autres pour ne pas les heurter.
    J'ai une amie qui n'a plus de jambes et qui milite aux Handicapés Méchants. Sa férocité doit me déteindre dessus.

    RépondreSupprimer
  21. Votre réponse Suzanne ne fait que confirmer mon ressenti, les personnes handicapées, pour vous, ce sont les autres, votre amie, mais pas vous. Quand vous aurez compris que les vieux, les "handicapés", c'est vous en potentiel devenir, alors vous relirez peut-être vos commentaires d'un autre oeil. Je ne trouve pas vos propos "féroces", je les trouve un peu idiots parce que c'est toujours si facile de critiquer, dénigrer. Ce que vous faites également de ma remarque en essayant de minimiser la portée de vos mots choisis volontairement pour ce qu'ils ont de désuets voire d'arriéré si j'en crois votre réponse. Je me demande bien comment vous réagirez le jour où une ou un vous dira "Hé toi la vieille infirme, pousse ton chariot de mon chemin". Ce jour-là je vous invite à vous souvenir de notre échange, et aussi de votre amie et des handicapés méchants. Et je souhaite que ce jour-là vous n'y accordiez pas d'importance, après tout ce ne sont que des mots ...

    RépondreSupprimer
  22. JustMarie: "vieille infirme, pousse ton chariot de mon chemin", c'est dégueulasse. J'ai lu devant une maison de la presse: "pour des raisons de sécurité, nos amis en fauteuil ne sont pas admis dans le magasin." C'était dans une galerie marchande de plain pied, dans un magasin aux rayons étroits, mais dans lequel on on admettait les poussettes. Je ne trouve pas cela mieux. Nous sommes d'accord, n'est-ce pas ?
    Vous pensez vraiment que parce que je dis "infirme" au lieu de "handicapé", je ne peux pas comprendre que demain peut-être je sortirai des urgences en compote, avec les séquelles qui vont avec ?
    Que parce que je dis "sourd" et "aveugle" au lieu de non-entendant, non-voyant, j'ai du mépris, ou un point de vue très distant, impersonnel ?
    Et si je vous disais que j'ai un enfant aveugle, ou que je soigne ma mère infirme, ça changerait quelque chose ?
    Tiens, je vais aggraver mon cas, et après je ne répondrai plus, parce que je sens que dans dix commentaires on va m'accuser d'eugénisme: j'aime beaucoup l'ancien mot "innocent" dont on qualifiait les débiles légers, pardon, les handicapés intellectuels. Mais vous pouvez me traiter d'idiote :)

    RépondreSupprimer
  23. En outre, JustMarie, je ne dis pas que j'ai raison. Je n'en suis pas certaine du tout, à propos du vocabulaire. S'il choque ou fait de la peine, je n'y tiens pas plus que ça.

    RépondreSupprimer
  24. Pardonnez-moi d'intervenir (en coup de vent qui plus est), mais je pense qu'il serait injuste d'accuser Suzanne de manquer d'empathie, la connaissant un peu.

    Donc, je mets mon véto sur le champ pour sauver Suzanne d'une condamnation définitive (mais faites attention car je ne serai pas toujours là), et je poursuivrai la discussion plus tard, car là j'ai tisane.

    RépondreSupprimer
  25. (je crois avoir écrit 'véto' comme vétérinaire, mais je l'ai fait exprès évidemment, pour amuser la galerie, il va sans dire)

    RépondreSupprimer
  26. Balmeyer, il va sans rire. Vous faites bien de le préciser car Nicolas, de Partageons mon avis, ne supporte aucune faute dans les mots latins.
    Moi je vous pardonne tout. C'est ça l'amour.

    RépondreSupprimer
  27. Je suis d'accord pour sauver Suzanne. On signe où ?

    RépondreSupprimer
  28. Après le "vivre ensemble", le "lâcher ensemble". Ca me plaît.
    Petite, j'ai pensé qu'un ballon à hélium était mon meilleur ami. Bah oui, il dormait dans ma chambre.

    RépondreSupprimer
  29. ça fait plaisir de te lire à nouveau.
    les lâchers de ballons c'est "joli"; mais quand on sait qu'arrivent, sur les plages de l'atlantique, des centaines de milliers de ballons de baudruche, c'est tout de suite très laid (les américains en sont très friands). D'autant plus que plein d'habitants marins en mangent et en meurent.

    RépondreSupprimer
  30. ... et depuis ce lancer de ballons, plus un seul billet. Je crois avoir compris pourquoi: les billets sont envoyés par ballon maintenant. Qui les trouve, les lit, écrit son commentaire, regonfle un p'tit coup si nécessaire et lâche vers le ciel. Faut bien réfléchir à ce qu'on écrit, qui sera lu dans trois mois ou quatre ans.

    RépondreSupprimer
  31. Merci Suzanne, en fait j'ai commencé un autre billet, mais j'ai VRAIMENT été dépassé par le temps, et pas par la lassitude... je pense faire quelque chose pour le printemps, un peu comme les païens.

    RépondreSupprimer
  32. un truc pour le Printemps ? Suzanne va s'attendre aux feux de Beltane ou un truc du genre en bonne païenne :)

    RépondreSupprimer
  33. Gaël,

    Mais tu vas arrêter de fricoter avec Suzanne, bordel !

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

La lanterne magique

Quand l'étincelle a disparu, dans cette lanterne magique qu'est la tête, le film du monde est laid. On regarde le soleil qui s'y couche comme un gros tas flasque de particules molles. Les chiens sont des boites à bruits, au bout des laisses, comme des yoyos à jamais déroulés. Les gens ont des barbes qui vous grattent à vous. Ils parlent en faisant des fautes d'orthographe. Les arbres s'alignent de manière bucolique comme des bâtons pour chiens, plantés là. Vous êtes ce chien qui ne peut prendre les arbres dans votre gueule, ces bâtons de joie, et détaler. Vous regardez les arbres, intransportables, et plus rien ne court. Vous vous retrouvez nez à nez dans un endroit où vous étiez content, une fois, et vous voyez votre ombre encore contente (car les ombres sont lentes), et vous vous sentez de trop dans ce souvenir heureux plus réel que vous-même à cet instant. Vous quittez les lieux poliment. Il y a des magasins qui vendent des thés ridicules. Il y a des bars qui ve…

Wagram

Avenue de Wagram, devant un hôtel trois ou quatre étoiles, quelques barrières ont été installées de part et d'autre pour que s'accumulent des jeunes filles en fleur et en short. Elles semblent attendre depuis un moment, immobiles et compactes, et ce regroupement, provoqué manifestement par une prochaine épiphanie de vedette, emplit ce fragment d'avenue du bruissement électrique de la Célébrité. Des touristes et passants intrigués s'arrêtent pour scruter les jeunes filles qui scrutent l'entrée de l'hôtel, et moi je scrute à mon tour les passants curieux. Cela aurait été un triangle parfait de scrutement si les jeunes filles m'avaient regardé moi, mais en vérité je suis informaticien.

Chacun y trouve son compte, dans ce grand drame de l'attente ; par exemple moi-même, n'y comprenant rien, j'observe la scène tel un contempteur bien au dessus de tout ça. Si ces jeunes filles ont décidé d'être une foule dense à raison de huit par mètre carré, com…