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Un bon copain


Mon fils n'a pas de copain. Du moins, jusqu'à ce jeudi. Zach, dans la cour, préfère jouer dans son coin. Les autres font du bruit, se donnent des coups, hurlent, ça l'a l'air de l’embarrasser. Les autres s'arrachent leurs chapeaux, leurs bonnets, lui, il préfère garder son bonnet sur sa tête. Pourquoi ils font ça. Ca l'embête ces gens qui enlèvent les bonnets brutalement, comme si c'était l'été par exemple. Zach est contemplatif. Il aime bien regarder les fourmis, les coccinelles. Ses camarades aussi, mais ils aiment bien les écrabouiller à la fin, pourquoi ils font ça.
Nous sommes parfois contraints de faire de la propagande pro-copain : "Mais c'est super les copains ! On joue avec, et tout". Je dois forcer le trait, car moi-même misanthrope, ours, je ne le comprends que trop, d'où le problème. Il nous écoute peu convaincu, il n'a pas l'air si triste, mais un peu ennuyé, il subit les autres avec philosophie. Il est bien, comme ça, tout seul, il nous dit qu'il s'amuse bien avec lui même. Pour son anniversaire, il ne veut inviter personne chez lui, même pas des figurants, calmés aux médicaments. Parfois, le soir nous lui demandons, l'air de ne pas y toucher s'il s'est bien amusé avec ses copains, et goûtant notre ton préoccupé, notre air sombre et attentionné (et même si par ailleurs il s'est vraiment amusé comme un fou avec ses camarades de classe ) il prend l'air mélancolique et nous dit, cabotin : "non, je n'ai pas de copain aujourd'hui", puis fait son visage de bambi.
Mais soudain, Zach a un copain. Cela s'est passé jeudi. Avec le copain, il a pu partager un grand point commun, l'amour des Zhu Zhu Pets, ces mignons hamsters-jouets qui font des bruits débiles. Enfin, c'est surtout le point commun de Zach, car visiblement le copain ne connait rien des Zhu Zhu pets. Mais ça sert à ça, un copain ça fait confiance, ça comble les lacunes des points pas encore communs, en anticipation. Tous les deux sont convaincus de l'importance de ces jouets. Quand je viens chercher Zach, il faut ramener le copain à la maison, tout de suite. Et le copain veut venir tout de suite, aussi, pour voir les jouets, et le chat. Il est d'accord. Ils ont de grands projets. Il faut organiser immédiatement un anniversaire, juste pour y inviter le copain. Il faut partir en vacances avec le copain, pour lui montrer la mer. Dans le couloir de l'école, Zach me présente au copain, et il présente au copain son père. Il me dit d'expliquer au copain qu'il a un Zhu Zhu Pet à la maison. Et un chat. J'explique. Il confirme en expliquant à son tour : "j'ai un Zhu Zhu Pet à la maison, et un chat !" Zach fait des promesses : demain, il emmènera son Zhu Zhu Pet pour lui montrer. Demain, ils joueront dans la cour. Ils feront un chateau, une ferme, un élevage avec des milliers de Hamsters. Demain, le copain viendra à la maison, même si ce n'est pas trop possible. Vivement demain !

En rentrant, d'habitude Zach traîne, on dirait un de ces aspirateurs des grands magasins, qui glissent lentement, pachydermes indolents pour aspirer le carrelage ; il fait comme ça d'habitude, il rentre de l'école fatigué comme s'il aspirait les murs, le trottoir. Là, Zach marche prestement, le coeur léger, je dois presque courir pour le suivre. Il parle vivement. Il me dit qu'il défend son copain contre ceux qui arrachent des bonnets, et que son copain le défend contre ceux qui arrachent les chapeaux. Il faudrait arriver tôt, pas en retard, pour voir le copain, lui montrer le Zhu Zhu Pet que je me trimbalerai ensuite dans la poche, jusqu'au soir. Vivement demain !! C'est un copain, un copain certes pas de trente ans, mais un copain de deux heures, un vrai copain, un bon copain. Vivement demain !

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