Accéder au contenu principal

Voyage en avion avant le réveil

Il est à peu près 6h42, dix minutes avant que le grognement hystérique des chats sur le point de se battre ne me réveille. Je rêve que je suis le fils de Clint Eastwood. C'est un détail, l'élément important est que cette filiation me permet de connaître sa compagne, Sharon Stone. Je suis à table dans un grand banquet, qui ressemble à un Festival de Cannes déserté. Les convives ouvrent grand leurs yeux tout rond, en m'écoutant : oui, je connais Sharon Stone, car c'est la compagne de mon père, Clint Eastwood. Pour preuve, je prends mon portable, et je l'appelle. Elle ne me reconnaît pas, mon anglais est hésitant. "You know, my father is Clint Eastwood...", elle me prend pour un journaliste. Ça ne capte pas très bien, dis-je à mon entourage, elle va bientôt arriver.

Elle arrive en robe blanche, et nous sommes dans un avion. Les sièges sont disposés comme dans le compartiment d'un train, face à face. Je suis dos à la route, enfin au vol. Derrière moi, l'avion se dirige vers le sommet d'une montagne, il n'arrive pas à prendre de l'altitude, il va s'écraser au sommet. Les passagers se cramponnent à leur fauteuil. Je suis angoissé, mais je ne me retourne pas, je sens l'accident arriver dans ma nuque comme une main terrible qui me chatouille. Mais le pilote arrive à poser l'appareil sur une ville qui se tient au sommet. Pour ralentir, il est obligé de faire des détours dans les rues, saccageant tout sur son passage. Enfin l'avion s'arrête, mais il y a tout de même un accident. Le pilote, si talentueux, est éjecté hors de sa cabine, comme s'il fallait que quelqu'un soit puni. Je suis indemne, les gens sont blessés, sous leur chemise, je n'ose dévoiler les bustes rouges.

Les chats me réveillent. Je fredonne Summertime : E. m'a fait découvrir Amy Winehouse, vers minuit, je me dis qu'il doit être bon d'avoir une belle voix, la vie doit être plus simple, vous faites vibrer les murs, et même les connards grincent des dents. Alors je fredonne et je fais comme si.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Wagram

Avenue de Wagram, devant un hôtel trois ou quatre étoiles, quelques barrières ont été installées de part et d'autre pour que s'accumulent des jeunes filles en fleur et en short. Elles semblent attendre depuis un moment, immobiles et compactes, et ce regroupement, provoqué manifestement par une prochaine épiphanie de vedette, emplit ce fragment d'avenue du bruissement électrique de la Célébrité. Des touristes et passants intrigués s'arrêtent pour scruter les jeunes filles qui scrutent l'entrée de l'hôtel, et moi je scrute à mon tour les passants curieux. Cela aurait été un triangle parfait de scrutement si les jeunes filles m'avaient regardé moi, mais en vérité je suis informaticien.

Chacun y trouve son compte, dans ce grand drame de l'attente ; par exemple moi-même, n'y comprenant rien, j'observe la scène tel un contempteur bien au dessus de tout ça. Si ces jeunes filles ont décidé d'être une foule dense à raison de huit par mètre carré, com…

Le Durcisseur

Le premier métier de feu l'acteur Sim était extraordinaire : il débuta durcisseur de tétons au Crazy Horse. Encaissant cette information à la radio, je cessai toute activité pour plonger dans une rêverie mélancolique. Cette tâche improbable consistait à, muni d'un seau à glaçons, frotter la poitrine des danseuses avant leur entrée en scène, pour bien mettre en exergue leurs tétins triomphants.

Je méditais sur le sort de cette main d'œuvre méconnue des coulisses. Je vis l'homme, son visage malicieux et juvénile de souris, dans la pénombre d'un rideau, à l'entrée de la scène. J'imaginais son sourire contrit, parmi les créatures, échassières de leurs jambes, dans une jungle parfumée de plumes. Elles faisaient la queue et présentaient, traqueuses et concentrées, leur gorge au préposé du mamelon. L'employé était-il soumis à un supplice permanent, affligé d'une trique chronique qui le dévorait sans répit, tel l'arroseur arrosé (le durcisseur durci), ou…

Ballons

Nous nous promenions au parc de Sceaux, il y avait une sorte de kermesse pour lutter contre les myopathes (contre la mucoviscidose me corrigea Emeline). Derrière les stands, s'activaient des gens qui vendaient des parts de gâteaux au prix d'un ticket vert. Il y avait des panneaux explicatifs sur la maladie, des jeux de pêche et de massacre.

Un speaker remercia la fanfare de Clamart. J'y avais remarqué un joueur d'hélicon assez maigre, et ceci me plut car je tenais, à l'occasion, des statistiques sur les membres des fanfares, afin d'établir un jour une pittoresque découverte. J'avais déjà noté que les joueurs d'hélicon étaient souvent maigres, ce qui me fascinait car l'instrument exigeait de la puissance, et donc un costaud au bout du tube me semblait-il ; je croisais certes sur ma route une fanfare environ une fois l'an, l'étude avançait lentement mais malgré tout, je tenais pour certain que l'hélicon était si gourmand qu'il épuisait…