Accéder au contenu principal

Lecture de Métro dans le Métro

Depuis quelques temps, j'ai changé de routine. La solution pour ne pas se fatiguer avec les habitudes c'est d'en trouver d'autres, répétitives, si possible, pour ne pas sombrer dans l'inconnu.

Ma nouvelle routine c'est d'aller à pied Porte-Des-Lilas, humant l'air frais du périphérique, de capter un exemplaire du journal gratuit "Métro", de le lire assis sur un strapontin et d'avoir envie de vomir à République. Hier, je n'ai pas seulement ressenti de l'amitié pour mon espèce, l'humaine, lorsque j'ai découvert cet étrange jeu de télé réalité, aux Pays-Bas :

"Le grand spectacle du donneur", c'est son nom, doit être diffusé vendredi. Une émission de téléréalité dans laquelle une malade en phase terminale choisira entre trois candidats à qui elle donnera son rein."

http://fr.news.yahoo.com/30052007/342/les-dons-d-organes-transplantes-dans-la-tele-realite.html

J'aurais écrit, comme Amélie Nothomb, cette histoire dans un livre, on aurait parlé d'une abracadabrante métaphore sur bla bla bla, etc. sauf que c'est en vrai. Je ne sais pas comment faisait l'abbé Pierre pour aimer les gens, il lisait peut-être des journaux payants.

Comme le disait un compagnon des vendanges : que faire ? Téléphoner à qui ? Pour lui dire quoi ? Espérer un éditorial vengeur, dans Elle ? Une réaction ironique, d'un célèbre comique à la télévision ? Un froncement de sourcil de Pierre Arditti ? D'un dessin de Plantu, avec plein de mouches sur la tête des hommes ? Bref. Le siècle précédant a été barbare, j'espère que le notre sera juste stupide.

Ce matin, justement, récit dans Métro d'un père de famille de 23 ans, jugé ou écroué, pour actes de tortures sur son enfant de 3 ans. Je n'écris pas les détails que le communiqué livre, nouvelle envie de vomir, cette fois à Belleville. Il y a du monde, j'aurais honte. Je méditais il y a quelques temps sur les conditions déplorables de détention en France, mais là, l'espace de deux secondes, je me suis réjouis d'imaginer ce personnage avec ses nouveaux amis, expérimentant à son tour les vastes et bizarres possibilités de l'imagination humaine, avant d'aussitôt me reprendre, car chez les progressistes, ça ne se fait pas.



Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Wagram

Avenue de Wagram, devant un hôtel trois ou quatre étoiles, quelques barrières ont été installées de part et d'autre pour que s'accumulent des jeunes filles en fleur et en short. Elles semblent attendre depuis un moment, immobiles et compactes, et ce regroupement, provoqué manifestement par une prochaine épiphanie de vedette, emplit ce fragment d'avenue du bruissement électrique de la Célébrité. Des touristes et passants intrigués s'arrêtent pour scruter les jeunes filles qui scrutent l'entrée de l'hôtel, et moi je scrute à mon tour les passants curieux. Cela aurait été un triangle parfait de scrutement si les jeunes filles m'avaient regardé moi, mais en vérité je suis informaticien.

Chacun y trouve son compte, dans ce grand drame de l'attente ; par exemple moi-même, n'y comprenant rien, j'observe la scène tel un contempteur bien au dessus de tout ça. Si ces jeunes filles ont décidé d'être une foule dense à raison de huit par mètre carré, com…

Le Durcisseur

Le premier métier de feu l'acteur Sim était extraordinaire : il débuta durcisseur de tétons au Crazy Horse. Encaissant cette information à la radio, je cessai toute activité pour plonger dans une rêverie mélancolique. Cette tâche improbable consistait à, muni d'un seau à glaçons, frotter la poitrine des danseuses avant leur entrée en scène, pour bien mettre en exergue leurs tétins triomphants.

Je méditais sur le sort de cette main d'œuvre méconnue des coulisses. Je vis l'homme, son visage malicieux et juvénile de souris, dans la pénombre d'un rideau, à l'entrée de la scène. J'imaginais son sourire contrit, parmi les créatures, échassières de leurs jambes, dans une jungle parfumée de plumes. Elles faisaient la queue et présentaient, traqueuses et concentrées, leur gorge au préposé du mamelon. L'employé était-il soumis à un supplice permanent, affligé d'une trique chronique qui le dévorait sans répit, tel l'arroseur arrosé (le durcisseur durci), ou…

Ballons

Nous nous promenions au parc de Sceaux, il y avait une sorte de kermesse pour lutter contre les myopathes (contre la mucoviscidose me corrigea Emeline). Derrière les stands, s'activaient des gens qui vendaient des parts de gâteaux au prix d'un ticket vert. Il y avait des panneaux explicatifs sur la maladie, des jeux de pêche et de massacre.

Un speaker remercia la fanfare de Clamart. J'y avais remarqué un joueur d'hélicon assez maigre, et ceci me plut car je tenais, à l'occasion, des statistiques sur les membres des fanfares, afin d'établir un jour une pittoresque découverte. J'avais déjà noté que les joueurs d'hélicon étaient souvent maigres, ce qui me fascinait car l'instrument exigeait de la puissance, et donc un costaud au bout du tube me semblait-il ; je croisais certes sur ma route une fanfare environ une fois l'an, l'étude avançait lentement mais malgré tout, je tenais pour certain que l'hélicon était si gourmand qu'il épuisait…