Accéder au contenu principal

Kéké a 17 mois

Aujourd'hui, mon fils a dix-sept mois. Il s'appelle Zacharie, son surnom est "kéké".

Maintenant, lorsque je lis dans la presse un fait divers, comme cette femme et ses trois enfants qui ont péri dans un incendie, à Vitry-sur-Seine, ça me rend absolument malade, je ne le supporte pas. Ça me donne envie de faire une pétition pour interdire le malheur, la misère et la mort. Ça me donne envie d'être contre la guerre. Quand, dans les "Bienveillantes", je lis des scènes de génocide, avec des familles, ça me suit toute la nuit. Ce n'est pas Dieu possible. C'est ça l'amour, on craint les bourreaux et on rêve de jardins.

Il a des chaussures rouges, bleues et beiges, des "souliers", et souvent il se penche pour les toucher du bout de l'index, nous désignant qu'elles sont jolies. Il aime les plantes. Il montre les arbres, les arbustes, tout ce qui est vert, et fait "apan !" (la plante).

Lorsque j'ouvre la porte de l'immeuble, vers le vaste monde, il s'en va avec sa démarche hésitante, les bras en l'air, et toujours du même côté, en poussant des cris de joie. Puis il touche toutes les portières des voitures. S'il y a cinquante voitures, il s'arrête cinquante fois. Parfois je deviens fou. Je dis "mais tu vas vraiment tester toutes les poignées de voitures ?". Oui.

Puis il grimpe des escaliers, des marches, des trottoirs. Dans son langage, l'escalier se nomme "Deux". Cela vient du fait que l'on dise "un... deux... trois" lorsqu'on les grimpe. Quand on en croise, il lance toujours d'un ton très appliqué : "deuuuuux". Pas "un", parce que ça ne veut rien dire, ni "trois", parce que c'est trop loin.

Puis j'ai peur, peur qu'il traverse la route situé à deux cent mètres, alors je le retiens. Je lance des regards angoissé, autour de moi. Simetierre, Stephen King.

Il est le seul enfant de 17 mois au monde à imiter la guitare. Il fait "dong" lorsqu'il fait vibrer une corde. Signe de changement, avant, petit, jeune, j'avais peur de ma disparition, je trouvais le monde intolérable d'avoir planifié de me survivre. A présent, l'idée de lui passer le relais n'est pas si scandaleuse.

Commentaires

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

La lanterne magique

Quand l'étincelle a disparu, dans cette lanterne magique qu'est la tête, le film du monde est laid. On regarde le soleil qui s'y couche comme un gros tas flasque de particules molles. Les chiens sont des boites à bruits, au bout des laisses, comme des yoyos à jamais déroulés. Les gens ont des barbes qui vous grattent à vous. Ils parlent en faisant des fautes d'orthographe. Les arbres s'alignent de manière bucolique comme des bâtons pour chiens, plantés là. Vous êtes ce chien qui ne peut prendre les arbres dans votre gueule, ces bâtons de joie, et détaler. Vous regardez les arbres, intransportables, et plus rien ne court. Vous vous retrouvez nez à nez dans un endroit où vous étiez content, une fois, et vous voyez votre ombre encore contente (car les ombres sont lentes), et vous vous sentez de trop dans ce souvenir heureux plus réel que vous-même à cet instant. Vous quittez les lieux poliment. Il y a des magasins qui vendent des thés ridicules. Il y a des bars qui ve…

Ballons

Nous nous promenions au parc de Sceaux, il y avait une sorte de kermesse pour lutter contre les myopathes (contre la mucoviscidose me corrigea Emeline). Derrière les stands, s'activaient des gens qui vendaient des parts de gâteaux au prix d'un ticket vert. Il y avait des panneaux explicatifs sur la maladie, des jeux de pêche et de massacre.

Un speaker remercia la fanfare de Clamart. J'y avais remarqué un joueur d'hélicon assez maigre, et ceci me plut car je tenais, à l'occasion, des statistiques sur les membres des fanfares, afin d'établir un jour une pittoresque découverte. J'avais déjà noté que les joueurs d'hélicon étaient souvent maigres, ce qui me fascinait car l'instrument exigeait de la puissance, et donc un costaud au bout du tube me semblait-il ; je croisais certes sur ma route une fanfare environ une fois l'an, l'étude avançait lentement mais malgré tout, je tenais pour certain que l'hélicon était si gourmand qu'il épuisait…

Wagram

Avenue de Wagram, devant un hôtel trois ou quatre étoiles, quelques barrières ont été installées de part et d'autre pour que s'accumulent des jeunes filles en fleur et en short. Elles semblent attendre depuis un moment, immobiles et compactes, et ce regroupement, provoqué manifestement par une prochaine épiphanie de vedette, emplit ce fragment d'avenue du bruissement électrique de la Célébrité. Des touristes et passants intrigués s'arrêtent pour scruter les jeunes filles qui scrutent l'entrée de l'hôtel, et moi je scrute à mon tour les passants curieux. Cela aurait été un triangle parfait de scrutement si les jeunes filles m'avaient regardé moi, mais en vérité je suis informaticien.

Chacun y trouve son compte, dans ce grand drame de l'attente ; par exemple moi-même, n'y comprenant rien, j'observe la scène tel un contempteur bien au dessus de tout ça. Si ces jeunes filles ont décidé d'être une foule dense à raison de huit par mètre carré, com…