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Articles

Affichage des articles du août, 2008

Les cordes : le violon

Elle sort son violon, on dirait un jouet. L’instrument me parait à chaque fois plus petit que dans mon souvenir. Quand elle le manipule, les petites cordes effleurées couinent, le bois sonne creux. C’est donc ça, ça ne fait pas sérieux, ça n’a pas l’air pratique. Elle s’apprête à jouer, elle est droite dans un ensemble raide et noir, comme si elle devait me soumettre. Elle n’a pas cette pudeur musicale qu’ont d’autres, qui hésitent à démontrer, qui ne sont pas prêts, que ce n’est pas le moment, qui ne sont pas échauffés, qui ont un rhume, une fracture du doigt, un poil dans l'oeil. Ils n’osent pas, ils ont un peu honte, on va les trouver nuls. Non, on le lui demande, elle s’exécute. Elle se met en joue.

La position n’est pas naturelle. Ce n’est pas taper avec un tibia sur un chien des cavernes. Le violon vous empoigne, vous tord le poignet, vous fait une clef de bras. On en joue toute sa vie, à la retraite, un médecin spécialisé vous coupe le bras pourri et vous devenez affreusemen…

Les cordes : l'alto

Personne ne rêve de devenir alto. Personne ne rêve, petit, d’être expert-comptable, ou conducteur de machine-outil, ou hôte d’accueil dans une agence de tourisme. Personne n’est au courant qu’on peut même devenir alto.

Dans les films d’action, le héros ne joue jamais de l’alto. Clint Eastwood joue du saxophone. Son fils, Kyle, de la contrebasse. Bill Clinton, président des Etats-Unis, joue aussi du saxophone. Le président de la Géorgie, lui, aime beaucoup l’alto. Dans le film « Tous les Matins du Monde », on joue de la viole de gambe, en costume d’époque. Dans « un seul matin dans la Creuse », on joue de l’alto, en survêtement de marque Tex.

Sherlock Holmes joue du Violon. Le docteur Watson, j’en suis sûr, a dû s’essayer secrètement à l’alto, entre deux énigmes. Ingres aimait passionnément son violon, tandis que Marcel, peintre de paysages au "Marché de la Création" le dimanche matin, joue de l’alto, sa véritable fierté. Le violon d’Ingres, l’alto de Marcel.

Lance Armstrong, se…

Les cordes : le violoncelle

Le violoncelle ; cet objet me déchire comme si j’étais du papier toilette. Dans les illustrations de violoncelle que j’ai parcourues pour illustrer ce billet, j’ai beaucoup trouvé de photographies chics et luisantes, gloire à cet outil, façon chalet suisse. J’ai trouvé également son pesant de femmes alanguies, rêveuses, en collants. Rien n’est vrai, pourtant.

Si Rimbaud avait assis un violoncelle sur ses genoux, il l’aurait trouvé bien agréable, il en aurait joué très sérieusement, restant chez sa mère comme un bon garçon. Le violoncelle a le génie pour lui tout seul, il aspire tout tel un trou noir ; Rimbaud violoncelliste aurait dans sa chambre affiché des posters de chevaux ou d’engins à vapeur, comme tous les jeunes de son époque. Le violoncelle, c’est l’Histoire, c’est le mur de Berlin qui tombe. Jésus jouait du violoncelle pour ses disciples, devant tous les murs de Jérusalem s’effondrant aussi tandis que Judas était plutôt tenté par la guitare électrique. Si j’étais Ségoliste, j…

Les cordes : la contrebasse

C'est le genre de scène qui fait partir sur de bonnes bases. Limite, faire croire à une sorte de génie de l'humanité.

J'étais un jeune homme maigre avec des boutons. J'avais une amie au collège, dont la sœur ainée était contrebassiste classique. Une grande blonde avec un chignon. C'était une famille de musiciens, chacun travaillait assidument son instrument. Un soir, elle a lâché au détour d'une conversation : « Le matin, quand je me lève, je travaille ma contrebasse en pyjama. Les vibrations sont telles, ça me fait vraiment quelque chose. Je suis obligée de mettre un soutien-gorge ».

Il est difficile de décrire les désastres d'une confidence si anodine dans l'esprit d'un jeune homme au printemps de l'humanité, dans son petit corps larvaire, plein d'espoirs et de flux. Me perdre dans l'idée d'une contrebassiste vibrante en pyjama... le son grave, plein, de l'archet sur les câbles tendus le long de la silhouette en bois, et l'es…

Des sandales et des gens

J'aime pas les gens. Je crois que ça m'a frappé, de retour de vacances, quand après quelques temps dans la montagne à éviter les humains, à regarder les vaches me regarder, je suis retourné au supermarché Champion, hier soir.

J'étais comme ça, en sandales. Parmi les gens. Avec de quoi manger dans le panier, et, au dessus de mon crâne, une nouvelle coupe de cheveux absolument abominable. Même ma tendre épouse a renoncé à me mentir : "Oui, ta coupe de cheveux est abominable, en fait". Voilà qui résonne avec clarté et moult échos dans la vaste vallée des certitudes. J'ai l'air de "Tintin au pays des connards", je ne peux en dire plus. Ma mère m'a dit : "Ah mais. Ce. N'est. Pas. Laid." Je lui ai répondu qu'en général, cette phrase est synonyme de "Ce n'est pas beau".

Ce n'est pas comme Chimène qui me dirait "Va, ta coupe de cheveux n'est point laide", mais je m'égare du sujet.

J'étais donc i…