jeudi 24 juillet 2008

Un père, et passe

Comme absent, je regarde mon fils, il pétille, assis sur sa chaise. Il parle en riant, agite ses bras, chantonne, se perd dans une fantaisie incohérente, l’excitation électrique du soir qui tombe. Il me regarde, content, confiant. Moi je l’observe à mon tour, vide, paisible, sec, j’écoute une pensée flasque en le dévisageant, c’est un spectre, chien emmuré gémissant, plaintif, qui me suggère : et si tu lui envoyais une claque magistrale, un vrai coup qui l’enverrait s’étaler par terre ? En plein dans son bonheur rutilant, tout neuf ? Comme ça. Sans raison. Violence soudaine et gratuite. Juste l’impact d’une main, le poison de la vie. Juste, seuls, dans cette pièce, le bonbon liquoreux et immonde de l’existence. Tu imagines son incompréhension ? Son horreur ? Sa panique ? Cette totale trahison ? Tu imagines ? Les fondations de son être s’écrouler, comme ça, d’un geste de la main ? Tu imagines ce pouvoir que tu as sur cette chose ? Cette supériorité brutale, totale, réjouissante ? Que ressentirais-tu si tu l’envoyais valdinguer, cet enfant maladroit, qui te prolonge ? Ce sont des choses qui arrivent. Il n’y a pas besoin de sens, il n’y a pas besoin d’arguments, de protocole, de charte, d’histoires, il y a cela, qui s’accommode de tout, fidèle, idiot, terrifié, comme entassé dans un chenil, des chiens.

Je constate cette voix. Je la toise. J’accuse réception, administrativement. Je l’ai emmurée. C’est une chose qui, visiblement, fait ses besoins, et pleurniche, et réclame, et gémit, increvable hamster. Je peux presque la palper, là, cette frontière, ou ce miroir, je ne sais pas, cette paroi ténue qui nous sépare, si peu, de l’absurde, de l’abject. C’est facile. C’est presque beau.

Nous faisons la chenille. Comme dans les mariages horribles. Derrière moi, ils dansent, ils me suivent, ils se trémoussent, l’ensemble des pères depuis la nuit des temps ; tous derrière, moi devant. Ils fredonnent : la chenille ! La chenille ! Ils plaisantent, rient, hâves fantassins, traîtres, obsédés, je porte leur costume jamais lavé, raide de crasse, parfum d’urine. Ils me disent, blaireaux horribles, bouffis, bavards, menteurs : il est des nôtres ! Il a fait un fils comme les autres ! Le père arbore pompeusement son costume étroit de dignité, contempteur, prescripteur, hâbleur, quand il devrait seulement se taire, et attendre patiemment, cocufié par sa propre progéniture, l’instant de son meurtre.

Mon fils me dit des choses qui me font chanceler, il me dit qu’il m’aime, que je lui manque. Il dit des choses simples, que je lui ai dite, les répète, et il les comprend. En venant vers moi, il marche sans prendre garde au rat intérieur, au rongeur et étrangement, au lieu d’être fier, j’éprouve de la douleur, et de la honte. Je suis déchiré par cette merveille, j’ai envie de lui dire que c’est normal, j’ai aussi envie de lui suggérer, à mon tour, de se méfier, et qu’on ne devrait jamais vraiment faire confiance, car la déception peut être sans fin.

Je le regarde gentiment. Cette gentillesse, éperdue, difficile, impossible, je la garde au chaud dans mon ventre comme un pieu dissimulé au travers, sous ma chemise, c’est une douceur au poison, une horreur de patience, un longue crucifixion affective. Je ferme la cage du rongeur, discrètement, des malédictions plein l’esprit, l’écurie mentale remplie de déjections, je mets la couverture dessus la cage, je l’emmure, j’emmure ce que j’ai emmuré. Je mets la chaux sur les murs, je voudrais désinfecter l’univers. Je sais bien que tout ira bien, je sais que tout ira pour le mieux, toujours, infiniment, et que je ne ferai, à la fin, que tomber de la barque, sur cet océan de calme, après cette traversée belle, cette croisière, pour partir tranquillement m’échouer au bon souvenir.

J’avance ma main, lentement, vers sa tête, il la regarde avec joie, avec complicité. Il ne se protège pas le visage par réflexe, il ne cligne même pas des yeux, il ne se raidit pas sur sa chaise, il n’est pas tapi dans cette vigilance continuelle de l’instant d’après, inconnu qui ne disparaît jamais, tout est bien, et je caresse très doucement ses cheveux, très doucement, mais ce n’est pas une gentille gentillesse, je suis étranglé par ce geste, et juste avec cette caresse, tremblante, il me semble, pendant toutes ces secondes égorger les silhouettes derrière qui ont suivi mon ombre.

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67 commentaires:

  1. preum's ah!ah!ah!

    bon j'avoue j'avais un indic !

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  2. c'est le retour de la vengeance du bonhomme doigt ?

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  3. Ce texte est émouvant, il est beau.

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  4. Magnifique !

    Les chants de Maldoror, en moderne...

    Visite gratuite du musée Balmeyer, suivez le guide

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  5. Très beau billet. Il va falloir que je le lise.

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  6. Bon. J'ai lu le début. Si ton fils de gonfle, tu n'as qu'à l'oublier dans une voiture (par exemple celle de la belle-mère de Dorham). c'est très tendance.

    Je vais lire la suite.

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  7. J'ai lu. Bon. Je ne vais pas faire comme Gaël et laisser un commentaire débile. Bon texte. Hop.

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  8. Il n'y a rien de plus beau au monde que de voir grandir et s'émerveiller un enfant entre nous, dans la confiance et l'amour. Ce que tu écris est vrai et si émouvant !Raconté par un papa c'est super !

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  9. Zut de mince ! Nicolas ma piqué mojn gag à la con...

    (Pour le reste, désolé, hein, mais les enfants et moi, la fibre paternelle, tout ça...)

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  10. Gaël : vacancier, va ! :)

    Ardentepatience et philtre : merci.

    nicolas : re-merci. Gaël a fait très fort en commentant 10 secondes après la publication... :o)

    M. : Merci pour ta remarque.

    Dorham : merci aussi pour ton commentaire muet, j'y ajoute une musique de bastringue... :o)

    Nicolas : en voilà une bonne idée ! Sinon, le mieux c'est de l'oublier dans une voiture AVEC un chien dangereux à l'arrière !

    Didier : Ah, un spécial merci à vous, c'est le commentaire le plus nul que j'ai pu lire de toute ma vie (smiley, hein). Non sérieusement, qu'est-ce que vous allez me sortir votre "fibre paternelle" ? Je ne pense pas qu'elle existe, ou alors, elle se suture sans anesthésie. C'est le côté poisseux, justement, qui fait la vigueur de la chose, qu'on occulte mièvrement. Il n'y a pas d'instinct, à part celui de la fuite, je suppose. Mais vous êtes un troll performant, vous voyez je vous réponds plus longuement qu'aux autres, Nicolas aurait tort de vous préférer un troll de droite...

    Zoridae : commentaire muet aussi ?

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  11. Tiens ! Je vais répondre à Balmeyer qui répond à Didier Goux qui commentait Balmeyer. Et sérieusement, je vous prie de remarquer.

    A part un penchant pour les boissons peu acqueuses, Didier et moi avons en commun de ne pas avoir de môme. Un tel texte, qualifié d'émouvant dans un commentaire ci-dessus, ne pourrait m'émouvoir. Il peut juste m'attendrir dans la mesure où c'est un type (alcoolique aussi) que je connais qui l'écrit.

    Je crois qu'on ne peut pas avoir la même lecture de ce texte que Gaël, par exemple, qui lui se livre à l'élevage intensif d'enfants.

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  12. @ Nicolas : tu veux te faire passer poour cruiel mais tu n'en es pas un :-)Didier trolle mieux que toi !

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  13. @ Nicolas :
    Crois moi sur parole, rien de plus beau le matin que voir ton gamin sauter dans tes bras...que du bonheur !

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  14. Nicolas : je peux à la fois me moquer du commentaire de Didier tout en le trouvant très pertinent, justement parce qu'on peut y "réagir". (Et Didier est très fort en "réaction", huhuhuhu).

    Je comprends bien ceci, d'ailleurs quand je n'avais pas de gamin, je m'en tamponnais le coquillard mais grave. Après, j'ai eu un gamin, et j'ai constaté que, chapeauté par des "pères" défaillants, j'étais une sorte de pelleteuse mécanique qui veut faire des câlins à un hérisson. C'est dur. Et dans ce blog, j'ai essayé de consigner ces moments magique où "ça marche". La routine pour les autres, une sorte de miracle pour moi.

    Après, ça génère des malentendus, j'ai pu le constater.

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  15. C'est toujours mieux que de générer des malentendants.

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  16. Balmeyer,

    C'est pour ça qu'on aime bien tes billets sur Kéké ! Parce que c'est toi, notre "pote de blogs".

    Tiens ! Je vais faire un billet sur un blog au hasard.

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  17. M. : si je n'avais pas d'enfant, je te répondrais : "je veux bien te croire." Je ne suis pas en train d'ouvrir le débat "pour ou contre les enfants", tu sais... :o)

    La joie de l'enfant au matin, c'est bien de trucs de maman ça !

    Bon sans blague, c'est bien les blogs, je suis surpris que ce machin écrit dans une humeur si "complexe" puisse générer des sentiments aussi "positifs" !

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  18. Ce blog est magique, on met la page à jour et apparaissent à chaque fois de nouveaux commentaires !

    S'il y a bien une chose qui me donnerait envie d'être un homme, c'est de pouvoir parler de mômes sans être immédiatement soupçonnée de niaiserie sans fond... Dieu sait que la lutte contre la niaiserie se joue à chaque instant.

    Sur ce, shazam ! (et bim, 3 nouveaux commentaires)

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  19. @ Balmeyer
    Je sais bien que tu n'ouvres pas de débat je te donne juste un avis.

    Dans une autre vie devient maman et porte ton enfant, tu verras le bonheur que te procure le matin le gamin qui plonge dans tes bras ou se love tout contre toi...

    Balm, tu as toujours de beaux textes, Poireau t'édite pas ? Tiens, d'ailleurs oukilé Poireau ?

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  20. Didier : lol, cher Didier. Non, malentendant, ça vient après, parait-il, suite à des pratiques intimes longtemps décriées.

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  21. Jay,

    Tu as raison. Ce blog a des commentateurs absolument géniaux. Ca relève.

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  22. "Bon sans blague, c'est bien les blogs, je suis surpris que ce machin écrit dans une humeur si "complexe" puisse générer des sentiments aussi "positifs" !"

    C'est bien pour ça que mon commentaire est muet. La paternité, c'est à peu près tout sauf une joie. ça l'est un peu, ponctuellement bien sur, mais c'est une vue de l'esprit !

    Quand un chien dépend de toi (je précise que je ne dis pas ça pour Didier, afin de ne pas "initier" de malentendants), il y a cet aspect totalement animal des choses, ou plutôt subhumain qui t'écarte de la conscience de tes actes.

    Avec un gosse, c'est l'apprentissage de l'équilibre !

    Je me souviens qu'à la naissance de ma première fille, je ne m'y sentais pas du tout, gravement à la ramasse...La fibre, en effet, je ne sais foutrement pas ce que c'est.

    Et puis, la suite, c'est vivre avec de l'insécurité en permanence. En tout cas pour moi !

    La, tu parles de la gifle. Mais il y a tant de micro-événements qui peuvent faire bifurquer la marche d'un gosse.

    Enfin, c'est une question carrément nébuleuse et ton texte est tout sauf idyllique ; il est même très violent d'une certaine manière !

    Donc, voilà pourquoi mon commentaire muet ;

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  23. Nicolas,

    Oui oui ce que je pensais sans le dire c'est que doivent être remerciés avant tout pour cette féérie bloguesque les fidèles, assidus, désœuvrés et hilarants commentateurs de Balmeyer. What else.

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  24. m.,

    Ben, tous les matins, même ceux où t'as la tronche à l'envers.

    J'ose le dire, parfois, mes enfants me gonflent. Parfois, ils m'émerveillent. Parfois, je suis un père d'enfer, parfois, je suis un gros con !

    Jamais de quoi être fier, toujours à ressasser des pensées du genre : "j'aurais pu faire ça bien mieux !"

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  25. Cela dit, je peux aussi faire des blagues sur les voitures au soleil ou sur les congélateurs...

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  26. @Dorham
    Bien sûr que ma fille me gonfle par moments aussi, on n'est (naît) pas des parents parfaits, certes on culpabilise parfois sur ce qu'on aurait du faire ou ne pas faire mais l'enfant n'est pas con, tu lui expliques il comprend mieux que tu ne peux l'imaginer.

    La relation parent-enfant où deux ou trois êtres qui aprennent à vivre ensemble et à se respecter.La tentation d'une tarte vient souvent mais la réprimer est plus constructif, sauf quand les bornes sont largement dépassées.

    Une chtite histoire :
    18 mois qu'un couple de jeunes (21 ans)dressent leur gamin à coup de tartes, ils sont allés consulter un psy, le gamin est autiste, ils ne peuvent rien faire. La DDASS n'a jamais voulu se déplacer pour le vérifier et toi t'es là comme une andouille tu te demandes quand ça va cesser.Le môme court et trottine dans l'appart jusqu'à deux heures du matin et se lève à 6 heures, il hurle comme un goret quand ses parenst veulent le coucher. Il ne nous reste qu'à déménager, jamais le gamin (3ans) ne se calmera sauf à coup de cuillère à soupe d'eau qui fait rire.

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  27. Jay, j'aime bien ce que tu dis : "S'il y a bien une chose qui me donnerait envie d'être un homme, c'est de pouvoir parler de mômes sans être immédiatement soupçonnée de niaiserie sans fond... Dieu sait que la lutte contre la niaiserie se joue à chaque instant."

    La relation entre la mère à son gamin, c'est un récif, on s'y fracasse facilement... :) Le père est à part. Toutes les théories "modernes", "ouvertes" que j'ai vu passer sur le "papa qu'est super important" ne m'enlèveront pas l'idée que le père doit se déguiser en Batman pour prendre sa place, le couteau entre les dents. (j'exagère, mais c'est du Traviata-Blog).

    Quant à la niaiserie : le second degré, la dérision, c'est aussi un confort qui te protège à peu de frais de la niaiserie. Plus ça va, plus je trouve qu'il y a une sorte de posture à prendre systématiquement le contrepied de la masse, même si d'un autre côté je suis énervé (comme tout le monde !) par les lieux communs. Enfin, c'est un chantier tout ça.

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  28. hé les gars : fésez les mômes par deux ou trois comme tout le monde : vous verrez on n'a plus le temps de se poser autant de questions

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  29. Et je suis encore un chantier avec mes moins de vingt printemps (mais qui n'en est pas un ?)

    Ce que j'admire dans tes textes, au delà du style, c'est d'abord ta faculté à faire des comparaisons, des associations d'idées insolites qui m'enchantent, mais aussi à soulever des thèmes qui m'échappent complètement. Parfois parce que je n'y aurais simplement jamais pensé (l'usine de blogs...) parfois parce que ce sont des domaines qui ne me concerneront jamais comme la paternité.

    C'est pour moi la vraie originalité, de souligner la différence là ou chacun pourrait laisser s'étaler la niaiserie.
    (je suis d'ailleurs tombée ici il y a un certain temps en cherchant un truc sur Gotlib, "Le boueux de mon enfance") Ce n'est certes pas toujours le cas, mais c'est une réflexion que je me fais souvent.

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  30. @Balmeyer :
    Entièrement d'accord avec toi, le papa a toute sa place près de l'enfant, nous les mamans on a tendance à trop couver nos mômes et vous, vous êtes là pour les ouvrir sur l'extérieur, c'est indéniable !
    Vrai que c'est difficile pour vous de trouver votre place dès la naissance du bandit, faut vous la faire et vous inscruster, le papa, bien souvent n'existe pas dans le langage et les échanges entre le gynéco et la maman lors du suivi de la grossesse, le papa est sans arrêt mis de côté comme si ce n'était qu'une histoire de femme.

    C'est ce que je regrette dans le suivi de grossesse,le futur papa est cantonné dans son rôle de géniteur, or, l'enfant naît aussi dans la tête du papa.

    Depuis Dolto, qui, pourtant je ne le conteste pas, a permis une évolution importante dans les esprits et la pensée, je trouve que le papa n'a toujours pas sa place dans la relation avec les enfants.

    Quand j'ai lu ton billet sur l'enfant qui ne paraît pas qui s'en va quand on l'a tant désiré, on comprend mieux la souffrance d'un homme c'est plutôt rare qu'un homme "ose" décrire ses pensées et sentiments ainsi, j'avoue aussi avoir mieux compris la dépression de mon mari suite à mes deux fausses couches consécutives, on ne réagit décidément pas pareil homme et femme.Si tous les mecs se mettaient à communiquer ainsi, il y aurait moins de rixes et plus de communication dans les couplers, les deuils se feraient plus facilement aussi.

    Amitiés.

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  31. Moi j'ai trouvé très vrai l'effroi que tu décris face au pouvoir sur un être.

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  32. @ Gaël :
    renvoie la cigogne, partage avec les copains !

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  33. héhé, Gaël, ohé le vacancier, la vie est dure ? ;-)

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  34. (Jay a raison. On ne fait même plus de remarques sur ta superbe écriture, c'est malheureux !)

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  35. Si nous étudions les postures, on a pas fini.
    Entre en effet, ceux qui prennent par snobisme pur le contrepied de tout ce qui peut – de près ou de loin – ressembler à du bonheur simple, et ceux qui se plaisent à peindre leur existence entière en rose pastel…

    J’ai quand même bien du mal à imaginer comment on pourrait taxer ton texte de niais tant il comporte en lui son lot de peur, d’angoisse, de bancalitude.

    La mère ? Oui, je ne sais pas. Ça aussi, c’est assez nébuleux. La fibre maternelle n’existe pas plus à mon avis. En revanche, le lien qui lie l’enfant est plus animal c’est vrai, à sa mère qu’à son père…quoique, ce qui m’a personnellement remis dans le droit chemin de la parenté, c’est vraisemblablement un sentiment d’instinct animal, une sorte de fluide qui se transmet.

    Bref, parler de son gosse on peut tous le faire (avec plus ou moins de talent bien sur).
    Mais saisir la quintessence du lien, ce qu’il est en vérité : violence, destruction et construction, petitesse de la condition humaine ; voilà qui est déjà plus difficile. C’est à mon avis ce que tu as fait.


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    Du coup, fatalement, ça dépasse les questions d'écriture, du texte qu'on fait pour qu'il soit beau ! (enfin, c'est un avis ; il est peut-être complètement naze !)

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  36. Vire les commentaires, le texte se suffit à lui même... :-)

    Je vous aime bien les copains mais parfois le plaisir est solitaire, égoiste.

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  37. Ah ! encore un left_blogueur qui se masturbe.

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  38. On fait tous partie d'une sarabande endiablée d'ancêtres avec leur histoire. Loyauté ou déloyauté au passé, difficile de choisir ! Aussi extrème que le dilemme shakespearien... Parfois même, refuser le passé nous met en danger de mort. Hamlet des temps modernes nous traînons derrière nous un certain nombre de casseroles que nous préférerions ignorer...

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  39. Hello l'artiste!
    Cela fait bien longtemps que je n'avais pas pris le temps de laisser un petit mot en passant. Il faut croire qu'on s'habitue au talent...
    J'ai beaucoup aimé ce texte et son ambiguité.
    Bon été à toi, à bientôt!

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  40. Moi aussi, j'ai beaucoup aimé. La violence fantasmée est presque aussi forte que le réel.

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  41. C'est très sombre et très juste. Aimer son enfant, c'est seulement une option. Et vous en parlez bien. Ce mois de juillet est le mois des enfants, décidément.

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  42. Puisque vous le proposez, je signale une faute d'orthographe, j'en ai bien du chagrin, au premier paragraphe, quand vous parlez de votre fils, donc du genre masculin, comme maladroit, d'ailleurs : "cette enfant maladroit".
    "Il te sera beaucoup pardonné car tu as beaucoup aimé".
    Pardonnez-moi ce tutoiement, mais c'est écrit comme ça dans l'Evangile.
    Et je ne voudrais pas repartir sans dire combien ce texte est beau, subtil. Il fait étrangement mal. J'aimerais l'avoir écrit.

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  43. S'aimer, c'est se connaître et s'aimer quand même !?!

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  44. lilas zen : Bienvenue Lilas !

    Superolive : ah ! Ton passage par ici me fait vraiment sincèrement plaisir !

    mère castor : merci pour "Aimer son enfant, c'est seulement une option.", c'est bien dit.

    Georges F : merci pour la correction, vous pouvez me tutoyer, me voussoyer, me vouvoyer, enfin tout, c'est à dire me toutoyer.

    (à part, ça, puisque vous voulez tout savoir, j'ai fait une nuit blanche à cause d'une rage de dent, le dentiste m'a planté une seringue d'un litre dans la mâchoire, et pour m'achever, un collègue de travail vient juste de m'offrir une bière belge brune, j'ai l'impression d'avoir fait 70 rounds contre Mike Tyson, avec l'arbitre qui insiste : on continue !)

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  45. Sais plus quoi dire après tous ces coms de "pros". Des banalités ne seraient pas dignes de Mr Balmeyer... au vu surtout de ce texte si bien analysé et fort bien écrit....J'emprunte deux mots du com de Philtre pour signaler que la visite guidée du coeur, tantôt tourmenté, tantôt ravi de Mr Balmeyer était très émouvante....

    @ Nicolas (je le dis dans le creux de ton oreille) tu as aussi du coeur toi, cela transpire dans tes écrits...
    @ Et que Didier Goux ne s'en défende pas.... pour les mêmes raisons...
    @ Zoridae : tu restes bouche-bée, comme je te comprends, j'ai failli ne pas trouver un seul mot pour exprimer ma pensée.
    @ tous : suis pas trop experte en coms, mais bon...
    Jeffanne

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  46. Ah, Ah, Ah, Nicolas !!! que dois-je comprendre ???(lol)
    Jeffanne

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  47. Putain ! 52 commentaires pour un môme qui va décrocher péniblement un bac totalement dévalué et cracher à la gueule de son père dès qu'il lui poussera trois poils aux roubignoles pour se persuader à lui-même qu'il est un homme !

    On touche le fond de la misère humaine, là...

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  48. Oups Didier Goux : on se persuade comme on peux....avec ou sans duvet...(MDR)
    autant ne pas être trop pessimsite...
    Jeffanne

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  49. 55 ème commentaire Monsieur GOUX !

    Restons à l'essentiel, c'est un magnifique texte.

    Il touche à l'origine de l'être et j'ose le dire, au sublime.
    Une claque à la sincérité de l'ADN

    Tout y est concentré, et prélude à d'innombrables développements.

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  50. Je n'ai pas lu les 55 com;-)
    Bon. Tu touches à la cruauté de l'âme humaine. A l'innocence. A l'abyssale peur du mal, de ce quon veut leur éviter de pire e qu'on est les premiers à donner. Quand on dit non, juste pour dire non, pour ne pas faire plaisir, pour faire mal volontairement, sans raison. Quand on repousse. Pfff, y en a beaucoup à direet je te remercie, je me sens moins seule.:-)

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  51. Didier,

    comprenez au moins qu'un père puisse être fier, bordel.

    Nous, c'est différent, avant l'émotion la soif nous gagne.

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  52. Si, si, qui est le plus fier des deux ? le père de son fils ou le fils de son père parce que.... lorsque l'on perçoit l'émotion du papa et la confiance de son enfant on ne peut être qu'ému(e) non ??? Et puis, ce choix des mots pour animer ce beau texte relève de sentiments on ne peut plus sincères...
    Jeffanne

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  53. Encore une histoire de chien...

    Je ne regarderai plus mon petit fiston pareil maintenant. Merci Balmeyer !

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  54. Ton texte m'évoque un épisode sanglant dans Moravagine de Blaise Cendrars. Moravagine, enfant, souffrait de l'isolement de son château solitaire. Son seul ami, un corniaud que l'on n'avait même pas pris la peine de baptiser. Un jour, pour une obscure raison, Moravagine ne supporte plus le regard du chien, seul être qui le juge. Et, il lui transperce les yeux avant de s'enfuir de son palais. Ton texte m'a beauoup remuée et a fait écho en moi. Surtout, n'arrête pas d'écrire !

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  55. Intéressant d'évoquer ces poussées de violence, la tentation de tout casser, comme pour tester ce qui arrache la peau ...
    C'est souvent très censuré ça, l'ambivalence et l'extrème exigence des relations parent/enfant.
    Je ne suis pas d'accord avec ça : "Crois moi sur parole, rien de plus beau le matin que voir ton gamin sauter dans tes bras...que du bonheur !".
    Je pense que parfois, il arrive qu'on ait envie d'être à 100 lieues ...
    Je pense aussi qu'aimer ne sert qu'à mieux éduquer (si on réfléchit un minimum en aimant ...) et que le plus important est éduquer. Et que c'est l'amour que l'enfant éprouve pour le parent qui est le plus (mais qu'il ne faut pas attendre). L'amour que le parent a pour l'enfant est un peu "facile" : il apporte un plaisir immédiat, charnel et gratifiant.
    Et enfin, je ne crois pas que l'instinct maternel existe obligatoirement.

    Mais bon, je suis souvent très marginale, sur ces questions ...

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  56. @ Audine,

    Blesser un enfant, le violenter est encore un sujet tabou. Je me demande si cela vient du culte de l'enfant-Roi dans notre société...
    Ton avis m'intéresse.

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  57. "T'as mis une capote au moins?"

    Mon ainé me sourit: "Tu verras qu'il en manque une dans ta réserve. Ne le dis pas à Maman!"

    "Et que dois-je lui dire MOI?"

    "Euh... Que tu me l'as prêtée et que je l'ai perdue? Comme d'hab?"

    Bref. Votre billet interpelle sur les relations père-gamin(e)s. Superbe écriture. Je découvre.

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  58. Et hop te voilà tagué (comme ils disent) - on ne se connait pas, mais c'était l'occasion de te dire que j'ai aimé ce texte, comme beaucoup d'autres lus ici.

    C'est une chaîne et c'est donc par ici qu'il faut en tenir le bout.

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  59. un moment j'ai cru qu'en plus la photo était de toi. écrivain talentueux et photographe brillant ça m'aurait rendu malade pour la journée.

    Me voilà rassuré, tu n'es que rédacteur d'un billet superbe...

    Un jour, j'avais moins de 20 ans,je me suis retrouvé chez des amis avec un enfant de cinq six ans, seul dans sa chambre. Il jouait gentiment. Pour je ne sais quelle raison, mais principalement pour voir, je me suis mis à le regarder durement, fixement. Moins de trente secondes après, il pleurait. J'ai remis mon sourire normal, version renforcée et il s'est remis à jouer, soulagé.
    J'ai ressenti le même vertige en lisant ton billet.

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  60. C'est la première fois que je viens vous lire... On dira que j'ai gardé le meilleur pour la fin !
    La première nuit où j'ai ramené ma fille aînée à la maison, et seule dans cette maison, mon lait s'est tari. Et pas de biberon, pas de lait en poudre, pas de stérilisateur... inexpérience ! La petite avait faim et je n'avais rien, et j'étais seule, à des kilomètres de tout, sans téléphone. J'ai pris conscience (avec terreur) de ce que ce petit paquet âgé de moins d'une semaine, cette vie-là, était entièrement entre mes mains. Une vie !
    J'ai trouvé une solution pour la nourrir, et n'ai jamais oublié.
    Mais quarante ans après - et quelques petits paquets de plus - j'ai appris : nous sommes deux (au moins) à élever l'enfant. Nous-même, et lui. Lui aussi a du pouvoir sur sa propre vie, et très tôt. Et c'est lui, de toutes façons, qui aura le dernier mot.
    De quoi ramener à sa juste mesure le gouffre que vous entrevoyez, peut-être ?
    Prendre conscience d'un pouvoir est effrayant, à juste titre. Mais il faut juste faire son travail. Le pouvoir est alors exactement l'instrument dont on a besoin pour remplir la mission. Rien de plus, non ?

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  61. Ooops, je m'aperçois que j'ai laissé filer, et que je n'ai pas "répondu à tout le monde"... désolé !

    Mifa, edgar, merci pour vos commentaires qui me touchent beaucoup...

    Dedalus : c'est noté ! A la queue comme tout le monde, j'ai douze chaines de retard, au bas mot.

    Audine : intessant, marginale ? Non, pas tant que ça, quand on discute un peu.

    Lilas Zen, jon, Jeffane, Tiffen : bien pris note de vos commentaires, et je vous en remercie !

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