mercredi 27 février 2008

L’Orphée Noir

Le garçon entraîne son camarade, ils courent, c’est presque l’aube. C’est une sorte de secret. Ils montent la petite colline ponctuée d’arbustes secs ; à son sommet est offerte une vue sur la baie. A l’est, l’horizon maritime, tendu comme une corde, sombre, frémit, la nuit va s’effiler. Tout en courant, le garçon désigne l’homme qu’ils suivent, qu’ils aperçoivent un peu plus bas, isolé dans ses pensées. Regarde ! Il est là. C’est Orfeu, c’est l’employé du tramway. C’est un héros de carnaval. Il joue comme un dieu. Lui, il chemine tranquillement, comme tous les matins, s’imaginant seul au monde, avec une guitare empoignée au milieu du manche.

Il a ses yeux baissés vers le sol, le chemin de terre, de sable, indifférent à cette vue qu’il connaît par cœur, la Baie de Guanabara s'étendant en contrebas et l’océan et l’écume et la reptation de son corps couvert de mailles serrées et lumineuses, comme l’écaille d’un poisson considérable. Il s’arrête sur un monticule, et regarde alors le paysage d’avant l’aube.

Les garçons se sont dissimulés derrière des fougères, leur tête en dépassent. Ils fixent la silhouette, plus bas. Le camarade murmure : qu’est-ce qu’il va faire ? L’autre lui répond, avec gravité, avec importance : il va faire se lever le soleil. L’ami fronce les sourcils, incrédule. Bien sûr que si ! Il lui secoue le bras pour mieux le convaincre. Regarde. Le silence les gagne.

L’Orphée Noir, assis, sourit un peu, son instrument léger posé sur la cuisse. Il parait accomplir une besogne secrète, ponctuel, lampiste du ciel, horloger de la voûte céleste. Regarde. Puis il commence enfin à décliner quelques accords, danse très lente, à la limite du mouvement. Lèvres closes, il fredonne, aussi, un peu. Les garçons sont pétrifiés, bouches bées, leur visage doré battu par les fins végétaux qu’agite une brise. Le temps en passant fait un bruit de ressac. Là, au loin, l’horizon s’épaissit alors, blanc, les nuages amoncelés s’allument, les rayons ondulent comme des serpents, l’œil de lumière s’ouvre, la braise du monde se ranime dans un second souffle ; c’est une évidence, mais c’est une évidence qui est comme un miracle : le jour se lève.

free music


24 commentaires:

  1. on s'y croirait. non vraiment, manha de carnaval plus ta belle plume c'est commencer la journée du bon pied :)

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  2. "L’Orphée Noir, assis, sourit un peu, son instrument léger posé sur la cuisse. Il parait accomplir une besogne secrète"

    Hem...

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  3. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  4. Je suis plié de rire, Nicolas, mais comment fais-tu ? :o)

    Pourtant j'ai bien fait la relecture "Nicolas", pensant que tu ne trouverais rien de grivois ! :o)))

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  5. J'allais dire à peu près la même chose que Nicolas, mais il est passé avant moi : j'essaierai de venir plus tôt la prochaine fois...

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  6. Balmeyer,

    Je vais te donner mon truc : j'ai l'esprit aussi mal tourné que Didier Goux.

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  7. Nicolas, Didier, vous formez un sacré duo ! Il faudrait que je publie des extraits de feue la constitution européenne, pour vous pousser dans vos retranchements...

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  8. Dans que c'est dans les retranchements...

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  9. «Dans que c'est dans les retranchements...» ?

    On parle comme ça, à gauche, maintenant ? Pas étonnant que votre message soit inaudible !

    (smiley ! smiley ! pas sur la tête !)

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  10. Oups ! On ne devrait pas commenter à l'heure de l'apéro.

    "tant que c'est dans les retranchements..." voulais-je dire.

    Remarque ! On peut considérer qu'il n'y avait que deux lettres mauvaises dans un seul mot. A gauche, on est optimiste.

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  11. Nicolas, moi aussi je suis tordue de rire... (Et j'avais pensé la même chose que toi mais jamais je n'aurais osé l'écrire...)

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  12. Ma mère a lu ton blog, chéri, tout à l'heure et elle m'a dit : "ses commentateurs sont un peu farfelus non ?"

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  13. Ses commentateurs trouveraient du grivois même dans la constitution européenne, c'est dire.
    Et en plus, ils boivent des bières, à deux.
    Collusion de commentateurs.

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  14. Même remarque que Nicoals et ses comparses aux idées mal placées.

    Balmeyer, navrée, mais preuve en est faite: tu as un public de pervers.

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  15. Ce que j'aime surtout, c'est l'expression "besogne secrète". Combien d'adolescents se besognent secrètement tandis que l'on palabre ???

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  16. Crois tu qu'il aurait dit à rama Yade, "tu me salis ?"

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  17. ça doit faire tout bizarre de voir un lever de soleil sur la mer. Faut absolument que j'aille voir ça.
    Mais c'est strictement pour le soleil hein, l'instrument d'Orphée n'évoque absolument aucun balbutiement de soupçon d'intérêt pour moi.

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  18. Tu m'as donné envie de revoir le film...

    PS : je dois avoir l'esprit aussi mal tourné que Nicolas, la phrase m'a sauté aux yeux lol

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  19. Tiens ! Je n'ai répondu à personne ici ! J'ai oublié !

    Bon, vos commentaires m'ont bien fait rire, j'étais à mille lieu de tout ça, mais c'est vrai que "..L’Orphée Noir, assis, sourit un peu, son instrument léger posé sur la cuisse. Il parait accomplir une besogne secrète..." ça peut prêter à confusion avec un peu de recul !

    Toujours est-il que vous êtes quand même un gros tas d'obsédés ! :o)

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  20. J'ai dit "un gros tas d'obsédés", pas un "tas de gros zobsédés", nuance.

    Mais je crois qu'au bout du compte, on me dira un "gros tas de gros obsédés", alors j'anticipe...

    (comme dit Didier : smiley ! smiley !)

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  21. Suis pas d'accord.
    Je suis grosse, c'est tout.

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