Accéder au contenu principal

Le jeune qui attend

J'ai en face de moi un stagiaire qui attend. C'est un jeune, on dirait qu'il a encore le nombril humide de désinfectant. Devant son écran, il fait son stage d'ordinateur.

C'est marrant, en général le jeune stagiaire tape beaucoup. Soit il croit en son projet, ivre d'inspiration et sûr de révolutionner la science informatique avec son récent savoir faire, il met en pratique tout ce qu'il a lu dans les sites du web, et il dit "j'ai déjà fini" ; soit il découvre les forums et le chat à volonté. Dans tous les cas, il est vrillé à son écran, avec un air d'assoiffé sexuel électrisé. Il faut le mettre dehors le soir, avant qu'il ne devienne bossu d'avachissement.

Là, mon jeune ami attend. Il regarde dans le vide, il pense ; comme en classe d'Histoire-Géographie, au récit monotone de la Fronde ou des guerres d'Italie, il a les yeux dans le lointain. Il fait tourner un stylo avec son doigt. J'ai envie de lui dire : "tu veux l'adresse d'un site de Mangas ? Des vidéos de skaters scatophages décapités par les FARCS ?"

Il tête son gobelet en plastique. C'est ça, tu n'as pas eu assez de tété de ta maman ? Je sais que Kéké sera président du monde, car lui, il a eu son content de této. Mais mon jeune ami ?

"Oisive jeunesse
À tout asservie,
Par délicatesse
J'ai perdu ma vie.
Ah! que le temps vienne
Où les cœurs s'éprennent."

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Wagram

Avenue de Wagram, devant un hôtel trois ou quatre étoiles, quelques barrières ont été installées de part et d'autre pour que s'accumulent des jeunes filles en fleur et en short. Elles semblent attendre depuis un moment, immobiles et compactes, et ce regroupement, provoqué manifestement par une prochaine épiphanie de vedette, emplit ce fragment d'avenue du bruissement électrique de la Célébrité. Des touristes et passants intrigués s'arrêtent pour scruter les jeunes filles qui scrutent l'entrée de l'hôtel, et moi je scrute à mon tour les passants curieux. Cela aurait été un triangle parfait de scrutement si les jeunes filles m'avaient regardé moi, mais en vérité je suis informaticien.

Chacun y trouve son compte, dans ce grand drame de l'attente ; par exemple moi-même, n'y comprenant rien, j'observe la scène tel un contempteur bien au dessus de tout ça. Si ces jeunes filles ont décidé d'être une foule dense à raison de huit par mètre carré, com…

Le Durcisseur

Le premier métier de feu l'acteur Sim était extraordinaire : il débuta durcisseur de tétons au Crazy Horse. Encaissant cette information à la radio, je cessai toute activité pour plonger dans une rêverie mélancolique. Cette tâche improbable consistait à, muni d'un seau à glaçons, frotter la poitrine des danseuses avant leur entrée en scène, pour bien mettre en exergue leurs tétins triomphants.

Je méditais sur le sort de cette main d'œuvre méconnue des coulisses. Je vis l'homme, son visage malicieux et juvénile de souris, dans la pénombre d'un rideau, à l'entrée de la scène. J'imaginais son sourire contrit, parmi les créatures, échassières de leurs jambes, dans une jungle parfumée de plumes. Elles faisaient la queue et présentaient, traqueuses et concentrées, leur gorge au préposé du mamelon. L'employé était-il soumis à un supplice permanent, affligé d'une trique chronique qui le dévorait sans répit, tel l'arroseur arrosé (le durcisseur durci), ou…

Ballons

Nous nous promenions au parc de Sceaux, il y avait une sorte de kermesse pour lutter contre les myopathes (contre la mucoviscidose me corrigea Emeline). Derrière les stands, s'activaient des gens qui vendaient des parts de gâteaux au prix d'un ticket vert. Il y avait des panneaux explicatifs sur la maladie, des jeux de pêche et de massacre.

Un speaker remercia la fanfare de Clamart. J'y avais remarqué un joueur d'hélicon assez maigre, et ceci me plut car je tenais, à l'occasion, des statistiques sur les membres des fanfares, afin d'établir un jour une pittoresque découverte. J'avais déjà noté que les joueurs d'hélicon étaient souvent maigres, ce qui me fascinait car l'instrument exigeait de la puissance, et donc un costaud au bout du tube me semblait-il ; je croisais certes sur ma route une fanfare environ une fois l'an, l'étude avançait lentement mais malgré tout, je tenais pour certain que l'hélicon était si gourmand qu'il épuisait…