Accéder au contenu principal

Les fous, la foule


Monsieur et Madame Dassault ont un fils, comment l'appellent-ils ? René Char. J'ai horreur des "Monsieur et Madame", j'ai horreur des blagues, j'ai horreur de l'humour.

Je me suis levé beaucoup plus tôt ce matin. J'ai le sentiment que les fous aiment sortir dans le métro à 7h40. Il y en avait des tas, mêlés à la foule, ou plutôt il semblait que la foule était mêlée à elle même. Dans une rame, un fou engueulait la porte, lui demandait de se taire. "Tu vas te taire maintenant, ça suffit ! C'est tous les jours pareil ! Nous, on commence à en avoir marre ! " Au bout d'un moment, il a obtenu gain de cause, la porte a cessé de lui parler.

Un autre a élu domicile sur les rails, porte des Lilas. Mon wagon était arrêté non loin de sa cachette, j'entendais les agents le raisonner, tandis que je lisais un journal gratuit, dans l'obscurité du tunnel. Un autre fou, un peu plus tard, coincé dans la foule, compacte comme une tortue centenaire, tentait d'aller plus vite, vainement, déclinant d'une voix monocorde des "pardons" brisés.

J'allume ma climatisation intérieure, je revois Kéké, la veille, dans la rue avec moi. Il pousse sa poussette, dans un bruit de crécelles des petites roues en plastique. Il avance tout droit, obstinément. De temps en temps, il bute contre un réverbère, il regarde l'objet, et médite sur la place des choses dans ce monde.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Wagram

Avenue de Wagram, devant un hôtel trois ou quatre étoiles, quelques barrières ont été installées de part et d'autre pour que s'accumulent des jeunes filles en fleur et en short. Elles semblent attendre depuis un moment, immobiles et compactes, et ce regroupement, provoqué manifestement par une prochaine épiphanie de vedette, emplit ce fragment d'avenue du bruissement électrique de la Célébrité. Des touristes et passants intrigués s'arrêtent pour scruter les jeunes filles qui scrutent l'entrée de l'hôtel, et moi je scrute à mon tour les passants curieux. Cela aurait été un triangle parfait de scrutement si les jeunes filles m'avaient regardé moi, mais en vérité je suis informaticien.

Chacun y trouve son compte, dans ce grand drame de l'attente ; par exemple moi-même, n'y comprenant rien, j'observe la scène tel un contempteur bien au dessus de tout ça. Si ces jeunes filles ont décidé d'être une foule dense à raison de huit par mètre carré, com…

Le Durcisseur

Le premier métier de feu l'acteur Sim était extraordinaire : il débuta durcisseur de tétons au Crazy Horse. Encaissant cette information à la radio, je cessai toute activité pour plonger dans une rêverie mélancolique. Cette tâche improbable consistait à, muni d'un seau à glaçons, frotter la poitrine des danseuses avant leur entrée en scène, pour bien mettre en exergue leurs tétins triomphants.

Je méditais sur le sort de cette main d'œuvre méconnue des coulisses. Je vis l'homme, son visage malicieux et juvénile de souris, dans la pénombre d'un rideau, à l'entrée de la scène. J'imaginais son sourire contrit, parmi les créatures, échassières de leurs jambes, dans une jungle parfumée de plumes. Elles faisaient la queue et présentaient, traqueuses et concentrées, leur gorge au préposé du mamelon. L'employé était-il soumis à un supplice permanent, affligé d'une trique chronique qui le dévorait sans répit, tel l'arroseur arrosé (le durcisseur durci), ou…

Ballons

Nous nous promenions au parc de Sceaux, il y avait une sorte de kermesse pour lutter contre les myopathes (contre la mucoviscidose me corrigea Emeline). Derrière les stands, s'activaient des gens qui vendaient des parts de gâteaux au prix d'un ticket vert. Il y avait des panneaux explicatifs sur la maladie, des jeux de pêche et de massacre.

Un speaker remercia la fanfare de Clamart. J'y avais remarqué un joueur d'hélicon assez maigre, et ceci me plut car je tenais, à l'occasion, des statistiques sur les membres des fanfares, afin d'établir un jour une pittoresque découverte. J'avais déjà noté que les joueurs d'hélicon étaient souvent maigres, ce qui me fascinait car l'instrument exigeait de la puissance, et donc un costaud au bout du tube me semblait-il ; je croisais certes sur ma route une fanfare environ une fois l'an, l'étude avançait lentement mais malgré tout, je tenais pour certain que l'hélicon était si gourmand qu'il épuisait…