jeudi 9 août 2007

Paroles de star (2) : j'ai gardé mon âme d'enfant

Les artistes véritables (Picasso, Mickael Jackson, Benjamin Castaldi) ont un point commun : ils ont su garder leur âme d'enfant. C'est ce qui leur permet de regarder le monde non pas avec notre triste et morne esprit d'adulte, mais avec l'émerveillement candide et la spontanéité joviale qui caractérise les artistes.

L'âme d'enfant a deux effets dans la carcasse d'une personne : elle lui permet d'avoir un regard neuf sur l'univers et d'être pénible pour son entourage. Par exemple, Delphine, Comédienne débutante, se met un crayon dans les cheveux pour faire un chignon, tandis que Thierry, metteur en scène débutant, s’habille en bleu de travail. Ils ont un regard neuf sur ce qui les entourre.

L'artiste peut être épuisant : madame Picasso a livré un témoignage bouleversant à ce sujet : "Tous les matins, dès qu'il se levait il se cachait derrière la porte, ou sous une couverture, et dépassait la tête d'un coup en s'exclamant : "Coucou !". Il fallait répéter cela cinq, dix, trente fois. Je devais faire semblant de le chercher dans toute la maison en criant : "Mais il s'est caché où Pablito ? " Il se montrait alors et lançait encore : "Coucou ! ". Il fallait recommencer. C'était épuisant."

Autre réussite en la matière : le cuisinier Paul Ducasse qui a lui aussi gardé son âme enfant : "je n'aime que les petits pots. Dès que je tombe sur un morceau, je le recrache, beurk, caca." Son restaurant à Tokyo "the Small Jar" est une réussite typique du genre, les cabinets d'experts comptables réservent des tables jusqu'à six mois à l'avance.

Ah ! L’enfance ! Le paradis perdu ! Je me souviens de ce regard candide que je portais sur le monde. Je me souviens de la spontanéité joviale qui me poussait, lorsque je vivais à la campagne, à mettre des pétards sous les escargots, ou bien dans les fourmilières. La destruction comique de tous ces êtres, se répandant dans l'espace comme de la confiture vivante ! J’aimais bien aussi placer les fourmis dans un congélateur pour voir. Je les retrouvais recroquevillées, peu de temps après, et tel un artiste j’étais parcouru de sensations nouvelles, et de questions naïves : y-a-t-il un paradis pour les fourmis ? Que font les âmes des bébés au paradis, eux qui ne connaissent pas de langage, pendant toute l'éternité ? A partir de quel moment l’homme des cavernes a-t-il eu une âme, dans son long voyage du batracien jusqu’à moi ?

Cette enfance bénie que nous perdons vite, époque sympathique où l'on se prend des taloches, où l'on nous couche quand on a pas sommeil, où l'on s'amuse à se pendre entre copains pour voir les étoiles et où la bière est formellement prohibée, époque où, en cours de sport collectif, lors de la constitution des équipes, on est jamais choisi par les capitaines et l’on fini dans les remplaçants comme un frigo sur un trottoir !

L'âme d'adulte, en comparaison, est triste, terne, fade, trouée comme une chaussette. Un paradis rempli d'âmes d'adultes est d'ailleurs semblable à un service comptabilité d'une grande entreprise : les gens sont habillés en gris, ils impriment des factures et les rangent dans des dossiers en carton, portent les dossiers aux archives, modifient des tableurs, s'échangent des agrafeuses et sont contents quand le café est prêt.

Attention, il ne faut pas confondre l'âme d'enfant et l'âme de bébé. L'artiste doit savoir arrêter les réincarnations de son vivant au bon moment. Trop tôt, trop vert, il gardera une âme de nourrisson, ce qui est adorable chez ces petits êtres joufflus sans défense, mais dramatique pour les personnes responsables civilement. L'artiste Jordi livre à ce sujet un témoignage bouleversant : "J'ai gardé mon âme de bébé. Je suis incapable de lire ou d'écrire, j'ai tout le temps mal aux dents, je rampe pour me déplacer, je ne vois pas au delà de deux mètres et je ne peux entretenir de relation durable car je ne suis pas propre. Dur dur." ...

Au contraire, si l'on s'y prend trop tard, on rate le coche, et on se retrouve avec une âme de vieux, voire une âme de mort. Comme le disait Pierre Desproges, après l'âge mur, il y a l'âge pourri. Je me rappelle ce témoignage bouleversant de Robert, qui n'est pas un artiste et que je peux donc tutoyer : "Je me coltine une âme de vieux. Je suis incapable de lire ou d'écrire, j'ai tout le temps mal aux dents, je rampe pour me déplacer, je ne vois pas au delà de deux mètres et je ne peux entretenir de relation durable car je ne suis pas propre. Dur dur."

2 commentaires:

  1. J'aurais juré que Ducasse, le cuisinier, s'appelait Alain.

    Il y a deux "Ducasse" ?

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  2. Salut Lutine ! Bienvenue sur ce blog.

    Non, le vrai cuisinier s'appelle bien Alain Ducasse, il s'agit d'une sorte de figure de style qui m'est chère, quitte à passer pour un crétin, pour créer un petit décalage...

    Il faudra que je fasse un billet, parce que cette coquetterie m'a déjà valu quelques moments embarrassants chez des gens qui n'adhéraient pas trop à mon humour...

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