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Critique : Le premier cri


Bon, je m'étais dit quand j'ai commencé ce blog : "Ouaw, j'ai des super idées web 1.0, je vais faire des critiques de film que je n'ai pas vus, juste d'après l'affiche. Oh mais quelle contrainte amusante, on va s'amuser.", avant d'abandonner peu après cette série saugrenue, me disant que la vie est trop courte pour me commettre dans ce genre de billet*.

Malheureusement, ce matin, dans le métro, j'ai vu une affiche et j'ai replongé...

Le Premier cri

Réalisateur : Gilles de Maistres

Sortie : 31 Octobre 2007

Tags : enceinte (voir sur allociné).

Vu : non.

Slogan : "Notre histoire à tous".

Slogan alternatif :
- "On nait qu'une maman".
- "On n'est pas des pingouins".
- "On n'est pas des bousiers".

Le premier cri se situe dans la collection "Planète", dans la lignée "Documentaire en famille". Après "Microcosmos", le "Peuple Migrateur", la "Marche de l'empereur", on voit retracée ici la plus belle des aventures, celle de la vie. Gilles de Maistres a suivi pendant trois ans une dizaine de femmes enceintes sur le point d'accoucher, dans leur intimité, en avion ou en train de faire le ménage. Sur une musique relaxante signée Eric Serra et Vangelis, on assiste ébahi au spectacle mystérieux et merveilleux de la venue au monde, avec des images au ralentis, et des gros ventres filmés à contrejour. Des scènes incroyables et peu montrées ont été fixées sur la pellicule : celle de la femme enceinte prise dans une marrée noire, celle qui dévore son partenaire après l'acte ou une autre qui pousse une énorme boule d'excrément dans la forêt.

Le film est divisé en plusieurs parties, retraçant en détail chaque étape qui nous conduit au monde. La première partie, la conception, dure trois-quarts d'heure ; on découvre sans détour le difficile processus de la fécondation, ou comment on peut se fourvoyer avec des techniques qui ne marchent pas, comme en témoignent les nombreux protagonistes, avant de trouver celles qui fonctionnent. Le doute des parents est palpable. Jennifer : "Mais qui sera le père parmi tous ces gens ?", ou bien : "Rico, mais quel gaspillage !"

La deuxième partie, plus technique, moins divertissante mais tout aussi merveilleuse, est consacrée à l'évolution de l'enfant dans le ventre de la mère. Celle-ci est équipée de 25 caméras à infrarouge, fabriquées par des américains de la NASA, dont une munie d'un objectif d'un mètre capable de prendre 5000 images à la seconde. Cette technologie de pointe, habituellement utilisée dans la construction des ponts, permet d'obtenir des ralentis époustouflants du foetus en train de dormir. Vu la lourdeur de l'équipement, certaines scènes ont été reconstituées en studio, comme celle des cabinets où la future maman se rend toutes les vingt minutes.

C'est dans la dernière partie du film, la plus poignante, qu'on assiste à la naissance de l'enfant, par césarienne hélas, mais ce sont des choses qui arrivent, et on ne rend jamais assez hommage aux obstétriciens qui font un travail formidable, à l'hôpital qui est - comme Nicolas Sarkozy le dit si bien - le lieu de tous les malheurs, mais de tous les bonheurs aussi. Les cinéphiles apprécieront la scène de l'attente à la maternité : l'oeil exercé du critique reconnaitra à la vue de ces nombreuses femmes enceintes qui se déplacent en canard dans la minuscule salle d'attente blanche une habile citation de la "Marche de l'empereur".

A noter qu'une suite est prévue dans la même série, "le Dernier Cri", consacrée aux personnes âgées, tout aussi émouvante, on l'espère.

* je dois quand même dire que ma critique de "Shooter" a attiré sur ce blog deux ou trois égarés qui voulaient en savoir plus sur ce film. Ils n'ont pas dû être déçus !

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