
Comme Jérôme Boche me l'a raconté, ce sont des choses qui arrivent : un soir, il allait chercher sa fille à l'école, elle a hurlé devant tout le monde, les parents, les maîtresses : "ah non ! Pas toi ! Pas papa !" Kéké m'a fait le même coup chez la nounou. Il voulait sa mère, il s'est roulé par terre, criant : "non pas papa ! pars ! petite maman ! petite maman ! "Gêné devant la nounou, j'ai fini par dire au bout de dix minutes : "ben, je vais l'habiller de force, sinon on pourra jamais partir." Et tandis que je l'emballais dans sa doudounne, il gémissait : "non ! a peur ! a peur kéké !" La raclure d'enfant... Comme si je le maltraitais. J'articulais alors : mais-pourquoi-as-tu-peur-mon-fils, histoire de signifier que j'étais très décontracté avec ça.
C'est qu'il a été malade, le pauvre. Il voulait sa maman ! Il répétait nos mots : "petite glu veut sa maman !" Et moi, juste bon à descendre les poubelles, à grommeler à table "de toute façon personne ne m'aime", à ruminer ma rancune, morose, lugubre, comme un romantique sur la falaise de mon balcon, devant une mer de voitures.
Mais le 25 au soir, il était guéri. J'ai été réhabilité. J'ai fait mon come-back. Alors j'en profite. Je le place à l'autre bout de la pièce et je dis : "cours vite dans mes bras !" Et on recommence. On se frotte le crâne. Je lui ai appris à toper. Je lui dis : "tape m'en cinq ! " C'est bon, ça.