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Renaissons de nos cendres : la plus grosse ?

En cette période de fin d'année où entre collègues blogueurs on s'amuse à sortir des listes, des statistiques, des liens, nous avons encore une fois constaté en discutant avec Gaël et Nicolas qu'il s'agissait définitivement d'un truc de mecs.

Ceci et une conclusion objective et quasi scientifique, fruit d'une longue observation du grand Internet de la part de vaillants spécialistes. C'est toujours le même cirque. Alors qu'on cause tranquillement de trucs absolument passionnants, genre technorati, "authority", ping, twitter, accoudé au comptoir de notre clavier, devisant l'air sérieux comme des colonels, on entend derrière l'épaule, dans des commentaires, des gloussements incisifs sur le refrain : "héhé, hinhin, qui a la plus grosse ?".

Il ne faudrait pas abuser. C'est quand même nous qui nous battons pour la patrie, tandis que ces féroces soldats viennent mugir jusque dans nos bras pour égorger tout le monde, filles, compagnes, et là, allez tenir des blogs de filles, la tête égorgée. Alors ça donne bien des droits.

Bon, pas besoin de me justifier, mais il faut quand même faiblir à un vice bien pire : le bavardage.

Faire une bonne grosse liste de liens sur son blog, ou une petitoune, a plusieurs vertus.

Il n'y a pas de définition arrêté du "blog", mais je dirais quand même que lire et écrire, découvrir et passer le relais est un basique, une sorte de slip du blogueur. Moi par exemple, dans le souci de construire une ambiance, d'avoir une cohérence quand le sujet est intime, personnel, je ne mets pas de liens. C'est ballot. Autre explication moins avouable, je mets peu de liens vers les autres car je doute en écrivant, et j'ai bêtement peur que le lecteur se déconcentre en papillonnant à droite à gauche. C'est ballot au carré. Ne soyez pas sévère, vous voyez bien que je me mets tout nu, là. Et je regrette alors de ne pas assez ouvrir de portes vers les autres, d'autant que les autres ne sont parfois pas avares d'en ouvrir.

Mettre des liens, c'est un peu nous faire vivre. C'est la respiration des blogs. Nous ne sommes pas grand chose individuellement, et aérer un peu notre chambre, faire passer l'air vers d'autres horizons, ça fait vivre notre grand corps blogosphérique (je suis lyrique, pourtant je ne suis pas ivre).

D'un point de vue plus technique, mettre des liens a du bon, sur le référencement par exemple. Ceci augmente dans les moteurs de recherche divers (google, technorati, wikio, etc.) la présence de vos amis blogueurs.

Moi personnellement, je m'en fous. Certes, ça m'intéresse de comprendre comment ceci marche, car je travaille dans ce domaine, mais pour mon "chez moi", ce n'est pas le propos. Je suis plutôt à la recherche d'un petit nombre de lecteurs. Ce n'est pas que je suis un saint, ni un sain, ni un sein, ni un cinq (mais con oui un peu), mais le ton de mon blog ne se prête pas à la circulation de masse. Ça serait dommage, au bas de mes articles sur kéké, d'avoir des trolls abrutis me mettant des spams, des bêtises, des pubs, des "toi t tro kon". Je suis prudent. J'aime être lu, j'aime les compliments, mais j'aime aussi la douce et cordiale intimité d'un trafic à visage humain. Comme l'a démontré Jegoun, avoir 7000 visiteurs sur une nageuse nue, ça n'a pas de sens. Gagner un lecteur en plus par semaine, parce qu'il a entendu parler de vous chez untel qui lui même, etc., voilà le bonheur, le panard, l'orgasme, la récompense.

Mais... si personnellement je m'en fous, je trouve qu'il est important que mes collègues qui tiennent souvent des blogs engagés bénéficient d'un peu de ce carburant, car techniquement même un blog microscopique ajoute sa pierre à l'édifice. Moi je ne fais pas de politique, car je suis maladroit avec ce gros pistolet, mais il est bon que mes collègues blogueurs, ces vaillants pistoleros du verbe, ces bateleurs comiques et vigilants le fasse bien en mon nom.

Commentaires

  1. oui, c'est à dire ? :-) Tu publies trop d'articles nea, tu n'as plus le temps de commenter dans mon blog ! :-)))

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  2. euh je voulais dire que je ne multiplie pas les liens pour les mêmes raisons que toi, mais que je suis d'accord sur le fait que pour les blogs politiques l'enjeu est différent (c'est un bon résumé ?)^^

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  3. tres bon billet qui exprime trés bien ce que je voulais dire à ces dames sans y arriver... comme quoi un style élégant et raffiné aide beaucoup !

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  4. @gaël : alors fais un lien !!!! :-))) (je rigole tout seul, quelle misère, bosser dans une entreprise vide le 31 décembre...)

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  5. Pareil que Gaël : très bon billet.

    Juste un truc sur les classements et toutes ces conneries : il y a un côté ludique. Ca m'amuse de voir ma progression dans les blogs politiques. Tu dis "je m'en fous", moi aussi, dans l'absolu, mais tant que ça marche et qu'on peut rigoler avec !

    nea,

    L'enjeu n'est pas pour les blogs politiques, mais pour les citoyens : c'est pour ça que je continue, depuis deux ans à donner mon avis ! Ce n'est pas pour mon blog mais pour "la politique".

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  6. @nicolas : merci. Oui, tu as entièrement raison, et j'ai oublié d'ailleurs cet aspect là, l'aspect ludique. C'est comme les légos, on peut y jouer avec conviction tout en sachant que ce n'est pas la vraie vie.

    Aussi, comme l'avait très bien expliqué Eric Mainville, si tu fais un blog plus orienté "politique" ou "actualité", tu dois passer du temps à faire en sorte que ton article soit lu. Ca, c'est un job en plus de la rédaction. Il disait, je crois : 1 heure passée à écrire = 1 heure passée à faire ta promo. C'est interessant, c'est comme si, journaliste, tu étais ton propre annonceur.

    D'ailleurs, en lisant le blog des autres, j'aime bien ce côté touche-à-tout, "je ne suis pas qu'un pur esprit"...

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  7. Comme les autres, je vais dire que c'est un très bon billet !

    La question de lier les autres blogues, je me la pose souvent, je procède surtout en liant quand je veux montrer la source de ce que j'écris, et plus rarement quand je veux référer au sens d'envoyer mon lecteur prolonger sa lecture.

    Et puis je m'aperçois que mes sources, si je ne les travaille pas et les restitue à travers ma propre vision, elles n'intéresseront pas mes lecteurs, mes sujets étant trop "marginaux", et mon but étant de justement les vulgariser.

    Si je veux toucher un public plus large, je préfère moi aussi faire cela artisanalement c'est à dire un à un, parce qu'un lecteur aura pris du plaisir ou de la curiosité à me lire, et aura vraiment envie d'en savoir plus, d'en connaître plus, ou se sera attaché à l'ambiance qui règne au travers du blog.

    C'est un exercice délicat, il faut bien le reconnaître.

    Et qui peut être frustrant, notamment en l'absence de feed-back, en tout cas, c'est ce qui m'arrive fréquemment. Pourtant, le feed-back c'est ce qui est le meilleur moteur de l'inspiration quand il s'agit d'écrire un blog !

    J'ai essayé pour ma part de supprimer l'indexation des moteurs, parce que ça, ça fait trop de bruit inutile à la longue sur un blogue.

    Et je suis bien d'accord avec l'idée de départ de ce billet, c'est un esprit typiquement masculin qui génère l'esprit de compétition, de mesure, de statistiques, de progressions et de croissance. L'esprit féminin est plus englobant que détaillé, c'est biologique et ça trouve sa source dans la structure cérébrale. Il faut de tout pour faire tenir le monde de toutes manières !

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  8. salut balmeyer,
    Tu signes un bien bel article là.
    je te souhaites une très bonne année 2008 à toi et tes proches.
    Un technocrati proche du pape de la blogosphère et une biroute aussi g..... que le wikio de PMA.

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  9. Oui, il est pas mal cet article ! :-))

    Personnellement, je suis plutôt caleçon et usage décalé des liens.
    Ils me servent soit à signaler un blog que j'aime bien ou parfois juste un article sur ce blog mais aussi et surtout, en dehors de l'aspect réellement informatif du lien, à donner une perspective différente à l'article.
    Si je mets "Sarkozy" dans le texte et que je lie ça à une photo de "Pompidou" par exemple, ça change le sens !

    Bref, je pense que les liens sont carrèment un deuxième niveau d'écriture !

    :-)

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  10. @otir : merci pour ton commentaire ! Le terme feed-back est bien trouvé, il englobe tout (commentaires, liens, mail, statistique). On peut se passer d'un de ces élements (blog sans commentaire par exemple), mais je ne pense pas qu'on puisse continuer sans aucun feed-back. Autant bloguer dans Word, sinon.

    @peuples : merci pour ta visite ! :)

    @monsieur poireau : j'aime bien ta remarque, c'est vrai qu'un blog, un site, ce n'est pas seulement du texte, mais du texte et des liens (de l'hyper-texte ça sonne mieux que du super-texte).

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  11. Je me retrouve dans ton approche. (Peut-être qu'on a plus envie d'aller se la mesurer quand on sait qu'on l'a grosse. Donc je ne dis pas forcément cela par vertu, mais par réalisme).
    Il y a toutefois quelque chose de plus fort dans la circulation, l'ouverture, la fidélisation par processus, l'approfondissement, que dans les coups de torchon.
    Je suis aussi sur un registre de l'intime, et j'ai parfois le récit long, on ne peut donc passer chez moi en zappeur. Mais j'aime l'idée de croiser politique et intime. De faire vivre la vie pleine dans le blog. Du récit presque "public", du récit intime, de la pensée intime, dans ce qu'elle peut avoir de contraire à la morale publique, voire choquant, et de la politique parce qu'il faut de l'engagement et de la conviction pour pas laisser ce monde filer à la dérive. Et sur ce dernier point plus que sur tous les autres, c'est l'interconnection qui fait respirer, qui amplifie les propos, les combats, qui permet de rassembler dans la diversité, non ? J'y vois de l'espoir.

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